30 juillet 2017

Les anonymes de l'été #3

L'anonyme d'aujourd'hui n'est pas un, mais trois : trois beaux alphabets dont les teintes ont été très bien préservées. Comme je les ai trouvés ensemble dans une reliure, qu'ils sont de même format et d'inspiration commune, j'imagine qu'ils sont de la même main ; ou alors de mains alliées ? Trois soeurs, trois cousines, trois amies...

ABC papier perforé

Ils ont pour particularité d'être brodés non pas sur de la toile mais sur du papier. Seulement c'est un papier dont on peut simplement rêver car nous n'en avons pas l'équivalent dans nos fabrications modernes : il fait 10 perforations au centimètre ! La broderie est d'ailleurs exécutée non pas au point de croix mais au demi-point.

Ils sont d'une construction classique et particulièrement équilibrée. Leur attrait tient aussi à la gaieté de leurs couleurs. Dommage qu'ils ne contiennent aucune indication permettant de les identifier, de les localiser, ni même de les dater. Il ne reste qu'à les admirer tels qu'ils sont !

ABC papier perforé 1

ABC papier perforé 2

ABC papier perforé 3

Peut-être aurez-vous envie de récupérer cette charmante petite frise ? La voici en grand, qui devrait sans problème pouvoir vous tenir lieu de diagramme.

Frise

Et je me rattrape in extremis en n'oubliant pas, pour une fois, de vous donner la taille : ils mesurent 21 centimètres de haut sur 27 centimètres de large.

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23 juillet 2017

Les anonymes de l'été #2

Beaucoup de mes vieilleries sont des trouvailles chinées en voyage, dans des contrées proches ou lointaines. C'est une des raisons pour laquelle j'aime particulièrement l'anonyme d'aujourd'hui : il est le souvenir d'une grande matinée passée aux puces de Madrid, couronnée par un chocolat/churros dans un bar très couleur locale. Partie tôt, seule pour ne pas réveiller les amis chez qui je logeais, il avait bien fallu que je me débrouille avec un espagnol inexistant dont je ne connaissais que les quelques mots de courtoisie indispensables à une vie sociale élémentaire.

Révéler la touriste qu'elle est, la pire des situations pour une chineuse ? Pas à Madrid ! Que de gentillesse, d'efforts pour essayer de me comprendre en français, de cris pour appeler en renfort la personne qui servirait de truchement... Et finalement je m'étais fait plaisir en entamant à peine ma cagnotte-brocante, personne n'ayant essayé de profiter de la situation.

ABC Madrid

Ce tout petit rouge, plus que probablement d'origine espagnole [pas sûr, regardez les commentaires : il y manque des lettres typiques de l'alphabet espagnol], est donc chargé de souvenirs pour moi. Il y a d'autres raisons qui me font l'aimer ; je crains que ce ne soit difficile à rendre en photos, mais il est d'une extraordinaire finesse. Je peux essayer de vous la restituer par ses dimensions : il fait 18 centimètres de côté, ce qui n'est pas grand chose pour loger neuf alphabets et le petit bout d'un autre. La délicatesse de la toile peut aussi vous donner une idée : elle titre 24 fils au centimètre !

ABC Madrid Détail 1

Et puis ce petit chiffon brodé de rouge est un mystère. Il a visiblement été coupé, ce dont témoignent son angle supérieur gauche débutant par la fin d'un alphabet et l'absence totale de marges tout autour. Mais il est cependant méticuleusement doublé à petits points, avec un soin qui va jusqu'à la bouffigue aménagée à droite des deux premières lignes pour ne surtout pas amputer les S qui les terminent.

ABC Madrid Détail 2

Bref, tel qu'il est, biscornu, chiffonné, rescapé, presque ordinaire si ce n'était son extrême finesse... je l'aime.

Il est indissociablement lié à une autre trouvaille de ce jour-là : une machine à coudre marquée en partie haute Rico (le nom du fabricant de ces jouets, je crois) et Singer sur le piètement. Un souvenir de plus : j'avais fini la matinée en me baladant avec le fragile jouet de tôle à la main, de peur de l'écraser dans mon sac où je n'avais pas de quoi le protéger. Le temps de finir ma balade et d'arriver au chocolat, j'avais été arrêtée dix fois pour le faire admirer... et je l'aurais revendu presque autant !

Machine à coudre Rico

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16 juillet 2017

Les anonymes de l'été #1

J'entame aujourd'hui une mini-série pour l'été : il n'y aura peut-être pas d'amour (quoi que, allez savoir...) ni de suspens, mais tout de même un peu de mystère. Car ça fait longtemps que je veux vous montrer des ouvrages sur lesquels je manque d'informations, soit qu'ils ne comportent aucun élément d'identification, soit que ceux qui nous sont laissés sont insuffisants pour deviner qui est la brodeuse.

C'est le cas par exemple pour la petite Albertine. Elle a pourtant noté son nom et son prénom sur la couverture de son cahier mais, à défaut de localisation, ils sont l'un et l'autre trop communs pour nous permettre de savoir qui elle était et dévoiler davantage de son histoire.

