19 avril 2015

Tata-marraine et ses chapeaux

J'ai eu pour marraine une soeur de mon grand-père paternel. Je garde d'elle le souvenir d'une vieille dame douce et délicieuse, une sage célibataire qui avait souvent un éclair de malice au coin de l'oeil. Ma tata-marraine a exercé à Paris, tout le temps de sa vie professionnelle, le joli métier de modiste.

Elle était donc faiseuse de chapeaux. Il me semble l'avoir toujours connue à la retraite, mais elle couvrait volontiers les femmes de son entourage dès qu'on le lui demandait. J'ai notamment le souvenir d'une grande capeline de feutre chocolat, moulée pour ma mère à l'occasion d'un mariage. Je revois aussi très bien les turbans joliment travaillés dont elle ne manquait pas de se coiffer avant de mettre un pied dehors. Car me disait-elle, elle était d'une époque où ça ne se faisait pas pour une femme de "sortir en cheveux".

Curieusement, je ne retrouve que ses photos de petite fille. Il faut absolument que je prospecte dans la famille pour compléter les images que j'ai d'elle.

Tata-marraineMa jolie tata-marraine, seule et avec mon grand-père

Je regrette de ne pas l'avoir pressée de questions sur sa vie et son métier. D'elle je ne conserve que quelques colifichets sans valeur mais si précieux, un éventail de plumes bleues plié dans un papier de soie crissant, son missel et sa médaille de communiante, une dînette de porcelaine...

Aussi je ne pouvais pas rater l'atelier chapeaux que nous offrait ce samedi le Musée de la Vie Bourguignonne, sous la houlette de Sara Tintinger. Quelle chance ! Car il reste très peu de modistes en France et nous en avons une à Dijon. Je vous engage vraiment à aller voir sur son site ses créations pleines d'esprit et de légèreté.

Les chapeaux de Bibi et Bob

Ne ratez pas non plus le sujet réalisé par Culture Box, il reflète tout à fait l'univers de passion et de fantaisie que nous a donné à voir Sara hier, au cours des trois heures qu'elle nous a consacrées. Modiste, c'est tout un art, en effet !

Elle nous a tout d'abord présenté son métier et nous a raconté son histoire. Depuis l'origine, les techniques et les outils ont peu évolué et restent assez similaires à ceux qu'utilisaient Rose Bertin, la première grande modiste qui créa pour Marie-Antoinette de si extravagants couvre-chefs. Y avait-il plus bel endroit pour faire revivre cet univers que le pas de porte de la chapellerie Masi, reconstituée au premier étage du musée dans la rue des commerces ?

Chapellerie Masi

Eugène et Yvonne Masi se rencontrent à Lyon où ils sont apprentis, lui chez son oncle et elle chez le fabricant de chapeaux Cotier. Ils s'établissent au début des années 30 à Dijon, d'où Eugène est originaire. Cette chapellerie pour dames perdurera jusque vers 1970 à deux pas de l'église Notre-Dame avant d'être, à sa cessation d'activité, heureusement sauvée au MVB.

Masi à LyonLa chapellerie G. Masi à Lyon dans les années 20

Nous étions bien en condition pour monter au grenier et passer à la pratique ;-) Sara nous a expliqué les matériaux qu'elle utilise -le feutre, la paille, le sisal- et la manière dont elle les travaille. Puis elle nous a proposé de réaliser un turban à partir de sisal, avec toute son assistance et ses encouragements... mais pas du tout de modèle pour nous laisser nous amuser à notre idée. Intimidant mais efficace, si l'on en juge par la diversité de nos réalisations ;-)

Atelier chapeaux au MVB

Je me suis pour ma part dépêchée de terminer ce matin car je pars en vacances la semaine prochaine, dans l'appartement où a vécu ma marraine, justement. Je ne peux m'empêcher de penser qu'elle aurait été amusée en me voyant tenter de mettre ainsi mes pas dans les siens.

Turban

 

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15 mars 2015

Pour Elizabeth Cobley

A la fin du XIXème siècle, le Royaume-Uni possédait le plus vaste empire de l'histoire. A quel prix…

De 1788 à 1853, la Grande-Bretagne et l'Irlande ont déporté 25 566 femmes vers l'Australie. Indésirables dans leur propre pays, indigentes, prostituées ou convaincues de larcins le plus souvent négligeables, elles furent embarquées de force pour l'autre côté de la terre. Elles étaient surtout coupables d'être pauvres… et malchanceuses d'être femmes à une époque où le Royaume-Uni cherchait des ventres pour transformer sa colonie pénitentiaire en colonie de peuplement.

Elles étaient des invisibles, de celles dont l'histoire ne prend pas la peine de se souvenir. C'est pourquoi j'ai aimé le projet de Christina Henri : elle veut sortir de l'ombre ces femmes qui sont pour beaucoup à l'origine de son pays. Elle a résolu de perpétuer le souvenir de chacune d'elles par un bonnet marqué à son nom et à celui du bateau qui l'a déportée. Elle en a déjà réuni plus de quinze mille, à partir desquels elle organise des installations, en Australie ou dans les régions dont sont originaires les condamnées.

