20 novembre 2016

Livre d'images

Je sais que je vous parle beaucoup d'archives mais on y découvre tant de trésors… et pas seulement des actes un peu rébarbatifs, comme l'imagine le commun des mortels ;-) La preuve aujourd'hui avec un bel album de chromos anciennes, récemment mis en ligne par les Archives départementales de la Côte-d'Or.

Comme souvent dans les scrapbooks, les chromos classiques ont été regroupées par séries plus ou moins complètes puis la mise en scène a été peaufinée par des découpis. Chaque double page, conçue comme un ensemble, dégage à la fois une sensation de fantaisie et d'équilibre.

Scrapbook 1 AD21 - 1 Fi 99Archives départementales de la Côte-d'Or - 1 Fi 99

On sait peu de choses sur cet album : l'inventaire nous apprend qu'il a été commencé le 30 septembre 1883 par Louis de France pour Jacques de France. Sur la couverture est brodée, dans un cartouche fleuri, la date du 15 août 1883.

Scrapbook 2 AD21 - 1 Fi 99Archives départementales de la Côte-d'Or - 1 Fi 99

Une histoire de frères ? Probablement puisque la page de dédicace indique "A Notre Mère Amour Respect Reconnaissance". Garçon brodeur donc, car regardez bien la surprise : cette dédicace est tout bonnement brodée, découpée et enrubannée sur une feuille de papier perforé !

Scrapbook 3 AD21 - 1 Fi 99Archives départementales de la Côte-d'Or - 1 Fi 99

A moins qu'une sœur laissée dans l'ombre ne soit venue en renfort pour parachever l'album par cette page magistrale ? Quoi qu'il en soit, j'avoue que j'aimerais bien la voir "en vrai" pour étudier d'un peu plus près le motif du découpage. J'ai peu d'espoir étant donné le mauvais état signalé de l'ensemble mais j'essaierai tout de même ;-)

En attendant, je vous laisse vous régaler avec les 76 pages de ce bel album.

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30 juin 2016

La terre est bleue comme une orange

L'exposition universelle de 1889 est celle de la Tour Eiffel, du théâtrophone qui permet d'entendre des airs d'opéra retransmis depuis le Palais Garnier, du foudre Mercier contenant 200 000 bouteilles de champagne et tracté jusqu'à la capitale par un convoi de vingt-quatre boeufs.

Tour Eiffel et théâtrophone

Foudre Mercier à l'expo 1889

C'est aussi, pour le ministère de l'Instruction Publique, une occasion de mettre en scène l'école républicaine, dans le but avoué de faire mousser les réussites de la Troisième République. Le côte-d'orien Eugène Spuller, alors aux manettes du ministère, encourage les acteurs de l'école primaire à participer largement à l'exposition et annonce une section entièrement dédiée aux travaux des écoles normales.

Voilà qui ne pouvait qu'inciter les élèves-maîtresses de Dijon à s'absorber, pendant toute l'année scolaire 1887-1888, dans la confection de leur atlas.

Atlas élèves-maîtresses couverture

J'avais évoqué cet ouvrage à la suite de ce premier billet sur notre école normale d'institutrices. Et j'avais promis de le faire ressortir pour vous le montrer et lui offrir une chance d'être admiré. Car malgré le coeur mis à l'ouvrage par toutes ces jeunes filles, leur atlas est tout simplement arrivé à Paris trop tard pour se voir admis à l'exposition. Quelle déception ça a dû être pour elles !

L'atlas est organisé en trois parties, correspondant aux trois années de scolarité dans l'établissement. Les dessinatrices de la première année : Amélie Fourcaut, Marie Dubois, Marguerite Turquet, I. Murgey, Cl. Battault et Victorine Seuret.

Atlas élèves-maîtresses France

Atlas élèves-maîtresses Manche

Atlas élèves-maîtresses Méditerranée

Pour la deuxième année : Marie Lebaut, E. Battault, Marie Baruet, M. Florence et L. Guichard.

