15 novembre 2015

Nénette et Rintintin

Quand tous les jeux semblent épuisés, il faut encore aux grandes personnes des trésors d'imagination pour répondre au lancinant "J'sais pas quoi faire" lancé par des enfants butés, cherchant sans conviction à s'occuper. Arrive alors le moment où l'on ressort les restes de laines multicolores qui se transformeront en pantins plus ou moins réussis : l'art de faire quelque chose à partir de rien ! Fabriquer des Nénette et des Rintintin, voilà bien une occupation qui a traversé les générations... sans d'ailleurs qu'elles en connaissent toujours l'origine.

Nénettes et Rintintins

Les enfants de Poulbot

Tout commence en 1908, avec un Francisque Poulbot assez remonté contre les poupées proposées alors aux petites filles : le plus souvent des fabrications Made in Germany (trahison !), auxquelles il trouve un air uniformément idiot. En fin observateur des titis parisiens, il décide de s'en mêler en modelant dix-huit poupées aux caractères bien marqués, à l'image des enfants à qui il les destine. Il fait sensation en présentant cette année-là au Salon des Humoristes "ses poupées d'une invention ravissante, émouvante même, je risque le mot, avec leurs tignasses emmêlées et leur mines de papier mâché" (Gil Blas 10 mai 1908). "Avec lui, la poupée d'art entre dans un mouvement nouveau et qui est personnel à Monsieur Poulbot." (Gustave Kahn - La femme dans la caricature française).

Mais, comme Poulbot le dit lui-même, "la guerre a tout dérangé" : seuls deux de ses enfants auront le temps d'être produits en série par la Société Française de Fabrication des Bébés et Jouets, avant que le monde ne soit précipité dans la première tourmente du siècle.

Poupées PoulbotCatalogue d'étrennes des Magasins du Louvre en 1913 et poupées vendues par la maison Theriault's

Étonnamment modernes, ces bouilles-là détonnent au milieu des visages de porcelaine aux yeux écarquillés et à la bouche ouverte trônant dans les vitrines des magasins de jouets. Elles s'appellent Nénette et Rintintin mais, dans le petit monde de Poulbot, Nénette est le garçon, Rintintin est la fille : il se murmure que ce sont les noms tendres que son épouse et lui-même avaient coutume de se donner.

Seulement l'époque n'est pas propice au lancement d'une nouvelle gamme de jouets. Les deux Poulbotes en restent donc à une fabrication et une diffusion fort restreintes.

Trois mois de folie

Passent quatre années de guerre... et tout à coup, au printemps 1918, Nénette et Rintintin sont sur tous les cœurs, leur nom refleurit sur toutes les lèvres ! Ils reviennent en force, cette fois-ci sous la forme de deux minuscules fétiches de fil, parés de toutes les vertus protectrices contre les dangers de la guerre.

CPA Nénette et Rintintin

Bien malin qui saura dire exactement quelles mains ont imaginé ces petites poupées de fil, d'à peine trois centimètres de haut. La presse s'accorde cependant à les faire naître dans le monde de la couture. Pourquoi alors ne pas s'en remettre à la jolie version racontée par le Carnet de la Semaine, dans son édition du 2 juin 1918 ? L'échotier évoque une mode lancée par Geneviève, petite main chez Paquin, qui après avoir fabriqué les pantins dans un écheveau de laine, se les passa autour du cou en disant : "Voilà Nénette et Rintintin, mes fétiches contre les Gothas. Une heure après tout l'atelier avait le fétiche, une semaine après, tout Paris"

Le fait est que la mode de ces gris-gris de laine se répand comme une traînée de poudre. L'amoureuse les confectionne pour protéger son fiancé parti combattre au front, la maman les suspend aux voiles du berceau pour veiller sur le sommeil de son bébé, les plus bravaches les arborent à leur boutonnière... on ne sait jamais !

Nénette et Rintintin échappent à Francisque Poulbot, un peu à son corps défendant. Car il retrouve ses jolis petits mômes transformés en sommaires pantins de laine, Nénette devenue la fille et Rintintin le garçon. Il leur est même né un enfant qu'on appelle le petit Lardon ou encore Radadou, bientôt transformé en Roudoudou. Mais il rend bien volontiers les armes devant cette irrésistible vague envahissant la capitale. Il s'en explique, dès juin 1918, dans une chronique publiée par Le Journal et qui sera reprise dans son livre Encore des gosses et des bonhommes.