1 couverture

Son travail n'en mérite pas moins d'être admiré pour ce qu'elle a mis de virtuosité à le réaliser et de goût à le disposer. Son cahier présente avec finesse un devoir par trimestre puis une chemise taillée pour une poupée qui constitue le chef-d'oeuvre de l'année scolaire. Il contient également deux feuilles volantes pour des compositions probablement réalisées en classe, sous l'oeil de la maîtresse de couture et dans un temps imparti.

2 tricot

3 couture

4 reprises

5 chemise

Tant de méticulosité apportée à son travail a trouvé sa récompense. Car je veux croire que les devoirs étant notés sur 20 et les compositions sur 10, elle a obtenu pour chaque épreuve le maximum ;-) Franchement, c'est mérité, vous ne trouvez pas ?

6 compositions

7 étiquette

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09 juillet 2017

Armoire au carré

J'ai repensé à un de mes anciens bricolages en tombant sur ces armoires de poupée dans plusieurs catalogues d'étrennes de la fin du XIXème siècle. La Samaritaine, le Bon Marché, La Ménagère... tous proposaient ces jouets pédagogiques censés préparer les fillettes à leur futur rôle de parfaite ménagère.

catalogues armoires

Ce n'est donc pas ma faute : c'est parce que je n' ai pas eu, étant petite, d'armoire-jouet que les miennes sont généralement dans un état de pagaille indescriptible. Ça ne m'empêche pas de fantasmer sur des rayonnages tirés au cordeau où chaque drap de dessus aurait immanquablement son drap de dessous.

Armoire de poupée

L'affaire fut rectifiée un peu tardivement et j'ai un tout petit lieu où je comble mes envies de linge plié au carré : c'est dans cette armoire dégottée à la brocante de la Grange Rouge ; je l'avais garnie pour l'exposition du Point de Croix Bourguignon de 2002 où Babeth proposait tout un espace dédié au linge.

Armoire ouverte

J'ai pu enfin m'en donner à coeur joie avec ma vision de l'armoire parfaite : draps pliés tous à la même dimension (draps repassés, déjà !), assemblés et repérés par leur destination, piles de torchons s'encastrant sans broncher à leur emplacement exact, courtepointe sagement contenue à sa place assignée, petit fouillis planqué dans les boites et vanneries idéales, fuseaux de lavande pour la touche olfactive finale...

Bref, l'armoire que je n'aurai jamais dans la vraie vie :-)

Armoire ABC

Armoire calendrier

Armoire courtepointe

Avec l'indispensable complicité de Francine la magicienne, auteure de ces invraisemblables vanneries en miniature plus vraies que nature !

Edit : oui, c'est vrai que j'ai oublié de vous donner une idée des tailles : l'armoire fait 50 cm jusqu'au haut du fronton, le coussinet accroché à la poignée un peu moins de 2,5 x 2 cm et le marquoir 5 cm de côté.

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02 juillet 2017

Et si c'était... ?

Je scrute, encore et encore, des images de commerces parisiens en espérant un jour tomber sur une image du magasin Sajou. C'est un petit peu énervant de penser que des photographies ont probablement été prises, qu'elles existent peut-être toujours, mais que faute d'identification, on ne le saura jamais.

Ces deux dames un peu sévères, par exemple, posant pour un photographe dont l'atelier se trouve justement rue Rambuteau, ne pourrait-elles pas être des employées Sajou ? Elles sont présentées comme possibles vendeuses de rubans, mais dans la vitrine derrière elles, on voit des métiers à tapisser, on devine des feuilles de modèles et de ces petits objets à broder qui avaient tant de succès à l'époque. Il s'agit plus probablement d'une de ces nombreuses autres boutiques d'ouvrages de dames qui existaient dans Paris, mais on peut rêver...

Vendeuses de rubans

J'en suis cependant réduite à des suppositions. Et si je me pose tant de questions, c'est que je suis tombée sur une mine. Les bibliothèques municipales de Paris nous offrent, via un portail particulièrement riche, des images passionnantes numérisées dans une belle définition qui permet d'en apprécier tous les détails. Elles viennent justement de mettre en ligne une collection de plus de 1500 cartes photographiques représentant des boutiques parisiennes, prises dans les premières décennies du XXème siècle.

Elles sont très animées car il ne s'agit pas de cartes d'éditeurs destinées à être reproduites en grand nombre. Ce sont des photos prises pour répondre à des commandes de particuliers et tirées sur du papier déjà imprimé au verso avec un formulaire de carte postale. Bien pratique pour donner des nouvelles à la famille, lui montrer comment le petit dernier à bien grandi et peut-être aussi faire un peu étalage de sa réussite !

J'ai fait une sélection très subjective de quelques cartes qui touchent plus spécialement la broderie, la mercerie, la lingerie. Mais ça vaut vraiment le coup d'explorer ce fonds particulièrement fourni, il renferme des pépites ! Chaque photo dévoile des vies, on découvre des détails insoupçonnées en les regardant de plus près, les visages nous happent ; les mains qui se frôlent, les regards qui s'échangent racontent tout une histoire.

Pour peu que vous ayez des aïeux parisiens, vous chercherez comme moi à reconnaître la marraine chapelière, le grand-oncle qui faisait le service au Grand Central ou l'arrière-grand-mère demoiselle de magasin chez une corsetière. Et si dans votre quête vous tombez sur Sajou... surtout, dites-le moi !

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