Après vous avoir raconté ma balade sur la friche DMC, je ne voudrais pas donner l'impression d'une nostalgie excessive. Enfin si… à titre personnel, je suis très nostalgique et je voudrais qu'on conserve absolument tout ce qui tourne autour du fil ;-) En revanche, si je prends un peu de recul dans ma réflexion, je sais pertinemment que les bâtiments ont comme les hommes un cycle de vie, que les villes ont besoin de se renouveler et qu'elles doivent désormais le faire sans grignoter davantage les espaces naturels.

Alors dans tout ça, quid du site DMC, de sa reconversion et -nous l'espérons dans le fond de nos cœurs de brodeuses- de la mise en valeur de ce patrimoine de l'industrie textile ? Après avoir appréhendé sur place la configuration des lieux, j'ai voulu comprendre un peu mieux ce qui avait déjà disparu et les projets développés autour du quartier.

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Si j'ai bien interprété l'information que j'ai pu glaner ici ou là, ce que j'ai vu et qui reste debout, ce sont surtout des bâtiments datant de la fin du XIXème siècle et du début du XXème.

DMC a toujours son unité de production sur place, même si l'entreprise s'est repliée sur environ le tiers de sa superficie initiale, 5 hectares occupés actuellement contre 15 auparavant.

DMC

Il y a également un village d'activités sur près de 9 000 m² dont plus de la moitié est déjà occupée par une petite dizaine d'entreprises. C'est ce que j'ai vu en premier en arrivant, avec un vigile sympa qui m'a donné quelques informations pour m'aider à me repérer.

village d'activités

Ce qui a récemment fait polémique, c'est le sort réservé à l'un des premiers bâtiments sur le site, la filature construite en 1812. Elle avait ceci de remarquable qu'il s'agissait de la première filature à l'anglaise installée en France et la dernière survivante de ces filatures géantes, sa longueur finale ayant été portée à pratiquement 140 mètres suite à différents ajouts.

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filature 1812-3Documents Galica

L'ensemble ne faisait malheureusement pas l'objet d'une protection au titre des monuments historiques. Il était devenu la propriété d'un groupe privé et était très endommagé à la suite de plusieurs incendies, survenus dans des circonstances obscures. On voit bien sur la prise de vue qui suit l'état désastreux dans lequel se trouvait une partie importante de ce bâtiment, privé de sa couverture par les flammes.

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Un de ses éléments majeurs, le bloc vapeur, avait déjà été détruit en mai 2011. Quant à la filature elle-même, elle a été très rapidement démolie au moment des dernières fêtes de Noël, prenant de court les défenseurs du site, même si tout le monde était conscient de la menace. Les pelles ont débuté leur travail le 23 décembre et on peine à imaginer que la période ait été choisie au hasard…

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démolition-2Origine des photos : le blog Le wagges

Là-dessus, que dire ? Peut-être ne peut-on pas tout conserver du passé architectural, peut-être même ne le doit-on pas. Cependant il est toujours désagréable de voir qu'une question qui devrait être gérée au moins au niveau de la collectivité quand il s'agit de patrimoine, ne relève en définitive que d'intérêts privés. Ceci dit, il a bien fallu qu'à un moment ou un autre, la ville délivre un permis de démolition… Tout ce que j'espère, au point où en sont les choses, c'est que la filature aura été bien documentée avant sa destruction. Car tout ce qui en reste désormais, c'est un grand vide... et un orphelin, le magasin de fil datant de 1931 qui, lui, a été épargné. Pour combien de temps ?

magasin de fil

Il y a quatre ans, les architectes-urbanistes Reichen et Robert & associés étaient lauréats du marché de définition lancé par la ville, avec un projet de requalification de l'ensemble du quartier qui faisait la part  belle à la réutilisation des bâtiments existants. Ceci dit, on peut se demander s'il est toujours d'actualité, dans la mesure où il prévoyait justement de mettre en valeur la filature 1812, en la transformant en une cité du réemploi et en y créant une centaine de lofts... Voici désormais le projet retenu amputé d'un élément non négligeable !

En attendant, pour la partie restant qualifiée sous le terme de "friche" dans laquelle vous avez pénétré avec moi ici, la ville a favorisé dans le bâtiment 75 l'implantation du projet participatif motoco (pour More to Come), fédérant des créateurs français, suisses et allemands dans tous les domaines : design, architecture, peinture, photo, vidéo, informatique, musique... Ce sont principalement des ateliers et des espaces d'exposition qui se sont installés là.

Motoco

Le site vous intéresse ? Après avoir fureté à droite à gauche pour en savoir plus, la friche me semble accessible à de multiples occasions, comme les dimanches portes ouvertes de motoco ou les journées de l'architecture par exemple. De plus en plus d'évènements y sont organisés, ainsi l'exposition de graffitis qui s'est tenue au bâtiment 75 ces jours-ci. D'ailleurs, même les fermes AMAP viennent de s'installer la semaine dernière au quai 57 et y distribueront désormais leurs paniers.

Elle se trouve peut-être dans ces multiples initiatives, la prochaine vie du site DMC ?