Il y a quelques années, j'achète en ligne les marquoirs brodés par deux sœurs costaloriennes et je les reçois soigneusement roulés dans un emballage qui, à lui tout seul, fait déjà remonter plein de souvenirs... C'est simple, j'hésitais à les défaire !

Rouleaux

J'ai vécu pendant deux ans rue de Charenton, dans une chambre de bonne qui était mon royaume d'étudiante. Elle était tout près de ce qui n'était encore que le viaduc de la Bastille. Puis mon aventure professionnelle m'a conduite vers le sud et j'ai donc pris l'habitude de fréquenter assidument la gare de Lyon, à deux pas de l'avenue Daumesnil. Les soixante-trois voûtes du viaduc, désormais habitées par des artisans et des commerces ayant pour la plupart trait aux métiers d'art, constituaient donc une salle d'attente de rêve pour les battements entre deux trains.

Voutes et promenade

Marie Lavande, la lingère du luxe parisien, fut la première artisane à signer son bail dans ce projet de réhabilitation qui débuta à l'automne 1994 en ouvrant six voûtes. Mais bien sûr, j'ai commencé à y fréquenter quand Cécile Veyssière installa au Viaduc des Arts sa seconde adresse parisienne pour le Bonheur des Dames.

C'est l'une des rares voûtes dont j'osais pousser la porte, avec celle de ce magasin qui vendait, entre autres babioles, les graines spectaculaires de mystérieux arbres exotiques. Là je savais que je trouverais toujours moyen d'acheter une bricole à portée de ma bourse pour ne pas trop paraître importune.

Bonheur des dames

Parcourir les 1500 mètres du Viaduc des Arts, c'était s'en mettre plein la vue -et surtout l'imagination- en scrutant les vitrines des voûtiers, souvent minimalistes mais où l'on pouvait deviner de si beaux objets ! J'ai gardé le souvenir, par exemple, d'un ébéniste qui faisait la montre de son atelier avec des chaises d'une élégance rare ou d'une restauratrice d'œuvres d'art installée là quelques années après et dont on ne voyait quasiment rien du travail.

J'aurais voulu avoir l'audace de pousser leur porte. J'ai une vision du luxe très basique mais elle réside assez dans l'idée qu'on puisse recourir aux services d'une artisane pour donner une seconde vie à une œuvre d'art. Posséder un tableau qui mérite restauration, les moyens pour y employer une spécialiste (sans devoir choisir entre ça et ses vacances d'été, je veux dire), dialoguer habituellement avec ces professionnels qui symbolisent l'excellence des métiers manuels...

Et Marie Lavande, donc, la voûte la plus attirante de toutes, et tellement hors de ma portée. De New York, d’Ecosse, du Venezuela, les familles fortunées lui envoient leur linge à blanchir... Et oui, voilà ce que je ferais de mes sous si j'avais de la fortune : je me promènerais avec désinvolture tout autour de la terre et, où que je me trouve, j'enverrais mon linge se faire refaire une beauté chez ma blanchisseuse attitrée ;-)

Marie Lavande

Je me rappelle que ce qui m'avait particulièrement impressionnée, à l'époque, c'était qu'on demandait à la clientèle la dimension de ses armoires pour lui rendre le linge plié de sorte que les piles s'adaptent parfaitement aux rayonnages !

Mes rêveries de très jeune femme débutant dans la vie me sont donc revenues en mémoire quand j'ai ouvert mon colis et découvert ces étiquettes. Depuis Marie Lavande a quitté le Viaduc des Arts mais j'ai la chance que mon blanchissage porte encore la marque de ce beau lieu.

Etiquette

J'ai bien sûr en projet de vous parler de mes deux sœurs brodeuses de marquoirs. En guise de mise en bouche, vous pouvez aller voir sur l'autre blog, celui de la généalogie, un petit morceau de leur histoire racontée pour le généathème de juin, Histoires d'argent. Le choc des mondes...