Ma mère a appris la couture à l'école Taboureux de Reims. Je commence d'ailleurs par une prière : si l'une d'entre vous avait des informations à me donner sur cette école-là, je lui en serais éternellement reconnaissante.

Elle a ensuite travaillé dans l'atelier de Mademoiselle Provignon, qui habillait de haute couture ces dames de Reims en amenant à la province les modèles de Lucie Manguin.

Lucie Manguin 1L'art de la Mode 1943 - Tailleur pantalon de Lucie Manguin

Lucie Manguin 2L'officiel de la Mode 1955 - Modèles de Lucie Manguin

Elle était évidemment une couturière hors pair, mais elle avait surtout une incroyable capacité à patronner les modèles les plus improbables. Lorsqu'à la sortie d'une nouvelle collection je pointais dans un magazine la photo d'un défilé, elle sortait illico une grande chemise cartonnée contenant des formes pour les encolures, les têtes de manches, les ceintures les plus diverses et agençait tout ça sur le tissu, étalé bien à plat sur la grande table de la lingerie.

Comme par magie, le résultat finissait toujours par ressembler au modèle d'origine, agrémenté par les aménagements que je lui avais demandés. Un peu plus de blousant ici, un peu moins de longueur là, un effet plongeant plus prononcé ; bref, j'obtenais toujours la fringue convoitée :-)

Il y avait dans cette chemise aux merveilles des cols Claudine, des cols châle, des cols officiers, des cols loin ou près du cou, des cols cravate ou jabot, des manches ballons, courtes, longues ou trois-quart, plus ou moins gigot, plus ou moins froncées, des ceintures droites ou à empiècement, des montages de plis plats ou creux...

Ces morceaux de quelque chose étaient découpés le plus souvent dans du papier à colis de récupération et, à force de servir, ils étaient tout piquetés de trous d'épingles. Il me semblait parfaitement naturel qu'ils aboutissent à une tunique au tombé parfait, ou une jupe virevoltante juste comme il faut, ou une robe aux proportions impeccables.

Ce n'est que bien plus tard, après quelques ratages personnels mémorables, que j'ai réalisé à quel point ma maman avait le génie pour transformer en volume un modèle à plat et que non, ce n'était pas donné à tout le monde. En tout cas, ça ne m'était pas donné à moi. Depuis je m'en suis donc tenue aux patrons du commerce, en tâchant de ne pas avoir à trop m'en éloigner.

Ce sont ces souvenirs qui me font aimer tout particulièrement le cahier d'aujourd'hui, bien qu'il puisse paraître très ordinaire. Renée Bachut y a consigné ses cours à l'école Guerre-Lavigne qui allait devenir l'école Esmod en 1972 et qui, en deux ans, formait ses élèves à la coupe et à la couture.

Le cahier est volumineux, et comme il est forcément assez répétitif, je ne vous le montre que par extraits. Renée a noté les tours de main qui permettent à la couturière de prendre correctement ses mesures et d'adapter les modèles à toutes les morphologies.

Au fil des pages, on sent bien la maîtrise technique qu'il faut développer pour parvenir à patronner et à couper dans les règles de l'art. Renée a reporté des vêtements plutôt complexes et a rendu son travail plus concret en superposant aux modèles dessinés leur fantôme de papier de soie.

Coupe 1

Coupe 2

Coupe 3

Coupe 4

Coupe 5

Coupe 6

Coupe 7

Coupe 8

Coupe 9

Coupe 10

Coupe 11

Coupe 12

Coupe 13