11 juin 2017

Soie DMC

Il est bizarre, mon titre d'aujourd'hui ? Pas tant que ça... Nous avons tendance à entendre coton quand on dit DMC mais quelques indices nous entraînent tout de même sur la piste d'autres matières. Par exemple, cette publicité parue dans la Mode Nationale du 19 octobre 1895, entre un remède contre les cors aux pieds et un postiche magique pour les dames chauves.

DMC Mode Nationale

Le fabricant ratisse large : le coton bien sûr, la laine et aussi le lin, récemment ressorti. Même la ramie, une plante textile de la famille des orties, a sa place chez DMC. Et voici également notre soie, dont la production n'est pas du tout anecdotique chez le filateur alsacien. Avez-vous déjà remarqué qu'elle figure en bonne place dans l'Encyclopédie des ouvrages de dames ?

Soie Encyclopédie Dillmont

Une double page y présente la carte des couleurs pour les "articles de soie" et aussi, à la suite, la liste de ces différents produits, avec la grosseur des fils : soie à broder double et triple, soie perlée en deux titrages, cordonnet de soie en trois titrages, soie moulinée et soie de Perse en six brins... Voilà une gamme qui était bien développée !

Soie DMC couleurs et grosseurs

Je me demande lesquelles de ces teintes aux noms si poétiques se trouvent dans ma boîte, frappée sur le couvercle d'un magnifique "Soies lessivables DMC" et venant tout droit d'un Carmel bourguignon. Bleu de Delft ou bleu-paon, brun-cannelle, jaune-vieil-or, lilas ancien, rouge-ponceau, vert-myrthe ou réséda, violet-héliotrope ou scabieuse, je suis toujours émerveillée par la créativité sémantique des filateurs.

Soies

C'est une boîte à quatre plateaux, en piteux état extérieur ; elle a dû traîner partout où ces dames brodaient et leur faire un usage bien intensif. Mais avec elle, la littérature prend corps : je sors des livres pour enfin plonger mes mains dans un  puits de douceur.

Soie DMC boîte

Soie DMC boîte détails

A l'intérieur du couvercle se trouve la notice sur l'entretien des soies qui figure dans l'Encyclopédie. On y recommande beaucoup de précautions pour un lavage et un essorage tout en douceur. Mais j'hésiterais tout de même à faire confiance au boniment publicitaire : je ne crois pas trop au caractère véritablement lessivable de ces fils.

Soie DMC avis

Cette boîte m'a été donnée ainsi, avec son contenu qui semblait y avoir toujours été. S'y cachaient également, sous les écheveaux de fils, quelques reliques de vieux papiers qui la placent au début du XXème siècle. Cependant rien ne permet d'affirmer que toutes les soies qu'elle recèle proviennent de la maison DMC ; elle a fort bien pu servir, au fil du temps, à stocker des écheveaux d'une autre fabrication.

Mais elles s'accordent si magnifiquement ! Il y a des années, j'ai entamé mon petit capital pour broder ce marquoir en hommage à mon arrière-grand-mère qui, de toute son existence, n'a jamais approché si riche matériau. Et je l'ai brodé sur gaze de soie évidemment, histoire de rester dans le ton ;-)

Angéline Laval

Posté par OuvragesDeDames à 06:30 - - Commentaires [40] - Permalien [#]
Tags : , , ,


08 juin 2017

Le tricot à l'école

Cette semaine, les Archives nationales du monde du travail ont partagé une bien jolie image sur leur page Facebook ; en huit leçons, révisons nos bases !

Archives Nationales du monde du travail

Archives Nationales du Monde du Travail

Posté par OuvragesDeDames à 07:42 - - Commentaires [17] - Permalien [#]
Tags :

04 juin 2017

Le prochain chantier

Celui-là je l'ai dans un coin de ma tête depuis longtemps ; et puis arrive le jour où tout se met en place. Certainement pour oublier une de mes sottises de jeunesse, j'avais relégué à la cave le mannequin sur lequel ma mère avait ajusté ses premiers patrons à l'école de couture. Ça nous replace tout de même au tout début des années 50.

