Ouvrages de Dames

29 mars 2015

Vieil ours bleu

A mettre sur le compte des rangements divers et variés... j'ai enfin mis la main sur l'ours bleu que j'avais vainement cherché au moment de commencer l'atelier au Musée de la Vie Bourguignonne.

Ours bleu

Je l'ai cousu il y a bien longtemps, à partir d'un patron proposé dans le numéro 23 de Marie-Claire Idées (oui, effectivement, ça fait un bail ;-) Il est réalisé dans un vieux drap et ce vichy qui était assez en vogue à l'époque. Pour mes initiales, j'ai utilisé un alphabet de Sajou extrait de l'album 107.

Ours bleu détails

Celui-là, c'était mon premier, je crois. Maintenant je dois juste finir l'ours de l'atelier ;-)

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25 mars 2015

Je brode avec toi

Qui ? Où ? Quand ? Je ne sais rien de cette photo, mais c'est une de mes préférées dans le stock des vieilles photos !

Je brode avec toi

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22 mars 2015

Mauvaise humeur

C'est celle qui est la mienne ces jours-ci où je suis plongée dans le tri et le rangement alors qu'il y a (évidemment !) tant d'autres choses que je préférerais faire. Mais cette fois-ci, je n'ai pas le choix : il faut vider pour faire place nette au peintre... et il ne va pas jouer du pinceau dans mon capharnaüm ! J'exhume, je vide, je trie, je jette (un peu) (un tout petit peu) et je remplis des caisses. Mais comment peut-il sortir autant de choses d'un si petit espace ?

caisses

Je suis quand même assez mono-maniaque : ce n'est que du linge, des vieilleries, de la mercerie ou du papier qui lui est consacré. A part l'espoir d'un monde un peu meilleur dans un appartement un  peu (!!!) plus propre, le seul avantage est que je fais des (re)découvertes qui m'étonnent moi-même. Ah bon ? J'avais tant de monogrammes brodés ? Des draps, des taies, des serviettes, des chemises...

Pour être sure de ne plus les oublier, je les répertorie et je les photographie avant de les mettre à l'abri. Tant qu'à faire de s'y coller, autant faire les choses correctement une bonne fois pour toutes. La photographie numérique, ça a du bon sur ce coup-là ;-)

Taies

Je tempère un peu mon énervement du moment en rêvant à la transformation de ce beau stock et à ce que je vais pouvoir en faire. Remplacer mes abat-jour qui commencent à être fatigués ? Ajouter des sacs à ceux que j'ai déjà pour pouvoir en changer chaque jour de l'année ?

Abat-jourUne chose intelligente, ce serait de reprendre enfin ce couvre-lit accidenté planqué dans un coin depuis des dizaines d'années. J'ai quelques carrés à refaire, seulement le motif central est assez bizarre : entre chaque rang de brides, il y a un rang de mailles serrées qui fait comme une petite crête. Je pensais crocheter en prenant ce rang de mailles serrées dans le brin avant du tour inférieur et ensuite repasser crocheter le rang de brides dans le brin arrière, mais après avoir essayé de concrétiser ce plan d'enfer, ça me semble assez infaisable.

Couvre-lit

J'ai quand même un indice, car j'ai récupéré la bête dans un grand sac qui contenait aussi une pelote entamée de coton Phildar Relais n°8. J'ai vérifié et j'ai de la chance : c'est un article qui se fait toujours. Quant au modèle, il serait peut-être des années 70/80.

Je ne suis quand même pas la seule à entasser des "choses qui peuvent servir", rassurez-moi ! Alors peut-être aurez-vous sur vos étagères le catalogue vintage dont est issu ce modèle. Ou alors juste une idée de la manière dont se fait cette petite crête entre les rangs si vous êtes plus débrouillée que moi en crochet. Ça me suffirait je pense, car les mailles sont faciles à compter sur un carré existant.

carré crochet

Vous m'aidez à sauver mon couvre-lit ? Quand je pense à toutes les heures de travail qu'une main anonyme a déjà passées sur cet ouvrage, je n'ai pas le coeur à le laisser dans cet état...

