18 juin 2017

La maison du passementier

Évidemment, depuis que je me suis découvert des ancêtres passementiers dans la Loire, de nouveaux horizons s'ouvrent à moi. J'ai profité récemment d'un voyage vers l'Auvergne pour découvrir les paysages dans lesquels ils ont vécu au XVIIIème siècle, entre Saint-Chamond et Saint-Héand.

Sur la route de Saint-Héand

J'ai aimé ce que j'ai vu de "mon" nouveau pays mais je voulais aussi en savoir un peu plus sur la vie menée par les Villemagne. Alors j'ai fait halte à la maison du passementier, à Saint-Jean-Bonnefonds.

Maison du passementier en 1914

On devine, sur cette carte postale du début du XXème siècle, l'endroit où était situé un atelier familial de passementerie, dans la dernière maison de la rangée. A cette époque, la grande majorité des rubans français provenait du pays stéphanois ; c'est donc une activité qui a laissé une forte empreinte dans la région.

On  visite aujourd'hui dans cette petite maison un intérieur reconstitué qui donne aussi à voir la vie quotidienne des habitants.

Cuisine et chambre

Dans l'atelier sont présentés deux impressionnants métiers jacquard. En raison de la mécanique qui les surmonte, ils ne pouvaient trouver leur place que dans des pièces aux plafonds très hauts. C'est ce qui explique la configuration très particulière des intérieurs des tisserands, qu'on retrouve également dans les ateliers des canuts à Lyon.

Métiers

Justement, l'intérêt ici est qu'une mezzanine court autour de la pièce, permettant d'observer par le haut tous les détails des mécaniques. Et c'est vraiment magnifique, ces outils de travail monumentaux mais où le décor n'a pas été oublié ; ils sont ornés de détails très raffinés.

Mécaniques Jacquard

En redescendant à l'étage des métiers, on découvre également tout ce qui sert au travail du fil : de belles canetières, l'établi où le passementier faisait ses réparations, des paniers de bobines...

Cannetière

Une famille a vécu ici ; sommaire, malhabile et touchante comme toutes les autres, c'est ce que nous rappelle la marquette de Joséphine au détour d'une pièce, comme un clin d'oeil au cours de cette jolie visite.

ABC Joséphine Roux

La maison du passementier illustre à nouveau le bel engagement d'une commune pour donner corps à son histoire et communiquer autour de son patrimoine. Ces initiatives sont multiples, alors si vous avez l'occasion de bouger cet été, n'hésitez pas à les soutenir au cours d'une halte, bien plus agréable que sur une aire d'autoroute. On découvre des merveilles en voyageant lentement :-)

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23 octobre 2016

Découpages au pays d'Enhaut #2

Faut-il y voir un signe ? L'année où s'éteint Hauswirth est celle où naît Louis David Saugy à Gérignoz, un village de Château-d'Oex. Le même émerveillement naît à observer la production de cet artiste dont l'histoire, le tempérament et le parcours sont pourtant si différents de son grand ancien.

"Louis à Jules" grandit entre un père paysan qui découpe volontiers de grandes silhouettes et une mère institutrice, douée pour le dessin. C'est une première différence avec l'instinctif Hauswirth, dont les papiers ne révèlent aucun tracé avant l'intervention des ciseaux : Saugy professe l'importance d'être dessinateur pour pouvoir être découpeur.

Saugy 1

Si lui aussi parcourt le pays de long en large, c'est pour exercer son métier de facteur. De la même manière, il se nourrit de tout ce qu'il observe en chemin et admire, lors de ses passages chez les uns et les autres, les papiers laissés par "le vieux" quelques décennies plus tôt. Lui est tout à fait intégré à cette petite société du pays d'Enhaut à laquelle le lie si bien son métier. Ce confort n'empêche pas Saugy d'être particulièrement exigeant dans le regard qu'il jette sur son propre travail : il mettra quarante ans avant de proposer ses premiers papiers à la vente. Il est rapidement reconnu, exposé à Genève, mais le succès qu'il remporte alors ne l'entraînera à aucun compromis dans la qualité de son découpage.

Saugy 2

Hauswirth était solitaire et silencieux, Saugy est truculent et courtisé pour son talent. A sa porte se présente le gratin de l'époque… qu'il acceptera ou non de recevoir, en fonction de critères tout personnels ;-) Mais, aussi généreux que son prédécesseur, il sème ses découpages dans toutes les habitations de la vallée, les personnalisant à l'envi pour leurs destinataires. Jusqu'à sa mort en 1953, il construira ainsi la chronique impalpable et fragile d'une société rurale vivant au rythme des saisons.

