21 mai 2015

Autour de Sajou : la suite...

Avec le spectaculaire modèle de nappe d'autel dont je vous ai parlé dimanche, je clos la série "Sajou innovateur". Peut-être n'est-ce que provisoire ? Car quand j'ai l'impression d'avoir pressé un sujet à l'extrême, je tombe encore sur de nouvelles pépites ! C'est tout l'avantage du blog, je pourrai y revenir plus tard pour compléter, si nécessaire.

Sajou Claire

En faisant ces recherches, j'ai surtout compris à quel point Sajou avait été un homme de son temps, un véritable entrepreneur du XIXème siècle investissant un secteur d'activité traditionnel pour y faire souffler un vent de nouveauté, aussi bien au niveau des techniques de production que de l'approche commerciale. J'espère avoir jusqu'ici réussi à vous faire partager ces découvertes. Mais j'aurai probablement l'occasion d'évoquer aussi des aspects moins plaisants de son parcours.

Sajou Léontine

Tout ça à cause de ce fameux modèle de nappe, justement. J'ai fort peu de Sajou -surtout datant réellement de l'époque de Monsieur Sajou- dans mes vieilleries. Et je ne connaissais rien du personnage lui-même. Alors quand j'ai trouvé ce rouleau sortant de l'ordinaire, mon idée de départ était de glaner seulement quelques renseignements pour le documenter : je ne savais pas où ça m'entraînerait ;-)

Sajou Louise

La prochaine fois que je vous parlerai lui, ce sera pour évoquer le Sajou commerçant et ses différents établissements. Il n'y a plus qu'à écrire ! En attendant, je vous laisse avec ces jolies demoiselles du livret n°21.

Sajou Octavie

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17 mai 2015

Sajou l'innovateur : la nappe de quatre mètres

A l'exposition de 1855 donc, Sajou frappe les esprits en présentant un modèle qui figure à son catalogue de l'année suivante sous le numéro 403, à la rubrique des dessins de crochet et de filet, avec cette description : "Très riche nappe d'autel, représentant les litanies de la Ste Vierge par des emblèmes et des inscriptions".

Le prix est à la hauteur du caractère exceptionnel de l'ouvrage : 20 francs, alors que la majorité des planches est annoncée à 25 centimes, ce qui équivaut à une livre de bon pain. Très peu de modèles dépassent 2,50 francs et il n'y a guère que quelques dessins complexes de Berlin -gouachés à la main tout de même- qui parviennent à dépasser 10 francs.

Nappe 403
source BnF

La presse ne manque pas de saluer la performance de Monsieur Sajou comme il se doit :

"Cette nappe d'autel est d'un style élégant, sans rien perdre du caractère austère qui convient aux objets consacrés au culte. (...) Il y avait danger d'être lourd par trop de simplicité, diffus par trop de détails. M. Eug. Hagnaüer a su rester dans les conditions d'une sage mesure, et nous l'en félicitons. Son dessin est clair, simple, et a toutes les qualités d'un objet d'art." Le Travail Universel

"Ce sujet présentait de grandes difficultés qui ont été surmontées avec bonheur et feront de cette pièce de broderie une des oeuvres remarquables de l'exposition de l'industrie, où elle figurera dans les montres de la maison Sajou. " Revue des Beaux-Arts

"Sajou n'a pas obtenu pour rien à l'Exposition universelle la médaille de première classe, la plus haute récompense qui ait été donnée à son genre d'industrie. Il est vrai que Sajou avait fait des impossibilités, et je ne puis m'empêcher de rappeler ici sa magnifique nappe d'autel dédiée à la Sainte Vierge, qui ressemblait à de la guipure plutôt qu'à un travail au crochet. (...) Personne n'a pu lutter avec cette merveille." Le Journal des Coiffeurs

Sajou nappe expo 1855Collection personnelle

Il faut dire que Sajou a bien fait les choses pour cet ouvrage qu'il veut hors du commun : le modèle lui-même est grandeur réelle ! C'est-à-dire qu'il se présente sous forme d'un rouleau de papier fort de quatre mètres de long sur quarante centimètres de hauteur, dans une impression d'une qualité remarquable. Sa dimension inhabituelle ne simplifie pas la prise de vue et je peine malheureusement à vous restituer l'aspect spectaculaire de l'ensemble...

Sajou nappe 1855

C'est Eugène Hagnaüer, peintre, miniaturiste, paysagiste, lithographe et "dessinateur ordinaire" pour les dessins de broderie de la maison Sajou, qui est l'auteur de ce modèle. Le Travail Universel fait d'ailleurs remarquer, avec un peu de perfidie, que l'industriel n'est pas très pressé de mettre à l'honneur les artisans de son succès : "Cette belle broderie est due à la main habile de Mme Pessière, qu'un hasard heureux nous permet de nommer. Car, nous devons le dire, M. Sajou, qui est au premier rang, non parce qu'il est le seul, mais bien parce qu'il est le plus habile, a la faiblesse, lui aussi, de cacher les noms de ses collaborateurs, et si nous les dévoilons presque malgré eux ou même à leur insu, c'est pour être fidèle au principe que nous défendons". Ça, c'est dit...

