Ouvrages de Dames

20 août 2017

Les anonymes de l'été #6

Une fois de plus, l'anonyme d'aujourd'hui témoigne de l'application et du goût d'une jeune fille dans son apprentissage des travaux d'aiguilles. Il est raffiné, comme en témoigne sa couverture finement peinte sur du satin noir. Mais il est loin d'être un catalogue d'échantillons virtuoses, certains exercices sont même presque maladroits. C'est un véritable cahier d'aprendtissage et non pas une démonstration de virtuosité, comme peuvent l'être certains recueils.

Cahier AD

Il est présenté sous la forme d'un long accordéon de papier kaki qui se replie pour former les pages. Mademoiselle DA a fixé ses exercices au recto et au verso de cette ribambelle. Chaque page est titrée, chaque échantillon est annoté par la technique mise en oeuvre.

Rien n'y manque ; il y a toutes sortes de broderies, au point de croix, au plumetis, sur filet... Il y a de la couture, des reprises, du tricot et du crochet, rien n'y manque ! Je vous souhaite une bonne balade parmi les pages de ce cahier :-)

Cahier AD 1

Cahier AD 1 détail

Cahier AD 2

Cahier AD 3

Cahier AD 3 détail

Cahier AD 4

Cahier AD 4 détail

Cahier AD 5

Cahier AD 6

Cahier AD 6 détail

Cahier AD 7

Cahier AD 8

Cahier AD 9

Je vous rappelle que vous pouvez agrandir chacune de mes images pour les regarder plus en détail. Je vous conseille de les ouvrir dans un nouvel onglet pour en profiter pleinement (il suffit de les cliquer avec la molette de la souris) car le système d'agrandissement de Canalblog par le clic gauche n'est pas du tout performant.

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13 août 2017

Les anonymes de l'été #5

Comme je ne sais rien de mon anonyme d'aujourd'hui, je ne peux même pas en cerner le mystère et je me contente de l'admirer. Il me pose en revanche un grave problème ; mes compétences très lacunaires en matière de photographie ne me permettent absolument pas de restituer son délicat modelé. J'ai presque hésité à vous le montrer tant mes photos lui rendent peu justice :-(

Emilie K

Mais pourtant, je dois tirer de l'oubli le travail d'Émilie, il est si beau ! Émilie K, donc, c'est tout ce que nous saurons de la brodeuse : son prénom et l'initiale de son nom. On peut extrapoler qu'elle est née vers 1860, car la dextérité de ce travail d'étude, réalisé en 1875, dénote plutôt une grande adolescente qu'une fillette. En me hasardant un peu plus, je suppose qu'elle était originaire de l'est de la France. Je penche pour l'Alsace, vers laquelle me dirigent à la fois le style du marquoir, le prénom français et l'initiale du nom.

Emilie - EK

Et c'est tout ! Pour le reste, admirons... J'aime la logique de construction de ce marquoir de broderie blanche, si proche de celle des alphabets rouges au point de croix : d'abord trois alphabets, du plus simple au plus ouvragé, et une série de chiffres. Ici Émilie a brodé un alphabet de lettres anglaises au plumetis, au point de noeud et au point arrière surjeté ; puis un alphabet de lettres gothiques tout au plumetis ; et enfin un grand alphabet, toujours gothique, mais avec davantage de fantaisie : le plumetis est interprété selon des modèles différents en blanc ou en rouge, il est parfois cerné en couleur au point arrière. Certaines lettres sont brodées, comme dans le premier alphabet, au point arrière surjeté en rouge ou en bis.

Emilie alphabets

Après les alphabets, Émilie passe aux monogrammes, ses propres initiales au centre, à droite, LK... celles de son père, dont elle porte le nom ? Alors à gauche, AB, ce pourrait être celles de sa mère ? Cette interprétation est vraiment échafaudée sur le sable... Ce qui est sûr c'est qu'elle a déployé tout son goût dans le choix des modèles et tout son talent dans leur broderie. Le K notamment, entièrement constitué d'oeillets avec seulement quelques touches de plumetis, est magnifique !