Saugy 3

Dans les traces de ces grands  précurseurs, le découpage est aujourd'hui un art vivant, bien implanté au pays d'Enhaut. Le musée met aussi à l'honneur les artistes contemporains et se positionne, dans le cadre de son projet scientifique et culturel, comme futur centre de compétence du papier découpé au niveau national.

Découpage - Photo Fabrice WagnerPhoto Fabrice Wagner

J'espère vous avoir donné envie de me suivre au pays d'Enhaut, proche et dépaysant à la fois. Je vous livre donc mon dernier secret : les impeccables chambres d'hôtes où Armelle et Jean-Jacques Morier nous ont réservé un accueil chaleureux et discret, dans le cadre grandiose de leur ferme du Berceau.

Ferme du Berceau

Ah si ! Encore un tuyau, soufflé par Armelle : pour un dîner succulent (et généreux !) dans une ambiance détendue, le restaurant de la Croix-d'Or aux Moulins, déjà évoqué dans ce précédent billet sur les maisons gravées.

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20 octobre 2016

Découpages au pays d'Enhaut #1

C'était au départ la véritable motivation de notre voyage : voir et revoir l'émouvante collection de papiers découpés que protège, comme un patrimoine inestimable, le musée du Vieux Pays d'Enhaut et notamment la production de deux artistes précurseurs : Hauswirth et Saugy.

De Johann Jakob Hauswirth, on ne sait rien ou presque. Il est de ces transparents qui ne laissent pas de traces écrites parce qu'ils ne possèdent rien et vivent aux lisières de la société. Il reste de son histoire deux jalons, une vie qui commence à Saanen en 1809 et qui prend fin dans la misère en 1871, à l'abri précaire d'une cabane enfouie dans les sombres gorges du Pissot.

Hauswirth 3

Entre les deux, la tradition orale rapporte l'histoire d'un journalier qui passait se louer dans les fermes ou encore comme charbonnier dans les forêts de la région. Au matin, à ceux qui lui avaient offert un toit pour la nuit, il laissait le remerciement de dentelles impalpables, ciselées dans des papiers de récupération.

La fascination naît de l'apparente contradiction entre ces papiers de fortune si finement découpés, légers comme un souffle, et leur créateur décrit comme un homme frustre, lourd et silencieux. On raconte qu'il avait dû rapporter sur les anneaux de ses petits ciseaux des boucles de fil de fer pour pouvoir y passer ses gros doigts.

Hauswirth 1

On a surinterprété les portails toujours fermés, les bouquets somptueux, les scènes de bataille qui naissaient de ses mains, en lui supposant une vie jalonnée d'évènements douloureux. Mais la vérité, c'est probablement qu'il faut accepter d'abandonner l'homme à son ombre, pour n'en connaître que ce qu'il a laissé et qui est infiniment plus que la plupart de ses contemporains. A la pointe de ses ciseaux, il racontait la symétrie du monde et les riens de la vie quotidienne, observés lors de ses inlassables cheminements.

Hauswirth 2

Ses découpages regorgent bien sûr des motifs de l'art populaire, les cœurs, les traditionnelles montées à l'alpage, les cerfs bataillant. Mais Hauswirth fait aussi apparaître dans ses entrelacs de papier le forgeron au coin de son feu, le bûcheron en forêt, la demoiselle sous son ombrelle, l'eau puisée à la fontaine, l'enfant et son cerceau…

Hauswirth 4

Heureusement, on a aimé dans les fermes les précieux papiers festonnés par Hauswirth qu'on glissait, comme un trésor, au creux de bibles protectrices. Heureusement, des passionnés d'art populaire ont ensuite su récolter et conserver la fragile production d'un homme qui restituait, avec tant de sensibilité, la vie palpitant autour de lui.

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16 octobre 2016

Travaux d'aiguilles au pays d'Enhaut

Le but de notre balade en Suisse était le musée du Vieux Pays d'Enhaut ; ce beau petit musée est renommé pour son exceptionnelle collection de papiers découpés mais il offre également une plongée dans le passé de ce bout de vallée alpine qui regroupe les trois communes de Rougemont, Chateau-d'Oex et Rossinière.

Sur les quatre étages de l'ancienne maison du préfet Cottier, on parcourt les pièces de l'habitat traditionnel, reconstitué à travers une accumulation d'objets qui allient le beau à l'utilitaire.