Je ne vous propose pas de réaliser la nappe entière ;-) Mais elle comporte une jolie demi-couronne de roses dont j'ai relevé le diagramme : vous le recevrez dans la journée, si vous êtes abonnée identifiée aux billets du blog..

Sajou couronne vignette

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14 mai 2015

Sajou l'innovateur : expositions et récompenses

Sajou développe son affaire dans l'univers des ouvrages de dames alors que la France a déjà bien engagé sa révolution industrielle. C'est encore une période où l'on ne conçoit pas que la technique puisse se développer au détriment des beaux-arts.

Y en a-t-il plus belle illustration que le fronton du Palais de l'Industrie, spécialement construit pour l'exposition universelle de 1855 ? Il est orné d'un groupe, sculpté par Elias Robert, qui représente la France couronnant d'un même geste l'art et l'industrie. Cet ensemble est d'ailleurs un des rares vestiges des nombreux bâtiments construits pour l'occasion : vous pouvez l'admirer au parc de Saint-Cloud, près de l'entrée du musée national de la céramique de Sèvres.

Palais de l'industriePhotographie Édouard Baldus

Dans cette période où l'on attend tous les progrès de la science, promouvoir les produits de l'industrie nationale constitue une grande affaire française. Dès le tournant du XIXème siècle, les expositions se succèdent et les arts décoratifs y tiennent une place d'honneur. Elles offrent aux manufacturiers une opportunité de démontrer leur savoir-faire et de mettre en avant leurs innovations. Pour peu qu'ils obtiennent une des nombreuses récompenses décernées à ces occasions, ils tiennent là un argument publicitaire de choix.

Comme les autres, Sajou ne s'en prive pas. Certes dans ses débuts, il s'est bien réclamé de telle où telle cour : breveté de Sa Majesté la Reine ou de Son Altesse Royale la Duchesse d'Orléans, voilà qui impressionne encore la clientèle dans une France qui n'est pas guérie de ses têtes couronnées. Mais ce ne sont finalement que des agréments comme fournisseur. Alors dès qu'il en a la possibilité, il leur substitue les médailles décernées par les organisations professionnelles et les jurys d'exposition. En voici un bel exemple sur la couverture de ce livret qu'il publie en 1863, dans les derniers mois de son activité commerciale.

Médailles sur livret 79

En 1849, la France rate l'occasion d'ouvrir son exposition industrielle vers l'extérieur, par crainte de la concurrence. Tant pis pour elle ! C'est donc Londres qui saisit la balle au bond et organise, en 1851, la première exposition universelle : accueillant toutes les branches de l'activité humaine, ouverte à tous les pays. Bien sûr Paris se laissera entraîner dans le mouvement et organisera l'édition suivante, quatre ans après.

Expositions nationales puis universelles : voici donc autant d'occasions offertes à Sajou, de 1840 à 1864, de présenter son savoir-faire au regard des visiteurs et à l'appréciation de ses pairs. 1855 sera pour lui une grande année : vingt-cinq pays ont rendez-vous aux Champs-Élysées, c'est un évènement qu'il ne devait pas manquer.

Expo 1855 DavidEstampe de David Etienne - source Gallica

Pendant six mois, cinq millions de visiteurs se pressent sur les quinze hectares aménagés pour accueillir vingt-quatre mille exposants. Le spectacle ne manque pas : il y a la galerie des machines bien sûr, qui s'étend de la place de la Concorde au pont de l'Alma. Mais c'est aussi l'exposition qui consacre la machine à coudre Singer en France, la poupée parlante et le premier saxophone. Elle est inaugurée en grande pompe par l'empereur Napoléon III.

Inauguration expo1855 AugustinCérémonie d'inauguration du 15 mai 1855
Gravure de Henry Augustin Valentin - source Gallica

Dans une organisation très segmentée, Sajou expose à la classe XXIII pour la broderie et à la classe XXV pour les objets de mode et de fantaisie. Au rez-de-chaussée du pavillon nord-ouest, il présente dans deux grands cadres ses modèles de Berlin bien sûr, mais également "des dessins pour la broderie au filet, au crochet, et les divers autres genres de broderie blanche". Il marque les esprits avec une nappe de quatre mètres dont je vous reparlerai.

nappe

Il s'y fait remarquer également par "une bande de fleurs système teintes plates, d'un joli dessin et d'un coloris très-heureux". Le travail universel, qui en mille deux cents pages entend faire une revue exhaustive des oeuvres présentées à l'exposition, ajoute que Sajou "a composé ou fait composer des dessins entièrement nouveaux, et nous remarquons aujourd'hui avec plaisir qu'ils ont tout à fait le caractère et le goût français.".

