A ce point de l’enquête, nous avons accumulé à propos d'Ernestine et de sa famille une masse d’informations issues de sources différentes : l’état civil, les recensements de la Côte-d’Or, ceux de l’Aube, Gallica… Il devient indispensable d’ordonner tous ces éléments pour y voir plus clair dans la chronologie et situer notre brodeuse dans son environnement familial.

J’aime bien recenser tout ce que j'ai collecté sous forme de tableau. Je peux ainsi suivre les trajectoires individuelles, déceler les éléments communs entre les personnes et aussi  mettre en évidence les points faibles sur lesquels je dois concentrer mes efforts.

Tableau synthèseExaminez bien le tableau... Aviez-vous trouvé tous ces éléments en faisant vos devoirs ?

C'est vrai encore dans le cas présent où rapprocher les lignes de vie d'Augustine et d'Ernestine est particulièrement éclairant sur leur double trajectoire d'institutrices.

L'enfance d'Ernestine

Ernestine naît à Bouix  le 7 août 1873. Son père, Jean Baptiste DEVIRAT, a vingt-huit ans et est vigneron dans ce pays du Châtillonnais connu pour sa production de Crémant. Sa mère, Louise DÉON, a dix-neuf ans et n'exerce pas de "profession particulière".

Ses parents se sont mariés deux ans avant sa naissance, le 19 juin 1871, à Bouix où la famille de Louise est implantée depuis plusieurs générations. Jean Baptiste vient du village tout voisin de Pothières où il est né et où ses parents vivent toujours. Avant Ernestine, ils ont eu un premier enfant, Charles, né le 21 mars 1872.

Le bébé Ernestine vit encore au foyer de ses parents en 1876. Mais en 1881, alors qu’elle a huit ans, elle a déjà été confiée à sa tante maternelle, Augustine DEON ; elle est recensée avec elle à Mussy-sur-Seine, commune de l'Aube distante de Bouix d'à peine quatorze kilomètres. Il est probable qu’en la remettant à Augustine qui est institutrice, ses parents ont saisi une occasion de lui assurer une meilleure scolarité en contrepartie d'un éloignement modéré.

La tante, Augustine

Augustine est la sœur de Louise et son aînée de deux ans ; elle est née en 1851. Elle a vingt-deux ans lorsque naît la petite Ernestine qu'elle prendra sous son aile quelques années plus tard .

Au recensement de 1876, elle est sous-maîtresse de pension à Sainte-Savine. Il s'agit probablement de son premier poste et d'une école congréganiste. En effet, à l’adresse où elle demeure, 2 rue de l'Eglise, sont recensés le curé, une domestique, une maîtresse de pension avec sa mère, deux sous-maîtresses, dont Augustine, et treize fillettes de cinq à quatorze ans.

Ecole de Mussy

Puis de 1878 à 1881, l'annuaire administratif de l’Aube la place à Avirey-Lingey, désormais comme institutrice communale. Elle prend ensuite un poste à l'école de Mussy-sur-Seine où elle finira sa carrière comme directrice. De 1895 à 1902, c’est Ernestine qui sera son institutrice adjointe.

Elle prend sa retraite vers 1907-1908 et se retire à Bouix.

La carrière d'Ernestine

Après avoir suivi sa scolarité à Mussy-sur-Seine dans le giron de sa tante, Ernestine passe probablement par l'école normale de l'Aube, entre 1891 et 1894. Elle débute sa carrière comme institutrice adjointe d'Augustine, toujours dans cette école de Mussy où elle a passé son enfance.

Elle prend ensuite son autonomie avec un poste à l'école de Celles-sur-Ource vers 1902-1903 et y reste au moins jusqu'en 1911. Après la guerre, au recensement de 1921, on la retrouve institutrice à Piney, école dont elle deviendra directrice et où elle exercera jusqu'à sa retraite, début 1929.

Ecole de Piney

Le frère, Charles

Il est de dix-huit mois l'aîné d'Ernestine. Il est longtemps recensé à Bouix dans la maison familiale, au moins jusqu’en 1921, année à partir de laquelle on perd sa trace. Le recensement de 1906 lui attribue le métier de professeur, les autres le disent « sans profession ».

Les liens familiaux

Ernestine a été confiée à sa tante mais n'a visiblement pas coupé les liens avec ses parents. Son père décède en 1899, laissant Louise veuve à quarante-cinq ans. On la retrouve vivant chez Ernestine dans l'Aube, d'abord à Celle-sur-Ource en 1911 puis à l'école de Piney jusqu'à la retraite de sa fille en 1929.

Elles reviennent ensuite toutes deux à Bouix, rue de la Poterne, où Louise s’éteint en 1931. Après le décès de sa mère, c'est avec Augustine qu'Ernestine partagera sa vie.

Les points à creuser

Le parcours de Charles : nous savons peu de choses sur lui et nous le perdons de vue en 1921 alors qu’il vit toujours chez ses parents. Or les gars font généralement leur service militaire, ce qui nous offre une source supplémentaire dont nous ne disposons pas pour les filles. Nous verrons ça la prochaine fois : la vie de son unique frère a probablement compté pour Ernestine.

Les carrières d'Augustine et d'Ernestine : puisque la famille est costalorienne, je me rendrai également à la salle de lecture des archives départementales à Dijon, pour consulter ce qui n’est pas en ligne, les recensements tardifs, les successions et les notaires entre autres. Je confirmerai ainsi qu’Ernestine n’a pas fait ses études à l’école normale de Dijon. Mais pour suivre les trajectoires de nos deux institutrices, il faudra plus probablement en passer par les archives départementales de l’Aube.

Boutet de MonvelIllustration Louis Maurice Boutet de Monvel - Source : Gallica

J’aimerais aussi en savoir davantage sur l’émergence du métier d’institutrice publique dans la dernière partie du XIXème siècle, notamment avec les lois Ferry consacrant l’école obligatoire, laïque et gratuite. Cela me permettra de comprendre comment Augustine est passée de sous-maîtresse de pension religieuse à institutrice en école publique et aussi de connaître le contexte du début de carrière d’Ernestine.

Bref il y a encore du pain sur la planche ! Pour la suite de notre aventure, je vous promets même des voyages par-delà les océans :-)

A bientôt Ernestine, bonjour calendrier de l’Après

Nous allons abandonner notre perleuse pour quelques temps, au profit d'un nouveau calendrier de l’Après. Les jours vont commercer à allonger mais il restera à affronter les longues semaines qui nous séparent du printemps. Alors pour cette édition 2018, je vous proposerai de broder ensemble un ouvrage ancien au point de croix, gai et coloré, dont le raffinement guilleret m'a tapé dans l'oeil. Mais chut... il se dévoilera étape par étape et je ne vous en dis pas plus pour conserver la surprise :-)

Calendirer de l'après

Je vous en reparlerai le 31 décembre prochain. Cependant si vous voulez vous préparer pour débuter avec moi le 1er janvier, vous pouvez dès à présent farfouiller dans vos stocks à la recherche de la toile idéale : la broderie tient dans un carré de 164 points de côté, à quoi il faut bien sûr ajouter les habituelles marges. Le support d'origine est très fin mais si j'ai un conseil à vous donner, c'est celui-ci : choisissez une toile que vous aimez et sur laquelle vous aurez plaisir à broder sans vous prendre la tête :-)

Et pour les fils ? C'est justement un tel tourbillon de couleurs que rien ne peut jurer. Je vous indiquerai les tons que j'ai choisis parmi mon stock... et vous ferez avec ceux que vous détenez dans le vôtre. Fixons-nous le petit challenge de broder cet ouvrage avec ce que nous avons sous la main !