Clarines

Poteries

On passe par la forge, la fromagerie d'alpage, puis dans les différentes pièces à vivre d'une habitation de l'époque. Poteries, vanneries, boissellerie, chaque objet fait l'éclatante démonstration qu'un artisanat à la fois sobre et décoratif peut embellir les gestes du quotidien. Cependant comme on ne se refait pas, j'ai bien sûr été particulièrement attentive aux pièces textiles.

Textiles d'Enhaut

Et parmi les textiles, j'ai essayé de vous rapporter les images qui illustrent nos ouvrages de dames, avec une qualité assez erratique compte tenu des conditions "musée", c'est-à-dire des lumières respectueuses des objets combinées à leur protection sous vitrines. Mais je ne résiste pas à partager avec vous le témoignage des travaux qu'on réalisait dans ce petit coin de la Suisse.

Dentelle pays d'Enhaut

La dentelle tout d'abord, dont l'art a été importé au XVIIème siècle dans le pays d'Enhaut par des ouvrières italiennes en route pour France et qui, sur leur chemin, ont trouvé cette jolie vallée assez à leur goût pour s'y arrêter définitivement. Je crois que ce qui m'impressionne davantage encore que la centaine de fuseaux à manipuler, c'est la forêt d'épingles avec laquelle il faut jongler !

Tricot pays d'Enhaut

Puis comme chez nous, le tricot, un peu plus nécessaire encore dans cette région de montagne.

Exercices et perles

Ce qu'on imagine être des travaux de jeunes filles, les traditionnels exercices de couture -et encore de tricot- et le perlage de bourses précieuses.

Et puis j'ai gardé pour la fin la cerise sur le gâteau, bien sûr ;-) Je n'ai pas pu photographier ces beaux alphabets de face à cause des vitres mais j'espère que vous pourrez tout de même les apprécier.

ABC Marie Yersin 1874
ABC Rosalie Yersin 1874

En 1874, Marie et Rosalie, deux soeurs probablement, brodaient chacune leur marquoir en mettant en commun leurs modèles : l'église, l'arbre surmonté de son oiseau omniprésent, les fleurs stylisées... Ils sont nombreux, les éléments partagés, et pourtant chaque ouvrage a sa personnalité.

ABC Marie et Fanny MottierVoici à nouveau deux ouvrages parents, peut-être ceux d'une mère et de sa fille cette fois-ci, car je vois bien une génération d'écart entre ces deux marquoirs.

ABC 1842 - 1854

Et puis enfin, deux anonymes brodés à une dizaine d'années d'écart, en 1842 et 1854. Tous ces précieux alphabets, présentés dans leur environnement, dialoguent parfaitement avec les objets d'art populaire dont regorge le musée ; ils sont un régal à contempler et à détailler.

Et je vous avoue qu'avant de partir, je me serais bien servie dans cette boîte à couture, juste un petit métrage de ce beau ruban rouge ;-)

Ruban rouge

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13 octobre 2016

Les maisons qui parlent

Évidemment, j'ai consacré une partie de mes vacances à l'immersion dans ces vieux papiers qui font mes délices. Rassurez-vous pour mon équilibre mental, je n'ai pas fait que ça ;-) Seulement il faut croire que je suis poursuivie car je me suis à nouveau retrouvée cernée par les écrits anciens lors d'une brève incursion en Suisse. Mais cette fois-ci, les archives étaient à ciel ouvert.

Le discret pays d'Enhaut, c'est bien sûr la carte postale alpine portée à sa perfection. La vallée herbeuse alterne avec des forêts denses, le tout cédant peu à peu devant les pierres grises des sommets. Mais le paysage reste à taille humaine car ce n'est pas encore la très haute montagne. Ajoutez le concert des clarines en fond sonore, les asters et les derniers soleils de la saison : on flotte avec bonheur dans le cliché absolu.

Paysages du pays d'Enhaut

Il suffit cependant de s'écarter à peine de la route qui longe la Sarine pour tomber sur une originalité locale : des habitations de bois à la façade étonnamment bavarde. Recouvertes d'inscriptions gravées et/ou peintes, elles en disent long sur leur histoire et les convictions de leurs propriétaires.

La Grande Maison de Rossinière

La première d'entre elles, la plus célèbre, est la Grande Maison de Rossinière, qui semble un véritable château bâti de madriers. Elle est connue pour ses dimensions hors normes et aussi pour avoir, en dernier lieu, abrité le travail du peintre Balthus.

