Ils sont nombreux à s'être cassé les dents sur cette énigme : identifier, dans la ville de Delft, le lieu illustré par Vermeer dans sa toile intitulée La ruelle. En désespoir de cause, certains ont même avancé l'hypothèse qu'il avait peint un endroit imaginé, une quintessence de sa ville natale sans toutefois en représenter un endroit précis.

Vermeer - La ruelle

Ce tableau est accroché depuis longtemps dans mon musée imaginaire. Je l'aime pour cette femme à l'ouvrage encadrée dans son pas de porte, bien sûr : dans ce sujet incident je vois, moi, le principal. Mais je l'aime surtout pour la sérénité puissante qu'il dégage. La matière est rendue avec une précision hallucinante : la briquette fissurée, les murs chaulés, le bois des vantaux ; et dans le même temps, les personnages sans visage donnent à la scène un côté intemporel qui confine à l'universalité.

J'aime la poésie dont Vermeer habille un quotidien ordinaire, j'aime la palette sourde et somptueuse des couleurs, j'aime le silence que j'entends dans cette scène urbaine.

Bref... j'aime ce tableau ;-)

Vermeer - La ruelle détail

Et bien nous saurons désormais où Vermeer a posé son chevalet pour nous offrir cette icône de la cité de Delft ; ou du moins, le Rijksmuseum vient-il de valider les recherches d'un historien hollandais, le professeur Frans Grijzenhout. Il a dépouillé des archives qui n'avaient jamais été exploitées auparavant et notamment le registre des droits de quais, dressé en 1667 pour enregistrer la participation des propriétaires à l'entretien des canaux et des quais.

Dans ce rôle, les habitations et les passages de séparation sont décrits avec une précision avoisinant les quinze centimètres. Le lieu identifié par le professeur Grijzenhout, aux actuels numéros 40 et 42 de la Vlamingstraat, correspond non seulement aux maisons représentées en premier plan du tableau mais également à celles situées sur les lignes de fuite. La demeure qui constitue le sujet principal de la toile était celle de la tante de Vermeer. Sa mère et sa soeur habitaient elles aussi le long de ce canal, sur le quai opposé.

Les maisons d'aujourd'hui, construites au XIXème siècle, ne sont plus celles que Vermeer représentait deux siècles auparavant. Seule subsiste la configuration du passage de séparation.

La ruelle aujourd'huiLe Rijksmuseum propose depuis vendredi une exposition temporaire consacrée à cette découverte et qui durera jusqu'au 13 mars prochain. Elle sera ensuite remontée jusqu'à l'été à Delft même, au musée Prisenhof. A défaut de pouvoir faire le voyage, je vous donne rendez-vous pour cette visite virtuelle qui décrypte les dernières recherches sur l'oeuvre de Vermeer.

Souvenez-vous aussi, je vous parlais déjà du Rijksmuseum ici et notamment de la possibilité de s'y construire son propre atelier : le vôtre se remplit-il ?