11 juin 2015

Dole : l'imagination au pouvoir !

FESTIVAL n.m. (pl. festivals). Ensemble riche, brillant, admirable, témoignant du talent de quelqu'un.

Aucun doute alors, nous avons bien eu droit à un festival, le week-end dernier, à Dole ! Les clubs invités à l'initiative de Jura Point de Croix avaient joué le jeu à fond, chacun créant un univers cohérent et original. En se promenant d'une table à l'autre, on passait d'une douce ambiance de dentelles écrues à une pétarade de roses et de verts printaniers, d'un salon de cocotte à une mercerie en tous points traditionnelle.

Il y avait tant d'ouvrages à savourer sur chaque table que c'était bien difficile de ne pas passer à côté de quelque chose. J'ai surtout apprécié les associations de couleurs et les montages originaux : il est loin, le temps où nous ne brodions le plus souvent que des marquoirs rouges ;-)

Je vous rappelle que si vous voulez voir mes photos dans leur meilleure taille, il est préférable de les ouvrir dans un nouvel onglet, car le système d'agrandissement des images proposé par Canalblog est fort peu performant.

JPCA tout seigneur, tout honneur : le bel accueil mis en scène à l'entrée par Jura Point de Croix

A petits points comptésLe boudoir en vert anis du club A Petits Points Comptés de Seyssins

Club d'AmmerschwihrUne profusion de cartonnages réalisés par le club d'Ammerschwhir

Au fil de nos idéesAmbiance marine pour le club de Dijon Au fil de nos idées

Atelier point comptéL'atelier du Point Compté de la Daguenière et sa malle aux trésors

Atelier point de croixL'atelier du Point de Croix de Sigean, mes voisines d'en face : la belle vue, la bonne compagnie ;-)

Lin fil pointsLe beau grenier en dentelles proposé par le club de Louhans, du Lin, des Fils, des Points

Papot CroixLes ouvrages raffinés du club Papot'Croix, de Montpellier

Points des villes Croix des champsAmbiance en gris et mauve, relevée par une pointe de vert
pour le club de Racrange Points des villes, Croix des Champs

PCBLe Point de Croix Bourguignon, de Dijon, et l'arbre à souhaits de son expo 2014
transformé en un ouvrage collectif plein de sens

Yvelines Point de croixL'enfance vintage d'Yvelines Point de Croix

Fées brodeusesL'ambiance tonique et fleurie du club de Dijon, les Fées Brodeuses

Au fil de la passionAu Fil de la Passion, de Saint-Herblain, interprète Digoin
(je vous préviens, je suis toujours aussi jalouse de la petite chérie ;-)

Mon coup de coeur absolu sur ce salon a été pour une réédition du journal Mon Ouvrage... mais en version brodée, une réalisation collective des filles d'Yvelines Point de Croix, pour leur exposition de l'an passé. On oublie la technique exceptionnelle mise en oeuvre, tant chaque page déborde de surprises, de fantaisie et de jolies trouvailles. Si vous avez la chance de pouvoir vous le procurer, je vous recommande le livret que le club a édité pour présenter ce bel ouvrage.

Mon Ouvrage YPC

Toutes ces merveilles, nous en avons profité grâce à l'énergie déployée par les filles de Jura Point de Croix. Merci à toutes pour nous avoir offert ces beaux jours au milieu de la broderie

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03 juin 2015

Le week-end qui vient, à Dole

Il y a trois ans, Jura Point de Croix organisait son premier festival de la broderie : pour un coup d'essai, ce fut un coup de maître ! C'est donc peu dire que nous attendons avec impatience la nouvelle édition qui ouvrira ses portes ce samedi.

Affiche JPC

Vous y verrez les merveilles réalisées par  les clubs, vous y trouverez des blogueuses et des créatrices. C'est à mon sens l'alchimie entre tous ces acteurs qui fait la réussite et la belle ambiance de ce salon.