Quand je l'avais récupéré du grenier de la maison familiale, j'avais jugé bien peu gracieuses les quelques tâches d'humidité qui touchaient (à peine…) sa toile. Ce à quoi j'avais trouvé la solution ultime, en accord avec mes aspirations hippies du moment : tout badigeonner d'un improbable rose tiryen, censé effacer ces quelques misères.

Mannequin

Ah bah oui… j'émergeais à peine de l'adolescence et je ne reculais devant aucun sacrilège ;-) Quelques années et une prise de conscience plus tard, je m'étais empressée de dissimuler cette honte hors de ma vue. Cependant, le mannequin m'a suivie lors de chacun de mes déménagements et une toute petite épine m'est restée plantée au cœur, suffisamment incommodante pour ne pas se laisser oublier.

Je savais bien qu'il faudrait que je répare… Et puis la semaine dernière, lors de jolies puces de couturières à Saint-Ours, je suis tombée sur un vieux coupon de lin qui m'a paru idéal : fin, dense et souple, suffisamment de qualités pour que je puisse espérer le voir se prêter à l'habillage de mon buste.

Coupon mannequin

Donc… y'a plus qu'à ? Patronner, tracer, couper, faufiler, ajuster, reprendre, ajuster encore, coudre, triompher et m'accorder enfin, à moi-même personnellement, l'absolution de mon péché !

En attendant, une fois n'est pas coutume, je relaie ici mes trouvailles de brocante pour celles qui ne suivent pas mon compte Facebook. Le temps d'une courte semaine en Auvergne, j'ai retrouvé le plaisir de la chine, où l'on met la main sur des trésors pour quelques pièces : un corsage de mamie en finette bleu-gris, les napperons ronds au crochet que j'accumule pour yarn-bomber le pilier de mon balcon, un joli nécessaire de demoiselle en os, des vieilles cartes de fil, un touchant travail d'écolière, des petites marquettes auvergnates, une seringue à décorer (pourquoi, mais pourquoi ???), des boutons de nacre taillée, de jais et de verre soigneusement triés dans un stock…

Chine Saint-Ours

J'ai de quoi bricoler, de quoi partir dans de nouvelles recherches, de quoi compléter une corbeille de mercerie… et de quoi m'interroger sur mes coupables penchants à craquer pour des objets improbables sous le fallacieux prétexte que ça coûte moins que trois fois rien !

Posté par OuvragesDeDames à 06:58 - - Commentaires [31] - Permalien [#]
Tags : , ,

28 mai 2017

Soie en bottes

Après le fil en moche, voici un conditionnement utilisé souvent pour un fil plus sophistiqué. Pour le dictionnaire de l'Académie française de 1762, "on appelle Botte de soie, l'assemblage de plusieurs écheveaux de soie liés ensemble. Une botte de soie. Marchand de soie en bottes".

Balzac dépeint, dans Les célibataires, les méthodes d'éducation expéditives du père Rogron qui entend laisser ses enfants se débrouiller pour faire fortune ; le coup de pied bien placé par lequel il s'en débarrasse expédie sa fille Sylvie au milieu de la mercerie. "A vingt ans, elle était la seconde demoiselle de la maison Julliard, marchand de soie en bottes, au Ver chinois, rue Saint-Denis." Puis elle s'allie avec son frère et tous deux "achetèrent de madame Guenée le célèbre fonds de la Soeur de famille, une des plus fortes maisons de détail en mercerie".

Les annuaires du XIXème siècle regorgent, parmi les merciers, de ces marchands de soies en bottes. Le Paris Illustré de 1855 indique que "les magasins de soie en bottes ou filée, au nombre d'environ 70, se trouvent pour la plupart dans le quartier Saint-Denis". Il s'en fait depuis longtemps un commerce énorme dans le domaine des ouvrages de dames, à tel point qu'on trouve à la 6ème classe du corps des merciers "ceux qui ne vendent que des soies en bottes".

Perrin-JaricotBazar parisien - Source : Gallica

D'ailleurs la législation des patentes n'oublie pas le métier du plieur de soie qui approvisionne tout ce commerce :

PatentesLa législation des patentes appliquée aux industries textiles - Source : Gallica

Soies en bottes, jolies soies en bottes, aurai-je un jour le courage de vous utiliser ? Vous êtes la promesse de beaux ouvrages mais ce serait me priver du plaisir d'entrouvir la boîte aux merveilles pour vous contempler, vous caresser et vous sentir crisser sous mes doigts...