Poulbot - Encore des gosses - Histoire de Nénette et RintintinPoulbot - Encore des gosses et des bonhommes - Source Internet Archive

En ce printemps 1918, il n'est pas un journal qui n'évoque les idoles du jour. Pour les uns, ils sont "les petits soldats de la bonne chance", pour les autres la protection ultime contre les bombes des Gothas et les obus à longue portée de la grosse Bertha. Guillaume Apollinaire lui-même livre son interprétation du phénomène dans sa chronique de juillet au Mercure de France : "C'est peut-être la première fois que, depuis le fil d'Ariane, l'homme met sa confiance dans quelques brins de laine, de fil ou de soie. (...) Nénette et Rintintin sont les premiers dieux nés au XXème siècle".

Nénette et Rintintin - Presse 1918Petit florilège de la presse en 1918 : Les Annales Politiques et Littéraires du 2 juin
la couverture de La Baïonnette du 4 juillet - Le Figaro du 21 mai

Nénette et Rintintin - Presse 1918 2Fantasio du 1er juillet - Le Petit Parisien du 27 mai - Le Cri de Paris du 7 juillet
source Gallica

Enfin, la capitale est en émoi... Rapidement le commerce s'empare des deux pantins, même s'il se dit qu'acquis à prix d'argent, Nénette et Rintintin perdent leur pouvoir de protection. On fabrique les talismans de laine chez Madame Zizette, modiste, ainsi que chez ses consœurs : "Les Rintintin qui sortent de cette pépinière ont une grosse tête avec des yeux naïfs en perles blanches ou noires. La jeune Nénette porte dans les cheveux un magnifique nœud de ruban assorti à la couleur de son corps." (La Baïonnette - 4 juillet 1918). Dès mai 1918, Le Musée et l'Encyclopédie de la Guerre recense pour les collectionneurs les objets à surveiller. Nous savons grâce à cette liste qu'on fabrique des breloques à 65 et 95 centimes, des médaillons doubles en verre renfermant les deux fétiches de soie, des bijoux en métal de prix et toutes sortes de bibelots : statuettes, jetons, objets peints ou brodés...

Et les cartes postales, bien sûr ! Il existe un nombre impressionnant de séries mettant en scène les petits fétiches.

Nénette et Rintintin les protecteurs

Les chansonniers ne sont pas en reste, habitués qu’ils sont à se saisir de l’air du temps. On met Nénette et Rintintin en vers, en ritournelles, les revues fleurissent à l'affiche des théâtres, aux Bouffes-Parisiens, aux Folies Bergères et au café-concert de la Gaîté-Rochechouart.

Nénette etRintintin - ChansonsBulletin de la chambre syndicale des pharmaciens de la Seine de 1918
Les Annales Politiques et Littéraires du 23 juin 1918
source Gallica

On trouve même des gens sérieux pour les analyser, le temps de causeries présentées comme des conférences, ou une société savante qui publiera à son bulletin de 1919 une étude de plus de vingt pages sur le sujet.

Le soufflé retombe

Mais aussi rapidement qu'a surgi la faveur, enfle le vent de la critique. Les esprits forts voient les petits talismans comme "les ultimes gris-gris surgis des bas-fonds de la superstition" (Journal des réfugiés du Nord du 29 mai) ou titrent "Nénette et Rintintin porte-malheur" en constatant perfidement que depuis qu'ils ont envahi Paris, toutes les catastrophes semblent fondre sur la Capitale (Les Annales Africaines du 15 juillet).

CPA Nénette Rintintin famille

Il se trouve évidemment des moralistes pour mener une attaque en règle contre la fabrication des pantins de laine, allant jusqu'à y voir une organisation du gaspillage portant atteinte aux intérêts de la Nation. "Dans l'été 1918 la laine devenant de plus en plus chère, ce fut en laine que des fabricants ingénieux composèrent les ridicules petites amulettes contre les bombardements aériens, que les Parisiens appelèrent "Nénette et Rintintin". Bref, dès que la guerre rendait une marchandise rare et chère, et que par conséquent l'intérêt individuel et national en demandait impérieusement l'économie, la mode en faisait au contraire instinctivement une élégance de luxe, au mépris de tout intérêt et même de tout patriotisme, mais au grand bénéfice d'industriels peu scrupuleux." (La Revue Philosophique)

La presse catholique est la plus virulente à combattre "Les poupées dangereuses", ainsi que les présente La Croix. Henry Reverdy y fustige sans guère de retenue Nénette et Rintintin, subitement devenus le symbole "de la superstition et de l'ignorance qui habitent les âmes modernes".

