On est bien d'accord, le petit chaperon rouge mériterait d'être mis en quarantaine tellement on le voit trop partout… mais bon… je suis faible, je le confesse, et je n'ai pas su résister à la chaperonite ambiante ;-) J'ai réalisé ce cartonnage l'été dernier, en copiant exactement la forme de la boîte Cartier-Bresson que je vous ai montrée dans le billet précédent. Mais le tissu dont je l'ai recouverte représente de belles chromolithographies du 19ème siècle. Elles illustrent la version gentillette, celle où la grand-mère finit par savourer la galette avec sa petiote…

boite PCR fermée

boite PCR ouverte

Côté des aiguilles, côté des épingles

Au-delà du débat entre les deux conclusions du conte, celle de Perrault au XVIIème siècle, terrible et marquante pour les jeunes esprits (le loup boulotte irrémédiablement la grand-mère et la gamine) et celle des Grimm au XIXème, sucrée et pas si crédible que ça (le chasseur ouvre finalement le ventre du loup et y récupère les deux naïves), ce qui nous intéresse bien plus, nous autres brodeuses, ce sont les versions régionales colportées par la tradition orale. Et bien sûr celles qui évoquent cette mystérieuse histoire d'aiguilles et d'épingles, bien faite pour titiller notre curiosité…

En gros, au moment où se pose l'épineuse question du choix du chemin à prendre pour arriver chez sa mère-grand, la petite doit se décider soit pour le chemin des aiguilles "avec lesquelles il faut travailler", soit pour le chemin des épingles "avec lesquelles on peut s'attifer". Je suis sérieuse ou je fais ma coquette ? C'est une fois de plus la grande Yvonne Verdier qui expose de façon passionnante les tenants et les aboutissants de ce choix pas si anecdotique qu'il y paraît, dans un texte publié en 1978 dans Les Cahiers de la littérature orale, "Grands-mères, si vous saviez : le Petit Chaperon Rouge dans la tradition orale". Il vaut vraiment le coup d'être lu dans sa totalité, y compris pour ses commentaires sur les autres aspects du conte. Pour y accéder, c'est ici.

En tout cas, n'oubliez pas la morale de Perrault le sadique et… à bonne entendeuse, salut,>)))

On voit ici que de jeunes enfants,
Surtout de jeunes filles
Belles, bien faites, et gentilles,
Font très mal d'écouter toutes sortes de gens,
Et que ce n'est pas chose étrange,
S'il en est tant que le loup mange.
Je dis le loup, car tous les loups
Ne sont pas de la même sorte;
Il en est d'une humeur accorte,
Sans bruit, sans fiel et sans courroux,
Qui privés, complaisants et doux,
Suivent les jeunes demoiselles
Jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles ;
Mais, hélas ! qui ne sait que ces loups doucereux,
De tous les loups sont les plus dangereux

J'ai quelque part un joli livre pour enfants rempli d'aiguilles et d'épingles dansantes, il faut que je le retrouve !