Violine se demandait, sur le billet de mercredi dernier, si j'avais retrouvé la trace de la petite Noémie qui avait brodé un si joli marquoir dédié à sa maman. Je me suis dit que c'était peut-être l'occasion de vous expliquer comment j'aborde l'écriture de ce type de billets.

Si je prends par exemple le marquoir d'Eugénie Rigaud, il contient tous les éléments nécessaires à son identification : Eugénie a 11 ans en 1915, elle est donc née vers 1904 à Solliès-Pont. Je trouve bien dans l'état-civil de cette commune une Eugénie Rigaud, née le 26 juillet 1904. Je vérifie par précaution dans les tables décennales de la commune qu'aucune autre enfant portant ce nom n'est déclarée entre 1903 et 1905, pour éliminer une peu probable mais toujours possible homonymie. Je considère finalement que mon marquoir peut sans équivoque être attribué à la fillette que je viens de trouver.

A partir de là, je déroule le fil et je cherche à en savoir le plus possible sur ma petite. Je remonte les actes de l'état civil sur plusieurs générations, ce qui me permet de dire qu'elle est bien d'une famille paysanne (voilà qui n'a rien d'étonnant à l'époque !) : Joseph Gavot, par exemple, son arrière-arrière-grand-père, était déjà cultivateur. Et puis je cherche dans son environnement plus proche : elle a bien une grande soeur, Charlotte, née six ans avant elle. Pour la petite histoire d'ailleurs, Charlotte a été déclarée née de père inconnu quatre ans avant le mariage de ses parents, qui l'ont reconnue à cette occasion comme l'enfant du couple.

Naissance Charlotte Rigaud

Bref je réunis le plus possible d'éléments autour d'Eugénie. Je ne les utiliserai pas tous, je ne vous donnerai pas tous les détails factuels car ce que je veux, ce n'est pas écrire un article de généalogie pointue mais replacer le marquoir dans son contexte. Cependant j'essaie de ne pas extrapoler et d'utiliser uniquement des éléments avérés. Par exemple, j'ai vérifié dans le dernier recensement disponible la composition de la famille : a priori le ménage est composé uniquement des parents et des deux filles. Ainsi je ne parlerai pas de frère, mais de cousins partis à la guerre.

Rigaud recensement 1906

Quand j'écris le billet, je n'ai pas encore le feuillet matricule d'Auguste, je ne connais donc pas avec précision ses états de service pendant la guerre. J'ai juste pu vérifier qu'il ne figurait pas dans la base des morts pour la France de la première guerre mondiale. Je dis donc simplement qu'il appartient à une classe d'âge partie à la guerre dès les premiers jours de la mobilisation. Rappelez-vous, je vous avais proposé un complément quand j'avais mis la main sur ce fameux registre matricule qui me permettait d'avancer une interprétation plus étayée du bateau brodé par Eugénie sur son marquoir.

Registre matricule Auguste Rigaud

Dans le cas de Noémie en revanche, j'ai choisi de raconter une histoire plutôt que d'être factuelle, justement parce que j'ai peu d'éléments. Je connais simplement la provenance de ce marquoir, trouvé en Isère, et j'ai repéré sur la commune iséroise du Gua la naissance d'une petite Noémie Ardoin-Fallut, le 1er août 1859. Ça peut correspondre à mon marquoir, mais à ce stade je considère que j'ai trop peu d'éléments pour l'affirmer avec certitude.

naissance Noémie

Je choisis donc de m'appuyer sur l'histoire de Noémie Fleurine (Fleurine, quel merveilleux prénom !), mais il serait risqué de vous la présenter à coup sûr comme l'auteure du marquoir. J'ai regardé la situation du Gua, à une trentaine de kilomètres de Grenoble, où se tient bien à l'époque une foire des Rameaux : ce sera mon point de départ pour rêver au chemin qu'ont pu prendre ces belles soies jusqu'à l'aiguille de ma petite paysanne. Oui, une famille paysanne... encore !

Voilà donc la "cuisine" qui se cache derrière les billets de la catégorie "Un ouvrage, une histoire. Pas seulement eux d'ailleurs, j'ai par exemple beaucoup de documents sur la vie de M. Sajou que j'ai utilisés pour raconter l'histoire de sa vie, mais sans entrer dans les détails pour ne pas vous noyer sous des précisions qui ne me semblaient pas d'un intérêt primordial.

D'ailleurs j'y pense : est-ce que ça vous intéresserait que je vous propose une recherche concrète, à partir d'un marquoir, pour identifier tous les éléments des archives nécessaires à sa documentation ? Il y a déjà pas mal de choses en ligne pour les débutants en généalogie, mais tellement justement que ça peut parfois être un peu difficile de s'y retrouver quand on n'y connaît rien. Un pas-à-pas "spécial collectionneuse", ça vous servirait ?