Nénette et Rintintin La CroixLa Croix du 26 juin 1918
source Gallica

Après trois mois de ce vent de folie, le soufflé retombe aussi vite qu’il est monté et la rentrée de septembre voit les petites poupées sombrer dans l’indifférence. Le plus clairvoyant sur le sujet est peut-être Henry Jagot qui, dès le mois de mai, prédisait dans Le Parisien : "La vogue des deux fétiches est devenue si grande qu'on en peut prévoir la fin. Les superstitions parisiennes n'ont qu'un temps."

Et puis l’automne de cette année-là, c’est surtout celui de l’armistice. La France mettra bien du temps à reprendre pied dans une vie pacifiée mais l’armistice, c’est la promesse de revoir ceux des soldats qui ont gardé la vie, la fin des bombardiers dans un ciel menaçant et des canons à longue portée encerclant la capitale, la fin des sirènes et des descentes aux abris à toute heure du jour et de la nuit.

A quoi bon des fétiches, puisque le péril semble bel et bien écarté ? "Le danger disparu, l'esprit critique, selon la culture de chacun, reprenait ses droits et, sans les renverser, reléguait cependant les petits dieux dans le capharnaüm intime de la pensée" (Les Annales Politiques et Littéraires - 15 octobre 1927)

Ce qui en reste

De ce court emballement vite balayé par d'autres modes, il restera cependant des traces durables : une vedette de cinéma et deux petits pantins ressurgissant régulièrement dans la presse enfantine, y compris bien loin de leur terre natale.

• 26 films et une série télé

A la toute fin de la guerre, le caporal américain Lee Duncan recueille deux chiens d'une portée de bergers allemands découverte dans les décombres d'un chenil, près de Saint-Mihiel où a combattu son unité. Il les baptise Nénette et Rintintin, pour évoquer les petits pantins de laine que les enfants lorrains offrent aux soldats alliés en guise de porte-bonheur. Nénette meurt pendant la traversée de retour mais Rintintin, arrivé sain et sauf en terre américaine, fait vite preuve de capacités exceptionnelles qui le conduiront tout droit vers les plateaux de cinéma.

Lee Duncan et Rintintin

Il jouera les stars jusqu'en 1932, avant de revenir en France pour être enterré au cimetière animalier d'Asnières-sur-Seine. Mais son personnage occupera l'écran bien plus longtemps, incarné successivement par des acteurs canins donc certains seront ses descendants.

Rintintin & Rusty

La popularité de Rintintin lui ouvrira les portes des souvenirs de Georges Perec, au n°197 : "Je me souviens des films avec le chien Rin-Tin-Tin, et aussi de ceux avec Shirley Temple, et aussi des poésies de Minou Drouet"

les petites mains de La Semaine de Suzette

Dès octobre 1918, Tante Jacqueline propose à ses nièces de réaliser "un abat-jour artistique en timbres-poste". Les petites lectrices sont invitées à découper la silhouette de trèfles à quatre feuilles qu'elles combleront par des timbres-poste piquetés puis à mettre Nénette, Rintintin et Radadou en vedette de leur ouvrage dans trois grands médaillons de papier calque. Je vous fournis toutes les explications pour réaliser cet abat-jour porte-bonheur du meilleur goût, vous n'aurez pas d'excuse pour rater cette occasion (un abat-jour artistique, quoi !)

Nénette et Rintintin 1918-10-17

Puis nos fétiches sont à nouveau mis à l'honneur par La Semaine de Suzette, dix ans plus tard. L'heure du modernisme a sonné, l'usage de la voiture se répand, alors on propose cette fois-ci aux petites Suzette de réaliser des fétiches pour l'auto, dont une superbe Nénette. On l'accompagnera cette fois-ci d'un Tonkinois fait de cacahuètes et de bouchons ou d'un Pierrot bourré de son...