La Grande Maison de Rossinière

L'histoire de cette surprenante maison débute en plein milieu du XVIIIème siècle. Comme son grand-père en 1686 puis son père en 1731, Jean David Henchoz décide de créer à Rossinière son habitation de madriers, en faisant appel à la même dynastie de charpentiers que ses prédécesseurs. Il se distinguera cependant d'eux par la taille exceptionnelle de la construction, qui en fait une des plus grandes maisons de bois en Suisse.

Notable du lieu où il exerce les fonctions de greffier de justice, Henchoz fait prospérer le patrimoine familial et se consacre au négoce du fromage en gros. C'est ce qui déterminera le volume impressionnant de sa maison : elle est aux dimensions des caves où il entend stocker et affiner la production issue des vastes alpages de l'Etivaz dont il s'assure peu à peu la propriété. Percées de 113 fenêtres, les façades mesurent 27 mètres en longueur pour 20 mètres en hauteur à leur point culminant.

Ecritures Grande Maison

Et voilà donc comment une maison raconte sa propre histoire au passant qui veut bien s'arrêter un instant devant elle : " C'est par le secours de Dieu que le sieur Jean David Henchoz moderne curial de Rossiniere fils de feu honorable Gabriel Henchoz en son vivant ancien juge curial et gouverneur du dit lieu a fait bâtir cette maison par les maîtres Joseph Geneine de Château d'Oex. Abraham Pilet justicier du dit Rossiniere Samuel Isoz Pierre Bricod David Geneine et Jean Pierre Lybirde riere le dit château d'œz Jean David Pilet Abram Samuel Pilet son fils Jean Rodolph Martin son gendre du dit Rossiniere l'an 1754". Je vous épargne la suite d'invocations religieuses et de considérations réjouissantes sur la brièveté de la vie, un peu dans le genre de celles qu'on voit aux cadrans solaires ("Les vers s'engraisseront dessus ta chair pourrie" ; accrochez-vous à votre bonne humeur, j'enlève l'échelle…)

Celle qui ne figure pas dans le récit ? L'artiste Marie Perronet, de Château-d'Oex, qui avec son époux Jean Raynaud consacra 43 journées à peindre les 2800 lettres romaines qui ornent la façade ainsi que son décor d'armoiries, de frises, de fleurs et d'animaux symboliques.

Motifs Grande Maison

Henchoz n'aura guère le temps de profiter de sa belle maison : il est emporté par la maladie en 1758, deux ans après la fin des travaux ; il n'avait que 46 ans. Restée dans la famille, l'habitation trouve en 1857 un emploi auquel la prédestinait ses 60 pièces dont 40 chambres : la voilà désormais transformée en hôtel. Elle y gagne au passage son appellation touristique de "chalet", un terme que les gens du cru réservent habituellement aux constructions d'alpage. Le livre des voyageurs porte, entre autres, les noms de Victor Hugo et d'Alfred Dreyfus qui viendra s'y reposer après avoir été gracié.

La Grande Maison en 1899La Grande Maison photographiée en 1899 par l'historien Max van Berchem
source : bibliothèque nationale de Suisse

En 1977, ce sont les peintres Balthus et Setzuko Ideta, son épouse, qui deviennent propriétaires de la grande maison et s'attachent à la restaurer au plus près de son apparence originelle. Depuis le décès du premier, elle abrite toujours une fondation à son nom.

L'auberge de la Croix Blanche

Pour être la plus connue, la Grande Maison de Rossinière est pourtant loin d'être unique en son genre. Un peu plus bas, se trouve dans la commune de Montbovon une habitation de dimensions plus modestes mais à la façade tout aussi bavarde.

Seulement, comme elle n'a pas l'aura de sa consœur, elle est beaucoup moins documentée. Nous n'en saurons donc que ce que nous en disent les inscriptions gravées par lesquelles elle se dévoile -un peu- et les archives de la presse ancienne suisse.

Chalet fribourgeois de Montbovon

En mars 1725, le Petit Conseil de Fribourg doit se prononcer sur l'opportunité d'autoriser "un grand Logis" pour y tenir auberge, à l'enseigne de la Croix Blanche. "Ce batimant â êté conpri et fait bati par Anthoine Jordan lieutenant de Mon Bovon et Marguerite née Grange sa fa" Ici le graveur s'est un peu raté sur le calibrage et a manqué de place pour terminer sa ligne mais ça ne semble pas l'avoir ému plus que ça…

Le décor toutefois ne manque pas de créativité. Pas une rosace, pas une frise, pas une moulure qui soit semblable à sa voisine ! Mais contrairement à Rossinière, nous ne connaîtrons que l'identité des maîtres d'ouvrage et rien sur les artisans qui ont œuvré à la réalisation de ce petit trésor.