Edit : le temps d'une promenade pour accomplir mon devoir électoral,  je me retrouve avec plein de pistes sur ma bouteille à la mer, vous êtes incroyables ! Je crois qu'Élisa m'a fait passer quelque chose d'approchant, il faut que je fasse des essais mais pour le moment... je vais surtout faire le nécessaire pour nourir mes invités, sinon, aïe aïe, aïe ma vie sociale ;-)

Edit 2 : je le tiens, je crois ;-) J'ai réussi à obtenir l'effet de nervure (merci Élisa !) et à crocheter un carré entier avec du coton un peu plus épais. Maintenant c'est juste une histoire de trouver la bonne taille de crochet pour le faire en Relais 8.

nouveau carré

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19 mars 2015

Grand malade

Me voilà avec une drôle d'opération à réaliser... la remise en état d'un carreau à dentelle resté en plan sur Ebay où tout le monde l'a boudé, bien qu'il soit proposé à un prix dérisoire. Il faut dire qu'il était particulièrement mal photographié : on ne voyait que sa saleté et rien du reste.

Le reste, je l'ai découvert en ouvrant le colis. Ce sont de touchantes images pieuses et de ces paillettes ouvragées qu'on cherche en brocante, le plus souvent vainement. J'ignore pourquoi la mécréante que je suis est toujours tellement touchée par les bondieuseries... J'aime leur naïveté, ce qu'elles traduisent de croyance aveugle en un au-delà meilleur, j'aime jusqu'à leur kitscherie ;-)

carreau à dentelle divine bergère

carreau à dentelle aimez votre sauveur

Il y en a partout, sur les deux côtés, sur l'arrière. Il y a des fuseaux et de jolies épingles aux têtes de verre bariolées. Il y a "un peu" de crasse aussi, impossible de le nier ;-)

carreau à dentelle épingles et paillettes

Et voilà en entier la chose que j'espère bien rendre plus présentable, sans trop savoir comment je vais m'y prendre. Je vais commencer par un démontage en règle, c'est sûr (au cours duquel je ne désespère pas de trouver d'autres surprises). Ensuite je devrais dégoter dans mes réserves de quoi le rhabiller à l'identique, je voudrais au final avoir le même carreau... mais propre. Je prévois bien déjà qu'il faudra que je sorte les aiguilles à tricoter pour refaire le manchon rouge !

carreau à dentelle

Première étape : vingt-quatre heures au congélateur pour éradiquer la vermine, ce qui explique le givre. J'aime bien les vieilleries, mais pas les habitants indésirables qui vont avec !

carreau à dentelle givré

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15 mars 2015

Pour Elizabeth Cobley

A la fin du XIXème siècle, le Royaume-Uni possédait le plus vaste empire de l'histoire. A quel prix…

De 1788 à 1853, la Grande-Bretagne et l'Irlande ont déporté 25 566 femmes vers l'Australie. Indésirables dans leur propre pays, indigentes, prostituées ou convaincues de larcins le plus souvent négligeables, elles furent embarquées de force pour l'autre côté de la terre. Elles étaient surtout coupables d'être pauvres… et malchanceuses d'être femmes à une époque où le Royaume-Uni cherchait des ventres pour transformer sa colonie pénitentiaire en colonie de peuplement.

Elles étaient des invisibles, de celles dont l'histoire ne prend pas la peine de se souvenir. C'est pourquoi j'ai aimé le projet de Christina Henri : elle veut sortir de l'ombre ces femmes qui sont pour beaucoup à l'origine de son pays. Elle a résolu de perpétuer le souvenir de chacune d'elles par un bonnet marqué à son nom et à celui du bateau qui l'a déportée. Elle en a déjà réuni plus de quinze mille, à partir desquels elle organise des installations, en Australie ou dans les régions dont sont originaires les condamnées.