Nénette et Rintintin 18-02-1916

les petites mains américaines

Cependant la fabrication des poupées de laine n'est pas restée une occupation manuelle seulement destinée aux enfants d'ici. Faut-il voir dans les bricolages américains l'inspiration de nos fétiches de 1918 ? Ce n'est pas impossible car parmi les cartes postales immortalisant les petites idoles, des séries entières ont été conçues pour les soldats anglophones afin qu'ils les envoient à leur famille.

Nénette et Rintintin - CPA franco-américaines

Toujours est-il qu'en 1953, un livre d'occupations manuelles pour les petits leur fournit la marche à suivre pour réaliser des poupées de laine, répliques exactes de nos amulettes.

Nénette et Rntintin - Make-it book

Un souffle de fil pour donner naissance à deux minuscules poupées, comme un pied de nez à tous les dangers : Nénette et Rintintin, c'est l'histoire d'un incroyable engouement qui a gagné Paris et la France entière à la vitesse de l'éclair. Internet n'existait pas : on dirait aujourd'hui que le buzz a fonctionné, tellement bien qu'il a traversé le siècle pour arriver jusqu'à nous.

Et vous, avez-vous fabriqué des Nénette et des Rintintin ? En faites-vous faire aux petits qui vous tirent par la manche pour mendier de l'occupation ? Si vous avez de la documentation ancienne ou plus récente sur le sujet, n'hésitez pas à me la faire passer, je serai ravie de la partager ici.

Posté par OuvragesDeDames à 06:32 - - Commentaires [64] - Permalien [#]
Tags : , ,


13 septembre 2015

Où l'on reparle des soldats de laine

L'aventure continue ! Pour les journées du patrimoine, la longue colonne des soldats de laine s'installe au Grand Palais, dans le hall des Galeries Nationales. Les parisiennes pourront donc profiter de ces deux journées des 19 et 20 septembre pour aller se confronter à l'oeuvre fragile et forte de Délit Maille.

Wool War One

En cliquant sur l'image, pour pourrez accéder directement au superbe dossier pédagogique qui a été réalisé en accompagnement de l'installation. N'hésitez pas à le partager sans modération, il est très bien fait !

J'aurais aimé pouvoir profiter de l'occasion pour aller voir enfin en vrai ces centaines d'hommes qui nous ont tenues en haleine pendant tant de mois... et aussi revoir les lieux où j'ai traîné mes guêtres plusieurs années de suite, à l'époque où la Sorbonne avait installé son UER de slavistique du côté du perron Alexandre III... Mauvais timing, je me trouverai à Paris juste un peu trop tard :-(

Si vous y allez, vous me raconterez ? En attendant, si vous voulez revoir les billets précédents sur la Wool War One, c'est par ici.

Posté par OuvragesDeDames à 07:30 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
Tags : ,

06 novembre 2014

L'armée de laine

Je vous ai parlé déjà, dans ce billet ou encore dans celui-là, de l'aventure un peu folle dans laquelle Anna s'est lancée à corps perdu : réunir autour d'elle des tricoteuses de tous horizons, en écho aux soldats venus de partout pour laisser en Europe leur vie, leur santé, leurs rêves et leurs espérances. Tout ça dans un tourbillon d'absurdité dont je ne parviens toujours pas à démêler les tenants et les aboutissants. Car plus j'avance sur le sujet, plus j'entends les récits familiaux et plus je désespère de comprendre un jour comment pareille chose a pu se produire.

Alors la douceur de la laine, la patience de toutes ces mailles alignées, l'obstination tendre à faire aboutir un projet dérisoire et grandiose, c'était tout juste le rempart qu'il me fallait dresser entre la cruauté de l'histoire et mon univers douillet. J'ai tricoté dans mon petit coin des vareuses bleu horizon, des bretelles et des ceintures kaki... en même temps que des centaines d'autres mains.

mains tricoteuses

Et toutes ces mains ont fait naître les soldats désarmés tout droit sortis de l'imagination d'Anna. Français bien sûr, mais aussi allemands, anglais, américains, des spahis, des tirailleurs sénégalais... et tant d'autres. Il fallait bien qu'ils soient tous là en laine, ceux qui étaient tous là dans la boue des tranchées.