Roses from the hart

Certains navires n'aborderont jamais les rivages de l'Australie. C'est l'histoire de l'Amphitrite qui quitte Woolwich et appareille pour la colonie pénitentiaire de Botany Bay, le 26 août 1833.

Le vieux trois-mâts est rapidement confronté à des conditions de navigation épouvantables. Il affronte un ouragan et dérive inexorablement vers le port de Boulogne, sans parvenir à y entrer. Le 31 août en fin d'après-midi, drossé vers le rivage, il finit par s'échouer à quelques encablures de la plage.

Sans connaître encore la nature de la "cargaison" se trouvant à bord, des sauveteurs boulonnais prennent tous les risques pour approcher le navire et convaincre son capitaine d'évacuer. Mais il s'y refuse obstinément, espérant contre toute logique le retour de la marée pour se dégager. Il va jusqu'à rejeter à plusieurs reprises les lignes que les sauveteurs tentent d'établir, au péril de leur vie, avec l'espoir de mettre en place un va-et-vient jusqu'au rivage.

Amphitrite naufragéL'Amphitrite naufragé - Alexandre Marie Lamartinière - 1833
fixé sous verre conservé au musée des Terre-Neuvas de Fécamp

C'est une raison consternante qui lui fait refuser ainsi toute aide extérieure. Car il sait, lui, qu'au fond de sa cale croupissent cent deux femmes et douze enfants qui, une fois évacués vers le rivage, pourraient profiter de la confusion pour disparaître dans la nature. Or il est non seulement propriétaire de parts du navire dont la perte serait un désastre pour lui, mais son contrat le met aussi à l'amende de cinquante livres pour chaque condamnée à la déportation qui lui échapperait...

En début de soirée, les prisonnières parviennent à défoncer les panneaux de soute pour s'extraire de la cale, déjà pratiquement submergée, dans laquelle elles vivent l'enfer depuis le début de la traversée. Les boulonnais effarés comprennent l'ampleur du drame qui se noue, en entendant les hurlements d'angoisse des femmes massées sur le pont.

Quand le capitaine prend enfin la mesure du danger, il n'y a plus rien à tenter pour éviter le naufrage. Les mâts s'abattent, le navire est disloqué et disparaît dans les flots en moins d'une demi-heure. Des heures et des heures durant, les corps des naufragés seront rejetés sur le rivage, sans qu'aucune tentative pour les ramener à la vie n'aboutisse.

Tate Gallery - A disaster at sea - TurnerDisaster at the sea - Turner c. 1835 - Tate Gallery
une évocation du naufrage de l'Amphitrite

Ce 31 août 1833, le naufrage de l'Amphitrite fait cent morts et trente-trois disparus. Seuls trois hommes d'équipage en réchapperont. Le capitaine Hunter, qui a jusqu'au bout espéré sauver son bateau, meurt noyé parmi ses passagères forcées.

Le voyage de l'Amphitrite ayant tragiquement pris fin au large de la côte d'Opale, Christina Henri a souhaité que les bonnets des convicts transportées à son bord soient confectionnés par des françaises. Elle m'a demandé de travailler en souvenir d'Elizabeth Cobley, originaire de la paroisse St Stephen, à Bristol.

William Angus 1808Bristol et St Stephen en 1808 - Gravure de William Angus

Le 1er juillet 1833, le tribunal de Bristol condamne Elizabeth à sept ans de déportation en Australie : elle a dérobé un coupon de coton dans la boutique de tissus de Thomas Wintle...

J'ai voulu que sa coiffe soit telle qu'elle aurait pu la porter, peut-être telle que celle qu'on lui a fournie dans son baluchon de prisonnière, avec une bible et un nécessaire de couture. J'ai donc utilisé des matériaux anciens et populaires, un chanvre raide et grossier dont le tissage emprisonne encore des brindilles et un lin tout décati par les lavages.

Amphitrite 1833 - Copie

Comme seule fantaisie, et aussi pour qu'il y ait un peu de moi dans ce bonnet, je l'ai simplement bordé d'un croquet à pied. Et j'ai terminé le tout avec un vieux lacet de coton. Je ne me suis pas posé de questions pour la broderie demandée par Christina, le prénom et le nom de la convict, le bateau et l'année : il m'a semblé évident de la traiter comme la marque du linge, au coton rouge et au point de croix.

Elizabeth Cobley

Elizabeth Cobley avait vingt-deux ans. La terreur et la solitude glacée qui furent les siennes à l'heure de sa mort sont irrémédiables. Mais j'ai brodé son nom afin qu'elle soit plus qu'une ligne sur un registre de condamnations, plus qu'une jeune femme broyée par l'histoire, pour qu'à tout jamais elle vaille autre chose que cinquante livres sur un contrat.