Roses from the hart

Certains navires n'aborderont jamais les rivages de l'Australie. C'est l'histoire de l'Amphitrite qui quitte Woolwich et appareille pour la colonie pénitentiaire de Botany Bay, le 26 août 1833.

Le vieux trois-mâts est rapidement confronté à des conditions de navigation épouvantables. Il affronte un ouragan et dérive inexorablement vers le port de Boulogne, sans parvenir à y entrer. Le 31 août en fin d'après-midi, drossé vers le rivage, il finit par s'échouer à quelques encablures de la plage.

Sans connaître encore la nature de la "cargaison" se trouvant à bord, des sauveteurs boulonnais prennent tous les risques pour approcher le navire et convaincre son capitaine d'évacuer. Mais il s'y refuse obstinément, espérant contre toute logique le retour de la marée pour se dégager. Il va jusqu'à rejeter à plusieurs reprises les lignes que les sauveteurs tentent d'établir, au péril de leur vie, avec l'espoir de mettre en place un va-et-vient jusqu'au rivage.

Amphitrite naufragéL'Amphitrite naufragé - Alexandre Marie Lamartinière - 1833
fixé sous verre conservé au musée des Terre-Neuvas de Fécamp

C'est une raison consternante qui lui fait refuser ainsi toute aide extérieure. Car il sait, lui, qu'au fond de sa cale croupissent cent deux femmes et douze enfants qui, une fois évacués vers le rivage, pourraient profiter de la confusion pour disparaître dans la nature. Or il est non seulement propriétaire de parts du navire dont la perte serait un désastre pour lui, mais son contrat le met aussi à l'amende de cinquante livres pour chaque condamnée à la déportation qui lui échapperait...

En début de soirée, les prisonnières parviennent à défoncer les panneaux de soute pour s'extraire de la cale, déjà pratiquement submergée, dans laquelle elles vivent l'enfer depuis le début de la traversée. Les boulonnais effarés comprennent l'ampleur du drame qui se noue, en entendant les hurlements d'angoisse des femmes massées sur le pont.

Quand le capitaine prend enfin la mesure du danger, il n'y a plus rien à tenter pour éviter le naufrage. Les mâts s'abattent, le navire est disloqué et disparaît dans les flots en moins d'une demi-heure. Des heures et des heures durant, les corps des naufragés seront rejetés sur le rivage, sans qu'aucune tentative pour les ramener à la vie n'aboutisse.

Tate Gallery - A disaster at sea - TurnerDisaster at the sea - Turner c. 1835 - Tate Gallery
une évocation du naufrage de l'Amphitrite

Ce 31 août 1833, le naufrage de l'Amphitrite fait cent morts et trente-trois disparus. Seuls trois hommes d'équipage en réchapperont. Le capitaine Hunter, qui a jusqu'au bout espéré sauver son bateau, meurt noyé parmi ses passagères forcées.

Le voyage de l'Amphitrite ayant tragiquement pris fin au large de la côte d'Opale, Christina Henri a souhaité que les bonnets des convicts transportées à son bord soient confectionnés par des françaises. Elle m'a demandé de travailler en souvenir d'Elizabeth Cobley, originaire de la paroisse St Stephen, à Bristol.

William Angus 1808Bristol et St Stephen en 1808 - Gravure de William Angus

Le 1er juillet 1833, le tribunal de Bristol condamne Elizabeth à sept ans de déportation en Australie : elle a dérobé un coupon de coton dans la boutique de tissus de Thomas Wintle...

J'ai voulu que sa coiffe soit telle qu'elle aurait pu la porter, peut-être telle que celle qu'on lui a fournie dans son baluchon de prisonnière, avec une bible et un nécessaire de couture. J'ai donc utilisé des matériaux anciens et populaires, un chanvre raide et grossier dont le tissage emprisonne encore des brindilles et un lin tout décati par les lavages.