Expo 1855 récompensesCérémonie de remise des récompenses du 15 novembre 1855
Estampe Ph. Benoist, A. Bayot -
source Gallica

Le 15 novembre 1855, l'exposition touche à sa fin : Napoléon III et l'impératrice Eugénie, accompagnés du prince Napoléon, reviennent au Palais de l'industrie pour remettre leurs récompenses aux vaillants exposants. J'imagine Monsieur Sajou s'avancer vers l'estrade pour y recevoir fièrement la médaille de première classe que lui a valu l'excellence de son travail. En tout cas, il n'oubliera jamais de la faire désormais figurer en bonne place sur ses publications...

_Sajou cachet médaille

Sajou catalogue 1856

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06 mai 2015

Autour de Sajou : du muguet pour un pélerinage

Si vous me suivez sur Facebook, vous savez déjà que j'ai mis à profit mes vacances pour accomplir un pèlerinage nostalgique. Avant de quitter Dijon au petit matin, j'ai cueilli les quelques brins de muguet fleuris dans mon septième ciel et je les ai tenus bien serrés dans du coton humide pour qu'ils survivent au voyage jusqu'à Paris.

Lachaise CourvoisierLe Père-Lachaise au début du XIXème siècle - Pierre Courvoisier

Le cimetière du Père-Lachaise est un lieu de curiosités et de promenades très à la mode depuis longtemps. On y admire les portes de métal ouvragé, on s'y amuse des caveaux baroques ou délirants, on s'y étonne du cirque autour de certaines tombes. Mais je cherchais un endroit un peu à l'écart du circuit touristique des célébrités et puis le caprice des averses avaient certainement découragé bon nombre des habituels promeneurs. La tranquillité de ce dimanche me convenait tout à fait.

portes

En déposant pour lui mes quelques brins de muguet, j'ai pensé à Monsieur Sajou venu ici pour y accompagner sa maman, deux de ses petites filles puis sa chère Anastasie. J'ai pensé à la petite énigme de son aînée, disparue elle aussi avant lui mais qui ne repose pas ici avec le reste de la famille. J'ai pensé que pour lui, avant qu'il ne vienne y rejoindre celles qu'il avait tant aimées, le Père-Lachaise devait contenir la tristesse du monde.

Cabin-Sajou

Si vous aviez la tentation de faire cette balade-là, je vous conseille d'attendre un peu car pour le moment, le chemin qui nous intéresse est condamné en raison d'un monument instable un peu plus bas. Mais j'imagine que ce problème ne devrait pas trop tarder à être réglé. Voici donc de quoi trouver votre chemin.

Père Lachaise sud

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19 avril 2015

Tata-marraine et ses chapeaux

J'ai eu pour marraine une soeur de mon grand-père paternel. Je garde d'elle le souvenir d'une vieille dame douce et délicieuse, une sage célibataire qui avait souvent un éclair de malice au coin de l'oeil. Ma tata-marraine a exercé à Paris, tout le temps de sa vie professionnelle, le joli métier de modiste.

Elle était donc faiseuse de chapeaux. Il me semble l'avoir toujours connue à la retraite, mais elle couvrait volontiers les femmes de son entourage dès qu'on le lui demandait. J'ai notamment le souvenir d'une grande capeline de feutre chocolat, moulée pour ma mère à l'occasion d'un mariage. Je revois aussi très bien les turbans joliment travaillés dont elle ne manquait pas de se coiffer avant de mettre un pied dehors. Car me disait-elle, elle était d'une époque où ça ne se faisait pas pour une femme de "sortir en cheveux".

Curieusement, je ne retrouve que ses photos de petite fille. Il faut absolument que je prospecte dans la famille pour compléter les images que j'ai d'elle.

Tata-marraineMa jolie tata-marraine, seule et avec mon grand-père

Je regrette de ne pas l'avoir pressée de questions sur sa vie et son métier. D'elle je ne conserve que quelques colifichets sans valeur mais si précieux, un éventail de plumes bleues plié dans un papier de soie crissant, son missel et sa médaille de communiante, une dînette de porcelaine...

Aussi je ne pouvais pas rater l'atelier chapeaux que nous offrait ce samedi le Musée de la Vie Bourguignonne, sous la houlette de Sara Tintinger. Quelle chance ! Car il reste très peu de modistes en France et nous en avons une à Dijon. Je vous engage vraiment à aller voir sur son site ses créations pleines d'esprit et de légèreté.