Emilie monogrammes

L'exercice des lettres est terminé ; Émilie se laisse alors aller à des motifs fleuris en montrant, ici encore, toute sa dextérité : plumetis, point de sable, cordonnet, broderie anglaise, incrustation de tulle, barrettes et point de feston..

Emilie fleurs

Et pour finir, elle clôt son ouvrage par les festons de la bordure dont les quatre côtés sont différents. C'est à nouveau pour elle le sujet d'un exercice avec des festons pointus, arrondis ou entrelacés, toutes sortes d'oeillets rebrodés de différentes manières et en bas, une belle guirlande de broderie anglaise.

Emilie bordures

Si vous avez aimé le marquoir d'Émilie, je vous signale ce charmant livre japonais qui regorge d'idées et d'exemples pour pimenter la broderie blanche par des pointes de couleur. Il date déjà un peu, mais vous pouvez peut-être tomber dessus dans les occasions.

Initial & Monogram

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06 août 2017

Les anonymes de l'été #4

Une balade... une rencontre... un mystère... ce sont à nouveau les ingrédients qui pimentent mon attachement particulier à l'anonyme d'aujourdhui. Nous avions pris la douce habitude, chaque mois de mai, de  partir une semaine en colo de filles à Londres. Il y aurait mille choses à en dire mais je m'arrêterai à un mot : Portobello ;-) Moi qui déteste la foule, voilà bien le seul endroit pour lequel je fais une exception ; je trouve même que l'animation fait partie intégrante du plaisir qu'il y a à fréquenter les lieux.

Portobello market

C'est vivant, c'est coloré, c'est plein de fantaisie mais on ne va pas se mentir : Portobello ne serait rien sans la brocante et, parmi la brocante, sans les boutiques dédiées à la mercerie et au textile ancien. Boutons, samplers, nécessaires de couture, dés, mercerie, il y a des échoppes spécialisées dans tous les domaines qui nous intéressent.

Portobello mercerie

Autant dire que chaque arcade dévoile des tentations... plus qu'il n'en faudrait ! Cette année-là, toute ma cagnotte-brocante avait été engloutie, presque au début de la balade à Portobello, dans une dépense transgressive sur laquelle j'avais (un peu) hésité ; un seul objet et c'était fini des achats jusqu'à la fin du voyage. Mais je n'avais pas résisté à ce porte-bobines typiquement victorien, tellement anglais et formant un ensemble charmant avec ses bobines disparates. Je l'ai toujours conservé ainsi d'ailleurs, dans le jus de la trouvaille, sans chercher à le garnir de manière plus sophistiquée.

Porte-bobines

Mon craquage comporta très moralement sa punition quasiment immédiate : un peu plus bas dans la rue, un joli marquoir rouge me tendait les bras. Un petit achat, pas du tout déraisonnable... mais quand c'est fini, c'est fini.

Je ne regrettais rien. Mais l'idée de l'alphabet manqué ne m'avait pas quittée, au mois de mai de l'année suivante, à notre retour à Londres ; cependant je n'y croyais guère. Il n'y a pas de suspens car si je vous en parle, c'est évidemment qu'il était toujours là ;-) Et cette fois-ci, s'il m'avait attendue, c'est bien qu'il devait traverser la Manche avec moi !

Géraldine Massy

C'est un faux anonyme en réalité, comme le cahier d'Albertine. Mais sans localisation, il est bien difficile de savoir qui était vraiment cette petite Géraldine et, là encore, de retracer son histoire. Je pourrais peut-être tirer le bout d'un fil qui me mettrait sur la piste d'une famille irlandaise... mais la pelote est difficile à démêler pour moi qui n'ai aucune compétence dans les recherches outre-Manche.