Amphitrite 1833 - Copie

Comme seule fantaisie, et aussi pour qu'il y ait un peu de moi dans ce bonnet, je l'ai simplement bordé d'un croquet à pied. Et j'ai terminé le tout avec un vieux lacet de coton. Je ne me suis pas posé de questions pour la broderie demandée par Christina, le prénom et le nom de la convict, le bateau et l'année : il m'a semblé évident de la traiter comme la marque du linge, au coton rouge et au point de croix.

Elizabeth Cobley

Elizabeth Cobley avait vingt-deux ans. La terreur et la solitude glacée qui furent les siennes à l'heure de sa mort sont irrémédiables. Mais j'ai brodé son nom afin qu'elle soit plus qu'une ligne sur un registre de condamnations, plus qu'une jeune femme broyée par l'histoire, pour qu'à tout jamais elle vaille autre chose que cinquante livres sur un contrat.

Si le sujet vous intéresse, je vous conseille le livre qu'Annpôl Kassis vient de faire paraître sur le sujet : De la Déportation des femmes en Nouvelle-Galles du sud - Les "criminelles" de l'Amphitrite. Grâce à elle j'ai pu en savoir un peu plus sur Elizabeth. Son livre est passionnant par ce qu'il dépeint du XIXème siècle en Angleterre et notamment de l'inexorable criminalisation de la pauvreté. Il est publié à compte d'auteur, vous pouvez vous le procurer en prenant contact avec elle via son blog.

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12 mars 2015

La tricographie du XXIème siècle

Après mon billet de samedi dernier, je me suis amusée à transcrire le motif que j'avais choisi de tricoter dans le manuel de Monsieur Sajou avec une représentation graphique à laquelle nous sommes plus accoutumées aujourd'hui. Voici donc son diagramme :

Tricographie Sajousource Gallica

Puis un choix de codification moderne :

Tricographie moderne

C'est que nous n'avons pas eu à inventer la méthode, nous : il a suffit de l'améliorer depuis 1860 ;-) Mais nos conventions d'aujourd'hui sont tout de même plus lisibles. Enfin, c'est ce qui me semble, qu'en pensez-vous ?

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07 mars 2015

Sajou l'innovateur : la tricographie

Après les dessins de Berlin et de broderie blanche, Sajou décide de s'attaquer aux explications de tricot. Et comme toujours, il le fait avec l'objectif affiché de les rendre plus facilement accessibles.

Son nouveau cheval de bataille est, une fois encore, un procédé qui peut nous sembler évident aujourd'hui. Mais ainsi que l'indique Le Monde illustré de 1861, jusque là le tricot "n'était connu que par les traditions allemandes, toutes plus ou moins incertaines et indigestes, ou par des écrits fourmillant d'erreurs". Sajou va y remédier en payant de sa personne : il se fait tricoteur pour mettre au point et tester lui-même la représentation graphique des points qu'il entend proposer à sa clientèle.

Le 13 octobre 1857, il obtient un brevet de quinze ans qui protège la "tricographie pour écrire les explications des dessins de tricot par des signes réguliers sur papier quadrillé".

Tricographie SGDG

Au fait, que signifient ces quatre lettres, S.G.D.G., associées au brevet et que l'on retrouve également sur nombre de petits objets de nos collections ? Rien de prestigieux, c'est le moins qu'on puisse dire ;-) C'est simplement le sigle d'une mention que nous avons vue in extenso dans le précédent billet, sur l'en-tête du brevet déposé pour le dessin conservateur de la vue : Sans Garantie Du Gouvernement. C'est-à-dire que l'autorité qui délivre le brevet a simplement contrôlé le dossier sur la forme mais aucunement sur le fond. Ou dit plus crûment : la méthode brevetée peut n'être point utile, ne pas fonctionner, voire même n'avoir pas l'avantage de l'antériorité, ni celui de la nouveauté !

