28 mai 2017

Soie en bottes

Après le fil en moche, voici un conditionnement utilisé souvent pour un fil plus sophistiqué. Pour le dictionnaire de l'Académie française de 1762, "on appelle Botte de soie, l'assemblage de plusieurs écheveaux de soie liés ensemble. Une botte de soie. Marchand de soie en bottes".

Balzac dépeint, dans Les célibataires, les méthodes d'éducation expéditives du père Rogron qui entend laisser ses enfants se débrouiller pour faire fortune ; le coup de pied bien placé par lequel il s'en débarrasse expédie sa fille Sylvie au milieu de la mercerie. "A vingt ans, elle était la seconde demoiselle de la maison Julliard, marchand de soie en bottes, au Ver chinois, rue Saint-Denis." Puis elle s'allie avec son frère et tous deux "achetèrent de madame Guenée le célèbre fonds de la Soeur de famille, une des plus fortes maisons de détail en mercerie".

Les annuaires du XIXème siècle regorgent, parmi les merciers, de ces marchands de soies en bottes. Le Paris Illustré de 1855 indique que "les magasins de soie en bottes ou filée, au nombre d'environ 70, se trouvent pour la plupart dans le quartier Saint-Denis". Il s'en fait depuis longtemps un commerce énorme dans le domaine des ouvrages de dames, à tel point qu'on trouve à la 6ème classe du corps des merciers "ceux qui ne vendent que des soies en bottes".

Perrin-JaricotBazar parisien - Source : Gallica

D'ailleurs la législation des patentes n'oublie pas le métier du plieur de soie qui approvisionne tout ce commerce :

PatentesLa législation des patentes appliquée aux industries textiles - Source : Gallica

Soies en bottes, jolies soies en bottes, aurai-je un jour le courage de vous utiliser ? Vous êtes la promesse de beaux ouvrages mais ce serait me priver du plaisir d'entrouvir la boîte aux merveilles pour vous contempler, vous caresser et vous sentir crisser sous mes doigts...

Soie sublime

Et puis quand ce sont de fins écheveaux qu'on a liés ensemble, on parle volontiers de soie en pantines. "Il faut quatre pantines pour faire une main"... Où donc s'arrêteront les découvertes et les mystères au merveilleux pays de la mercerie ?

Soie La Religiosa

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21 mai 2017

Carnet du jardin

Des fleurettes, on en brode toute l'année mais, printemps oblige, la période est particulièrement bien choisie pour en semer sur nos ouvrages. Comme la serpentine est l'un des matériaux avec lesquels j'adore jouer, je ne me suis pas privée de l'utiliser, en différentes largeur, pour cette couverture de cahier indispensable à la jardinière brodeuse.

Carnet du jardin

Ces petites fleurs-là sont vraiment très amusantes à réaliser. Si vous voulez vous y essayer, c'est ma contribution au numéro 3 des Broderies de Marie & cie qui vient juste de paraître.

Carnet du jardin détail

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14 mai 2017

Les matinées d'Estelle

Droit de suite... je me rends compte que je laisse en suspens bien des sujets qui attendaient un développement. C'est le cas pour ces mystérieuses matinées sur lesquelles nous nous interrogions quand je vous ai parlé de l'inventaire après décès de mon ancêtre Estelle, établi en 1884. Pourtant à la suite de notre discussion, j'avais eu grâce à vous de nouveaux éléments permettant d'éclairer un peu ce mystère.

C'est tout d'abord Michèle qui nous proposait dans les commentaires cette définition du Larousse ménager de 1926 :

Matinée (costume) - Vêtement d'intérieur que l'on porte avec des jupes dépareillées ou sur des combinaisons. Les matinées se font en lingerie : linon, percale, mousseline, voile et crêpe, pour l'été; en tissus plus épais, tels que le zénana, le molleton, le velours, la duvetine, pour l'hiver. Leur forme varie suivant la mode.

Et puis Élisa m'avait envoyé ces images, extraites de l'album n°6 du Trousseau Moderne. Je n'ai pas la date, mais je dirais dans les années 20, Élisa ?

Matinée 818

Matinée 24231

Enfin je viens de trouver cette carte commerciale qui évoque elle aussi ces fameuses matinées, en les associant aux robes de chambre. Celle-là, je l'aime tout particulièrement, pour la rue Grignan que j'ai habitée pendant des années, quelques numéros plus haut : juste la rue Paradis à traverser (plus quelques décennies ;-) et j'y étais. J'aurais pu de demander à Madame Mallet d'éclairer notre lanterne !