Atlas élèves-maîtresses Monde

Atlas élèves-maîtresses Etats-Unis

Atlas élèves-maîtresses Equateur

Pour la troisième année : Joséphine Sarron, Marie Beugnot, M. Baudoin, J. Murgey et Marthe Millot.

Atlas élèves-maîtresses Europe

Atlas élèves-maîtresses UK Scandinavie

Quarante ans avant qu'il ne soit écrit, les élèves institutrices de Dijon semblent avoir voulu illustrer le poème d'Eluard, avec leur bel atlas aux croquis simplement aquarellés de bleu et de sienne.

Cet ouvrage est conservé aux Archives départementales de la Côte-d'Or, sous la cote SM 33397.

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12 juin 2016

Sajou le commerçant : à la poursuite des souvenirs

Si vous vous baladez autour de Beaubourg, inutile de lever le nez en essayant de deviner laquelle des façades de la rue Rambuteau a hébergé les activités de Monsieur Sajou. Car dès le conseil municipal du 8 mars 1906, cette partie de la rue fut incluse dans le premier ilôt insalubre du coeur parisien. Un siècle ne s'était pas écoulé depuis son percement !

Cependant son sort resta longtemps incertain, jusqu'à la construction du centre Pompidou en réalité. Au sud de la rue Rambuteau, l'ilôt Saint-Merri avait été détruit dans les années 30 pour finalement laisser place à un parc de stationnement improvisé qui rasait l'arrière des numéros impairs. L'immeuble dans lequel se trouvait  le bijoutier Leforestier au XIXème siècle avait eu chaud...

Parking ilôt Saint-Merri vers 1960Parking sur l'ilôt Saint-Merri, à l'arrière de la rue Rambuteau, vers 1970 - Source : centre Pompidou

Mais ce dernier rempart finit par céder dès le début des travaux du centre Beaubourg, dégageant ainsi la vue sur les numéros pairs qui se trouvaient côté nord. Il est là, l'immeuble qui abrita les grandes heures de la maison Sajou, juste sous la flèche ;-)

Marc Petitjean - Métro Rambuteau - 1976

Marc Petitjean - Métro Rambuteau - 1977La piazza Beaubourg en 1976 et 1977 - Marc Petitjean Métro Rambuteau
(vous avez la possibilité de zoomer fortement dans ces photos)

Le répit fut pour lui de courte durée. Car son sort était déjà scellé avec le projet de rénovation urbaine qui devait, sur l'autre rive de la rue Rambuteau, accompagner l'implantation du centre Beaubourg. La maison fut parmi les dernières à lâcher mais lâcha quand même pour laisser place à la tranche ultime du quartier de l'Horloge, dont la construction fut achevée en 1982.

Rambuteau aujourd'huiRue Rambuteau côté nord - le quartier de l'Horloge

En entrant aujourd'hui acheter trois vis ou un sac de terreau chez Leroy-Merlin, nous n'avons donc aucune chance de percevoir entre les murs un quelconque souvenir, aussi fugace soit-il, de la maison Sajou. C'était là... mais ce n'est plus !

Pour lire les précédents billets consacrés à Sajou :
Sajou : de Sens à Paris
Sajou l'innovateur : les modèles de Berlin
Sajou l'innovateur : le conservateur de la vue
Sajou l'innovateur : la tricographie
Sajou l'innovateur : expositions et récompenses
Sajou l'innovateur : la nappe de quatre mètres
Sajou le commerçant : la rue Michel-le-Comte
Sajou le commerçant : la rue de la Barillerie
 Sajou le commerçant : la rue Rambuteau

Tous les billets étiquetés Sajou sur Ouvrages de Dames

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09 juin 2016

Sajou le commerçant : la rue Rambuteau

De grands travaux de rénovation sont donc en cours dans Paris, poussant Sajou à un nouveau déménagement. Et puis son affaire prend de l'importance : il vient de se faire remarquer à l'exposition nationale de 1844, le jury central y a même noté qu'il employait constamment plus de cent cinquante personnes. Certes il n'a pas encore fondé l'atelier qui sera son grand œuvre et toutes ces petites mains ne sont pas directement sous son autorité. Elles sont disséminées dans des ouvroirs ici, dans la capitale, et jusqu'en province. Mais enfin, il est temps pour lui de s'installer à une adresse qui lui permettra de développer pleinement ses ambitions.