Soldats de France

Soldats du mondeToutes les images en grand dans ce billet de Délit Maille

Après tant d'énergie déployée par Anna, les échanges et les belles rencontres qu'elle a eu à coeur de susciter, tout le sens qu'elle a voulu mettre dans sa démarche en nous emmenant derrière elle, voilà que se concrétise le projet imaginé par cette artiste hors normes : nous pourrons très bientôt venir faire connaissance avec son oeuvre installée sur la mezzanine de la Piscine, le temps d'un hommage aux millions de sacrifiés anonymes... qui le sont si peu pour nous. Car oui, pour nous ils sont le grand-oncle Aloïs, jamais revenu de guerre, ou le grand-père Eugène, revenu trop tard pour connaître sa première-née disparue, ou le vieux cousin Ouattara, qui ne s'en est jamais remis. Si lointains déjà, et encore si présents dans le récit familial...

Son exposition, qui a obtenu le label "Centenaire", sera visible du 15 décembre au 12 avril prochains à Roubaix.

Catalogue centenaire

Le catalogue de toutes les manifestations du centenaire est téléchargeable sur le site de la Mission.

Posté par OuvragesDeDames à 06:14 - - Commentaires [27] - Permalien [#]
Tags : ,

21 août 2014

L'Oreiller du blessé

Au début de l'année, le musée d'histoire de Nantes a organisé une exposition retraçant l'expérience quotidienne des enfants pendant les difficiles années 1914-1918. Intitulée A l'École de la guerre, cette exposition  s'appuyait sur les rapports de fonctionnement rédigés par les directeurs des écoles publiques de la ville pour raconter le conflit vu par les enfants.

Nantes dessin salle de coutureEcole de filles - rue Emile-Péhant - La salle de couture 1917-1918

Faute de pouvoir la visiter, je viens de récupérer grâce à une collègue nantaise le catalogue édité à cette occasion. Sur la base d'une abondante iconographie constituée de documents d'époque, de photographies et de dessins d'enfants, il aborde la vie à l'arrière sous un angle inhabituel et riche d'enseignements. Je vous livre telle quelle une des anecdotes qu'il relate.

Nantes groupe d'élèves à la coutureEcole de filles - groupe d'élève à la couture - 1917-1918

"Parmi les nombreuses œuvres auxquelles participèrent les écoles nantaises, deux ont pris une ampleur nationale : l'œuvre du Couvre-pieds du soldat, créée le 1er octobre 1914, et celle de l'Oreiller du blessé, créée le 1er février 1915 par Madame Einholtz, directrice de l'école de filles de la place des Garennes, et Madame Buffet.

L'œuvre de l'Oreiller du blessé avait pour but de doter les trains sanitaires, chargés d'évacuer les blessés de la ligne de front aux hôpitaux, d'oreillers moelleux, propres, désinfectés, susceptibles d'être placés et déplacés facilement. Ces oreillers devaient éviter aux blessés de ressentir les secousses inévitables du transport et apaiser leurs douleurs.

Au 15 avril 1917, deux mille cent couvre-pieds avaient été réalisés pour les hôpitaux militaires et vingt mille oreillers livrés dans les ambulances du front et les gares régulatrices. Cette œuvre, née dans une école nantaise, fut reconnue et soutenue non seulement en France, mais aussi en Angleterre et en Amérique.

En mars 1919, la guerre terminée, Madame Einholtz reçut l'accord officiel du ministère de l'Intérieur pour poursuivre son action. L'Oreiller du blessé devint ainsi l'Aide aux foyers détruits. Les filles commencèrent alors à coudre trousseaux et layettes pour les familles des régions dévastées."

Nantes repassageEcole de filles - groupe d'élève repassant des chemises de soldats - 1914-1917

Les enfants des écoles préparant des oreillers tout doux pour tenter d'alléger la misère des soldats blessés, c'est tout simplement le détail qui compte. Et moi ça me fait fondre, vous me trouvez trop sentimentale ? C'est probablement l'histoire vue par le tout petit bout de la lorgnette, mais finalement ce sont bien ces récits mis bout à bout qui nous font toucher du doigt la réalité de la guerre et donnent tout son sens à cette commémoration.

