Ce n'est pas un hasard si le musée de Bourgoin-Jallieu accueille en ce moment l'exposition Indigo dont je vous ai parlé dimanche dernier. La ville se situe en effet au coeur d'un territoire dont le passé industriel est centré sur le tissage et l'ennoblissement textile ; la municipalité a fait de cette histoire locale une des composantes de son musée.

J'ai déjà eu l'occasion de le dire en évoquant le musée de Retournac, j'aime que des communes continuent ainsi à porter haut les initiatives culturelles autour de leur patrimoine, y compris dans un contexte financier contraint ; avec la valorisation des techniques, c'est aussi une manière de préserver la mémoire des femmes et des hommes qui en ont été les chevilles ouvrières.

L'activité textile est, depuis quatre siècles, une tradition dans ce coin du Bas-Dauphiné. On y cultivait le chanvre, exporté ou bien transformé dans les fabriques locales en toiles, cordes et ficelles. Le travail de la laine y était dispersé sur une multitude de petites entreprises. L'industrie du coton y était également développée, avec plus de 11000 pièces produites chaque année jusqu'à la Révolution.

Peigne à carderPeigne à carder

Tout au long du XIXème siècle, ces activités traditionnelles déclinent tandis que le développement des industries liées au tissage et à l'ennoblissement textile est favorisé par la proximité de Lyon et de sa  soie. Ateliers de gravure sur bois, manufactures de tissage, ateliers de dévidage et d'ourdissage, usines d'impression, fabriques de métiers à tisser ont façonné au fil du temps le paysage industriel de la ville et de ses alentours.

Dès 1830, des batteries de métiers à tisser s'implantent dans la grande périphérie lyonnaise et notamment ici, en Isère. Avec la mécanisation, l'activité se concentre dans des usines pouvant accueillir plusieurs centaines de métiers actionnés par des machines à vapeur.

métier

Le parcours muséographique permet de bien comprendre comment l'organisation du tissage a évolué avec le passage des grosses manufactures détenues par les fabricants lyonnais à des ateliers appartenant aux façonniers locaux.

La dispersion de petites usines dans le milieu rural fait suite aux révoltes urbaines de 1831 et 1834 ; à une main-d'oeuvre fragile et docile, elles imposent des conditions de travail éprouvantes pour des salaires de misère. A la fin du XIXème siècle, un ouvrier sur cinq est un enfant de moins de seize ans ; en 1931 un quart des ouvrières est toujours âgé de moins de vingt ans. Pour toutes et tous, les journées de travail sont longues, 14 heures en 1870 et encore 10 heures en 1904, six jours par semaine.

A ce moment de la visite, j'ai fortement pensé à Lucie Baud et à son combat désespéré pour faire entendre la voix des femmes, aussi bien dans l'atelier que dans le syndicat. Il me semble indispensable d'écouter l'historienne Michelle Perrot ramener dans la lumière cette héroïne oubliée pour comprendre la rude vie des ouvrières du textile sous la IIIème République.

Tissage électrique

Après le tissage, la visite nous entraîne parmi les activités de l'ennoblissement textile. Un tableau de Louis Appian représentant une Allégorie de la teinture sur tissu fait écho à la cuisine aux couleurs installée un peu plus loin.

Allégorie de la teinture

Cuisine couleurs

Le musée présente à la fois les étoffes et les outils qui permettent leur impression. Comme dans toute la région Rhône-Alpes, c'est la technique l'impression à la planche qui est principalement utilisée dans les ateliers locaux.

Indiennes

Impression planche

J'ai évidemment trouvé mon bonheur parmi tous les registres d'empreintes, les catalogues d'échantillons et les multiples maquettes présentés autour de l'impression des tissus.

Maquettes

Entre le parcours permanent et l'exposition temporaire, vous pouvez planifier une jolie journée de balade à Bourgoin-Jallieu. Et pour la pause, je vous signale la bonne adresse de Fleur de Sel, un peu plus haut dans la rue :-)