Je me transforme aujourd'hui en petite gazette mulhousienne pour vous rapporter une information de rien du tout mais tout de même bien réjouissante. A vrai dire elle n'est pas de première fraîcheur mais elle était complètement passée sous mes radars.

En 2019, la ville de Mulhouse a baptisé rue des brodeuses une des nouvelles voies créées dans le quartier DMC. J'apprends donc par la même occasion qu'on parle désormais plus volontiers de quartier que de friche et que des rues s'y créent. Voilà qui a suffi à éclairer ma journée ; je sais : il ne me faut pas grand chose :-)

Mes plus anciennes lectrices se rappellent peut-être que j'avais déjà évoqué le site DMC à plusieurs reprises : et oui, sept ans, ça commence à faire, je m'en suis moi-même trouvée toute chamboulée ! Je vous avais fait partager ici mon exploration à une époque où les lieux étaient encore pas mal sauvages, et ici mes interrogations sur le devenir du site.

DMC15

Finalement, le quartier évolue et s'ouvre de plus en plus sur l'extérieur. Quatre nouvelles rues étant à nommer, la ville avait porté le choix final à la consultation populaire, avec des propositions réparties en deux catégories : d'une part, les métiers du textile et d'autre part, les personnalités liées à l'histoire du site.

Pour les métiers, étaient proposées les brodeuses, les fileuses, les picoteuses et les imprimeuses. Les brodeuses et les fileuses, ça va, on a ? Les picoteuses sont celles qui insèrent dans les planches à imprimer les lamelles et les picots permettant d'affiner la gravure ; et  les imprimeuses sont celles qui appliquent sur la toile ces mêmes planches de bois, chargées de matières colorantes, et y frappent le coup de maillet qui va permettre un bon transfert du motif.

La vox populi n'a pas privilégié l'axe un peu impersonnel des professions : seules les brodeuses ont eu sa grâce (quand même). Les trois rues restant à baptiser se sont donc vu attribuer l'identité de femmes au destin sortant de l'ordinaire.

La première, je pense, ne vous étonnera pas puisqu'il s'agit de l'amie Thérèse. Il est inutile que je vous rappelle son parcours, je me bornerai donc à relever que jusqu'à présent, aucune rue en France ne portait son nom. Mulhouse est donc bienvenue à réparer une telle injustice ;-)

Thérèse

En revanche, nous ne connaissions rien de la deuxième. Lily a seize ans lorsqu'elle entre à l'école d'art professionnel de Mulhouse pour y apprendre les techniques variées du dessin appliqué à l'industrie. Dans cette cité vouée à l'impression sur étoffes, elles incluent une catégorie fleurs nature. Et comme c'est une école de jeunes filles, elle y apprend aussi la coupe et la couture. Elle en sort diplômée en 1939 mais n'a pas le temps de mettre à profit ses compétences toutes neuves : c'est le moment, pour la famille Ebstein, de fuir loin de l'Alsace et d'aller se réfugier à Vichy.

La jeune fille y prend un emploi de sténodactylo. En 1943, Lily, son père Jules, sa mère Jeanne et son frère Raymond sont arrêtés par la police française et déportés à Auschwitz où ils sont tous les quatre exterminés. Ce qui reste de Lily, c'est une valise miraculeusement retrouvée par son cousin et contenant ses dessins d'études pour le tissu.

Lily Ebstein

Désormais, il en restera aussi cette rue au cœur du quartier DMC. Si vous voulez en savoir plus sur Lily Ebstein et sa courte vie broyée dans les tourments de la seconde guerre mondiale, je vous recommande vivement cette émission que la Fabrique de l'Histoire lui a consacrée en 2018.

Et enfin, troisième femme à donner son nom à une des rues DMC, Jeannette Boll est indéfectiblement liée au lieu puisqu'elle entre dans l'entreprise comme ouvrière textile dans les années cinquante. Cette pionnière des droits des femmes est très engagée dans le mouvement syndical et dans le monde associatif local. A  Mulhouse, elle participe à la création des centres sociaux, des haltes-garderies et des centres de soins. Vous pouvez lire ici l'article que le journal L'Alsace publia à l'occasion de son décès, il y a sept ans.

Jeannette Boll

Évidemment ce retour sur Mulhouse a été l'occasion de farfouiller un peu dans mes photos ; je me suis rendu compte que tout à ma déception de l'exposition 2016 au Musée de l'impression sur étoffes, Histoire de Femmes,  je ne vous avais pas parlé de la nouvelle balade dans la friche que nous avions faite le même jour avec Michèle. Notre programme était serré, ce fut juste une courte incursion mais je voulais absolument lui faire humer l'esprit des lieux. Nous ne sommes guère allées plus avant que le réfectoire mais justement, c'est un bâtiment emblématique et je dois garder en tête de vous en reparler.

Réfectoire

Pour terminer, je vous signale la publication du jour sur Passerelle, où je parle plus particulièrement généalogie. C'est un billet-anniversaire consacré à la succession de mon ancêtre Jean Antoine Lesbroussard... et à ses suites inattendues.

Patates sautées