Je vous ai déjà parlé de la touchante exhumation de souvenirs entreprise par Clara Beaudoux dans la cave de Madeleine, précédente occupante de son appartement à Paris. Par petites touches et en tweets de 140 signes, Clara nous fait partager ses découvertes, banales, émouvantes ou cocasses. Comme un sculpteur débarrassant son sujet de la matière inutile qui l'emprisonne, elle écarte un à un les voiles de l'oubli pour amener sous nos yeux une femme ordinaire et, par conséquent, digne du plus grand intérêt.

Madeleineproject 1

Le premier pied posé dans cette cave a entraîné Clara bien plus loin qu'elle ne l'avait imaginé : à la recherche des élèves de Madeleine, dans  la quête généalogique pour arriver à poser un nom sur ses photos, à Bourges pour retrouver la maison de son enfance... Et elle entrevoit maintenant une suite en proposant une collecte de souvenirs, de nos souvenirs cette fois-ci.

Collecte Madeleine project

Je n'ai pas hésité un instant et j'ai proposé à la collecte l'histoire de ma danseuse autrichienne, légèrement miteuse mais toujours vaillante et primesautière pour une nana qui va sur ses 85 ans.

Dans la maison de mes parents, cette danseuse un peu kitsch était protégée derrière la vitre de la bibliothèque, avec interdiction aux enfants d'y porter la main. On nous avait tellement bassiné.e.s avec sa fragilité que n'aurions jamais osé transgresser cet interdit-là. Parfois, quand nous avions bien supplié, Maman la sortait, remontait le mécanisme et la faisait jouer, avec tout le cérémonial requis par l'évènement.

Danseuse autrichienne

La danseuse autrichienne virevoltait un court moment sur quelques notes charmantes et aigrelettes, devant nos yeux fascinés qui avaient pourtant déjà tant de fois assisté au miracle. Puis elle s'épuisait, comme sur le point de défaillir ; mais nous retenions notre souffle et ne perdions pas une seconde de cette agonie, sachant déjà qu'il était inutile de réclamer un second tour.

Jeannette et Roland

Quand j'y repense, je me dis que ma mère devait bien se marrer à nous embrouiller ainsi, en ne perdant pas une occasion de nous mettre à l'école du plaisir et de la frustration ! Cette broutille pour touristes, rapportée de leur voyage de noces par mes grands-parents en 1932, trône désormais derrière la vitre de MA bibliothèque ; je pourrais faire danser la petite autrichienne à ma guise… mais j'ai bien trop peur de l'user ;-) Parfois, cependant, dans d'exceptionnelles occasions, quand on m'a bien suppliée…

Et vous, quel souvenir offrirez-vous ?