Si le sujet vous intéresse, je vous conseille le livre qu'Annpôl Kassis vient de faire paraître sur le sujet : De la Déportation des femmes en Nouvelle-Galles du sud - Les "criminelles" de l'Amphitrite. Grâce à elle j'ai pu en savoir un peu plus sur Elizabeth. Son livre est passionnant par ce qu'il dépeint du XIXème siècle en Angleterre et notamment de l'inexorable criminalisation de la pauvreté. Il est publié à compte d'auteur, vous pouvez vous le procurer en prenant contact avec elle via son blog.

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12 mars 2015

Sajou l'innovateur : la tricographie du XXIème siècle

Après mon billet de samedi dernier, je me suis amusée à transcrire le motif que j'avais choisi de tricoter dans le manuel de Monsieur Sajou avec une représentation graphique à laquelle nous sommes plus accoutumées aujourd'hui. Voici donc son diagramme :

Tricographie Sajousource Gallica

Puis un choix de codification moderne :

Tricographie moderne

C'est que nous n'avons pas eu à inventer la méthode, nous : il a suffit de l'améliorer depuis 1860 ;-) Mais nos conventions d'aujourd'hui sont tout de même plus lisibles. Enfin, c'est ce qui me semble, qu'en pensez-vous ?

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07 mars 2015

Sajou l'innovateur : la tricographie

Après les dessins de Berlin et de broderie blanche, Sajou décide de s'attaquer aux explications de tricot. Et comme toujours, il le fait avec l'objectif affiché de les rendre plus facilement accessibles.

Son nouveau cheval de bataille est, une fois encore, un procédé qui peut nous sembler évident aujourd'hui. Mais ainsi que l'indique Le Monde illustré de 1861, jusque là le tricot "n'était connu que par les traditions allemandes, toutes plus ou moins incertaines et indigestes, ou par des écrits fourmillant d'erreurs". Sajou va y remédier en payant de sa personne : il se fait tricoteur pour mettre au point et tester lui-même la représentation graphique des points qu'il entend proposer à sa clientèle.

Le 13 octobre 1857, il obtient un brevet de quinze ans qui protège la "tricographie pour écrire les explications des dessins de tricot par des signes réguliers sur papier quadrillé".

Tricographie SGDG

Au fait, que signifient ces quatre lettres, S.G.D.G., associées au brevet et que l'on retrouve également sur nombre de petits objets de nos collections ? Rien de prestigieux, c'est le moins qu'on puisse dire ;-) C'est simplement le sigle d'une mention que nous avons vue in extenso dans le précédent billet, sur l'en-tête du brevet déposé pour le dessin conservateur de la vue : Sans Garantie Du Gouvernement. C'est-à-dire que l'autorité qui délivre le brevet a simplement contrôlé le dossier sur la forme mais aucunement sur le fond. Ou dit plus crûment : la méthode brevetée peut n'être point utile, ne pas fonctionner, voire même n'avoir pas l'avantage de l'antériorité, ni celui de la nouveauté !

Brevets SGDG

Mais revenons à notre tricographie. En 1861, Sajou publie un ouvrage basé sur sa méthode, désormais brevetée. Pour notre plus grand plaisir, l'ensemble de ce recueil est disponible sur Gallica. Jusqu'ici je m'étais contentée de le stocker et je l'avais seulement survolé. Mais j'ai été surprise, en le lisant avec attention, de voir à quel point tout y était expliqué de façon très pédagogique.

Tricographie titre

Au passage, on remarque une nouvelle fois l'art consommé de l'auto-promotion dont fait preuve Sajou ;-) A sa décharge, ce discours de bonimenteur était assez en usage à une époque où l'on ne craignait pas de grossir le trait pour faire sa propre publicité. Les supports de communication étant bien moins nombreux qu'aujourd'hui, il ne fallait pas craindre de matraquer son discours les rares fois où l'on parvenait à atteindre la clientèle ! La subtilité n'était pas de mise...

Le recueil débute par une "Explication de la méthode" qui expose les bases de la tricographie. Cette introduction contient notamment "les expressions consacrées par l'usage depuis plusieurs années pour désigner les différentes mailles". Voilà une partie très intéressante pour nous autres, tricoteuses du XXIème siècle, afin d'appréhender le lexique de l'époque. C'est plus facile, en effet, d'aborder la suite quand on a saisi que la passe ou la maille simple sont notre jeté ou notre maille endroit d'aujourd'hui. Pour le reste, les expressions sont étonnamment fixées depuis 1860. D'ailleurs les points de base du tricot sont assez peu nombreux pour que les tricoteuses qui auraient envie de se mettre dans les pas de Monsieur Sajou ne soient pas trop désorientées ;-)

Tricographie méthode

Suivent ensuite les explications des modèles présentées classiquement, c'est-à-dire sous forme de texte. Je n'ai pas testé, ce qui m'intéressait c'était bien sûr la partie graphique. Et finalement, une fois que j'ai eu les aiguilles en main, le diagramme m'a semblé assez facile à suivre. La page consacrée à chaque motif comprend le minimum de texte : nombre de mailles à monter, nombre de mailles à répéter pour le motif, légende. En tête figure un dessin du tricot fini, un peu décourageant car bien sûr, on ne risque pas d'obtenir cette régularité idéale dans la vraie vie. Enfin... pas moi, en tout cas ;-)