Je suis d'autant plus ravie d'y participer que ce sera, je crois bien, une dernière pour moi. Seize ans après mon premier salon, j'avais l'impression de tourner un peu en rond et j'ai trouvé, avec Ouvrages de Dames, l'espace de renouvellement que j'espérais. Et puis comme les idées ne manquent pas, il faut bien finir par faire des choix. Peut-être arriverai-je ainsi à concrétiser le projet de second blog qui me trotte dans la tête. Tout en gardant, bien sûr, un peu de temps pour mon activité favorite... qui est de me la couler douce ;-)

J'espère donc avoir l'occasion de croiser le plus possible d'entre vous à cette occasion, dans mon petit coin de bric-à-brac !

Stand Sylvaine

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10 mai 2015

Déboutonner la mode

Qui n'a pas enfoui avec volupté la main dans la boîte à boutons pour les caresser, les agiter, inlassablement les trier et les mélanger à nouveau ? La ruse des mamans couturières pour fixer un peu les enfants remuants...  Modeste ou luxueux, l'indispensable bouton traverse toutes les époques et investit toutes les modes. Ce minuscule héros de notre vêture justifiait parfaitement qu'une exposition d'envergure le mette dans la lumière. C'est chose faite avec celle que nous propose le musée des Arts Décoratifs, autour de la collection de plus de 3000 boutons constituée par Loïc Allio.

La scénographie sobre et spectaculaire d'Éric Benqué structure un parcours très lisible, à la fois chronologique et thématique. L'exposition donne à voir non seulement les boutons -nombreux et pour la plupart exceptionnels- mais aussi les vêtements superbes sur lesquels ils jouent les vedettes. Après une introduction sur les matières et les techniques, on aborde les parures d'hommes avec de merveilleux habits à la française, richement ornementés. Quelques devants jamais montés permettent de bien apprécier le travail sur les boutons, brodés dans les morceaux perdus.

Boutons brodés

Toutes les toilettes, anciennes ou contemporaines, sont subtilement mises en valeur par un éclairage calculé ; j'imagine qu'il a été dosé pour protéger ces fragiles textiles.

Toilettes Belle Époque

Objets prosaïques du quotidien, objets familiers touchés chaque jour et plusieurs fois par jour, les boutons forment aussi sur l'étoffe une ponctuation qui dépasse leur simple aspect utilitaire. Ils soulignent l'axe du vêtement et définissent ses points d'appui dans un équilibre de funambule.

Toilettes modernes

J'ai  craqué pour la simplicité extrême de la plupart des coupes. Il me semble que c'est cette pureté qui fait de chacune des pièces une oeuvre d'art. Cette pélerine, la découpe de ce cache-poussière...

Pélerine et cache-poussière

L'exposition n'oublie pas les boutons plus prosaïques, cachés ou à peine dévoilés, de la parure intime : sur les gilets, sur les bottines, sur la lingerie...

Gilets et bottines

Et elle aborde évidemment tout l'aspect de la fabrication et de la commercialisation : industrie de la nacre à Méru, de la céramique à Briare, catalogues des grands magasins, nos collections sont ici... puissance 10 !

plaques boutons

Mon seul regret est de ne pas avoir pu repartir avec un catalogue de l'exposition, ce que n'est pas le très beau livre qui lui est associé. Je suis ravie de l'avoir pris, mais je me suis un peu trop reposée sur lui en ne photographiant pas les cartels, par exemple. Du coup je manque de précisions, notamment sur les couturiers à qui attribuer les toilettes. Vous les retrouverez sur place, si vous avez la chance de pouvoir vous rendre aux Arts Décoratifs d'ici le 19 juillet.

En attendant, je vous popose une autre introduction à la visite avec cette courte vidéo de présentation conçue par le musée.

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04 avril 2015

L'école de Champagny

C'est une minuscule école communale dont les trois marches débouchent sur les prés. On imagine la porte de la volière s'ouvrir et les enfants s'échapper en criant au grand air de la liberté, une fois leur journée de contrainte terminée.

Champagny école

De l'imagination il en faut - un peu - car il y a six décennies que la petite école de Champagny n'accueille plus d'élèves. Mais un tout petit peu seulement, puisque grâce à une équipe de bénévoles, les visiteurs peuvent s'immerger dans les souvenirs d'un passé encore si présent dans nos histoires familiales.