Les chapeaux de Bibi et Bob

Ne ratez pas non plus le sujet réalisé par Culture Box, il reflète tout à fait l'univers de passion et de fantaisie que nous a donné à voir Sara hier, au cours des trois heures qu'elle nous a consacrées. Modiste, c'est tout un art, en effet !

Elle nous a tout d'abord présenté son métier et nous a raconté son histoire. Depuis l'origine, les techniques et les outils ont peu évolué et restent assez similaires à ceux qu'utilisaient Rose Bertin, la première grande modiste qui créa pour Marie-Antoinette de si extravagants couvre-chefs. Y avait-il plus bel endroit pour faire revivre cet univers que le pas de porte de la chapellerie Masi, reconstituée au premier étage du musée dans la rue des commerces ?

Chapellerie Masi

Eugène et Yvonne Masi se rencontrent à Lyon où ils sont apprentis, lui chez son oncle et elle chez le fabricant de chapeaux Cotier. Ils s'établissent au début des années 30 à Dijon, d'où Eugène est originaire. Cette chapellerie pour dames perdurera jusque vers 1970 à deux pas de l'église Notre-Dame avant d'être, à sa cessation d'activité, heureusement sauvée au MVB.

Masi à LyonLa chapellerie G. Masi à Lyon dans les années 20

Nous étions bien en condition pour monter au grenier et passer à la pratique ;-) Sara nous a expliqué les matériaux qu'elle utilise -le feutre, la paille, le sisal- et la manière dont elle les travaille. Puis elle nous a proposé de réaliser un turban à partir de sisal, avec toute son assistance et ses encouragements... mais pas du tout de modèle pour nous laisser nous amuser à notre idée. Intimidant mais efficace, si l'on en juge par la diversité de nos réalisations ;-)

Atelier chapeaux au MVB

Je me suis pour ma part dépêchée de terminer ce matin car je pars en vacances la semaine prochaine, dans l'appartement où a vécu ma marraine, justement. Je ne peux m'empêcher de penser qu'elle aurait été amusée en me voyant tenter de mettre ainsi mes pas dans les siens.

Turban

 

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15 mars 2015

Pour Elizabeth Cobley

A la fin du XIXème siècle, le Royaume-Uni possédait le plus vaste empire de l'histoire. A quel prix…

De 1788 à 1853, la Grande-Bretagne et l'Irlande ont déporté 25 566 femmes vers l'Australie. Indésirables dans leur propre pays, indigentes, prostituées ou convaincues de larcins le plus souvent négligeables, elles furent embarquées de force pour l'autre côté de la terre. Elles étaient surtout coupables d'être pauvres… et malchanceuses d'être femmes à une époque où le Royaume-Uni cherchait des ventres pour transformer sa colonie pénitentiaire en colonie de peuplement.

Elles étaient des invisibles, de celles dont l'histoire ne prend pas la peine de se souvenir. C'est pourquoi j'ai aimé le projet de Christina Henri : elle veut sortir de l'ombre ces femmes qui sont pour beaucoup à l'origine de son pays. Elle a résolu de perpétuer le souvenir de chacune d'elles par un bonnet marqué à son nom et à celui du bateau qui l'a déportée. Elle en a déjà réuni plus de quinze mille, à partir desquels elle organise des installations, en Australie ou dans les régions dont sont originaires les condamnées.

Roses from the hart

Certains navires n'aborderont jamais les rivages de l'Australie. C'est l'histoire de l'Amphitrite qui quitte Woolwich et appareille pour la colonie pénitentiaire de Botany Bay, le 26 août 1833.

Le vieux trois-mâts est rapidement confronté à des conditions de navigation épouvantables. Il affronte un ouragan et dérive inexorablement vers le port de Boulogne, sans parvenir à y entrer. Le 31 août en fin d'après-midi, drossé vers le rivage, il finit par s'échouer à quelques encablures de la plage.

Sans connaître encore la nature de la "cargaison" se trouvant à bord, des sauveteurs boulonnais prennent tous les risques pour approcher le navire et convaincre son capitaine d'évacuer. Mais il s'y refuse obstinément, espérant contre toute logique le retour de la marée pour se dégager. Il va jusqu'à rejeter à plusieurs reprises les lignes que les sauveteurs tentent d'établir, au péril de leur vie, avec l'espoir de mettre en place un va-et-vient jusqu'au rivage.

Amphitrite naufragéL'Amphitrite naufragé - Alexandre Marie Lamartinière - 1833
fixé sous verre conservé au musée des Terre-Neuvas de Fécamp

C'est une raison consternante qui lui fait refuser ainsi toute aide extérieure. Car il sait, lui, qu'au fond de sa cale croupissent cent deux femmes et douze enfants qui, une fois évacués vers le rivage, pourraient profiter de la confusion pour disparaître dans la nature. Or il est non seulement propriétaire de parts du navire dont la perte serait un désastre pour lui, mais son contrat le met aussi à l'amende de cinquante livres pour chaque condamnée à la déportation qui lui échapperait...