J'en viens maintenant au mystère : il réside dans la dualité de ce marquoir. Car tel qu'il est, dans sa couleur autant que dans sa construction, il semble bien davantage français qu'anglo-saxon. Géraldine a brodé tout en rouge, sur une toile qui titre 12 fils au centimètre, pour une dimension finale de 30 centimètres sur 26. Trois alphabets, une série de chiffres, le tout complété par l'identification et quelques symboles, puis bien clos par une frise très ordinaire : j'aurais à peine été surprise de trouver cette toile, un dimanche matin, dans une brocante bourguignonne. Cette impression est renforcée pas le é accentué dans le prénom, qui n'a vraiment rien d'anglais.

Géraldine Massy aged 8

Mais cependant, le "aged 8" renvoie illico l'ouvrage vers la Grande-Bretagne et le lieu où je l'ai trouvé. Alors qu'en penser ? Papa anglais, maman française ? Une provenance des îles anglo-normandes ? Une mode qui fait un peu franciser le prénom, comme un pendant à Hélène qui avait au contraire donné un air anglais au sien ? L'influence d'une gouvernante ou d'une institutrice française ?

Encore une fois, beaucoup d'interrogations qui resteront peut-être sans réponse. Mais c'est la définition du mystère, après tout !

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30 juillet 2017

Les anonymes de l'été #3

L'anonyme d'aujourd'hui n'est pas un, mais trois : trois beaux alphabets dont les teintes ont été très bien préservées. Comme je les ai trouvés ensemble dans une reliure, qu'ils sont de même format et d'inspiration commune, j'imagine qu'ils sont de la même main ; ou alors de mains alliées ? Trois soeurs, trois cousines, trois amies...

ABC papier perforé

Ils ont pour particularité d'être brodés non pas sur de la toile mais sur du papier. Seulement c'est un papier dont on peut simplement rêver car nous n'en avons pas l'équivalent dans nos fabrications modernes : il fait 10 perforations au centimètre ! La broderie est d'ailleurs exécutée non pas au point de croix mais au demi-point.

Ils sont d'une construction classique et particulièrement équilibrée. Leur attrait tient aussi à la gaieté de leurs couleurs. Dommage qu'ils ne contiennent aucune indication permettant de les identifier, de les localiser, ni même de les dater. Il ne reste qu'à les admirer tels qu'ils sont !

ABC papier perforé 1

ABC papier perforé 2

ABC papier perforé 3

Peut-être aurez-vous envie de récupérer cette charmante petite frise ? La voici en grand, qui devrait sans problème pouvoir vous tenir lieu de diagramme.

Frise

Et je me rattrape in extremis en n'oubliant pas, pour une fois, de vous donner la taille : ils mesurent 21 centimètres de haut sur 27 centimètres de large.

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23 juillet 2017

Les anonymes de l'été #2

Beaucoup de mes vieilleries sont des trouvailles chinées en voyage, dans des contrées proches ou lointaines. C'est une des raisons pour laquelle j'aime particulièrement l'anonyme d'aujourd'hui : il est le souvenir d'une grande matinée passée aux puces de Madrid, couronnée par un chocolat/churros dans un bar très couleur locale. Partie tôt, seule pour ne pas réveiller les amis chez qui je logeais, il avait bien fallu que je me débrouille avec un espagnol inexistant dont je ne connaissais que les quelques mots de courtoisie indispensables à une vie sociale élémentaire.

Révéler la touriste qu'elle est, la pire des situations pour une chineuse ? Pas à Madrid ! Que de gentillesse, d'efforts pour essayer de me comprendre en français, de cris pour appeler en renfort la personne qui servirait de truchement... Et finalement je m'étais fait plaisir en entamant à peine ma cagnotte-brocante, personne n'ayant essayé de profiter de la situation.

ABC Madrid

Ce tout petit rouge, plus que probablement d'origine espagnole [pas sûr, regardez les commentaires : il y manque des lettres typiques de l'alphabet espagnol], est donc chargé de souvenirs pour moi. Il y a d'autres raisons qui me font l'aimer ; je crains que ce ne soit difficile à rendre en photos, mais il est d'une extraordinaire finesse. Je peux essayer de vous la restituer par ses dimensions : il fait 18 centimètres de côté, ce qui n'est pas grand chose pour loger neuf alphabets et le petit bout d'un autre. La délicatesse de la toile peut aussi vous donner une idée : elle titre 24 fils au centimètre !