En prélude aux grands travaux haussmanniens, on a déjà commencé à détricoter le lacis des ruelles étroites et insalubres qui quadrillaient le quartier Saint-Avoye, en lisière de celui des Halles. Le centre de Paris se redessine et c'est dans une rue tout nouvellement percée que Sajou va transporter son affaire.

Rambuteau - 1ère pierreAu 21, plaque commémorant la création de la rue Rambuteau

En ce lundi de février 1846, il traverse la Seine et se presse vers la rue de l'Echiquier, au rendez-vous du notaire chez qui il doit signer le bail pour son nouveau commerce de la rue Rambuteau. Ce sera bien davantage, en réalité : une véritable base de vie ! Dans un premier temps, Sajou doit se contenter d'ajouter à la boutique ce qui est disponible dans l'immeuble, c'est-à-dire quelques chambres de bonnes et un magasin attenant à l'espace de vente, aménagé dans une cour qui a été couverte pour cet usage.

Bail 50 Rambuteau au 1-04-1846Bail pour la boutique du 50 signé le 2 février 1846 - Minutier central des notaires de Paris

Il prend officiellement possession de ses nouveaux locaux au 1er avril 1846 mais garde malgré tout un pied rue de la Barillerie. Tant que sa nouvelle maison de commerce n'est pas aménagée à son idée, il a toujours besoin d'y conserver une partie de son activité. Et puis le couple n'a pas la place de loger rue Rambuteau.

Sajou Rambuteau BarillerieLes deux adresses sur un dessin de broderie datant des débuts rue Rambuteau

Cependant Sajou a vu plus loin et s'est prudemment réservé au contrat un droit de priorité sur toutes les surfaces qui viendraient à se libérer dans l'immeuble. Et c'est exactement ce qui va se passer au fil du temps : trois ans plus tard, il est de retour chez le notaire pour inclure au bail un appartement situé au premier étage du bâtiment sur cour et un autre donnant sur la rue, au deuxième étage.

Finalement en 1863, au renouvellement du bail avec le nouveau propriétaire des lieux, il n'est plus question de finasser : Sajou loue en bloc la totalité du 52 qui, outre les locaux commerciaux au rez-de-chaussée, comporte tout de même deux corps de bâtiment de six étages chacun.

Bail 52 Rambuteau au 01-04-1864Bail pour l'ensemble du 52 signé le 19 octobre 1863 - Minutier central des notaires de Paris

C'est que la maison a bien changé depuis presque vingt ans qu'il en grignote petit à petit chaque espace disponible ! Les murs ont disparu pour permettre à la boutique d'occuper les 165 m² du rez-de-chaussée. Mais comme ce n'était pas suffisant, Sajou a également fait dégringoler les planchers du premier étage pour s'agrandir vers le haut, en annexant au commerce les deux appartements qui se trouvent au-dessus. Ne reculant devant rien, il a même obtenu l'autorisation de percer un accès sur la maison mitoyenne du 50 et a ainsi façonné, petit à petit, l'espace de vente qu'il avait en tête.

Aurez-vous remarqué qu'entretemps, il a changé d'adresse ? Sans pour autant avoir bougé : la boutique, initialement au 50, se trouve depuis l'automne 1849 au 52 par le simple effet d'une renumérotation des immeubles dans la rue. Voilà un détail qui compte pour dater les livrets produits par la maison ;-)

cadastre 1860 rue rambuteauPlan parcellaire d'Hausmann - Archives de Paris

Cette installation sur la rive droite ramène Sajou dans un quartier plus naturellement voué à son activité, bien plus en tout cas que ne l'était la Cité. Du haut en bas de la rue Rambuteau, on brasse dentelles et rubans de velours, on tient commerce de soies teintes en gros ou au détail, on propose au chaland aiguilles et épingles, fils d'Angleterre ou bien d'Alsace, on fabrique fleurs et boutons de soie, on brode à l'or et au plumetis, on travaille la passementerie, le velours et la peluche...