En début de soirée, les prisonnières parviennent à défoncer les panneaux de soute pour s'extraire de la cale, déjà pratiquement submergée, dans laquelle elles vivent l'enfer depuis le début de la traversée. Les boulonnais effarés comprennent l'ampleur du drame qui se noue, en entendant les hurlements d'angoisse des femmes massées sur le pont.

Quand le capitaine prend enfin la mesure du danger, il n'y a plus rien à tenter pour éviter le naufrage. Les mâts s'abattent, le navire est disloqué et disparaît dans les flots en moins d'une demi-heure. Des heures et des heures durant, les corps des naufragés seront rejetés sur le rivage, sans qu'aucune tentative pour les ramener à la vie n'aboutisse.

Tate Gallery - A disaster at sea - TurnerDisaster at the sea - Turner c. 1835 - Tate Gallery
une évocation du naufrage de l'Amphitrite

Ce 31 août 1833, le naufrage de l'Amphitrite fait cent morts et trente-trois disparus. Seuls trois hommes d'équipage en réchapperont. Le capitaine Hunter, qui a jusqu'au bout espéré sauver son bateau, meurt noyé parmi ses passagères forcées.

Le voyage de l'Amphitrite ayant tragiquement pris fin au large de la côte d'Opale, Christina Henri a souhaité que les bonnets des convicts transportées à son bord soient confectionnés par des françaises. Elle m'a demandé de travailler en souvenir d'Elizabeth Cobley, originaire de la paroisse St Stephen, à Bristol.

William Angus 1808Bristol et St Stephen en 1808 - Gravure de William Angus

Le 1er juillet 1833, le tribunal de Bristol condamne Elizabeth à sept ans de déportation en Australie : elle a dérobé un coupon de coton dans la boutique de tissus de Thomas Wintle...

J'ai voulu que sa coiffe soit telle qu'elle aurait pu la porter, peut-être telle que celle qu'on lui a fournie dans son baluchon de prisonnière, avec une bible et un nécessaire de couture. J'ai donc utilisé des matériaux anciens et populaires, un chanvre raide et grossier dont le tissage emprisonne encore des brindilles et un lin tout décati par les lavages.

Amphitrite 1833 - Copie

Comme seule fantaisie, et aussi pour qu'il y ait un peu de moi dans ce bonnet, je l'ai simplement bordé d'un croquet à pied. Et j'ai terminé le tout avec un vieux lacet de coton. Je ne me suis pas posé de questions pour la broderie demandée par Christina, le prénom et le nom de la convict, le bateau et l'année : il m'a semblé évident de la traiter comme la marque du linge, au coton rouge et au point de croix.

Elizabeth Cobley

Elizabeth Cobley avait vingt-deux ans. La terreur et la solitude glacée qui furent les siennes à l'heure de sa mort sont irrémédiables. Mais j'ai brodé son nom afin qu'elle soit plus qu'une ligne sur un registre de condamnations, plus qu'une jeune femme broyée par l'histoire, pour qu'à tout jamais elle vaille autre chose que cinquante livres sur un contrat.

Si le sujet vous intéresse, je vous conseille le livre qu'Annpôl Kassis vient de faire paraître sur le sujet : De la Déportation des femmes en Nouvelle-Galles du sud - Les "criminelles" de l'Amphitrite. Grâce à elle j'ai pu en savoir un peu plus sur Elizabeth. Son livre est passionnant par ce qu'il dépeint du XIXème siècle en Angleterre et notamment de l'inexorable criminalisation de la pauvreté. Il est publié à compte d'auteur, vous pouvez vous le procurer en prenant contact avec elle via son blog.

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12 mars 2015

Sajou l'innovateur : la tricographie du XXIème siècle

Après mon billet de samedi dernier, je me suis amusée à transcrire le motif que j'avais choisi de tricoter dans le manuel de Monsieur Sajou avec une représentation graphique à laquelle nous sommes plus accoutumées aujourd'hui. Voici donc son diagramme :

Tricographie Sajousource Gallica

Puis un choix de codification moderne :

Tricographie moderne

C'est que nous n'avons pas eu à inventer la méthode, nous : il a suffit de l'améliorer depuis 1860 ;-) Mais nos conventions d'aujourd'hui sont tout de même plus lisibles. Enfin, c'est ce qui me semble, qu'en pensez-vous ?

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07 mars 2015

Sajou l'innovateur : la tricographie

Après les dessins de Berlin et de broderie blanche, Sajou décide de s'attaquer aux explications de tricot. Et comme toujours, il le fait avec l'objectif affiché de les rendre plus facilement accessibles.