Il y a, dans cette maison de poupées, la place pour une salle de classe et le logement de l'instituteur. En pénétrant dans les lieux, on a l'impression que le temps s'est arrêté lors de la dernière classe, en 1954. Et pourtant rien n'est figé, il y a tellement de vie entre ces murs !

Champagny poêle

Les gamelles tiédissent sur le poêle pour le repas de midi, les rires des enfants rebondissent sur les murs, on les entend encore ânonner leurs leçons et les édifiantes maximes de morales qui les environnent.

Champagny matériel

La leçon est prête, l'instit' dispose de tout ce qu'il faut pour faire entrer le savoir dans les caboches les plus récalcitrantes… mais les Tortochaux, quels sacrés garnements ! Ils ont dû en passer, du temps, à soupirer en regardant par les fenêtres de la salle ;-)

Champagny Tortochaux

Après la classe, il suffit à la maîtresse ou au maître de trois pas pour regagner sa cuisine. Il n'y a plus qu'à craquer une allumette dans le poêle de fonte noire pour pouvoir passer à table.

Champagny cuisine

Puis une souillarde, puis la chambre qui sert également de bureau. Et là aussi il y de quoi en prendre plein les mirettes pour qui aime l'art populaire ! Chaque objet mérite d'être regardé en détail : une vannerie fine, le linge de tous les jours ou du dimanche, mille détails de la vie quotidienne font revivre un mode de vie qui paraît à la fois si familier et si éloigné de nous.

Champagny chambre

Le bébé de M.Sirdey a dormi, peut-être, dans ce petit lit de fer… Et tant d'autres, probablement, comme le donne à penser la liste des instituteurs et des institutrices qui sont venus enseigner dans le village.

Champagny instituteurs

N'avez-vous pas envie de venir faire une dictée à la plume dans la petite école de Champagny à l'occasion d'une visite dans les environs de Dijon ? La saison débute justement ce week-end de Pâques. Vous trouverez sur le site de la communauté de communes les renseignements pour organiser votre visite et sur la page Facebook du musée son actualité.

Une dernière image, pour vous décider : la marquette d'une élève attentive, brodée sous la conduite de Mademoiselle Ponsot ;-)

Champagny marquette

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11 février 2015

Ce qu'on ne regarde pas

Samedi donc, j'étais au Musée de la vie Bourguignonne pour l'atelier des ours. J'ai profité de ma petite avance dans le matin paisible pour faire ce que j'aime : nifloter dans les passages, lever le nez dans les coins d'ombre, regarder ce qu'on ne regarde pas habituellement.

Le Musée est installé dans l'ancien monastère des Bernardines. Les soeurs en sont chassées à la Révolution puis le bâtiment  abrite un orphelinat pendant tout le 19ème siècle et jusque dans les années 1970. Ce sont les traces de cet hospice Sainte-Anne qui survivent, à demi effacées, au fronton de certaines portes et dans les couloirs entre deux bâtiments.

Musée de la Vie Bourguignonne

Dans le cloître, des panneaux rappellent les points de l'ancien règlement qui régissait les lieux et les gens. J'ai bien aimé celui-là et son premier paragraphe qui me ramène à mon éternel dilemne : j'aime l'ordre et je vis dans le désordre ;-) Et pourtant... "l'ordre soulage la mémoire, ménage le temps et conserve la fortune" !

réglement

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20 novembre 2014

Fantôme

Je ne peux pas m'empêcher de prendre les murs en photo, désolée ;-) C'était lundi, à Pontaix, sous la pluie...

Machine à coudre Pontaix 1

Machine à coudre Pontaix 2

Pour ce dernier jour passé dans la Drôme, j'ai fait une belle visite et une découverte surprenante. Mais il me reste encore à creuser, alors le compte-rendu attendra un peu...