Façade et pignon sud

Les propriétaires affirment ensuite leur foi en la supériorité de la plume sur l'épée, avec une touchante appropriation de l'écrit si l'on considère l'orthographe approximative. "Par les armes lon peut aqueri de la gloire mais la gloire sant plume en oubli se dissout Les plus grand roy ne sont conus que par listoire leur espee est muette et la plume dit tout". Puis suivent ici aussi les invocations à Dieu et les sentences moralisatrices qui se prolongent sur le pignon sud, auquel est opportunément accroché un balcon joliment travaillé.

Balcon sud

A l'auberge de la Croix Blanche, on venait au temps des diligences troquer ses chevaux fourbus contre les bêtes fraîches qui assureraient la prochaine étape du voyage. La façade présentait tous les attributs d'un relais de poste : une enseigne promettant "bon logis à pied et à cheval", doublée d'une tête de cheval qui surplombait l'entrée principale il y a encore un demi-siècle. Elle est aujourd'hui remplacée par celle d'un cerf couronné de ses bois.

Croix tréflée et tête de cerf

Aux Moulins, le restaurant de la Croix d'Or

Les Moulins,  c'est le village qui se trouve entre Rossinière et Chateau-d'Oex. Sur cette maison-là, rien de rien… Seulement l'assurance de ses actuels occupants qu'il s'agit bel et bien d'une habitation de 1716 et deux qualités qui lui donnent une place à part : il abrite le sympathique restaurant où nous avons passé une fort bonne soirée et… je peux me bercer d'illusions sur d'improbables lointains ancêtres suisses ;-)

Restaurant de la Croix d'Or

1716
Par la grâce de Dieu honeste Jean Lenoir a fait batir ceste maison
Par maitre Ioseph Genaine Moyse Bornet Jean Henchoz
Tandit que tu peut pecher fait voir ta convertion
Ouverts iour et nuit (uers) cete maison soyons touiours resolu a dependre de la volonté de Dieu

Jean Lenoir

Les maisons qui parlent, le fantasme ultime de la généalogiste en goguette…

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11 août 2016

La maison du costume comtadin

La Maison du Costume Comtadin à Pernes-les-Fontaines a pour ambition de donner à voir la vêture du Comtat Venaissin, ancienne terre des comtes de Toulouse puis des papes qui s'étend à l'est du Rhône et dont Carpentras fut la capitale. Et ce sont, à une seule adresse, deux bonheurs pour les amoureuses de textiles anciens.

Nous entrons tout d'abord par le magasin drapier où se vendaient déjà des étoffes lorsqu'Augustin Benoit Marbaud créa son commerce au milieu du XIXème siècle. Il retrouve aujourd'hui son lustre avec la reconstitution soignée de ses vitrines et des étagères bien fournies. Vieux tissus, couvertures piquées, linge de maison, chapeaux, coiffes et ombrelles : on voudrait tout acheter... rien n'est à vendre pour de vrai !

Magasin drapier

Je vous montre juste ce qu'il faut pour vous allécher ;-) Mais on y voit aussi des outils pour la couture, la dentelle ou la broderie ; le décor est très soigné, jusqu'à l'enrouleur de papier d'emballage en fonte. Que ne réaliserait-on pas avec les somptueux tissus à la montre...

La deuxième partie de la visite se situe au premier étage de cette vieille maison de village, sous la forme d'un musée du costume petit mais riche de mille détails à étudier sous tous les angles. La mise en place, nette et sobre, s'efface pour laisser la vedette aux vêtements. Ils dressent un panorama assez varié de la vêture féminine et masculine du Comtat, des classes populaires aux plus aisées.

Musée du Costume ComtadinTout arrête le regard : le montage d'une manche, le motif d'une indienne, l'accroche d'une bourse perlée ou d'une chatelaine, la transparence d'une mousseline brodée, le chanvre d'un tablier, le matelassage d'un jupon piqué, la barbe d'une coiffe. Et pour moi, ce fut le réveil de mes années provençales au cours desquelles, en piochant nos patrons chez Simone et Estelle Nougier, nous nous adonnions à la reconstitution de costumes avant d'aller faire les belles dans les récampades ;-)

Indienne et mousseline

Petit musée donc, mais d'une qualité rare et d'une richesse bien suffisante pour notre contentement. Le genre de lieu où je me dis : je veux vivre là et n'en plus sortir !