Son nouveau cheval de bataille est, une fois encore, un procédé qui peut nous sembler évident aujourd'hui. Mais ainsi que l'indique Le Monde illustré de 1861, jusque là le tricot "n'était connu que par les traditions allemandes, toutes plus ou moins incertaines et indigestes, ou par des écrits fourmillant d'erreurs". Sajou va y remédier en payant de sa personne : il se fait tricoteur pour mettre au point et tester lui-même la représentation graphique des points qu'il entend proposer à sa clientèle.

Le 13 octobre 1857, il obtient un brevet de quinze ans qui protège la "tricographie pour écrire les explications des dessins de tricot par des signes réguliers sur papier quadrillé".

Tricographie SGDG

Au fait, que signifient ces quatre lettres, S.G.D.G., associées au brevet et que l'on retrouve également sur nombre de petits objets de nos collections ? Rien de prestigieux, c'est le moins qu'on puisse dire ;-) C'est simplement le sigle d'une mention que nous avons vue in extenso dans le précédent billet, sur l'en-tête du brevet déposé pour le dessin conservateur de la vue : Sans Garantie Du Gouvernement. C'est-à-dire que l'autorité qui délivre le brevet a simplement contrôlé le dossier sur la forme mais aucunement sur le fond. Ou dit plus crûment : la méthode brevetée peut n'être point utile, ne pas fonctionner, voire même n'avoir pas l'avantage de l'antériorité, ni celui de la nouveauté !

Brevets SGDG

Mais revenons à notre tricographie. En 1861, Sajou publie un ouvrage basé sur sa méthode, désormais brevetée. Pour notre plus grand plaisir, l'ensemble de ce recueil est disponible sur Gallica. Jusqu'ici je m'étais contentée de le stocker et je l'avais seulement survolé. Mais j'ai été surprise, en le lisant avec attention, de voir à quel point tout y était expliqué de façon très pédagogique.

Tricographie titre

Au passage, on remarque une nouvelle fois l'art consommé de l'auto-promotion dont fait preuve Sajou ;-) A sa décharge, ce discours de bonimenteur était assez en usage à une époque où l'on ne craignait pas de grossir le trait pour faire sa propre publicité. Les supports de communication étant bien moins nombreux qu'aujourd'hui, il ne fallait pas craindre de matraquer son discours les rares fois où l'on parvenait à atteindre la clientèle ! La subtilité n'était pas de mise...

Le recueil débute par une "Explication de la méthode" qui expose les bases de la tricographie. Cette introduction contient notamment "les expressions consacrées par l'usage depuis plusieurs années pour désigner les différentes mailles". Voilà une partie très intéressante pour nous autres, tricoteuses du XXIème siècle, afin d'appréhender le lexique de l'époque. C'est plus facile, en effet, d'aborder la suite quand on a saisi que la passe ou la maille simple sont notre jeté ou notre maille endroit d'aujourd'hui. Pour le reste, les expressions sont étonnamment fixées depuis 1860. D'ailleurs les points de base du tricot sont assez peu nombreux pour que les tricoteuses qui auraient envie de se mettre dans les pas de Monsieur Sajou ne soient pas trop désorientées ;-)

Tricographie méthode

Suivent ensuite les explications des modèles présentées classiquement, c'est-à-dire sous forme de texte. Je n'ai pas testé, ce qui m'intéressait c'était bien sûr la partie graphique. Et finalement, une fois que j'ai eu les aiguilles en main, le diagramme m'a semblé assez facile à suivre. La page consacrée à chaque motif comprend le minimum de texte : nombre de mailles à monter, nombre de mailles à répéter pour le motif, légende. En tête figure un dessin du tricot fini, un peu décourageant car bien sûr, on ne risque pas d'obtenir cette régularité idéale dans la vraie vie. Enfin... pas moi, en tout cas ;-)

Tricographie dentelle

Puis vient le principal, le diagramme à base de quelques signes simples. Il faut un peu de temps pour s'approprier la représentation graphique, moins lisible que celle dont nous avons l'habitude aujourd'hui. Par exemple, les jetés représentés par des demi-traits verticaux sautent beaucoup moins aux yeux que lorsqu'ils sont matérialisés par des cercles. Au début, j'ai aussi été un peu surprise de voir que les surjets n'étaient pas remplacés en miroir par des mailles ensemble, alors qu'il s'agit d'un motif symétrique. C'est pourtant le cas dans certaines autres explications, par exemple les bandes n°13 et n°16.