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02 novembre 2014

Souvenir de machine à coudre

Vous savez déjà que je regarde avec tendresse ces inscriptions à demi effacées qui témoignent d'un passé, pas forcément lointain, où la couture et la mercerie étaient solidement implantées dans le quotidien.

Il s'agit cette fois-ci d'une affiche, vue cet été en Auvergne sur une porte de grange, à Saint-Martin-des-Plains exactement.

Singer à Saint-Martin-des-Plains

Coup de nostalgie, tant le thème et le graphisme de cette affiche m'évoquèrent immédiatement tous les récits de ma maman, de l'époque où elle était petite main dans l'atelier de Mademoiselle Provignon. Et de fait, en triant mes photos, je suis tombée sur un détail que je n'avais même pas vu en passant devant l'affiche : la publicité à date de péremption programmée ;-) Bizarre, non ? En attendant, elle est toujours là, un demi-siècle plus tard...

Adresse Singer

Et puisque je suis à Saint-Martin-des-Plains, voici un mystère que je n'ai pas réussi à éclaircir : la grange en question est située au coeur du village, sur la place des Passementières. Comment voulez-vous que ce nom ne m'interpelle pas ? Mais la seule information que je suis parvenue à obtenir sur place, c'est qu'il y avait effectivement un atelier de dames passementières à cet endroit, vers 1920, dans la maison où se trouve maintenant l'Auberge du Tilleul. Je n'ai trouvé aucune documentation les concernant, si ce n'est la trace de passementières en Auvergne :

Passementière auvergnate

Et comme les recensements de population ne sont pas encore numérisés aux Archives du Puy-de-Dome, je n'ai pas pu aller y fouiner pour peut-être retrouver mes fameuses dames. Partie remise ?

Edit : la suite à lire dans les commentaires ;-)

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05 octobre 2014

Où l'on reparle torchons...

Après le concours de Nans-sous-Sainte-Anne dont je vous ai parlé dans ce billet, un livret-souvenir a été réalisé et sera disponible très prochainement. Sur 64 pages en couleur, il présente les 82 torchons réalisés par 68 brodeuses en mai dernier. Si vous voulez vous le procurer, vous trouverez tous les détails et le bon de commande sur le blog de Marlie.

Et puisque je suis dans les annonces, j'en profite pour vous parler d'un club que j'aime beaucoup, "A l'Aube du Point de Croix". Il organise une nouvelle fois son exposition à Brévonnes (ce n'est pas très loin de Troyes) le week-end prochain, exactement du vendredi au lundi.

Expo Brévonnes

C'est un groupe très sympathique composé de brodeuses talentueuses, des "finisseuses" comme je les aime ;-) Leurs travaux sont créatifs, elles sont pointues au niveau du cartonnage, vous trouverez des tonnes d'idées en allant les visiter. Histoire de vous donner envie de vous déplacer si vous ne les connaissez pas déjà, voici quelques images de leurs expos passées.

Brévonne1

Brévonnes 2

Brévonnes 3

Brévonnes 4

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02 octobre 2014

Les grenadières

Voilà refermée la parenthèse des vacances, qui furent comme je les aime : des amis, du bricolage en compagnie choisie, de jolies rencontres, le temps de nifloter et d'admirer les belles choses sans être pressée de passer à la suite. Car la lenteur est un luxe que j'essaie de préserver dans la vie de tous les jours, mais je dois reconnaître que c'est bien plus facile de se l'offrir pendant le temps des vacances.

Je me suis amusée à partager au quotidien des images de mes pérégrinations en Auvergne sur Facebook, mais ma visite à la maison des Grenadières mérite que j'y revienne plus en détails. Ne serait-ce, en plus des merveilles qu'on y voit, que pour le sympathique accueil par des passionnées très impliquées dans la conservation du patrimoine textile.

Elle se trouve dans le village historique de Cervières et c'est un premier plaisir de parcourir ses rues préservées en s'offrant à bon compte une balade hors du temps. L'illusion était complète en cette mi-septembre où il n'y avait vraiment personne pour nous déranger.

