Qui n'a pas enfoui avec volupté la main dans la boîte à boutons pour les caresser, les agiter, inlassablement les trier et les mélanger à nouveau ? La ruse des mamans couturières pour fixer un peu les enfants remuants...  Modeste ou luxueux, l'indispensable bouton traverse toutes les époques et investit toutes les modes. Ce minuscule héros de notre vêture justifiait parfaitement qu'une exposition d'envergure le mette dans la lumière. C'est chose faite avec celle que nous propose le musée des Arts Décoratifs, autour de la collection de plus de 3000 boutons constituée par Loïc Allio.

La scénographie sobre et spectaculaire d'Éric Benqué structure un parcours très lisible, à la fois chronologique et thématique. L'exposition donne à voir non seulement les boutons -nombreux et pour la plupart exceptionnels- mais aussi les vêtements superbes sur lesquels ils jouent les vedettes. Après une introduction sur les matières et les techniques, on aborde les parures d'hommes avec de merveilleux habits à la française, richement ornementés. Quelques devants jamais montés permettent de bien apprécier le travail sur les boutons, brodés dans les morceaux perdus.

Boutons brodés

Toutes les toilettes, anciennes ou contemporaines, sont subtilement mises en valeur par un éclairage calculé ; j'imagine qu'il a été dosé pour protéger ces fragiles textiles.

Toilettes Belle Époque

Objets prosaïques du quotidien, objets familiers touchés chaque jour et plusieurs fois par jour, les boutons forment aussi sur l'étoffe une ponctuation qui dépasse leur simple aspect utilitaire. Ils soulignent l'axe du vêtement et définissent ses points d'appui dans un équilibre de funambule.

Toilettes modernes

J'ai  craqué pour la simplicité extrême de la plupart des coupes. Il me semble que c'est cette pureté qui fait de chacune des pièces une oeuvre d'art. Cette pélerine, la découpe de ce cache-poussière...

Pélerine et cache-poussière

L'exposition n'oublie pas les boutons plus prosaïques, cachés ou à peine dévoilés, de la parure intime : sur les gilets, sur les bottines, sur la lingerie...

Gilets et bottines

Et elle aborde évidemment tout l'aspect de la fabrication et de la commercialisation : industrie de la nacre à Méru, de la céramique à Briare, catalogues des grands magasins, nos collections sont ici... puissance 10 !

plaques boutons

Mon seul regret est de ne pas avoir pu repartir avec un catalogue de l'exposition, ce que n'est pas le très beau livre qui lui est associé. Je suis ravie de l'avoir pris, mais je me suis un peu trop reposée sur lui en ne photographiant pas les cartels, par exemple. Du coup je manque de précisions, notamment sur les couturiers à qui attribuer les toilettes. Vous les retrouverez sur place, si vous avez la chance de pouvoir vous rendre aux Arts Décoratifs d'ici le 19 juillet.

En attendant, je vous popose une autre introduction à la visite avec cette courte vidéo de présentation conçue par le musée.