Tricographie symétrie

Mais au final, le résultat me convient, il ne me reste plus qu'à trouver comment utiliser ce joli motif. Car autant le dire tout de suite, je ne m'en ferai pas des rideaux, bien que ce soit préconisé dans l'album ;-)

Les journaux de l'époque accueillent l'initiative de Sajou par un concert de louanges. Le Monde Illustré ouvre le ban : " M. Sajou donne à ses élèves la grammaire des aiguilles et leur rend facile, en la rendant lisible, l'exécution du modèle le plus compliqué". Et d'ajouter que Sajou " pendant douze ans, a cherché la langue qu'en trois jours, maintenant, elles entendent toutes aussi bien que lui."

Mais c'est la Revue Européenne qui trouve l'argument massue, en remarquant que les signes utilisés pour la tricographie "sont des plus simples : un homme même les comprendrait". Ce n'est pas moi qui l'ai dit ;-)

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04 mars 2015

Sajou l'innovateur : le conservateur de la vue

A peine est-il assuré d'avoir réussi son coup pour les dessins de tapisserie en couleur, Sajou se remet à l'étude pour améliorer, cette fois-ci, la lisibilité de ses modèles de broderie blanche. Il imagine tout simplement de les présenter désormais en clair sur fond noir, à l'inverse de ce qui se pratiquait jusqu'alors.

Brevet_Sajou_1
source
INPI

Il explique, à l'appui de sa demande de brevet, que cette inversion présente un double avantage : le dessin est plus lisible et moins fatigant à suivre, mais il permet également d'indiquer la nature et le sens des points à exécuter.

Brevet Sajou 2source INPI

Le 1er octobre 1850, Sajou obtient un brevet de quinze ans pour ce "moyen de reproduction des dessins de broderie" qu'il entend bien protéger.

Brevet Sajou 3

Le dossier complet du dépôt de brevet est sur le site de l'INPI.

Il présente dès 1851, en complément de son Guide Sajou, des modèles de broderie blanche qu'il appelle "conservateurs de la vue", sur lesquels une partie du dessin est effectivement échantillonnée pour indiquer dans quel sens le point doit se faire.

Conservateur de la vue 10-1851 détailUn exemple de modèle avec les points échantillonnés
Feuille patron du Guide-Sajou - octobre 1851

Voilà un procédé qui ne se sera pas généralisé autant que le précédent, peut-être parce qu'il n'était pas économe en encre ? Et puis au fond, ses avantages n'apparaissent pas décisifs : en noir sur blanc aussi, on peut indiquer le schéma des points. Quant à savoir si la vue est moins sollicitée en négatif, ce n'est pas flagrant...

Mais là encore, Sajou est assez satisfait de lui : "Nous avons le plaisir, aujourd'hui, d'annoncer le succès éclatant des nouveaux dessins conservateurs de la vue, qui indiquent tellement bien l'effet de la broderie faite, qu'il suffit de poser l'étoffe dessus pour connaître le résultat de l'ouvrage que l'on se propose de faire."

Conservateur de la vue 06 et 11-1851Feuilles patron du Guide-Sajou - juin et novembre 1851

Le succès est tel, d'après lui, qu'il doit vendre des modèles dont l'encre n'a pas fini de sécher ! Comme ils risquent fort de tâcher l'étoffe lorsqu'on reporte le dessin, il conseille tout bonnement à ses clientes de les tamponner à la mie de pain jusqu'à faire disparaître l'excédent de couleur : "Cet inconvénient est celui de la nouveauté et de la faveur publique : personne ne peut s'en plaindre".. Tu pousses le bouchon un peu loin, Monsieur Sajou !

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28 février 2015

Sajou l'innovateur : les modèles de Berlin

Saura-t-on jamais ce qui a poussé Sajou, issu d'une famille œuvrant dans la perruque, à vouer sa carrière aux ouvrages de dames ? Ouvrir une malle dans un grenier, y découvrir de vieux papiers de famille et parmi eux... le journal de Jacques Simon Sajou, voilà mon rêve de collectionneuse, bien davantage que de trouver ses livrets de broderie !

Ce qui est sûr, c'est qu'il représente le parfait entrepreneur, avec ce qu'il faut d'esprit d'aventure, pour réussir dans ce XIXème siècle où tant de choses sont à créer. Et puis dans les efforts sans relâche qu'il fournit tout au long de ses premières années de recherche pour produire des "dessins carrelés", il peut compter sur la collaboration de son épouse. Nièce et élève du peintre Granger, Anastasie lui sera d'une aide précieuse dans l'univers des couleurs. Elle sera par la suite très présente à l'atelier de la rue des Anglaises, mais c'est pour une prochaine histoire ;-)

Sajou débute en rachetant des fonds de dessins de broderie, celui d'Augustin Legrand notamment. Cet imprimeur-graveur a publié, entre 1810 et 1830, plusieurs recueils d'ouvrages : La Maîtresse de broderie, le Petit nécessaire des jeunes demoiselles ou encore l'Art de broder. Sa production comprend également nombre de dessins pour la tapisserie au petit point en feuilles séparées.