Tricographie dentelle

Puis vient le principal, le diagramme à base de quelques signes simples. Il faut un peu de temps pour s'approprier la représentation graphique, moins lisible que celle dont nous avons l'habitude aujourd'hui. Par exemple, les jetés représentés par des demi-traits verticaux sautent beaucoup moins aux yeux que lorsqu'ils sont matérialisés par des cercles. Au début, j'ai aussi été un peu surprise de voir que les surjets n'étaient pas remplacés en miroir par des mailles ensemble, alors qu'il s'agit d'un motif symétrique. C'est pourtant le cas dans certaines autres explications, par exemple les bandes n°13 et n°16.

Tricographie symétrie

Mais au final, le résultat me convient, il ne me reste plus qu'à trouver comment utiliser ce joli motif. Car autant le dire tout de suite, je ne m'en ferai pas des rideaux, bien que ce soit préconisé dans l'album ;-)

Les journaux de l'époque accueillent l'initiative de Sajou par un concert de louanges. Le Monde Illustré ouvre le ban : " M. Sajou donne à ses élèves la grammaire des aiguilles et leur rend facile, en la rendant lisible, l'exécution du modèle le plus compliqué". Et d'ajouter que Sajou " pendant douze ans, a cherché la langue qu'en trois jours, maintenant, elles entendent toutes aussi bien que lui."

Mais c'est la Revue Européenne qui trouve l'argument massue, en remarquant que les signes utilisés pour la tricographie "sont des plus simples : un homme même les comprendrait". Ce n'est pas moi qui l'ai dit ;-)

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04 mars 2015

Sajou l'innovateur : le conservateur de la vue

A peine est-il assuré d'avoir réussi son coup pour les dessins de tapisserie en couleur, Sajou se remet à l'étude pour améliorer, cette fois-ci, la lisibilité de ses modèles de broderie blanche. Il imagine tout simplement de les présenter désormais en clair sur fond noir, à l'inverse de ce qui se pratiquait jusqu'alors.

Brevet_Sajou_1
source
INPI

Il explique, à l'appui de sa demande de brevet, que cette inversion présente un double avantage : le dessin est plus lisible et moins fatigant à suivre, mais il permet également d'indiquer la nature et le sens des points à exécuter.

Brevet Sajou 2source INPI

Le 1er octobre 1850, Sajou obtient un brevet de quinze ans pour ce "moyen de reproduction des dessins de broderie" qu'il entend bien protéger.

Brevet Sajou 3

Le dossier complet du dépôt de brevet est sur le site de l'INPI.

Il présente dès 1851, en complément de son Guide Sajou, des modèles de broderie blanche qu'il appelle "conservateurs de la vue", sur lesquels une partie du dessin est effectivement échantillonnée pour indiquer dans quel sens le point doit se faire.

Conservateur de la vue 10-1851 détailUn exemple de modèle avec les points échantillonnés
Feuille patron du Guide-Sajou - octobre 1851

Voilà un procédé qui ne se sera pas généralisé autant que le précédent, peut-être parce qu'il n'était pas économe en encre ? Et puis au fond, ses avantages n'apparaissent pas décisifs : en noir sur blanc aussi, on peut indiquer le schéma des points. Quant à savoir si la vue est moins sollicitée en négatif, ce n'est pas flagrant...

Mais là encore, Sajou est assez satisfait de lui : "Nous avons le plaisir, aujourd'hui, d'annoncer le succès éclatant des nouveaux dessins conservateurs de la vue, qui indiquent tellement bien l'effet de la broderie faite, qu'il suffit de poser l'étoffe dessus pour connaître le résultat de l'ouvrage que l'on se propose de faire."

Conservateur de la vue 06 et 11-1851Feuilles patron du Guide-Sajou - juin et novembre 1851

Le succès est tel, d'après lui, qu'il doit vendre des modèles dont l'encre n'a pas fini de sécher ! Comme ils risquent fort de tâcher l'étoffe lorsqu'on reporte le dessin, il conseille tout bonnement à ses clientes de les tamponner à la mie de pain jusqu'à faire disparaître l'excédent de couleur : "Cet inconvénient est celui de la nouveauté et de la faveur publique : personne ne peut s'en plaindre".. Tu pousses le bouchon un peu loin, Monsieur Sajou !

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28 février 2015

Sajou l'innovateur : les modèles de Berlin

Saura-t-on jamais ce qui a poussé Sajou, issu d'une famille œuvrant dans la perruque, à vouer sa carrière aux ouvrages de dames ? Ouvrir une malle dans un grenier, y découvrir de vieux papiers de famille et parmi eux... le journal de Jacques Simon Sajou, voilà mon rêve de collectionneuse, bien davantage que de trouver ses livrets de broderie !