Cervières

Située devant l'Église Sainte-Foy, la maison des Grenadières est composée d'un petit musée et de l'atelier où l'on peut voir une brodeuse travailler sur une commande en cours. La visite débute par un film intéressant, drôle et touchant, dans lequel des brodeuses et un facteur de fabrique racontent quel a été pour eux le quotidien de leur métier. C'est une très bonne introduction pour comprendre l'implantation de cet artisanat sur le territoire.

Mais tout d'abord, ce curieux terme de "grenadière" qui désigne les brodeuses locales demande une petite explication. La région de Noirétable et la vallée de la Vêtre ont été, depuis la deuxième partie du XIXème siècle, un important foyer de la broderie au fil d'or. Pour ce genre particulier de décoration, les plus gros donneurs d'ordre étaient l'armée et les administrations. Les grenadières ont pris leur nom du motif emblématique de la grenade destiné aux uniformes militaires, qu'elles ont répété à des dizaines de milliers d'exemplaires au fil du temps.

grenade sapin

Dans une région agricole comme l'Auvergne, les femmes ont l'habitude d'améliorer les revenus de la famille par un travail à domicile dont l'avantage est de pouvoir s'exercer en complément de leur activité aux champs. Elles font de la dentelle, fabriquent des chapelets ou assemblent des couteaux. Autour de Noirétable, la broderie au fil d'or s'implante ainsi dans le quotidien des foyers à la fin du XIXème siècle à l'initiative, pense-t-on, d'une jeune fille originaire de Saint-Priest-la-Vêtre. Placée à Paris, elle y apprend cette technique pour la ramener au pays puis en organiser le commerce avec son mari.

La structure de la filière est celle qu'on retrouve dans beaucoup d'artisanats similaires, que ce soit la dentelle ici en Auvergne ou encore la broderie blanche dans les Vosges : un facteur de fabrique fait l'intermédiaire entre les brodeuses travaillant à domicile et les maisons de confection, souvent parisiennes. Il répartit les commandes entre ses ouvrières, leur distribue la matière et les modèles à broder puis les rémunère selon l'ouvrage rendu qu'il se charge d'expédier aux donneurs d'ordre.

Métier Madame Deruele métier de Madame Derue, fabriqué en 1930 par son mari

Cette organisation fonctionne si bien qu'au XXème siècle, rares sont les habitations de la région qui n'abritent pas au moins un métier à broder et ce qui était une activité annexe devient souvent le métier principal. Cinq cents grenadières s'emploient à exécuter des séries impressionnantes pour satisfaire à la commande publique et privée : l'uniforme du poilu de la guerre 1914-1918 est orné d'une grenade brodée à la main ainsi, tout au long du siècle, que celui des gendarmes. Les tenues des compagnies d'aviation portent l'insigne distinctif de chacune d'entre elle et il en est de même pour celles des préposés de la SNCF, des PTT ou d'EDF.

administrations

Mais à côté de ces séries qu'on en viendrait presque à considérer comme "ordinaires", on peut également admirer dans le musée des broderies uniques.

bicorne

Et bien sûr la broderie au fil d'or était aussi très employée pour les vêtements sacerdotaux dont la maison des Grenadières présente quelques très belles pièces. J'imagine cependant que dans ce cas-là, le travail était réalisé le plus souvent par les religieuses.

broderie religieuse

Ce n'est qu'à partir des années 80 que le métier se perd, avec la diminution des commandes et le changement du mode de vie. Les belles grenades brodées à la main sont remplacées par des broderies machine ou des insignes en plastique. Aujourd'hui les quelques grenadières encore à leur métier réalisent de très petites séries pour des demandes spéciales, ou encore des pièces uniques comme la tenue du dimanche des préfets ou les rameaux d'olivier sur l'habit des académiciens.

académicien

Un des matériaux essentiel de la broderie d'or est donc cette cannetille, fabriquée à partir d'un fil de cuivre argenté ou doré dont le titrage en métal précieux varie de 3 à 20 grammes par kilo. Après avoir été verni pour ralentir l'oxydation, le fil de métal est enroulé autour d'une broche par la machine à cannetiller et se transforme ainsi en une sorte de long tuyau creux et fluide, présenté en brins de un mètre.