La maîtresse de broderie frontispice
Augustin Legrand - Frontispice de La maîtresse de broderie

Fort de la documentation de ses prédécesseurs, mais disposant de moyens restreints, Sajou s'attache tout d'abord à améliorer les techniques qui lui permettront de produire, en masse et à coût raisonnable, des dessins pour la tapisserie pouvant concurrencer ceux de Berlin. Car jusqu'à présent, les modèles produits en France n'ont jamais réussi à s'imposer face à l'importation allemande.

Augustin Legrand 1818Modèle Augustin Legrand de 1818
source : base Mnémosyne du musée national de l'éducation

Mais pour fonder son industrie, Sajou puise également très largement dans les travaux de Thomas Amédée Rouget de Lisle, lui-même fabricant de tapisserie et soutenu par la manufacture des Gobelins. Dans son ouvrage intitulé Chromagraphie, Rouget de Lisle s'est attaché à dégager une théorie des couleurs et de leurs contrastes, puis à imaginer ce qu'il appelle un "alphabet chromatique" pour les représenter par des signes.

chromagraphie 1
chromagraphie 2Rouget de Lisle - Chromagraphie
source Open Library

Le génie de Sajou sera, somme toute, de savoir capitaliser sur des méthodes élaborées avant lui pour rationaliser la production des dessins. Il faut tout d'abord composer ou copier un modèle puis le "mettre en carte", c'est-à-dire le reproduire sur papier quadrillé, avec des tons rendant au mieux possible les couleurs d'origine. Sajou sait qu'une dépense conséquente, dans la production des dessins de qualité, est liée à la collaboration des coloristes qui doivent être de véritables artistes pour interpréter correctement toutes les nuances d'un modèle.

Il réduit donc le coût de cette étape cruciale en prenant soin, au moment de graver les matrices de ses cartes, d'indiquer très précisément les couleurs à appliquer par des symboles faciles à lire et à interpréter. La mise en couleurs des modèles sera ainsi assurée par des ouvrières, certes habiles, mais dont les salaires peuvent être contenus dans des limites plus que raisonnables.

Sajou 3123 APL
Sajou pour le journal de La Brodeuse - source Antique Pattern Library

Comme tout ceci nous semble évident près de deux siècles après ! Car les symboles d'un diagramme de broderie n'ont plus aucun mystère pour nous, qui vivons désormais dans un monde de signes. Mais des concepteurs comme Rouget de Lisle ou Sajou défrichaient le terrain, sans s'appuyer sur rien de connu. Et ce sont bien aux inventeurs de ces temps reculés que nous devons, aujourd'hui, la logique de fonctionnement de nos logiciels de point de croix ;-)

Pour Sajou, le pari est gagné en quelques années. Non seulement, il est rapidement en capacité de proposer à sa clientèle des dessins égalant en qualité ceux dont l'Allemagne avait le quasi monopole, mais encore a-t-il réuni toutes les conditions pour les produire à un coût très avantageux.

Dans un premier temps, il devra tout de même ruser pour imposer ses modèles fabriqués en France ! "Aussi a-t-il été forcé de recourir (...) à la langue allemande, pour les inscriptions, afin de donner à ses dessins l'apparence d'une origine étrangère. Ainsi ce n'est qu'en indiquant en allemand le genre d'ouvrage auquel se rapportent ses modèles, qu'il est parvenu à surmonter les craintes des commerçants de ne pouvoir s'en défaire" (rapport de la Société d'encouragement pour les arts mécaniques - janvier 1843).

Sajou 1856 APLSajou 1856 - source Antique Pattern Library

La presse lui joue l'air de la reconnaissance patriotique : "M. Sajou (…) nous a délivrés du servage où nous tenait Berlin pour la petite tapisserie à l'aiguille ; et l'on ne se figure pas ce que cela coûtait d'argent. Aujourd'hui M. Sajou a monté cette industrie au point de n'avoir point de concurrence raisonnable à craindre, tout en vendant moitié moins cher que ne vendait la Prusse."

Et lui-même se tresse des lauriers, avec un brin d'autosatisfaction. "Je puis, sans hésiter, répéter ce que chacun reconnaît maintenant ; seul en France, je suis parvenu à rivaliser avec les dessins de Berlin".

Mais le satisfecit ultime, il l'obtient de la Commission permanente des Beaux-Arts appliqués à l'Industrie, quand elle va jusqu'à claironner que "répandus partout, les dessins de M. Sajou font concurrence aux fabriques les plus renommées de Prusse, et à Berlin ils sont estimés et même quelquefois contrefaits". Contrefait par Berlin ! Pouvait-il espérer plus bel hommage ?

Posté par OuvragesDeDames à 07:08 - - Commentaires [40] - Permalien [#]
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