Soie sublime

Et puis quand ce sont de fins écheveaux qu'on a liés ensemble, on parle volontiers de soie en pantines. "Il faut quatre pantines pour faire une main"... Où donc s'arrêteront les découvertes et les mystères au merveilleux pays de la mercerie ?

Soie La Religiosa

Posté par OuvragesDeDames à 06:40 - - Commentaires [27] - Permalien [#]
Tags : , ,

21 mai 2017

Carnet du jardin

Des fleurettes, on en brode toute l'année mais, printemps oblige, la période est particulièrement bien choisie pour en semer sur nos ouvrages. Comme la serpentine est l'un des matériaux avec lesquels j'adore jouer, je ne me suis pas privée de l'utiliser, en différentes largeur, pour cette coouverture de cahier indispensable à la jardinière brodeuse.

Carnet du jardin

Ces petites fleurs-là sont vraiment très amusantes à réaliser. Si vous voulez vous y essayer, c'est ma contribution au numéro 3 des Broderies de Marie & cie qui vient juste de paraître.

Carnet du jardin détail

Posté par OuvragesDeDames à 06:47 - - Commentaires [31] - Permalien [#]
Tags :


14 mai 2017

Les matinées d'Estelle

Droit de suite... je me rends compte que je laisse en suspens bien des sujets qui attendaient un développement. C'est le cas pour ces mystérieuses matinées sur lesquelles nous nous interrogions quand je vous ai parlé de l'inventaire après décès de mon ancêtre Estelle, établi en 1884. Pourtant à la suite de notre discussion, j'avais eu grâce à vous de nouveaux éléments permettant d'éclairer un peu ce mystère.

C'est tout d'abord Michèle qui nous proposait dans les commentaires cette définition du Larousse ménager de 1926 :

Matinée (costume) - Vêtement d'intérieur que l'on porte avec des jupes dépareillées ou sur des combinaisons. Les matinées se font en lingerie : linon, percale, mousseline, voile et crêpe, pour l'été; en tissus plus épais, tels que le zénana, le molleton, le velours, la duvetine, pour l'hiver. Leur forme varie suivant la mode.

Et puis Élisa m'avait envoyé ces images, extraites de l'album n°6 du Trousseau Moderne. Je n'ai pas la date, mais je dirais dans les années 20, Élisa ?

Matinée 818

Matinée 24231

Enfin je viens de trouver cette carte commerciale qui évoque elle aussi ces fameuses matinées, en les associant aux robes de chambre. Celle-là, je l'aime tout particulièrement, pour la rue Grignan que j'ai habitée pendant des années, quelques numéros plus haut : juste la rue Paradis à traverser (plus quelques décennies ;-) et j'y étais. J'aurais pu de demander à Madame Mallet d'éclairer notre lanterne !

Maison Mallet

Il est indéniable donc que derrière ces matinées se cachent des tenues d'intérieur. J'imagine qu'elles devaient pouvoir être plus ou moins délicates, plus ou moins saut du lit. La garde-robe de mes ancêtres, sans être pauvre, n'est tout de même pas pléthorique. Voici la vêture d'Estelle, prisée en tout soixante francs :

Vêture Estelle

Celle d'Alix, son mari, prisée cinquante francs :

Vêture Alix

Et pour compléter leurs bijoux :

Bijoux

Il est bien difficile de se représenter à quoi correspondent les prisées annoncées, même en se référant à quelques prix de l'époque. Cependant le reste de l'inventaire lève le voile sur un intérieur plutôt modeste et centré sur l'utilitaire. La seule fantaisie d'Estelle, à part ses boucles d'oreilles, résidait peut-être dans ses deux serins. Quelques chromos encadrées, aussi...