cannetille

Les brodeuses utilisent également des paillettes de 2 à 8 millimètres de diamètre, le jaseron constitué d'un fil plat enroulé en spirale qui se travaille en couchure et le filé d'or ou d'argent, un fil plat également mais qui lui sera passé dans le chas de l'aiguille pour être brodé directement.

paillettes jaseron filé

Le travail de la cannetille lui-même est tout à fait particulier : le dessin est poncé sur la toile à travers un calque piqué, puis des formes de carton sont appliquées sur les parties qui demandent à être mises en relief. La brodeuse découpe des tronçons de cannetille à la longueur nécessaire puis va appliquer chacun de ces morceaux en biais sur le tracé à l'aide d'un fil de coton, en passant l'aiguille à l'intérieur du tube de cannetille qui se retrouve ainsi plaqué contre la toile ou le carton. Sur ce motif partiellement exécuté, on voit bien la progression du travail et la façon dont les tronçons de cannetille recouvrent peu à peu le motif.

Maison des grenadièresPhoto : Maison des Grenadières

Admirez aussi la dextérité du travail en regardant cette vidéo. Ça, c'est le travail des pros ! Maintenant... tadam... voilà la pauvre chose que j'ai obtenue en faisant un premier essai à l'atelier. Vous le croirez ou pas, je me suis régalée et je suis très contente de ma fleurette ;-) En vrai, je sais que c'est bien moche, mais j'étais fière quand même et c'était juste ce qu'il me fallait pour avoir envie de revenir passer quelques jours à Cervières pour un vrai apprentissage.

ma cannetille

De toute manière, je n'ai pas le choix, car de retour à la maison,  je me suis souvenue que j'avais déjà tout ce qu'il fallait pour m'y mettre, y compris les alphabets de carton et les morceaux d'agneau pour les chasubles (je ferai peut-être l'impasse sur ce coup-là...). Il suffit d'ouvrir le bon tiroir ;-)

stock

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06 août 2014

La dentelle à Retournac

Or donc, j'étais la semaine dernière en Auvergne où nous avons visité le musée des Manufactures de Dentelles de Retournac. Porté par la ville et bénéficiant de l'appellation "Musée de France", ce beau projet a trouvé sa place dans l'ancienne manufacture de dentelles Experton. Le bâtiment, construit en 1913-1914, a été sobrement complété par des espaces vitrés qui n'ont en rien altéré son caractère industriel. Je suis toujours admirative de voir des communes de taille limitée s'engager ainsi dans la mise en valeur de leur patrimoine et faire de vrais choix pour préserver la mémoire des lieux et des hommes. Il en va certes de leur identité, mais il n'en reste pas moins courageux de soutenir des projets culturels d'envergure dans cette période où les collectivités resserrent leur budget.

Manufacture_Experton

La visite commence à l'étage avec une histoire européenne de la dentelle depuis le XVIème siècle. Je le confesse : je ne suis pas tellement sensible à la dentelle. J'apprécie bien sûr la finesse du travail, la prouesse technique, les heures passées à l'ouvrage, mais je n'y retrouve pas ce que j'aime tant dans la broderie : le sens, les vies qui se racontent et les histoires qui passent à travers les fils. Cependant les pièces présentées à Retournac sont d'une qualité telle qu'il est bien difficile de ne pas baver d'admiration devant chacune des vitrines.

Ça par exemple, c'est du gros point de Venise. Gros point... ben voyons ! Ce volant, qu'on présume exécuté en Italie, est en lin et daté de la fin du XVIIème siècle.

Gros_point

Quant à cette autre pièce exceptionnelle (mais elles le sont toutes...), c'est du point de Sedan et elle a été réalisée sous Louis XIV.