Ce qui est sûr, c'est qu'il représente le parfait entrepreneur, avec ce qu'il faut d'esprit d'aventure, pour réussir dans ce XIXème siècle où tant de choses sont à créer. Et puis dans les efforts sans relâche qu'il fournit tout au long de ses premières années de recherche pour produire des "dessins carrelés", il peut compter sur la collaboration de son épouse. Nièce et élève du peintre Granger, Anastasie lui sera d'une aide précieuse dans l'univers des couleurs. Elle sera par la suite très présente à l'atelier de la rue des Anglaises, mais c'est pour une prochaine histoire ;-)

Sajou débute en rachetant des fonds de dessins de broderie, celui d'Augustin Legrand notamment. Cet imprimeur-graveur a publié, entre 1810 et 1830, plusieurs recueils d'ouvrages : La Maîtresse de broderie, le Petit nécessaire des jeunes demoiselles ou encore l'Art de broder. Sa production comprend également nombre de dessins pour la tapisserie au petit point en feuilles séparées.

La maîtresse de broderie frontispice
Augustin Legrand - Frontispice de La maîtresse de broderie

Fort de la documentation de ses prédécesseurs, mais disposant de moyens restreints, Sajou s'attache tout d'abord à améliorer les techniques qui lui permettront de produire, en masse et à coût raisonnable, des dessins pour la tapisserie pouvant concurrencer ceux de Berlin. Car jusqu'à présent, les modèles produits en France n'ont jamais réussi à s'imposer face à l'importation allemande.

Augustin Legrand 1818Modèle Augustin Legrand de 1818
source : base Mnémosyne du musée national de l'éducation

Mais pour fonder son industrie, Sajou puise également très largement dans les travaux de Thomas Amédée Rouget de Lisle, lui-même fabricant de tapisserie et soutenu par la manufacture des Gobelins. Dans son ouvrage intitulé Chromagraphie, Rouget de Lisle s'est attaché à dégager une théorie des couleurs et de leurs contrastes, puis à imaginer ce qu'il appelle un "alphabet chromatique" pour les représenter par des signes.

chromagraphie 1
chromagraphie 2Rouget de Lisle - Chromagraphie
source Open Library

Le génie de Sajou sera, somme toute, de savoir capitaliser sur des méthodes élaborées avant lui pour rationaliser la production des dessins. Il faut tout d'abord composer ou copier un modèle puis le "mettre en carte", c'est-à-dire le reproduire sur papier quadrillé, avec des tons rendant au mieux possible les couleurs d'origine. Sajou sait qu'une dépense conséquente, dans la production des dessins de qualité, est liée à la collaboration des coloristes qui doivent être de véritables artistes pour interpréter correctement toutes les nuances d'un modèle.

Il réduit donc le coût de cette étape cruciale en prenant soin, au moment de graver les matrices de ses cartes, d'indiquer très précisément les couleurs à appliquer par des symboles faciles à lire et à interpréter. La mise en couleurs des modèles sera ainsi assurée par des ouvrières, certes habiles, mais dont les salaires peuvent être contenus dans des limites plus que raisonnables.

Sajou 3123 APL
Sajou pour le journal de La Brodeuse - source Antique Pattern Library

Comme tout ceci nous semble évident près de deux siècles après ! Car les symboles d'un diagramme de broderie n'ont plus aucun mystère pour nous, qui vivons désormais dans un monde de signes. Mais des concepteurs comme Rouget de Lisle ou Sajou défrichaient le terrain, sans s'appuyer sur rien de connu. Et ce sont bien aux inventeurs de ces temps reculés que nous devons, aujourd'hui, la logique de fonctionnement de nos logiciels de point de croix ;-)

Pour Sajou, le pari est gagné en quelques années. Non seulement, il est rapidement en capacité de proposer à sa clientèle des dessins égalant en qualité ceux dont l'Allemagne avait le quasi monopole, mais encore a-t-il réuni toutes les conditions pour les produire à un coût très avantageux.

Dans un premier temps, il devra tout de même ruser pour imposer ses modèles fabriqués en France ! "Aussi a-t-il été forcé de recourir (...) à la langue allemande, pour les inscriptions, afin de donner à ses dessins l'apparence d'une origine étrangère. Ainsi ce n'est qu'en indiquant en allemand le genre d'ouvrage auquel se rapportent ses modèles, qu'il est parvenu à surmonter les craintes des commerçants de ne pouvoir s'en défaire" (rapport de la Société d'encouragement pour les arts mécaniques - janvier 1843).

Sajou 1856 APLSajou 1856 - source Antique Pattern Library

La presse lui joue l'air de la reconnaissance patriotique : "M. Sajou (…) nous a délivrés du servage où nous tenait Berlin pour la petite tapisserie à l'aiguille ; et l'on ne se figure pas ce que cela coûtait d'argent. Aujourd'hui M. Sajou a monté cette industrie au point de n'avoir point de concurrence raisonnable à craindre, tout en vendant moitié moins cher que ne vendait la Prusse."