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08 mai 2016

Le cartonnage à Valréas

Ma balade à Carpentras a été l'occasion de découvrir le musée du cartonnage et de l'imprimerie à Valréas. Vous remarquerez que pour un week-end consacré à réaliser une boîte festonnée avec Hélène, je reste dans la thématique de ce voyage ;-)

Porté par le département de Vaucluse, ce petit musée est installé dans un ancien atelier de cartonnier. Il retrace l'histoire d'une industrie qui fit de Valréas le plus important centre en France pour la production des boîtes en carton. Nous autres collectionneuses de mercerie ancienne avons bien une petite idée sur l'utilisation possible de ces boîtes...

Valréas boîtes

Elles servaient certes pour la filterie, mais aussi pour le commerce alimentaire, notamment celui de la confiserie, dans le domaine de la pharmacie ou des produits de beauté, de la bijouterie... et la liste n'est pas exhaustive.

C'est cependant une préoccupation très locale, le conditionnement des graines de vers à soie, qui fut à l'origine de l'essor du cartonnage dans l'Enclave des papes, au milieu du XIXème siècle. Mais j'aurai l'occasion de vous reparler plus en détail de ces boîtes à courant d'air.

Valréas machines cartonnage

Traceuse-découpeuse, cisaille à main, massicot, coupe-coins, plot de découpe, gabarits divers et variés, la première partie du parcours muséographique présente les impressionnants moyens employés à la découpe. Nous avons pas mal fantasmé sur ceux qui pourraient nous être utiles pour nos petites boîtounettes ;-) Cette partie du musée est en tout cas l'occasion d'admirer de beaux et bons outils.

Valréas gabarits de découpe

Nous découvrons ensuite les femmes et les hommes qui ont fait le développement de cette industrie et comment les boîtes en carton ont rempli leur vie d'ouvrier.e.s. Valréas compta jusqu'à dix-sept ateliers de cartonnage et dut bien vite recruter hors la ville, en Vaucluse, dans la Drôme, l'Ardèche, le Gard et jusqu'à ce qu'on appelait alors les Basses-Alpes. A l'instar de la dentelle en Auvergne ou de la broderie d'or dans le Forez, le cartonnage a durablement impacté le territoire valréassien et constitué un pivot de la vie locale.

"Vous savez, le souvenir on l'a dans la tête, moi je les revois bien mes boîtes, je me revois bien faire ça, même on m'en donnerait des boîtes maintenant, je recommencerais ; même que je sois vieille, je me mettrais à une table et je recommencerais".

Valréas cartonnage en atelier

Le façonnage des boîtes en carton employait, en atelier ou à domicile, une main-d'œuvre essentiellement féminine. Il participa localement à l'émancipation des femmes en leur fournissant un salaire qui, pour restreint qu'il fût, n'en constituait pas moins une source de revenu propre et indépendante de leur mari. Ce n'était ni si courant, ni si facile à l'époque.

"Les femmes prenaient leur spécialité, certaines avaient de gros doigts : les femmes à la campagne, elles demandaient que les grandes boîtes, d'autres étaient habiles et se contentaient de faire la petite boîte ronde comme la pièce d'un franc, dentelée dessus... Il y avait des maisons où il y avait des boîtes partout, sous les tables, jusqu'en haut sous les lits, dans les greniers".

Valréas cartonnage à domicile

Ainsi au début du XXème siècle, il n'y avait guère à Valréas et dans la campagne environnante de maison qui ne bruisse de l'activité du cartonnage. La journée trouvait son rythme entre le travail à la table de la cartonnière et ses va-et-vient à la fabrique. "On mettait notre tablier sur la corbeille pour que le vent nous envole rien".

Le développement de l'imprimerie à Valréas suivit de près l'essor de l'activité cartonnière dont elle constituait un indispensable prolongement. Car outre sa fonction de conditionnement, la boîte en carton constitue évidemment un support publicitaire de choix. La dernière partie du musée présente donc un intéressant panorama, sur un siècle, des techniques de la lithographie et de la typographie.

Valréas lithographie et typographie

Nous y voyons notamment une impressionnante série de pierres lithographiques. Pour plus de précisions sur le procédé, je vous rappelle ce billet consacré à la chromolithographie il y a trois ans.

Valréas imprimerie

La visite de ce petit musée didactique et joliment fait s'impose si vous croisez dans les parages. En tout cas, pour moi qui ignorais tout de l'activité cartonnière implantée à Valréas, ce fut une bien jolie découverte !