Brevets SGDG

Mais revenons à notre tricographie. En 1861, Sajou publie un ouvrage basé sur sa méthode, désormais brevetée. Pour notre plus grand plaisir, l'ensemble de ce recueil est disponible sur Gallica. Jusqu'ici je m'étais contentée de le stocker et je l'avais seulement survolé. Mais j'ai été surprise, en le lisant avec attention, de voir à quel point tout y était expliqué de façon très pédagogique.

Tricographie titre

Au passage, on remarque une nouvelle fois l'art consommé de l'auto-promotion dont fait preuve Sajou ;-) A sa décharge, ce discours de bonimenteur était assez en usage à une époque où l'on ne craignait pas de grossir le trait pour faire sa propre publicité. Les supports de communication étant bien moins nombreux qu'aujourd'hui, il ne fallait pas craindre de matraquer son discours les rares fois où l'on parvenait à atteindre la clientèle ! La subtilité n'était pas de mise...

Le recueil débute par une "Explication de la méthode" qui expose les bases de la tricographie. Cette introduction contient notamment "les expressions consacrées par l'usage depuis plusieurs années pour désigner les différentes mailles". Voilà une partie très intéressante pour nous autres, tricoteuses du XXIème siècle, afin d'appréhender le lexique de l'époque. C'est plus facile, en effet, d'aborder la suite quand on a saisi que la passe ou la maille simple sont notre jeté ou notre maille endroit d'aujourd'hui. Pour le reste, les expressions sont étonnamment fixées depuis 1860. D'ailleurs les points de base du tricot sont assez peu nombreux pour que les tricoteuses qui auraient envie de se mettre dans les pas de Monsieur Sajou ne soient pas trop désorientées ;-)

Tricographie méthode

Suivent ensuite les explications des modèles présentées classiquement, c'est-à-dire sous forme de texte. Je n'ai pas testé, ce qui m'intéressait c'était bien sûr la partie graphique. Et finalement, une fois que j'ai eu les aiguilles en main, le diagramme m'a semblé assez facile à suivre. La page consacrée à chaque motif comprend le minimum de texte : nombre de mailles à monter, nombre de mailles à répéter pour le motif, légende. En tête figure un dessin du tricot fini, un peu décourageant car bien sûr, on ne risque pas d'obtenir cette régularité idéale dans la vraie vie. Enfin... pas moi, en tout cas ;-)

Tricographie dentelle

Puis vient le principal, le diagramme à base de quelques signes simples. Il faut un peu de temps pour s'approprier la représentation graphique, moins lisible que celle dont nous avons l'habitude aujourd'hui. Par exemple, les jetés représentés par des demi-traits verticaux sautent beaucoup moins aux yeux que lorsqu'ils sont matérialisés par des cercles. Au début, j'ai aussi été un peu surprise de voir que les surjets n'étaient pas remplacés en miroir par des mailles ensemble, alors qu'il s'agit d'un motif symétrique. C'est pourtant le cas dans certaines autres explications, par exemple les bandes n°13 et n°16.

Tricographie symétrie

Mais au final, le résultat me convient, il ne me reste plus qu'à trouver comment utiliser ce joli motif. Car autant le dire tout de suite, je ne m'en ferai pas des rideaux, bien que ce soit préconisé dans l'album ;-)

Les journaux de l'époque accueillent l'initiative de Sajou par un concert de louanges. Le Monde Illustré ouvre le ban : " M. Sajou donne à ses élèves la grammaire des aiguilles et leur rend facile, en la rendant lisible, l'exécution du modèle le plus compliqué". Et d'ajouter que Sajou " pendant douze ans, a cherché la langue qu'en trois jours, maintenant, elles entendent toutes aussi bien que lui."