Dans ce tourbillon d'artisans et de commerçants œuvrant pour la mode et la nouveauté, Sajou a des concurrents directs dans le domaine de la tapisserie à l'aiguille, une de ses principales activités : Picory au 30, Mangeau au 49, Besson-Poitevin au 65, les frères Collette au 68, Pétillion fils au 75... tous étaient implantés là avant lui ou sont arrivés peu après. Et c'est sans compter les rues adjacentes où la mercerie est aussi l'activité reine. Mais plus qu'une menace, il y voit probablement l'opportunité de toucher une clientèle habituée à courir le quartier pour se fournir en ouvrages de dames.

J'aurais aimé vous proposer une illustration du magasin Sajou... mais je n'ai pas (encore ?) eu la chance de mettre la main dessus. A défaut, voici une petite idée de son environnement avec des vues de la rue Rambuteau postérieures de quelques années à l'époque de Monsieur Sajou, mais qui reflètent bien son univers : le bijoutier Leforestier, par exemple, est déjà installé juste en face de chez lui lorsqu'il arrive rue Rambuteau, en 1846. Juste là aussi où, cent soixante dix après, se trouve le parvis Beaubourg ;-)

Leforestier rue RambuteauMaison Leforestier - 59-61 rue Rambuteau

Et voilà où ses pas portaient Monsieur Sajou, immédiatement sur la droite de sa boutique : le carrefour des rues Rambuteau et Saint-Martin.

Carrefour Rambuteau - Saint-Martin

Dans un prochain épisode, je pousse avec vous la porte de la boutique ;-)

Je renouvelle un merci reconnaissant à Robert pour son aide précieuse, sa connaissance érudite des archives parisiennes et sa passion à la partager.

Pour lire les précédents billets consacrés à Sajou :
Sajou : de Sens à Paris
Sajou l'innovateur : les modèles de Berlin
Sajou l'innovateur : le conservateur de la vue
Sajou l'innovateur : la tricographie
Sajou l'innovateur : expositions et récompenses
Sajou l'innovateur : la nappe de quatre mètres
Sajou le commerçant : la rue Michel-le-Comte
Sajou le commerçant : la rue de la Barillerie

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02 juin 2016

Juliette et Benjamin

Oui, bien sûr que j'ai participé au concours Bohin, j'avais simplement prévu de rester discrète jusqu'à la fin de l'expo et du vote du public. Et puis finalement, les photos qui devaient être interdites ne le sont pas (tant mieux !) et fleurissent déjà sur plusieurs blogs. Alors puisque ce n'est plus un secret, inutile de remettre ;-)

Les couleurs de cet ouvrage sont fuyantes et difficiles à saisir... la toile est moins rosée que sur mes images, le kraft est moins jaune. J'espère beaucoup du catalogue de l'exposition, dont les photos sont réalisées par une professionnelle.

La règle du jeu était de réinterpréter le portrait de Benjamin Bohin, fondateur de l'entreprise, à partir d'une photographie ancienne. Evidemment, je n'ai pas pu me résoudre à le laisser seul, au risque de frôler le hors sujet. Mais il n'en sort pas perdant : je lui ai offert une compagnie de choix en la personne de Juliette, mon arrière-arrière-grand-mère mercière  dont je suis si fière.

Juliette et Benjamin

J'ai trouvé du sens à réunir sur mon ouvrage celui qui fabriquait les aiguilles et celle qui les détaillait... le manufacturier en Normandie et la mercière à Creil. J'ai peut-être un peu tordu la chronologie : dans les années 1890, tandis que Juliette accédait au petit commerce, le fantasque Benjamin poursuivait à ses rêves d'adolescent en faisant enfin, à soixante-dix ans, son tour du monde. Mais enfin la manufacture Bohin, c'est lui, présent ou pas !