Les images illustrant ce billet sont issues du passionnant catalogue de l'exposition A l'école de la guerre 1914-1918, réalisé par le musée d'histoire de Nantes et les archives municipales de Nantes (Les Éditions château des ducs de Bretagne), vendu au prix de 15 €.

Posté par OuvragesDeDames à 07:11 - - Commentaires [33] - Permalien [#]
Tags :

02 août 2014

2 août 1914

Quand les petites filles sont tracassées, elles l'écrivent à la pointe de l'aiguille. Elle en aura laissé, des traces dans les marquettes et les marquoirs, cette terrible "der des ders" qui ne le fut malheureusement pas...

Charlotte_Mar_chal

Posté par OuvragesDeDames à 06:37 - - Commentaires [19] - Permalien [#]
Tags : , ,


20 juillet 2014

Ce que coûte le fil

Je vous parlais de pépites dans ce billet, en voici une avec cette série de trois cartes postales faisant partie du fonds de la médiathèque de Roubaix et issues de la collection de Monsieur Meegens.

comptes_de_la_m_nag_re

Elles datent probablement de la toute fin de la guerre et retracent, sur le ton de la caricature, l'évolution du panier de la ménagère entre 1914 et 1918. Si je me suis arrêtée sur ces images, c'est qu'il y a, dans la liste des commissions, uniquement des produits alimentaires… à l'exception notable d'une bobine de fil. Avant de devenir l'emblème de DMC au gré des mariages d'entreprises, A la Tête de Cheval était à l'époque une marque Thiriez. Le coton glacé considéré comme un produit de première nécessité, je ne crois pas que nous en serions toujours là un siècle après !

Thiriez

Thriez détails

On  retrouve dans cette série de cartes postales tous les traits de la caricature : la joviale ménagère de 1914 se décharne au fil du temps, son cabas maigrit en même temps qu'elle perd ses rondeurs et son sourire, même son chien en est réduit à fouiller les poubelles qu'il méprisait avant la guerre !

ménagère

panier

chien

En accompagnement du dessin, démonstration est faite de l'explosion des prix pendant la guerre, probablement en forçant le trait. En voyant le prix du lait multiplié par 30 en quatre ans, celui du sucre par 40 et celui de la patate par 65… j'ai quand même cherché à en savoir un peu plus.

fil

Oui, le trait est forcé. Mais j'ai été amenée à une réalité dont j'avais davantage conscience pour la seconde guerre mondiale : celle de la pénurie alimentaire frappant l'arrière et confinant, selon les endroits, à la quasi-famine. Dès l'automne de 1914, les prix augmentent de manière intolérable, et bien sûr les salaires ne suivent pas la même courbe. On n'allait pas payer des femmes au même tarif que les hommes partis au front, quand même ! Et pourtant… ce sont elles qui contribuent grandement à maintenir une activité de survie : les usines et les moyens de transports continuent de fonctionner, les récoltes sont engrangées, les terres sont labourées.

A titre de comparaison, une ouvrière qui travaille pour l'armement gagne par exemple en 1916 entre 15 et 20 centimes de l'heure… de quoi s'offrir un kilo de patates, mais il lui faudra travailler trois heures pour un kilo de pain… et presque quatre pour 200 grammes de viande.

A demeurant, c'est un problème qui se pose rapidement en d'autres termes : le manque de produits alimentaires aboutit, dès la première année de guerre, à la mise en place du rationnement qui ne disparaitra complètement qu'en 1921.

Si vous voulez en savoir plus sur l'implication des femmes pendant la guerre , je vous recommande l'article de Laura Lee Downs Salaires et valeur du travail sur l'origine du décalage entre les salaires féminins et masculins et également le passionnant ouvrage collectif dirigé par Evelyne Morin-Rothureau Combats de femmes 1914-1918 - Les françaises pilier de l'effort de guerre

Posté par OuvragesDeDames à 07:25 - - Commentaires [34] - Permalien [#]
Tags : , ,

22 mai 2014

Le sens des mots

A bientôt recto

Ce "A bientôt" dansant d'allégresse doit être chargé de bien plus de choses que celui que nous lançons, tous les jours, sans trop réfléchir à son contenu... La carte date du 30 mai 1916. Un militaire annonce sa toute prochaine permission à sa femme et à ses enfants.