Mais c'est la Revue Européenne qui trouve l'argument massue, en remarquant que les signes utilisés pour la tricographie "sont des plus simples : un homme même les comprendrait". Ce n'est pas moi qui l'ai dit ;-)

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04 mars 2015

Sajou l'innovateur : le conservateur de la vue

A peine est-il assuré d'avoir réussi son coup pour les dessins de tapisserie en couleur, Sajou se remet à l'étude pour améliorer, cette fois-ci, la lisibilité de ses modèles de broderie blanche. Il imagine tout simplement de les présenter désormais en clair sur fond noir, à l'inverse de ce qui se pratiquait jusqu'alors.

Brevet_Sajou_1
source
INPI

Il explique, à l'appui de sa demande de brevet, que cette inversion présente un double avantage : le dessin est plus lisible et moins fatigant à suivre, mais il permet également d'indiquer la nature et le sens des points à exécuter.

Brevet Sajou 2source INPI

Le 1er octobre 1850, Sajou obtient un brevet de quinze ans pour ce "moyen de reproduction des dessins de broderie" qu'il entend bien protéger.

Brevet Sajou 3

Le dossier complet du dépôt de brevet est sur le site de l'INPI.

Il présente dès 1851, en complément de son Guide Sajou, des modèles de broderie blanche qu'il appelle "conservateurs de la vue", sur lesquels une partie du dessin est effectivement échantillonnée pour indiquer dans quel sens le point doit se faire.

Conservateur de la vue 10-1851 détailUn exemple de modèle avec les points échantillonnés
Feuille patron du Guide-Sajou - octobre 1851

Voilà un procédé qui ne se sera pas généralisé autant que le précédent, peut-être parce qu'il n'était pas économe en encre ? Et puis au fond, ses avantages n'apparaissent pas décisifs : en noir sur blanc aussi, on peut indiquer le schéma des points. Quant à savoir si la vue est moins sollicitée en négatif, ce n'est pas flagrant...

Mais là encore, Sajou est assez satisfait de lui : "Nous avons le plaisir, aujourd'hui, d'annoncer le succès éclatant des nouveaux dessins conservateurs de la vue, qui indiquent tellement bien l'effet de la broderie faite, qu'il suffit de poser l'étoffe dessus pour connaître le résultat de l'ouvrage que l'on se propose de faire."

Conservateur de la vue 06 et 11-1851Feuilles patron du Guide-Sajou - juin et novembre 1851

Le succès est tel, d'après lui, qu'il doit vendre des modèles dont l'encre n'a pas fini de sécher ! Comme ils risquent fort de tâcher l'étoffe lorsqu'on reporte le dessin, il conseille tout bonnement à ses clientes de les tamponner à la mie de pain jusqu'à faire disparaître l'excédent de couleur : "Cet inconvénient est celui de la nouveauté et de la faveur publique : personne ne peut s'en plaindre".. Tu pousses le bouchon un peu loin, Monsieur Sajou !

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28 février 2015

Sajou l'innovateur : les modèles de Berlin

Saura-t-on jamais ce qui a poussé Sajou, issu d'une famille œuvrant dans la perruque, à vouer sa carrière aux ouvrages de dames ? Ouvrir une malle dans un grenier, y découvrir de vieux papiers de famille et parmi eux... le journal de Jacques Simon Sajou, voilà mon rêve de collectionneuse, bien davantage que de trouver ses livrets de broderie !

Ce qui est sûr, c'est qu'il représente le parfait entrepreneur, avec ce qu'il faut d'esprit d'aventure, pour réussir dans ce XIXème siècle où tant de choses sont à créer. Et puis dans les efforts sans relâche qu'il fournit tout au long de ses premières années de recherche pour produire des "dessins carrelés", il peut compter sur la collaboration de son épouse. Nièce et élève du peintre Granger, Astasie lui sera d'une aide précieuse dans l'univers des couleurs. Elle sera par la suite très présente à l'atelier de la rue des Anglaises, mais c'est pour une prochaine histoire ;-)

Sajou débute en rachetant des fonds de dessins de broderie, celui d'Augustin Legrand notamment. Cet imprimeur-graveur a publié, entre 1810 et 1830, plusieurs recueils d'ouvrages : La Maîtresse de broderie, le Petit nécessaire des jeunes demoiselles ou encore l'Art de broder. Sa production comprend également nombre de dessins pour la tapisserie au petit point en feuilles séparées.