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21 janvier 2016

Balade en pays de nacre

Grâce aux ouvriers de la région de Méru, des générations entières ont gardé leur pantalon arrimé aux fesses et leur jupon à la taille. Toute une industrie s'est développée là, dans le Pays de Thelle, autour de cet objet trivial et superbe qu'est le bouton. Le roi de nos collections méritait le beau musée de la nacre et de la tabletterie installlé à Méru, dans l'ancienne usine Degrémont.

Etablis de tournageLe grand atelier au rez-de-chaussée du musée

Bâtie dans la seconde partie du XIXème siècle, cette fabrique abritait une centaine d'ouvriers sur quelques 1200 m². C'est donc sur leur lieu d'origine qu'ont été reconstitués les anciens ateliers de l'industrie tabletière.

Atelier de tournageLes machines noyées dans la poussière de nacre

Un impressionnant système de poulies et de courroies court au plafond, sur toute la longueur de l'atelier des boutonniers. Il se mettait en branle et entraînait les outils grâce à une spectaculaire machine à vapeur toujours opérationnelle.

On nous en fait la démonstration au cours de la visite... dans un vacarme étourdissant ! Le bruit, l'humidité, la poussière, les produits employés, tout suggère des conditions de travail éprouvantes, même si elles se sont sensiblement améliorées dans les dernières décennies d'activité.

Machinerie atelierUne machinerie prête à revenir en production, des sacs qui n'attendent que d'être remplis...

Atelier du teinturierDans l'atelier du teinturier

J'ai le souvenir d'avoir, dans les premières années du musée (les premières années du siècle ;-), suivi ici une visite privilégiée des ateliers avec un ancien ouvrier qui avait travaillé "pour de vrai" dans ces murs. Son récit avait une véritable puissance d'évocation. Il avait su nous faire comprendre tout l'attachement des méruviens pour leur passé tabletier, à quel point l'industrie de la nacre avait été un véritable poumon pour la région, mais aussi toute la dureté d'une vie sur laquelle il se retournait sans nostalgie excessive.

Pelle à boutonsLa pelle à grosse pour mesurer la production des ouvriers payés à la tâche

Les espaces d'expositions situés au premier étage du bâtiment proposent une balade à travers les collections proprement dites : boutons, dominos, éventails et, d'une manière générale, tout ce qui reflète l'industrie de la région. J'y ai remarqué aussi de beaux croquis d'atelier.

Boutons et croquis d'éventailsBoutons et esquisses d'éventails

Pour ma part, j'étais encore sur le souvenir de l'exceptionnelle exposition "Déboutonner la mode", présentée au printemps dernier aux Arts Décoratifs. Alors ici, c'est surtout la partie usine qui a retenu mon attention.

J'ai eu beaucoup de plaisir à refaire ce parcours pendant les dernières vacances passées à pourchasser mes ancêtres dans l'Oise. N'hésitez pas à faire le détour si vous croisez vous aussi dans la région, vous ne le regretterez pas. En attendant, vous pourrez voir quelques images du musée dans l'émission que Julie Andrieu consacrera samedi aux coquillages, les Carnets de Julie.

J'en profite pour vous signaler un autre épisode de cette émission où elle s'est baladée dans le Forez, avec un détour par la Maison des Grenadières. Merci Fabienne pour me l'avoir indiqué;-)

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09 août 2015

Alice Taverne ou le bonheur au musée

Pour une raison que je ne m'explique pas, je n'avais pas encore repéré le musée Alice Taverne, pourtant idéalement situé à Ambierle, sur mon parcours Dijon-Auvergne. Oubli réparé sur les bons conseils de Michèle, incollable sur les jolis lieux consacrés aux arts et traditions populaires. Je m'y suis donc arrêtée en remontant sur la Bourgogne la semaine dernière.

Alice Taverne
Alice Taverne en 1926

L'histoire de ce musée est singulière : née au début du XXème siècle, Alice Taverne partage avec son père une insatiable curiosité pour l'histoire et les coutumes locales. En sa compagnie, elle collecte avec rigueur les témoignages et les objets de la vie quotidienne forézienne. Après son décès, elle consacre toute son énergie et ses ressources à installer à Ambierle un musée ethnographique consacré à la vie rurale dans le Forez.

L'époque n'était pas encore à l'engouement pour les arts et traditions populaires et le travail d'Alice se heurte souvent à l'incompréhension. Elle laissera ses forces dans cette entreprise titanesque. Elle décède en 1969 mais son oeuvre est aujourd'hui maintenue de belle manière dans la maison qu'elle a fondée, distinguée par le label "Musée de France" depuis plus de trente ans.