J'ai du mal alors à penser qu'elle avait dans son armoire des petites tenues purement frivoles. Et qu'elle en avait cinq ! Comme le notaire n'a recensé que deux toilettes d'extérieur et que le reste est plutôt de la lingerie, peut-être que ces matinées n'étaient pas si sophistiquées que ça ? Mais je suis tout de même intriguée par l'absence de robes pour tous les jours ; à moins que les jupons de couleur ne constituent les "jupes dépareillées" évoquées par le Larousse ménager. Bon sang Estelle, comment t'habillais-tu pour passer le balai ou descendre au lavoir ?

Posté par OuvragesDeDames à 12:03 - - Commentaires [18] - Permalien [#]
Tags : , ,

07 mai 2017

Fil moche

Quand on croit avoir tout vu, il en reste encore un sacré paquet à découvrir ;-) Heureusement, me direz-vous... La découverte de la semaine se fait pour moi au détour du catalogue d'un mercier en gros, dont j'aurai l'occasion de vous reparler. Pour le moment, cette simple annonce me semble un petit bijou :

fil bis moche

J'ai un peu tiqué sur le coup, pensant à un filateur qui aurait poussé trop loin le délire en cherchant à se démarquer de ses concurrents avec le nom de son fil. Mais comme il faut quand même toujours vérifier, un premier regard au Littré de 1873 me permet de constater qu'il ne connaît pas encore moche dans l'acception familière qui est la nôtre aujourd'hui. Même si elle est apparue à la fin du XIXème siècle, elle ne devait pas être encore très répandue quand il a fallu baptiser ce nouveau produit

Et puis, la page une fois tournée, surgit une piste :

fil en moche

Fil en moche, ce n'est déjà plus tout à fait la même chose... Je me dirige donc vers une de mes sources favorites quand il s'agit de comprendre quelque chose à tout se qui se trafiquait au XVIIIème siècle, "dans les quatre parties du monde, par terre, par mer, de proche en proche, & par des voyages de long cours, tant en gros qu'en détail". Si je ne trouve pas là, j'abandonne !

Dictionnaire universel de commerce - Savary des Bruslonssource : Gallica

Aucun risque, le Sieur Savary des Bruslons tient ce qu'il annonce ;-) J'apprends donc chez lui que "les Fils en moches, qui se tirent de Rennes, sont à peu près de la même qualité que les Fils Bas-Bretons ; aussi servent-ils au mêmes usages. On les vend à la moche ; c'est-à-dire, au paquet de plusieurs écheveaux liez ensemble par un bout. Chaque moche pèse dix livres".

On conditionne le plus souvent en moches un fil conservant un aspect un peu brut et naturel, soit qu'il soit non teint ou bien peu retordu ou encore assez épais. On trouve aussi l'appellation chez Emilie Bougy qui, dans son Manuel des Travaux de Dames, conseille son emploi pour le macramé.

Emilie Bougy - Manuel des travaux de dames

Alors non : pas si délirant, Monsieur Grellou !

Posté par OuvragesDeDames à 09:18 - - Commentaires [39] - Permalien [#]
Tags : ,

01 mai 2017

Go gentle babe

Dans les registres du London Foundling Hospital, comment ne pas s'arrêter, une fois de plus, sur les émouvants signes de reconnaissances laissés par les mamans sur leur nourrisson, au moment de rompre le lien ?

London Foundling Hospital

C'était un premier mai... Ici, le bébé est marqué au point de croix et accompagné de voeux déchirants que je ne me risquerai pas à traduire, de peur d'en perdre la finesse, surtout dans cet anglais du XVIIIème siècle. Mais les mots de cette mère souhaitant à son enfant, loin d'elle, une vie de bonheur et d'amour s'entrechoquent durement à la réalité, quand on sait que deux tiers des petits pensionnaires mouraient à l'orphelinat.

Philip Holond

Si vous voulez en lire d'avantage notamment sur le London Foundling Hospital, je vous renvoie à ce billet de l'année dernière.

Posté par OuvragesDeDames à 09:41 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags : ,

27 avril 2017

Divine surprise

Confrontée à un état civil très fragmentaire dans la capitale, j'étais depuis quelques temps arrêtée sur un de mes ancêtres parisiens ; et un petit peu frustrée de ce blocage parce que la seule chose que je savais de lui avait de quoi me mettre l'eau à la bouche : en l'an VIII, à la naissance de sa fille Marie Marceline, mon arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-grand-père (promis, je ne le ferai plus) exerçait la profession de rubanier.