A bientôt verso

Moi, ce que je me suis toujours demandé, c'est : comment trouvaient-ils la force de repartir pour l'enfer après quelques jours à la maison ?

Posté par OuvragesDeDames à 06:00 - - Commentaires [24] - Permalien [#]
Tags : ,

16 mars 2014

Commémoration

Nous commençons à baigner dans une période de commémoration et je m'apprêtais à n'être qu'agacement devant la surexploitation médiatique de l'événement. Mais tout doucement, les pièces d'un puzzle personnel se mettent en place pour donner du sens à l'élan collectif et me permettre d'y prendre ma place.

Il y a eu tout d'abord l'aventure de la Wool War I dans laquelle je me suis enrôlée sans une seconde de réflexion. Avec un peu de recul, il me semble que je devais, d'une manière ou d'une autre, m'approprier le devoir de mémoire dont on nous rebat les oreilles. Lisez, sur le blog du Délit Maille ou par exemple dans cet article du Point, comment Anna donne corps à son beau projet depuis quelques mois.

Le projet de Mme Délit

Puis il y a cet ouvrage de broderie sur lequel je passe en ce moment chacune de mes heures de liberté. Il n'est pas du tout consacré à cette guerre mal nommée, qui ne fut ni la première, ni malheureusement la dernière. Mais il m'y ramène à chacun des souvenirs familiaux qui guident mon aiguille autour du pépère Génot et de la mémère Titine.

Eugène et Ernestine

Alors comme c'est ma marotte, je creuse pour essayer de comprendre, je niflote à droite et à gauche pour tenter de donner corps à l'abstrait. Et forcément, je tombe sur des pépites. Tout ça pour dire que je parlerai de temps en temps de la période 1914-1918 ici, même si c'est par le petit bout de la lorgnette de la mercerie et de bouts de tissus ramassés ici ou là.

année de guerre

Posté par OuvragesDeDames à 07:50 - - Commentaires [20] - Permalien [#]

05 février 2014

Douceur de la Wool War 1

Pour écouter la chronique de France Bleu sur l'armée de laine à Roubaix, il suffit d'un clic sur l'image qui suit :

Radio France
Une armée de laine à Roubaix  © Radio France

Le début de la belle histoire est dans ce billet.

Posté par OuvragesDeDames à 18:29 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags :

07 janvier 2014

Mobilisation générale !

Oui, on va en entendre parler, de cette grande guerre. Oui, peut-être qu'on finira par en avoir marre du battage médiatique autour de cette commémoration. Et si, justement, y participer c'était la meilleure manière de se sentir concernée et de se protéger du brouhaha ?

Alors... pour faire écho aux fantômes de nos (arrière) grands-pères avec des soldats de laine, parce qu'un beau projet collectif, on ne peut pas rater d'en être (ou bien on le regrettera ;-) allez donc faire un petit tour sur le blog du Délit Maille, jamais à cours d'une idée folle, et laissez-vous tenter ! Une petite dizaine d'heures à dégager sur les six mois qui viennent, pour tricoter du tout droit, ce n'est pas la mer à boire, quand même...

011

Surréaliste et futile, le projet du Délit Maille ? C'est justement ce qui fait son charme. Et aussi saugrenu et poétique, mais infaisable... sûrement pas ! Une sacrée belle manière de répondre, avec la laine douce de la Wool War 1, à l'absurdité et la cruauté de la World War 1 qui revient ces temps-ci sur le devant de la scène.

Une manière également, à un siècle de distance, de faire nous aussi un cadeau à ces soldats du passé, puisque nous sommes, à n'en pas douter, des fées du foyer ;-)


Pour profiter des images dans leur meilleure taille -et par exemple ici pour pouvoir lire le journal-
je vous suggère de les ouvrir dans un nouvel onglet
plutôt que d'utiliser le clic gauche dont le résultat est assez erratique...

Edit : ça y est, le bataillon des tricoteuses est au complet ! Nous attendons donc notre paquetage les aiguilles aux doigts. Et pour celles qui n'ont pas embarqué dans le projet, vous en entendrez encore parler, ici ou ailleurs, et il y aura le musée l'an prochain.

Posté par OuvragesDeDames à 17:07 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
Tags :