Point_de_Sedan

Des tableaux, des catalogues, des vieux papiers complètent les dentelles et animent la scénographie. J'étais un peu chez moi dans cette partie de l'exposition, puisque j'ai particulièrement craqué devant la Marchande de dentelles de Gabriel Grely... avant de réaliser qu'il s'agissait d'un dépôt du musée des Beaux-Arts de Dijon ;-)

Gresly - Marchande de dentelles
Source : la base Joconde

Catalogue_mod_les

Après ce premier espace consacré aux pièces de dentelle proprement dites, on passe à ce qui m'a vraiment ravie : la vie des dentellières, leur quotidien (rude), leurs outils, les us et coutumes de la première moitié du XXème siècle. Le tout est raconté à travers la parole recueillie auprès des ouvrières du carreau, c'est touchant et en même temps terriblement instructif. Car sans vouloir faire de raccourcis trop faciles, la mise en perspective de certains de leurs témoignages les plus terribles avec la société de consommation d'aujourd'hui et la perpétuelle insatisfaction qu'elle génère est réellement cruelle pour notre comportement d'enfants gâtés...

Moi je voulais aller à l'école, je voulais être institutrice, mais c'est que mon père m'a dit : - Quoi ? toi tu irais te promener à Sarlanges à l'école et moi j'irais garder les vaches ! Ça fait que j'y ai plus été.

Y'avait un colporteur. Il avait une petite voiture à cheval avec des casiers. Oh moi j'aimais les voir venir, y'avait des jolies affaires là ! Et il portaient des aiguilles, du fil, des épingles de sûreté, des lacets à soulier, des rubans, tout un tas de machins.

_pingles_et_fuseaux

Ma mère nous habillait avec l'argent de la dentelle, on était un peu de celles qui étaient bien habillées. J'ai jamais porté des sabots, j'avais des galoches montantes à ce moment-là pour aller à l'école.

Les sabots. Et moi je trouvais qu'ils s'usaient pas vite ; avec un couteau, je faisais un trou pour qu'ils s'usent plus vite, là j'étais maligne va, parce que j'en voulais des neufs !

Carreaux_et_sabots

J'ai gagné mon trousseau avec l'argent de ma dentelle. J'ai acheté la toile pour faire des draps et puis des chemises de corps et des serviettes.

A douze ans, c'est ma marraine qui m'avait acheté mon carreau, j'étais un peu fière avec ce carreau !

carreaux

Nous descendons ensuite au rez-de-chaussée pour prendre un vrai coup au coeur en pénétrant dans le grand atelier, sur le lieu même, bien reconnaissable, où s'activaient, au début du siècle dernier les échantillonneuses,  les apponceuses et les ouvrières au préparage. On retrouve jusqu'aux casiers figurant sur cette vieille carte postale, et même l'escabeau, il me semble.

Grand Atelier Experton

machine sale

Ici est retracé le fonctionnement des manufactures de dentelles et tout le processus de fabrication. C'est passionnant et c'est le paradis des collectionneuses, vous pouvez me croire ! Que de belles choses on peut y voir, j'étais fin folle ;-)

casiers

catalogue échantillons

Et toujours la parole des ouvrières de la dentelle, drôle ou émouvante, souvent les deux à la fois...

causettes

La visite se termine au rez-de-jardin où ont été conservées des machines qui servaient, il n'y a pas si longtemps, pour la fabrication des dentelles mécaniques. Ces métiers, produits au début du XXème siècle, étaient encore en fonctionnement il y a une vingtaine d'années.

salle des machines

Vous aurez compris, je l'espère, que c'est là une merveille de musée qu'il ne faut surtout pas manquer de visiter. Il mérite à coup sûr que vous fassiez un détour sur la route des vacances ou que vous prolongiez une halte dans la région de Retournac.

Et puis, pour compléter, le tout... attention, pépite ! Prenez un petit quart d'heure pour aller regarder sur le site de l'INA ce documentaire de 1978, je vous mets au défi de ne pas vous prendre une bonne rigolade en même temps que les trois mamies terribles de Montusclat (la Sainte Vierge qui descend sur terre juste pour prédire que les pommes de terre vont se pourrir, c'est excellent ;-) Mais au-delà, il y a tant de choses à entendre dans le récit de ces dentellières d'une autre génération...

Les dentellières de Montusclat

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