Et lui-même se tresse des lauriers, avec un brin d'autosatisfaction. "Je puis, sans hésiter, répéter ce que chacun reconnaît maintenant ; seul en France, je suis parvenu à rivaliser avec les dessins de Berlin".

Mais le satisfecit ultime, il l'obtient de la Commission permanente des Beaux-Arts appliqués à l'Industrie, quand elle va jusqu'à claironner que "répandus partout, les dessins de M. Sajou font concurrence aux fabriques les plus renommées de Prusse, et à Berlin ils sont estimés et même quelquefois contrefaits". Contrefait par Berlin ! Pouvait-il espérer plus bel hommage ?

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28 janvier 2015

Sajou : de Sens à Paris

L'histoire de Jacques Simon Sajou est singulière pour nous autres brodeuses mais à l'aune du XIXème siècle, elle se confond avec celle de beaucoup de ses contemporains. C'est le parcours d'un jeune provincial gagnant la capitale pour y faire la démonstration de son esprit d'entreprise. Il s'inscrit ainsi dans un mouvement particulièrement prononcé au début de ce siècle aventureux : en quarante ans à peine, de 1800 à 1840, la population de Paris sera tout bonnement multipliée par deux, pour atteindre le million d'habitants.

Louis Claude Mallebranche - vue de ParisLouis Claude Mallebranche (1790-1838) Vue de Paris

C'est aussi l'histoire d'une intégration rondement menée puisque Jacques Simon fera rapidement partie des notables parisiens. Mais il faut commencer par le début...

Perpétuant la tradition familiale, Jean Simon Sajou exerce comme marchand parfumeur et perruquier, dans la bonne ville de Sens où sa famille a ses racines depuis longtemps. En 1803, il épouse en secondes noces Marie Madeleine Bissey, elle-même issue d'une famille de chapeliers établis à Sens.

Signature Bissey SajouJolies signatures, à un moment où la société française est encore peu alphabétisée.
On mettra le pâté sur le compte de l'émotion ;-) - Source Archives de l'Yonne

Le petit Jacques Simon voit donc le jour dans un environnement familial tout consacré à l'univers de la frivolité, dont la Révolution n'aura pas réussi à faire passer le goût à la bonne société française. Il naît le 25 mai 1805 ou plutôt... le 5 prairial an 13, car le nom des mois est encore pour quelques temps le reflet des saisons qui passent.

Vendemiaire à Ventose
Germinal à FructidorLouis Lafitte (1770-1828) Calendrier républicain

Napoléon vient d'être sacré empereur et met en mouvement sa Grande Armée vers l'Autriche. S'ensuit une période de mutations profondes dans la société française. Pour un jeune provincial plein d'idées, c'est l'époque rêvée pour montrer de quoi il est capable et Paris est la ville idéale pour le faire.

Jacques Simon Sajou y épouse en 1840 Anastasie Granger, une nièce du peintre Jean Pierre Granger qui a sa petite notoriété à l'époque. Avec toute la discrétion à laquelle étaient tenues les épouses, mais avec beaucoup de constance et d'efficacité, elle secondera son mari tout au long de sa carrière. 1840 est également une année charnière dans la vie professionnelle de Sajou car, même s'il travaillait à perfectionner ses méthodes depuis quelques temps, c'est celle où il commence à faire connaître ses publications ; c'est en tout cas cette année-là qu'un de ses modèles de broderie fait son apparition dans la Bibliographie de France.

Bibliographie de la France 1840source Gallica

Il restera quelques années encore dans le Marais, avant de s'installer pour une courte période sur l'île de la Cité, rue de la Barillerie. Puis il reviendra finalement dans le carré d'or de la mercerie, en établissant définitivement sa maison de commerce rue Rambuteau, à partir de 1846.

Avant lui, d'autres éditeurs en France s'étaient déjà piqués de présenter à la vente des modèles de broderie mais sans toutefois se spécialiser dans ce domaine. La véritable originalité de Jacques Simon Sajou sera de se consacrer entièrement à l'univers des ouvrages de dames, pour l'investir dans tous ses aspects. Il n'hésite pas d'ailleurs à se définir lui-même comme "à la fois inventeur, fabricant, marchand et journaliste", chacune de ces activités lui permettant bien sûr d'enrichir les autres.

Il développe donc son affaire avec une opiniâtreté remarquable. Il n'en oublie pas pour autant de s'investir dans la vie de la cité. Il sert comme capitaine à la Garde Nationale de Paris, ce pour quoi il sera fait chevalier de la légion d'honneur en 1848. Fin 1859, il est nommé adjoint au maire du XIIIème arrondissement où se situe sa fabrique de la rue des Anglaises. Vous imaginez ? Être une brodeuse et se faire marier par Jacques Simon Sajou ;-)

Acte de mariage extraitSource Archives de Paris

Celui-là est d'ailleurs un des derniers mariages qu'il célèbre. En cette année 1864, Sajou a 59 ans et il se désengage de ses affaires. Il démissionne de ses fonctions à la mairie au début de l'année. Puis dans les mois qui suivent, il passe le relais de sa maison de commerce à Claude Marie Cabin,  qui est son beau-frère pour avoir épousé en 1852 Maria Charlotte, la soeur d'Anastasie.