ABC Madrid Détail 1

Et puis ce petit chiffon brodé de rouge est un mystère. Il a visiblement été coupé, ce dont témoignent son angle supérieur gauche débutant par la fin d'un alphabet et l'absence totale de marges tout autour. Mais il est cependant méticuleusement doublé à petits points, avec un soin qui va jusqu'à la bouffigue aménagée à droite des deux premières lignes pour ne surtout pas amputer les S qui les terminent.

ABC Madrid Détail 2

Bref, tel qu'il est, biscornu, chiffonné, rescapé, presque ordinaire si ce n'était son extrême finesse... je l'aime.

Il est indissociablement lié à une autre trouvaille de ce jour-là : une machine à coudre marquée en partie haute Rico (le nom du fabricant de ces jouets, je crois) et Singer sur le piètement. Un souvenir de plus : j'avais fini la matinée en me baladant avec le fragile jouet de tôle à la main, de peur de l'écraser dans mon sac où je n'avais pas de quoi le protéger. Le temps de finir ma balade et d'arriver au chocolat, j'avais été arrêtée dix fois pour le faire admirer... et je l'aurais revendu presque autant !

Machine à coudre Rico

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16 juillet 2017

Les anonymes de l'été #1

J'entame aujourd'hui une mini-série pour l'été : il n'y aura peut-être pas d'amour (quoi que, allez savoir...) ni de suspens, mais tout de même un peu de mystère. Car ça fait longtemps que je veux vous montrer des ouvrages sur lesquels je manque d'informations, soit qu'ils ne comportent aucun élément d'identification, soit que ceux qui nous sont laissés sont insuffisants pour deviner qui est la brodeuse.

C'est le cas par exemple pour la petite Albertine. Elle a pourtant noté son nom et son prénom sur la couverture de son cahier mais, à défaut de localisation, ils sont l'un et l'autre trop communs pour nous permettre de savoir qui elle était et dévoiler davantage de son histoire.

1 couverture

Son travail n'en mérite pas moins d'être admiré pour ce qu'elle a mis de virtuosité à le réaliser et de goût à le disposer. Son cahier présente avec finesse un devoir par trimestre puis une chemise taillée pour une poupée qui constitue le chef-d'oeuvre de l'année scolaire. Il contient également deux feuilles volantes pour des compositions probablement réalisées en classe, sous l'oeil de la maîtresse de couture et dans un temps imparti.

2 tricot

3 couture

4 reprises

5 chemise

Tant de méticulosité apportée à son travail a trouvé sa récompense. Car je veux croire que les devoirs étant notés sur 20 et les compositions sur 10, elle a obtenu pour chaque épreuve le maximum ;-) Franchement, c'est mérité, vous ne trouvez pas ?

6 compositions

7 étiquette

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09 juillet 2017

Armoire au carré

J'ai repensé à un de mes anciens bricolages en tombant sur ces armoires de poupée dans plusieurs catalogues d'étrennes de la fin du XIXème siècle. La Samaritaine, le Bon Marché, La Ménagère... tous proposaient ces jouets pédagogiques censés préparer les fillettes à leur futur rôle de parfaite ménagère.

catalogues armoires

Ce n'est donc pas ma faute : c'est parce que je n' ai pas eu, étant petite, d'armoire-jouet que les miennes sont généralement dans un état de pagaille indescriptible. Ça ne m'empêche pas de fantasmer sur des rayonnages tirés au cordeau où chaque drap de dessus aurait immanquablement son drap de dessous.

Armoire de poupée

L'affaire fut rectifiée un peu tardivement et j'ai un tout petit lieu où je comble mes envies de linge plié au carré : c'est dans cette armoire dégottée à la brocante de la Grange Rouge ; je l'avais garnie pour l'exposition du Point de Croix Bourguignon de 2002 où Babeth proposait tout un espace dédié au linge.