Mais on me l'a donc fabriqué sur mesure, celui-là !

Naissance Marie MarcelineArchives départementales de Paris - 5 Mi 1 / 112

Cependant je restais sur un goût de trop peu avec ce seul mot à me mettre sous la dent : d'où sors-tu, mon rubanier ? Et d'où te vient ce métier-là ?

Mais aucun problème n'existe qui n'ait de solution. Un peu de chance et le soutien d'un fin connaisseur des archives parisiennes plus tard, me voilà sur une piste qui m'entraîne loin de la capitale : je me retrouve avec tout une flopée de maîtres passementiers installés aux confins du Forez, entre Saint-Chamond et Saint-Héand.

Baptême Jean Marie 1750Archives départementales de la Loire - 1MIEC208X4

Je pars donc en voyage, tout au long du XVIIIème siècle et plus avant jusqu'au XVIIème, à la rencontre d'une nouvelle contrée, d'un nouveau milieu, d'un nouveau métier... Autant le dire tout de suite : ça va causer de passementerie dans la Loire, par ici ;-)

Posté par OuvragesDeDames à 06:08 - - Commentaires [32] - Permalien [#]
Tags : ,

23 avril 2017

La danseuse autrichienne

Je vous ai déjà parlé de la touchante exhumation de souvenirs entreprise par Clara Beaudoux dans la cave de Madeleine, précédente occupante de son appartement à Paris. Par petites touches et en tweets de 140 signes, Clara nous fait partager ses découvertes, banales, émouvantes ou cocasses. Comme un sculpteur débarrassant son sujet de la matière inutile qui l'emprisonne, elle écarte un à un les voiles de l'oubli pour amener sous nos yeux une femme ordinaire et, par conséquent, digne du plus grand intérêt.

Madeleineproject 1

Le premier pied posé dans cette cave a entraîné Clara bien plus loin qu'elle ne l'avait imaginé : à la recherche des élèves de Madeleine, dans  la quête généalogique pour arriver à poser un nom sur ses photos, à Bourges pour retrouver la maison de son enfance... Et elle entrevoit maintenant une suite en proposant une collecte de souvenirs, de nos souvenirs cette fois-ci.

Collecte Madeleine project

Je n'ai pas hésité un instant et j'ai proposé à la collecte l'histoire de ma danseuse autrichienne, légèrement miteuse mais toujours vaillante et primesautière pour une nana qui va sur ses 85 ans.

Dans la maison de mes parents, cette danseuse un peu kitsch était protégée derrière la vitre de la bibliothèque, avec interdiction aux enfants d'y porter la main. On nous avait tellement bassiné.e.s avec sa fragilité que n'aurions jamais osé transgresser cet interdit-là. Parfois, quand nous avions bien supplié, Maman la sortait, remontait le mécanisme et la faisait jouer, avec tout le cérémonial requis par l'évènement.

Danseuse autrichienne

La danseuse autrichienne virevoltait un court moment sur quelques notes charmantes et aigrelettes, devant nos yeux fascinés qui avaient pourtant déjà tant de fois assisté au miracle. Puis elle s'épuisait, comme sur le point de défaillir ; mais nous retenions notre souffle et ne perdions pas une seconde de cette agonie, sachant déjà qu'il était inutile de réclamer un second tour.

Jeannette et Roland

Quand j'y repense, je me dis que ma mère devait bien se marrer à nous embrouiller ainsi, en ne perdant pas une occasion de nous mettre à l'école du plaisir et de la frustration ! Cette broutille pour touristes, rapportée de leur voyage de noces par mes grands-parents en 1932, trône désormais derrière la vitre de MA bibliothèque ; je pourrais faire danser la petite autrichienne à ma guise… mais j'ai bien trop peur de l'user ;-) Parfois, cependant, dans d'exceptionnelles occasions, quand on m'a bien suppliée…

Et vous, quel souvenir offrirez-vous ?

Posté par OuvragesDeDames à 06:37 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
Tags :