Sajou se consacre désormais à des actions philanthropiques et à la promotion de ce qui lui a tenu à coeur pendant toute sa vie professionnelle. Il le fait notamment en continuant son action à l'Union Centrale des Beaux-Arts Appliqués à l'Industrie, créée en 1863, et dont il est l'un des membres fondateurs.

Anastasie décède en 1875, laissant veuf Jacques Simon Sajou qui lui survivra sept ans ans avant de mourir à son tour, le 31 août 1882. Mais je ne veux pas terminer cette histoire-là sans vous laisser avec un portrait de notre héros. J'ai miraculeusement identifié ce tirage sur papier albuminé dans un curieux petit fascicule que je parcourais à la recherche de précisions sur ses activités philanthropiques. Enfin, nous pouvons mettre un visage sur ce grand nom !

Sajou
Jacques Simon Sajou, portrait par Angélina Trouillet - source
Gallica

J'ai tenté de retracer de parcours de Jacques Simon Sajou en utilisant tout simplement les archives publiques librement accessibles en ligne, dans lesquelles c'est toujours un bonheur de farfouiller. Cependant, sauf à les interpréter au-delà de ce qu'elles révèlent -au risque de romancer abusivement la réalité- elles laissent toujours subsister des zones d'ombre. Je fais donc appel à vous qui avez peut-être des sources privilégiées.

Je m'interroge par exemple sur la trajectoire qui a mené Sajou de Sens à Paris : initiative individuelle d'un jeune homme ambitieux ou départ de l'ensemble de la famille pour une nouvelle vie ? Car en 1820, les parents eux-mêmes ne sont plus recensés sur la ville de Sens, ils n'y sont pas décédés et je trouve en revanche la trace du décès de la maman à Paris en 1855. Il me semble d'ailleurs qu'une diaspora familiale était bien implantée dans la capitale dès le 18ème siècle, puisqu'on y trouve déjà des Sajou et même dans la profession de perruquier. Mais malheureusement, l'état civil parisien antérieur à 1860 a disparu dans les incendies de la Commune et les reconstitutions très partielles disponibles en ligne ne me permettent pas de confirmer ou d'infirmer l'une de ces hypothèses.

Mystère aussi sur ce qui l'aurait poussé à se retirer de ses affaires en 1865, à un âge pas si avancé que ça finalement, surtout pour un entrepreneur. Le couple a certes connu des drames, je pense notamment à leur petite Marie Ernestine Camille, décédée en 1848 à l'âge de trois ans. Mais sur la décennie 1860, je ne suis pas parvenue à identifier un tel accident de vie. Mon optimiste me pousse à rêver qu'ils ont tous les deux simplement voulu profiter de la vie au cours d'une retraite bien méritée... mais je ne suis pas persuadée que c'était bien dans les concepts et les aspirations de l'époque ;-)

Bref, l'enquête reste à mener, l'histoire à écrire. J'espère que j'aurai l'occasion de pousser plus loin en allant aux "vraies" Archives à l'occasion d'un voyage à Paris ou peut-être, donc, que l'une de vous aura des pistes !

Malgré tout, ma maraude dans les vieux papiers m'a permis de glaner bien d'autres informations sur les activités multiples de Jacques Simon Sajou comme "inventeur, fabricant, marchand et journaliste", alors... la suite dans de prochains épisodes ;-)

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22 janvier 2015

Devinez...

... avec qui je vis en ce moment ?

signature Sajou

Je compulse des dizaines de publications, je dépouille méthodiquement des registres plus ou moins lisibles, je traque l'information de bas de page. Je trouve ou je ne trouve pas ce que je cherche. Parfois après des heures qui me semblent perdues, je tombe tout à coup sur une pépite...

Et au détour de tous ces vieux papiers, il m'arrive de croiser une bronzeuse, une piqueuse de bottines, une liseuse de dessins, une ouvrière en boutons, une coulisseuse, une garnisseuse sur cristaux, une bordeuse de souliers, une découpeuse d'étiquettes, un fabricant de papier de fantaisie, une passementière ou une coloriste en cachemire... Alors même si ça ne me sert à rien pour ma petite affaire, j'ai l'impression qu'un sourire venu du passé se penche sur mes recherches, et c'est reparti pour un tour !

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26 octobre 2014

Les merceries de Dijon

Imaginez-vous le nombre de marchands merciers qu'il pouvait y avoir à Dijon en 1869 ? Aussi invraisemblable que cela paraisse, ils n'étaient pas moins de soixante-quinze ! Oui... pour une population intramuros qui était le tiers de celle d'aujourd'hui, n'est-ce pas étourdissant ?

merciers Dijon p1

merciers Dijon p2

source : Gallica

Auxquels merciers il fallait ajouter six marchands de rubans, cinq épingliers et encore trois passementiers. Remarquez que ce n'était pas de trop... pour soixante-dix-neuf marchands de tissu !

