En découvrant une nouvelle pépite sur la Fabrique culturelle, je me suis fait la réflexion que depuis longtemps, je ne vous ai plus entraînées dans mes balades virtuelles. Pour certaines, je les partage sur Facebook, mais vous êtes bien loin d'y être toutes. Et puis, tout y glisse si vite dans le gouffre sans fond de nos fils d'actualité...

C'est un bien bel outil que cette Fabrique dont le rôle est de valoriser les arts et la culture québécoise. Les contenus, très soignés, sont produits par Télé-Québec. Une nouvelle manière, pour la télévision, de se réinventer ?

Toutes les capsules proposées méritent d'être explorées mais bien sûr, certaines vous accrocheront plus que d'autres. Pour ma part, j'y retrouve avec bonheur l'ambiance d'une longue déambulation, restée vive dans mon souvenir, et qui dura plusieurs semaines le long du Saint-Laurent jusqu'en Gaspésie. Par exemple, avec ce portrait de Louyze Caro, tisserande à Métis-sur-Mer, c'est tout le parfum des promenades dans les battures qui me revient en mémoire.

Louyse Caro

Comment ne pas comprendre la belle inspiration qu'elle trouve le long du fleuve et qui lui fait transformer en toiles parfaites son étourdissant stock de fils ? Je me perdrais bien dans l'atelier de Louyse Caro...

Plus urbaine est l'exploration du Grand Costumier. N'empêche que là non plus, je ne résisterais pas longtemps à la proposition d'un tour à travers les 70 000 costumes de la maison en compagnie de Sabrina Johnson.

Le Grand Costumier

Ah au fait... les épingles à couche, ce sont nos épingles à nourrice, logique, non ?

Il n'y a qu'un saut à faire vers la capitale, Québec, pour y trouver Mireille Racine, la chapelière qui voit la beauté dans l'imperfection. "Je mets en évidence, souvent, le défaut qu'il y avait, la trace du temps, la tâche, la brisure. C'est regarder autrement"

Mireille Racine chapelière

Il faut retourner à la campagne, plus précisément au nord de Montréal dans le comté de Montcalm, pour assister à la spectaculaire démonstration des flécheuses, Marie-Berthe Lanoix-Guilbaut et Hélène Blouin. Oui, parce qu'avant de tisser sur les doigts les traditionnelles ceintures fléchées, il faut teindre sa laine.

Et pour teindre, il faut des plantes. "C'est difficile pour les autres de penser que juste parce que c'est beau, on peut mettre tant de travail à faire ça (...) A travers les teintures végétales, il y a un dénominateur commun qui s'appelle la nature. Ce lien-là fait que l'harmonie est toujours plus parfaite. C'est parce que j'en ai besoin que je le fais."

Marie Berthe et Hélène flécheuses

Et si vous avez envie de comprendre comment fonctionne ce mystérieux tressage aux doigts, vous trouverez ici des leçons très détaillées.

La balade suivante nous entraîne en Gaspésie où Valérie Moreau a remis en état de fonctionnement une des 15 000 machines à tricoter les chaussettes distribuées par la Croix-Rouge pendant la première guerre mondiale. Pour pouvoir garder la machine comme sienne, la famille attributaire devait fournir trente paires de chaussettes pour les soldats canadiens engagés en Europe.

Valérie Moreau tricoteuse

"Ça me touche beaucoup, parce qu'à travers ces vieilles machines-là, ce qu'on veut entendre, c'est les histoires des gens".

Toujours au sud de la Gaspésie, Julie-Zaolie Tessier a mis à profit sa résidence de création à Carleton pour courtepointer un filet de pêche au saumon dans la baie des Chaleurs. Dans le cadre de ce qu'elle appelle joliment un art textile de souvenance, elle a emprisonné dans son filet le vécu des tissus récupérés et le vécu des habitants de la ville, invités à participer à son projet.

Julie Zaolie Tessier art textile

J'arrête là parce que je n'en finirais plus :-)

Sur la chaîne de la Fabrique culturelle, on écoute jouer l'ensemble Alash quand le soleil se lève sur le parc du Forillon, la photographe Caroline Bolieu parler du regard attentif qu'elle pose sur les choses ordinaires ou ce qu'ont a dire les merveilleux jeunes de la Falla se préparant à brûler leur oeuvre ; on admire les saisissants sosies de statues antiques dénichés par François Brunelle, les meubles de caractère de l'ébéniste Gabrielle Huard, le temps fabriqué et restauré par Daniel Pelletier ...

"Prends le temps qu'il faut pour faire ton travail, je veux que ton travail soit parfait". J'aime cet éloge de la lenteur, j'aime la lenteur qui permet de construire sa pensée puis de la traduire du bout des doigts...

C'était mon picorage sur la Fabrique, quel sera le vôtre ?