Benjamin

J'ai brodé en fond un extrait de l'état des marchandises dressé en 1894 par Maître Desabie, quand Juliette et Eugène cédèrent leur premier commerce. Puis j'ai quilté de part et d'autre les portraits de mes deux héros, simplement imprimés sur du papier d'emballage. Enfin, parce que je ne sais pas maîtriser le vide, j'ai rempli ma surface avec des bricoles de mercerie que j'imagine au comptoir de Juliette : aiguilles bien sûr mais également faveur, boutons de nacre et monogrammes de Saint-Gall.

Et pour finir, j'ai dégotté un vieil écheveau de fil à La Cloche juste dans le ton qu'il me fallait et je l'ai transformé en bordure crochetée. Pour accrocher le tout : une aiguille à tricoter en bois, des anneaux d'os, encore des articles vendus par Juliette, probablement.

Juliette

J'ai ourlé ma toile au point de Paris et c'est aussi lui aussi que j'ai utilisé pour appliquer la faveur sur le fond. C'était dans les tout premiers billets du blog, vous vous souvenez ? Non... c'est trop vieux ;-) La fiche technique est ici.

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26 mai 2016

Deux siècles demain

Et il y a deux siècles, on achetait dans le plus nouveau goût : du drap bleu, du nanquin, du piqué blanc, de la toile de coton blanche, de la toile écrue fine, de la toile dauphin et des boutons plaqués or à la douzaine.

27 mai 1816

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19 mai 2016

Fanny Louise

Petit coup de blues en me baladant, ce dimanche, dans l'état-civil de Brest... Je cherchais une communarde et le hasard met sous mes yeux l'acte de naissance de Fanny Louise, "enfant naissant trouvé dans le tour de l'hospice civil de Brest" le 27 août 1827.

Naissance Fanny LouiseRegistre des naissances de la ville de Brest - 1E75

Des nourrissons laissés aux portes de la charité, il n'en manque pas dans les registres d'état-civil. Je ne sais pourquoi celui-là a attiré plus que d'autres mon regard, une certaine recherche dans sa layette peut-être ? On peut penser que ce n'est pas la misère qui a poussé à l'abandon de la petite fille et l'imagination se met en route...

Elle était vêtue d'une chemise garnie de mousseline et d'un pourpoint de napolitaine grise, enveloppé d'un drapeau et d'un tapis d'indienne de divers couleurs, coëffé d'un béguin et de deux bonnets dont un de taffetas blanc et l'autre d'étoffe bleu. Sur la poitrine de l'enfant, un billet ainsi conçu. On prie de donner à cet enfant le nom de Fanny-Louise, née à 5 heures du matin 27 août 1827.

Puisqu'il n'y a ni père, ni mère, il ne reste pour identifier Fanny Louise que l'étoffe qui la protège sans revendiquer pour elle aucune famille. C'est couverte mais démunie de tout le reste qu'elle fait son entrée dans le monde des humains...

Indiennes - Collection RichelieuIndiennes de la collection Richelieu - source Gallica

Il y a quelques années, une émouvante exposition présentait à Londres tous ces petits bouts de rien laissés sur les enfants abandonnés à la porte du London Foundling Hospital, dans le milieu du XVIIIème siècle. Soigneusement épinglés dans les registres, billets et fragments d'étoffe étaient supposés permettre aux mères de reconnaître leur enfant quand la vie de galère, peut-être, serait derrière elles. Un fol espoir que beaucoup ont dû nourrir mais que bien peu ont vu se réaliser : sur 16 282 bébés admis à l'hospice des enfants trouvés de Londres entre 1741 et 1760, seuls 152 ont pu être récupérés. Oui, les chiffres donnent le vertige...

Registres London Foundling Hospital
Registres London Foundling Hospital - vers 1750L'exposition Threads of feeling est toujours en ligne, profitez-en !

Si vous voulez allez plus loin sur le sujet, je vous conseille la série passionnante que le blog Les Petites Mains a consacré à la vêture des enfants trouvés et aussi le challenge AZ consacré, l'année dernière, aux enfants abandonnés de l'hospice de Joigny sur le blog Canopée : vingt-six billets pour offrir à ces petits, enfin, un instant de visibilité..