Oh ! qu'on me renvoie au XIXème siècle... mais juste le temps de faire mes courses : ensuite je reviens en quatrième vitesse à notre époque douillette et confortable ;-)

Grey

Petitjean-Boisserand

Ce sont en tout cas des chiffres qui font rêver, aujourd'hui où il nous restait en tout et pour tout une enseigne de proximité faisant courageusement de la résistance : l'espace dédié à la couture et à la broderie dans le beau magasin Planète Laine, le paradis des tricoteuses.

Et voilà pourquoi l'ouverture d'une nouvelle mercerie à Dijon est forcément une bonne nouvelle.

Le Lièvre Blanc

Le Lièvre Blanc se trouve 2, rue Jeanin, en bordure du quartier des Antiquaires... et à deux pas des Archives Départementales où je prends mes habitudes cette année, comme ça tombe bien ;-) Évidemment je n'ai pas résisté à aller faire ma curieuse dans la boutique, où j'ai trouvé un accueil tout à fait attentionné. J'en suis repartie avec une jolie cotonnade étoilée, du croquet rouge (on n'en a jamais assez) et deux petits-beurre qui m'ont fait de l'oeil, bien que je ne sache pas encore ce que j'en ferai.

Achats le lièvre blanc

Vous pouvez suivre l'actualité du Lièvre Blanc sur sa page Facebook.

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07 mai 2014

Souvenirs de famille

Que c'est dur de sortir d'un ouvrage qui nous tient à coeur quand on vient de le terminer ! On voudrait n'avoir jamais à y mettre le dernier point.... C'est ce qui vient de m'arriver avec le torchon que j'ai brodé pour Nans-sous-Sainte-Anne : il m'a permis de renouer avec les ouvrages au long cours que j'affectionne mais que j'avais un peu perdus de vue depuis quelques temps.

torchon_Saucet

C'est qu'un ouvrage brodé est bien plus qu'un objet inanimé fait de toile et de fil : il contient des heures de pensées profondes ou légères, des émotions voletant au détour d'une phrase posée sur le tissu, et finalement tout un dialogue intime avec soi-même qui s'instaure au cours de son élaboration. Je crois que c'est ce que représente pour moi le temps passé à broder : le seul moment où je n'ai rien d'autre à faire que rêvasser en faisant avancer mon aiguille. Et j'en construis, des châteaux en Espagne ! Et j'en refais, des mondes meilleurs où chacun a droit à sa part de soleil ! Et j'en invente, des réponses définitives aux méchancetés du monde...

lavoir

Heureusement, participer à un concours c'est un sacré bon cadrage quand on a tendance à la divagation. Je ne me fais pas d'illusions : cet ouvrage-là n'était pas près d'être fini si je n'avais pas eu la date butoir du 25 mars en ligne de mire. Comme bien sûr je n'ai commencé que très mollement en janvier, il m'a fallu ensuite compenser ce retard à l'allumage en y consacrant tout mon temps libre pendant ces dernières semaines. Quand je pense que Marlie a reçu les premières contributions dès le mois de décembre... je me dis qu'on m'a sabotée au moment des réglages en usine !

Eug_ne_et_Ernestine

Pourtant j'avais décidé de participer dès le mois de mai dernier, au moment même où j'ai vu le torchon d'Irénée Geriet. Et j'ai su tout de suite ce que je broderais : les souvenirs de ma maman, elle qui les a vus peu à peu sombrer dans le brouillard de sa mémoire perdue.

torchon_bas

Mon vieux torchon raconte sa vie de torchon dans la petite maison de bois et de tôle que mon grand-père a construite de ses mains. Il parle de sa roseraie, le seul luxe qu'il se soit autorisé. Il contient le temps qui va auprès d'Eugène, d'Ernestine et de leurs quatre filles. J'ai des souvenirs d'enfant citadine dans cette campagne que j'ai connue jusqu'à la mort de mon grand-père, quand j'avais quatorze ans. Ils se mêlent à ceux que nous racontaient ma mère et mes tantes autour des tablées du dimanche. Ce n'était pas difficile de les faire démarrer... et nous nous régalions des anecdotes entendues encore et encore, que nous connaissions par cœur et qui nous faisaient rire toujours aux mêmes endroits. Nous aimions nos conteuses, elles aimaient leur public, c'est l'histoire de la famille qui s'écrivait autour de leurs récits. En même temps qu'elles, se sont effacés les liens…

Eugène et Ernestine

Ernestine et Eugène

les fleurs du lavoir

Si je mets de côté ceux organisés en interne au PCB, c'est la première fois que je participe à un concours car j'ai un peu de mal à associer la compétition et le jugement de valeur avec la broderie. Mais ceci mis à part, l'expérience m'a plu et je suis déjà tentée de replonger avec le projet 2015. Pour le moment je suis juste rebutée par la relative petite taille imposée : 210 x 170 points, ça me paraît juste pour s'exprimer sur un marquoir. Mais les contraintes font partie du challenge, alors… je réfléchis,>)))

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