Il me semble que cette histoire a façonné un parfait équilibre entre l'approche du passionné et celle du scientifique : tout est rigoureusement pensé pour être dans la vérité historique mais sans qu'un parcours scénographique aseptisé ne vienne rompre le charme de la promenade entre ces murs. Alice nous reçoit chez elle, à travers les étages et les différentes pièces de cette belle maison de maître où elle nous fait partager ses passions.

Au rez-de-chaussée par exemple, j'ai particulièrement aimé l'épicerie de village :

Epicerie

et aussi l'atelier de l'imprimeur ainsi que les vélocipèdes et l'amusant Vélocar des années trente.

Vélocipèdes

Au premier étage, chaque pièce ménage ses surprises. C'est frustrant de devoir choisir parmi l'exceptionnelle richesse des collections pour ne vous en montrer finalement qu'un tout petit échantillon !

Forcément, j'ai particulièrement craqué pour mes sujets de prédilection... par exemple chez la Nanette "qui était tailleuse à Saint-André" :

Chez la Nanette 1

Chez la Nanette 2

ou encore la salle des jouets :

Jeu de la lessive

Machines à coudre jouets

ou la pièce de la béate :

chez la béate

Il y a aussi le séjour bourgeois, la petite école, le cabinet du rebouteux, l'atelier de la modiste, du cordonnier et tant d'autres encore ! Et pourtant, à ce point de ma balade, je n'imaginais pas tout ce qui me restait à découvrir...

Car je n'avais pas encore abordé la salle des costumes. Je n'ai pour vous qu'un tout petit aperçu des merveilles qui y sont présentées, les vitres étant les ennemies de l'appareil-photo :

Nuancier

Cahier d'échantillons

Initiales et mouchoir brodé

La salle propose de superbes costumes retraçant les étapes de la vie, des marquoirs, des objets de charme comme de jolis livres de mariage ou des ouvrages perlés, enfin... tout ce que nous aimons;-)

(Énorme) cerise sur le gâteau, l'exposition temporaire de cette année est consacrée au thème de la lessive et c'est tout le grenier de la maison qui lui est consacré. Croyez-moi, ça fait de la place ! Assez pour présenter les carrosses et la vie du lavoir, l'évolution des machines à laver depuis les tout premiers modèles, les fers à repasser bien sûr et également toute une partie dédiée aux jouets sur ce thème.

J'y ai d'ailleurs trouvé des explications sur un certain Nec Plus Ultra avec lequel je partage mon espace vital et que je vous présenterai plus en détails un de ces jours ;-)

Lessive

Vous avez compris, je crois, que j'ai adoré ce musée Alice Taverne. Parce que sa visite est un bonheur, parce qu'il est impératif de soutenir cette initiative privée portée à bout de bras par des passionnés, n'hésitez pas à prendre la route d'Ambierle : je vous garantis que vous ne le regretterez pas ! En ce qui me concerne, les deux heures que j'y ai passées ne m'ont pas suffi pour tout voir alors j'ai bien l'intention d'y repasser dans quelques semaines... sur la route des vacances ;-)

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18 juin 2015

Sudistes, une aubaine pour vous !

Il y a un réservoir de talents dans l'Aude et c'est le moment d'en profiter. L'exposition organisée il y a deux ans par l'Atelier du Point de Croix de Sigean m'a laissé des souvenirs de raffinement, de douceur sans mièvrerie et d'ambiance savamment dosée entre passé et présent, le tout avec un petit côté indus bien dans l'air du temps. Je vous avais parlé de mon voyage ici, ici et encore . Je n'hésite donc pas à vous recommander la nouvelle édition de cette manifestation qui ouvre ses portes demain, toujours dans l'ancienne école des filles.

Affiche Sigean

Vous avez presque jusqu'à la fin du mois pour en profiter, alors c'est effectivement une véritable aubaine si vous ne vous trouvez pas exagérément loin. Pour vous donner encore un peu plus envie, voici quelques photos du bel univers que nous a proposé l'Atelier à Dole, il y a dix jours. J'étais installée juste en face alors j'ai sacrément pu en profiter, mais c'est normal : j'ai un très bon karma ;-)

Sigean à Dole 2

Sigean à Dole 1

Une dernière chose, pour être complète : c'est Annie, ma complice de l'Avent 2014, qui préside aux destinées de l'Atelier. Si vous hésitez encore à prendre la route pour Sigean, vous pouvez vous refaire une petite balade dans cette aventure hors du commun... cette fois-ci, je suis sure que la voiture a déjà démarré !

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