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14 avril 2016

Une cage et deux serins prisés deux francs

Estelle est la maman de mon arrière-grand-mère Georgette, dont les soupes à la tomate ont fait le délice de notre enfance. Une arrière-grand-mère qu'on surnommait microsillon  : je vous laisse imaginer de qui je tiens ma nature bavarde ;-)

Et voilà ce que j'aime dans les trouvailles généalogiques : réaliser soudain que le dernier son entendu par Estelle avant de mourir est le pépiement de ses serins.

Une cage et deux serinsInventaire dressé le 7 août 1884 après le décès d'Estelle Lesbroussard
Archives départementales de l'Oise - 2E 79/24

Car le notaire fut d'une précision diabolique quand, juste après la disparition d'Estelle, il dressa l'inventaire de ses biens. Grâce à lui, je vagabonde à mon gré dans la maison de mon ancêtre : la réalité de l'écrit notarial, bien avant la réalité virtuelle, mais tout aussi évocatrice.

La cage aux oiseaux était dans la cuisine, éclairée sur le jardin. Pour peu qu'une main amie ait fait ce qu'Estelle, peut-être, n'avait plus la force de faire elle-même et levé le chiffon noir qui occultait la cage, le couple de serins devait s'en donner à coeur joie en ce joli mois d'avril 1894.

des oiseaux pour Estelle

Dans la chambre à coucher d'Estelle, il y avait une armoire à linge en noyer resserrant la totalité de sa vêture : dix-neuf chemises, cinq flanelles, cinq cache-corsets, quatre pantalons, deux jupons, douze mouchoirs blancs, trois jupons de couleur, un costume de soie marron, un costume de drap gris, deux paires de chaussures, une robe de nuit, cinq matinées et six jupons.

Habits et linge

D'elle que je n'ai pas connue, je garderai donc deux images : un couple de serins en cage chantant au printemps qui vient et ces toilettes qui me semblent si réelles, de soie marron et de drap gris.

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07 avril 2016

Les élèves institutrices de Dijon

Je reste dans les archives scolaires mais après Paris, je reviens cette fois-ci à celles de Dijon. Je suis allée passer une journée aux archives départementales, sur les traces d'une jeune fille dont j'aimerais vous présenter le bel ouvrage un de ces jours prochains.

Ernestine m'échappe encore un peu, mais en fouillant dans les archives de l'école normale d'institutrices, je suis tombée sur des documents qui ne pouvaient que m'intéresser. Car j'ai occupé, pendant plusieurs années, un bureau dans les locaux où étudiaient jadis ces jeunes filles (ils ont pris un petit coup de jeune depuis, quand même ;-)

EN institutrices Dijon - Archives départementales de la Côte-d'Or

Les dijonnettes, reconnaissez-vous l'entrée de Tissot derrière ce groupe qui s'apprête à partir pour son voyage de fin d'année ?

Départ pour le lac Majeur - Archives départementales de la Côte-d'OrLes élèves institutrices de 1912, en salle de classe et en partance pour le lac Majeur
source : Archives départementales de la Côte-d'Or (19 Fi 6)

Je me suis plongée avec délices dans le grand cahier des conférences que chacune devait présenter devant ses copines de promotion (l'avis de Madame la Directrice, reporté après chaque prestation, est rarement tendre...)

Conférence de littérature - Archives Départementales de la Côte-d'Or
Leçon d'économie domestique - Archives Départementales de la Côte-d'Or
Conférence de pédagogie - Archives Départementales de la Côte-d'OrLivre des conférences de l'année 1900
source : Archives départementales de la Côte-d'Or (5M 22399)

Et puisqu'il paraît que le tissage revient à la mode, je me suis intéressée de près à ce livre contenant les travaux de l'école d'application. Ils sont réalisées par des enfants de cinq à six ans : je les ai trouvées drôlement douées, les petites élèves de 1888 !

Tissage bleu - Archives départementales de la Côte-d'Or
Tissages rose et vert - Archives départementales de la Côte-d'OrTravaux de l'école enfantine annexée
source : Archives départementales de la Côte-d'Or (5M 22396)

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