Armoire ouverte

J'ai pu enfin m'en donner à coeur joie avec ma vision de l'armoire parfaite : draps pliés tous à la même dimension (draps repassés, déjà !), assemblés et repérés par leur destination, piles de torchons s'encastrant sans broncher à leur emplacement exact, courtepointe sagement contenue à sa place assignée, petit fouillis planqué dans les boites et vanneries idéales, fuseaux de lavande pour la touche olfactive finale...

Bref, l'armoire que je n'aurai jamais dans la vraie vie :-)

Armoire ABC

Armoire calendrier

Armoire courtepointe

Avec l'indispensable complicité de Francine la magicienne, auteure de ces invraisemblables vanneries en miniature plus vraies que nature !

Edit : oui, c'est vrai que j'ai oublié de vous donner une idée des tailles : l'armoire fait 50 cm jusqu'au haut du fronton, le coussinet accroché à la poignée un peu moins de 2,5 x 2 cm et le marquoir 5 cm de côté.

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02 juillet 2017

Et si c'était... ?

Je scrute, encore et encore, des images de commerces parisiens en espérant un jour tomber sur une image du magasin Sajou. C'est un petit peu énervant de penser que des photographies ont probablement été prises, qu'elles existent peut-être toujours, mais que faute d'identification, on ne le saura jamais.

Ces deux dames un peu sévères, par exemple, posant pour un photographe dont l'atelier se trouve justement rue Rambuteau, ne pourrait-elles pas être des employées Sajou ? Elles sont présentées comme possibles vendeuses de rubans, mais dans la vitrine derrière elles, on voit des métiers à tapisser, on devine des feuilles de modèles et de ces petits objets à broder qui avaient tant de succès à l'époque. Il s'agit plus probablement d'une de ces nombreuses autres boutiques d'ouvrages de dames qui existaient dans Paris, mais on peut rêver...

Vendeuses de rubans

J'en suis cependant réduite à des suppositions. Et si je me pose tant de questions, c'est que je suis tombée sur une mine. Les bibliothèques municipales de Paris nous offrent, via un portail particulièrement riche, des images passionnantes numérisées dans une belle définition qui permet d'en apprécier tous les détails. Elles viennent justement de mettre en ligne une collection de plus de 1500 cartes photographiques représentant des boutiques parisiennes, prises dans les premières décennies du XXème siècle.

Elles sont très animées car il ne s'agit pas de cartes d'éditeurs destinées à être reproduites en grand nombre. Ce sont des photos prises pour répondre à des commandes de particuliers et tirées sur du papier déjà imprimé au verso avec un formulaire de carte postale. Bien pratique pour donner des nouvelles à la famille, lui montrer comment le petit dernier à bien grandi et peut-être aussi faire un peu étalage de sa réussite !

J'ai fait une sélection très subjective de quelques cartes qui touchent plus spécialement la broderie, la mercerie, la lingerie. Mais ça vaut vraiment le coup d'explorer ce fonds particulièrement fourni, il renferme des pépites ! Chaque photo dévoile des vies, on découvre des détails insoupçonnées en les regardant de plus près, les visages nous happent ; les mains qui se frôlent, les regards qui s'échangent racontent tout une histoire.

Pour peu que vous ayez des aïeux parisiens, vous chercherez comme moi à reconnaître la marraine chapelière, le grand-oncle qui faisait le service au Grand Central ou l'arrière-grand-mère demoiselle de magasin chez une corsetière. Et si dans votre quête vous tombez sur Sajou... surtout, dites-le moi !

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25 juin 2017

À quoi rêvent les couturières ?