La maîtresse de broderie frontispice
Augustin Legrand - Frontispice de La maîtresse de broderie

Fort de la documentation de ses prédécesseurs, mais disposant de moyens restreints, Sajou s'attache tout d'abord à améliorer les techniques qui lui permettront de produire, en masse et à coût raisonnable, des dessins pour la tapisserie pouvant concurrencer ceux de Berlin. Car jusqu'à présent, les modèles produits en France n'ont jamais réussi à s'imposer face à l'importation allemande.

Augustin Legrand 1818Modèle Augustin Legrand de 1818
source : base Mnémosyne du musée national de l'éducation

Mais pour fonder son industrie, Sajou puise également très largement dans les travaux de Thomas Amédée Rouget de Lisle, lui-même fabricant de tapisserie et soutenu par la manufacture des Gobelins. Dans son ouvrage intitulé Chromagraphie, Rouget de Lisle s'est attaché à dégager une théorie des couleurs et de leurs contrastes, puis à imaginer ce qu'il appelle un "alphabet chromatique" pour les représenter par des signes.

chromagraphie 1
chromagraphie 2Rouget de Lisle - Chromagraphie
source Open Library

Le génie de Sajou sera, somme toute, de savoir capitaliser sur des méthodes élaborées avant lui pour rationaliser la production des dessins. Il faut tout d'abord composer ou copier un modèle puis le "mettre en carte", c'est-à-dire le reproduire sur papier quadrillé, avec des tons rendant au mieux possible les couleurs d'origine. Sajou sait qu'une dépense conséquente, dans la production des dessins de qualité, est liée à la collaboration des coloristes qui doivent être de véritables artistes pour interpréter correctement toutes les nuances d'un modèle.

Il réduit donc le coût de cette étape cruciale en prenant soin, au moment de graver les matrices de ses cartes, d'indiquer très précisément les couleurs à appliquer par des symboles faciles à lire et à interpréter. La mise en couleurs des modèles sera ainsi assurée par des ouvrières, certes habiles, mais dont les salaires peuvent être contenus dans des limites plus que raisonnables.

Sajou 3123 APL
Sajou pour le journal de La Brodeuse - source Antique Pattern Library

Comme tout ceci nous semble évident près de deux siècles après ! Car les symboles d'un diagramme de broderie n'ont plus aucun mystère pour nous, qui vivons désormais dans un monde de signes. Mais des concepteurs comme Rouget de Lisle ou Sajou défrichaient le terrain, sans s'appuyer sur rien de connu. Et ce sont bien aux inventeurs de ces temps reculés que nous devons, aujourd'hui, la logique de fonctionnement de nos logiciels de point de croix ;-)

Pour Sajou, le pari est gagné en quelques années. Non seulement, il est rapidement en capacité de proposer à sa clientèle des dessins égalant en qualité ceux dont l'Allemagne avait le quasi monopole, mais encore a-t-il réuni toutes les conditions pour les produire à un coût très avantageux.

Dans un premier temps, il devra tout de même ruser pour imposer ses modèles fabriqués en France ! "Aussi a-t-il été forcé de recourir (...) à la langue allemande, pour les inscriptions, afin de donner à ses dessins l'apparence d'une origine étrangère. Ainsi ce n'est qu'en indiquant en allemand le genre d'ouvrage auquel se rapportent ses modèles, qu'il est parvenu à surmonter les craintes des commerçants de ne pouvoir s'en défaire" (rapport de la Société d'encouragement pour les arts mécaniques - janvier 1843).