Maison Mallet

Il est indéniable donc que derrière ces matinées se cachent des tenues d'intérieur. J'imagine qu'elles devaient pouvoir être plus ou moins délicates, plus ou moins saut du lit. La garde-robe de mes ancêtres, sans être pauvre, n'est tout de même pas pléthorique. Voici la vêture d'Estelle, prisée en tout soixante francs :

Vêture Estelle

Celle d'Alix, son mari, prisée cinquante francs :

Vêture Alix

Et pour compléter leurs bijoux :

Bijoux

Il est bien difficile de se représenter à quoi correspondent les prisées annoncées, même en se référant à quelques prix de l'époque. Cependant le reste de l'inventaire lève le voile sur un intérieur plutôt modeste et centré sur l'utilitaire. La seule fantaisie d'Estelle, à part ses boucles d'oreilles, résidait peut-être dans ses deux serins. Quelques chromos encadrées, aussi...

J'ai du mal alors à penser qu'elle avait dans son armoire des petites tenues purement frivoles. Et qu'elle en avait cinq ! Comme le notaire n'a recensé que deux toilettes d'extérieur et que le reste est plutôt de la lingerie, peut-être que ces matinées n'étaient pas si sophistiquées que ça ? Mais je suis tout de même intriguée par l'absence de robes pour tous les jours ; à moins que les jupons de couleur ne constituent les "jupes dépareillées" évoquées par le Larousse ménager. Bon sang Estelle, comment t'habillais-tu pour passer le balai ou descendre au lavoir ?

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07 mai 2017

Fil moche

Quand on croit avoir tout vu, il en reste encore un sacré paquet à découvrir ;-) Heureusement, me direz-vous... La découverte de la semaine se fait pour moi au détour du catalogue d'un mercier en gros, dont j'aurai l'occasion de vous reparler. Pour le moment, cette simple annonce me semble un petit bijou :

fil bis moche

J'ai un peu tiqué sur le coup, pensant à un filateur qui aurait poussé trop loin le délire en cherchant à se démarquer de ses concurrents avec le nom de son fil. Mais comme il faut quand même toujours vérifier, un premier regard au Littré de 1873 me permet de constater qu'il ne connaît pas encore moche dans l'acception familière qui est la nôtre aujourd'hui. Même si elle est apparue à la fin du XIXème siècle, elle ne devait pas être encore très répandue quand il a fallu baptiser ce nouveau produit

Et puis, la page une fois tournée, surgit une piste :

fil en moche

Fil en moche, ce n'est déjà plus tout à fait la même chose... Je me dirige donc vers une de mes sources favorites quand il s'agit de comprendre quelque chose à tout se qui se trafiquait au XVIIIème siècle, "dans les quatre parties du monde, par terre, par mer, de proche en proche, & par des voyages de long cours, tant en gros qu'en détail". Si je ne trouve pas là, j'abandonne !

Dictionnaire universel de commerce - Savary des Bruslonssource : Gallica

Aucun risque, le Sieur Savary des Bruslons tient ce qu'il annonce ;-) J'apprends donc chez lui que "les Fils en moches, qui se tirent de Rennes, sont à peu près de la même qualité que les Fils Bas-Bretons ; aussi servent-ils au mêmes usages. On les vend à la moche ; c'est-à-dire, au paquet de plusieurs écheveaux liez ensemble par un bout. Chaque moche pèse dix livres".

On conditionne le plus souvent en moches un fil conservant un aspect un peu brut et naturel, soit qu'il soit non teint ou bien peu retordu ou encore assez épais. On trouve aussi l'appellation chez Emilie Bougy qui, dans son Manuel des Travaux de Dames, conseille son emploi pour le macramé.

Emilie Bougy - Manuel des travaux de dames

Alors non : pas si délirant, Monsieur Grellou !

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01 mai 2017

Go gentle babe

Dans les registres du London Foundling Hospital, comment ne pas s'arrêter, une fois de plus, sur les émouvants signes de reconnaissances laissés par les mamans sur leur nourrisson, au moment de rompre le lien ?

London Foundling Hospital

C'était un premier mai... Ici, le bébé est marqué au point de croix et accompagné de voeux déchirants que je ne me risquerai pas à traduire, de peur d'en perdre la finesse, surtout dans cet anglais du XVIIIème siècle. Mais les mots de cette mère souhaitant à son enfant, loin d'elle, une vie de bonheur et d'amour s'entrechoquent durement à la réalité, quand on sait que deux tiers des petits pensionnaires mouraient à l'orphelinat.

Philip Holond

Si vous voulez en lire d'avantage notamment sur le London Foundling Hospital, je vous renvoie à ce billet de l'année dernière.

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