Une balade... une rencontre... un mystère... ce sont à nouveau les ingrédients qui pimentent mon attachement particulier à l'anonyme d'aujourdhui. Nous avions pris la douce habitude, chaque mois de mai, de  partir une semaine en colo de filles à Londres. Il y aurait mille choses à en dire mais je m'arrêterai à un mot : Portobello ;-) Moi qui déteste la foule, voilà bien le seul endroit pour lequel je fais une exception ; je trouve même que l'animation fait partie intégrante du plaisir qu'il y a à fréquenter les lieux.

Portobello market

C'est vivant, c'est coloré, c'est plein de fantaisie mais on ne va pas se mentir : Portobello ne serait rien sans la brocante et, parmi la brocante, sans les boutiques dédiées à la mercerie et au textile ancien. Boutons, samplers, nécessaires de couture, dés, mercerie, il y a des échoppes spécialisées dans tous les domaines qui nous intéressent.

Portobello mercerie

Autant dire que chaque arcade dévoile des tentations... plus qu'il n'en faudrait ! Cette année-là, toute ma cagnotte-brocante avait été engloutie, presque au début de la balade à Portobello, dans une dépense transgressive sur laquelle j'avais (un peu) hésité ; un seul objet et c'était fini des achats jusqu'à la fin du voyage. Mais je n'avais pas résisté à ce porte-bobines typiquement victorien, tellement anglais et formant un ensemble charmant avec ses bobines disparates. Je l'ai toujours conservé ainsi d'ailleurs, dans le jus de la trouvaille, sans chercher à le garnir de manière plus sophistiquée.

Porte-bobines

Mon craquage comporta très moralement sa punition quasiment immédiate : un peu plus bas dans la rue, un joli marquoir rouge me tendait les bras. Un petit achat, pas du tout déraisonnable... mais quand c'est fini, c'est fini.

Je ne regrettais rien. Mais l'idée de l'alphabet manqué ne m'avait pas quittée, au mois de mai de l'année suivante, à notre retour à Londres ; cependant je n'y croyais guère. Il n'y a pas de suspens car si je vous en parle, c'est évidemment qu'il était toujours là ;-) Et cette fois-ci, s'il m'avait attendue, c'est bien qu'il devait traverser la Manche avec moi !

Géraldine Massy

C'est un faux anonyme en réalité, comme le cahier d'Albertine. Mais sans localisation, il est bien difficile de savoir qui était vraiment cette petite Géraldine et, là encore, de retracer son histoire. Je pourrais peut-être tirer le bout d'un fil qui me mettrait sur la piste d'une famille irlandaise... mais la pelote est difficile à démêler pour moi qui n'ai aucune compétence dans les recherches outre-Manche.

J'en viens maintenant au mystère : il réside dans la dualité de ce marquoir. Car tel qu'il est, dans sa couleur autant que dans sa construction, il semble bien davantage français qu'anglo-saxon. Géraldine a brodé tout en rouge, sur une toile qui titre 12 fils au centimètre, pour une dimension finale de 30 centimètres sur 26. Trois alphabets, une série de chiffres, le tout complété par l'identification et quelques symboles, puis bien clos par une frise très ordinaire : j'aurais à peine été surprise de trouver cette toile, un dimanche matin, dans une brocante bourguignonne. Cette impression est renforcée pas le é accentué dans le prénom, qui n'a vraiment rien d'anglais.

Géraldine Massy aged 8

Mais cependant, le "aged 8" renvoie illico l'ouvrage vers la Grande-Bretagne et le lieu où je l'ai trouvé. Alors qu'en penser ? Papa anglais, maman française ? Une provenance des îles anglo-normandes ? Une mode qui fait un peu franciser le prénom, comme un pendant à Hélène qui avait au contraire donné un air anglais au sien ? L'influence d'une gouvernante ou d'une institutrice française ?

Encore une fois, beaucoup d'interrogations qui resteront peut-être sans réponse. Mais c'est la définition du mystère, après tout !