C'est le jour où je me laisse aller à une confidence : je suis plongée en ce moment dans la correspondance quasiment quotidienne qu'ont échangée mes parents avant leur mariage. Pendant deux ans, mon père a été éloigné par ses obligations militaires, d'abord en Allemagne, puis à Saumur, puis en Algérie. Ce qui est resté de cette correspondance, en réalité, ce  sont très majoritairement les lettres écrites par mon père ; car ses tribulations ne lui ont permis de sauver qu'une infime partie de celles de ma mère.

Correspondance

Je lis tout de même ce qu'elle lui raconte, en creux, dans les réponses qu'il lui fait : ici il imagine sa vie de tous les jours à l'atelier de couture où elle travaillait alors ; là il la supplie de ne pas veiller trop tard sur les incrustations de dentelles qu'elle doit faire à la robe de Madame Tardy ; ou encore il lui demande si le long travail de ouatinage qu'elle a réalisé sur la doublure de son loden valait sa peine pour la protéger du froid.

Je ne peux m'empêcher de penser aux cartes postales nunuches du début de ce siècle-là, quand on n'imaginait pour les jeunes filles aucun autre avenir enviable que le mariage. Des décennies plus tard, alors que les mentalités commençaient sur ce point à peine à évoluer, ma mère assumait depuis des années une vie de célibataire convaincue. Pourtant, le hasard d'une rencontre et les circonstances d'une absence ont bien dû la porter parfois aux mêmes rêveries, lors des soirées de travail où elle luttait contre le sommeil pour finir la tenue d'une cliente privée...

Rêves de couturières

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18 juin 2017

La maison du passementier

Évidemment, depuis que je me suis découvert des ancêtres passementiers dans la Loire, de nouveaux horizons s'ouvrent à moi. J'ai profité récemment d'un voyage vers l'Auvergne pour découvrir les paysages dans lesquels ils ont vécu au XVIIIème siècle, entre Saint-Chamond et Saint-Héand.

Sur la route de Saint-Héand

J'ai aimé ce que j'ai vu de "mon" nouveau pays mais je voulais aussi en savoir un peu plus sur la vie menée par les Villemagne. Alors j'ai fait halte à la maison du passementier, à Saint-Jean-Bonnefonds.

Maison du passementier en 1914

On devine, sur cette carte postale du début du XXème siècle, l'endroit où était situé un atelier familial de passementerie, dans la dernière maison de la rangée. A cette époque, la grande majorité des rubans français provenait du pays stéphanois ; c'est donc une activité qui a laissé une forte empreinte dans la région.

On  visite aujourd'hui dans cette petite maison un intérieur reconstitué qui donne aussi à voir la vie quotidienne des habitants.

Cuisine et chambre

Dans l'atelier sont présentés deux impressionnants métiers jacquard. En raison de la mécanique qui les surmonte, ils ne pouvaient trouver leur place que dans des pièces aux plafonds très hauts. C'est ce qui explique la configuration très particulière des intérieurs des tisserands, qu'on retrouve également dans les ateliers des canuts à Lyon.

Métiers

Justement, l'intérêt ici est qu'une mezzanine court autour de la pièce, permettant d'observer par le haut tous les détails des mécaniques. Et c'est vraiment magnifique, ces outils de travail monumentaux mais où le décor n'a pas été oublié ; ils sont ornés de détails très raffinés.

Mécaniques Jacquard

En redescendant à l'étage des métiers, on découvre également tout ce qui sert au travail du fil : de belles canetières, l'établi où le passementier faisait ses réparations, des paniers de bobines...

Cannetière

Une famille a vécu ici ; sommaire, malhabile et touchante comme toutes les autres, c'est ce que nous rappelle la marquette de Joséphine au détour d'une pièce, comme un clin d'oeil au cours de cette jolie visite.

ABC Joséphine Roux

La maison du passementier illustre à nouveau le bel engagement d'une commune pour donner corps à son histoire et communiquer autour de son patrimoine. Ces initiatives sont multiples, alors si vous avez l'occasion de bouger cet été, n'hésitez pas à les soutenir au cours d'une halte, bien plus agréable que sur une aire d'autoroute. On découvre des merveilles en voyageant lentement :-)

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