Sajou 1856 APLSajou 1856 - source Antique Pattern Library

La presse lui joue l'air de la reconnaissance patriotique : "M. Sajou (…) nous a délivrés du servage où nous tenait Berlin pour la petite tapisserie à l'aiguille ; et l'on ne se figure pas ce que cela coûtait d'argent. Aujourd'hui M. Sajou a monté cette industrie au point de n'avoir point de concurrence raisonnable à craindre, tout en vendant moitié moins cher que ne vendait la Prusse."

Et lui-même se tresse des lauriers, avec un brin d'autosatisfaction. "Je puis, sans hésiter, répéter ce que chacun reconnaît maintenant ; seul en France, je suis parvenu à rivaliser avec les dessins de Berlin".

Mais le satisfecit ultime, il l'obtient de la Commission permanente des Beaux-Arts appliqués à l'Industrie, quand elle va jusqu'à claironner que "répandus partout, les dessins de M. Sajou font concurrence aux fabriques les plus renommées de Prusse, et à Berlin ils sont estimés et même quelquefois contrefaits". Contrefait par Berlin ! Pouvait-il espérer plus bel hommage ?

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26 février 2015

Flow d'optimisme

Hier soir, j'ai dû aller au supermarché, ce que je ne fais que tous les .... quelques mois, quand mes placards sonnent vraiment le creux. Comment ça, tout le monde s'en fout ? Mais moi ça me traumatise, à tel point que je vise toujours les vacances scolaires pour l'expédition ravitaillement, comme ça il y a moins de monde et c'est plus vite expédié. OK, tout le monde s'en fout...

Première consolation : je suis tombée sur une petite caissière toute mignonne, toute souriante.

Deuxième grosse consolation : j'en ai profité pour passer à la Maison de la Presse et acheter le nouveau magazine Flow qui me faisait de l'oeil, avec ses pastilles de couleurs et ses promesses de douceur.

Flow

J'ai juste picoré dans les quatre rubriques : Belles rencontres, Esprit libre, Petits plaisirs et Douceur de vivre. Des choses qui parlent, n'est-ce pas ? Et ce que j'en ai lu pour le moment m'a bien contentée. Le magazine est rempli de jolis papiers, de couleurs pétillantes, d'images qui font du bien et de dames qui donnent de l'inspiration. Ce qu'il n'y a pas : de la pub, le dernier régime pour l'été, des tests de crèmes qui font rajeunir et de la mode jetable. Et ça aussi, en ce qui me concerne, c'est un très bon point.

Comme ça, un premier coup de coeur ? Pour Natasha Boel et ses boîtes foutraques. Elle dit "Mon atelier est un incroyable méli-mélo de cartons, de livres, de tissus, de journaux, de cartes et de projets anciens. C'est au beau milieu du chaos que je crée les plus belles choses, sans trop avoir à réfléchir si tout va bien ensemble." Et elle a conçu en prime un joli carnet à noter plein de choses.

Natascha Boel

Il m'en reste plein à lire et à découvrir mais je veux prendre le temps de déguster. Prendre le temps justement, résister à l'injonction, avoir soin de soi, ce sont deux ou trois choses que j'ai picorées au fil des pages et qui m'ont joliment réjouie.

ranger

Le thème de ce numéro-ci : donner et recevoir (celui du prochain : courage et vulnérabilité). La citation qui m'a accrochée est de Colette : Quelle vie merveilleuse fut la mienne ! Si seulement je m'en étais rendu compte plus tôt !

Pour le moment, Flow n'a qu'un défaut à mes yeux : jusqu'ici je me trouvais plutôt hors des clous avec ma propension à la lenteur et à la rêvasserie. Souvent même gnangnan à vouloir plutôt tourner la tête vers les jolies choses et ignorer les râleurs de tous poils. Ça me convenait tout à fait d'être démodée ;-) Zut... raté !

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