21 mai 2017

Carnet du jardin

Des fleurettes, on en brode toute l'année mais, printemps oblige, la période est particulièrement bien choisie pour en semer sur nos ouvrages. Comme la serpentine est l'un des matériaux avec lesquels j'adore jouer, je ne me suis pas privée de l'utiliser, en différentes largeur, pour cette coouverture de cahier indispensable à la jardinière brodeuse.

Carnet du jardin

Ces petites fleurs-là sont vraiment très amusantes à réaliser. Si vous voulez vous y essayer, c'est ma contribution au numéro 3 des Broderies de Marie & cie qui vient juste de paraître.

Carnet du jardin détail

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14 mai 2017

Les matinées d'Estelle

Droit de suite... je me rends compte que je laisse en suspens bien des sujets qui attendaient un développement. C'est le cas pour ces mystérieuses matinées sur lesquelles nous nous interrogions quand je vous ai parlé de l'inventaire après décès de mon ancêtre Estelle, établi en 1884. Pourtant à la suite de notre discussion, j'avais eu grâce à vous de nouveaux éléments permettant d'éclairer un peu ce mystère.

C'est tout d'abord Michèle qui nous proposait dans les commentaires cette définition du Larousse ménager de 1926 :

Matinée (costume) - Vêtement d'intérieur que l'on porte avec des jupes dépareillées ou sur des combinaisons. Les matinées se font en lingerie : linon, percale, mousseline, voile et crêpe, pour l'été; en tissus plus épais, tels que le zénana, le molleton, le velours, la duvetine, pour l'hiver. Leur forme varie suivant la mode.

Et puis Élisa m'avait envoyé ces images, extraites de l'album n°6 du Trousseau Moderne. Je n'ai pas la date, mais je dirais dans les années 20, Élisa ?

Matinée 818

Matinée 24231

Enfin je viens de trouver cette carte commerciale qui évoque elle aussi ces fameuses matinées, en les associant aux robes de chambre. Celle-là, je l'aime tout particulièrement, pour la rue Grignan que j'ai habitée pendant des années, quelques numéros plus haut : juste la rue Paradis à traverser (plus quelques décennies ;-) et j'y étais. J'aurais pu de demander à Madame Mallet d'éclairer notre lanterne !

Maison Mallet

Il est indéniable donc que derrière ces matinées se cachent des tenues d'intérieur. J'imagine qu'elles devaient pouvoir être plus ou moins délicates, plus ou moins saut du lit. La garde-robe de mes ancêtres, sans être pauvre, n'est tout de même pas pléthorique. Voici la vêture d'Estelle, prisée en tout soixante francs :

Vêture Estelle

Celle d'Alix, son mari, prisée cinquante francs :

Vêture Alix

Et pour compléter leurs bijoux :

Bijoux

Il est bien difficile de se représenter à quoi correspondent les prisées annoncées, même en se référant à quelques prix de l'époque. Cependant le reste de l'inventaire lève le voile sur un intérieur plutôt modeste et centré sur l'utilitaire. La seule fantaisie d'Estelle, à part ses boucles d'oreilles, résidait peut-être dans ses deux serins. Quelques chromos encadrées, aussi...

J'ai du mal alors à penser qu'elle avait dans son armoire des petites tenues purement frivoles. Et qu'elle en avait cinq ! Comme le notaire n'a recensé que deux toilettes d'extérieur et que le reste est plutôt de la lingerie, peut-être que ces matinées n'étaient pas si sophistiquées que ça ? Mais je suis tout de même intriguée par l'absence de robes pour tous les jours ; à moins que les jupons de couleur ne constituent les "jupes dépareillées" évoquées par le Larousse ménager. Bon sang Estelle, comment t'habillais-tu pour passer le balai ou descendre au lavoir ?

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07 mai 2017

Fil moche

Quand on croit avoir tout vu, il en reste encore un sacré paquet à découvrir ;-) Heureusement, me direz-vous... La découverte de la semaine se fait pour moi au détour du catalogue d'un mercier en gros, dont j'aurai l'occasion de vous reparler. Pour le moment, cette simple annonce me semble un petit bijou :

fil bis moche

J'ai un peu tiqué sur le coup, pensant à un filateur qui aurait poussé trop loin le délire en cherchant à se démarquer de ses concurrents avec le nom de son fil. Mais comme il faut quand même toujours vérifier, un premier regard au Littré de 1873 me permet de constater qu'il ne connaît pas encore moche dans l'acception familière qui est la nôtre aujourd'hui. Même si elle est apparue à la fin du XIXème siècle, elle ne devait pas être encore très répandue quand il a fallu baptiser ce nouveau produit

Et puis, la page une fois tournée, surgit une piste :

fil en moche

Fil en moche, ce n'est déjà plus tout à fait la même chose... Je me dirige donc vers une de mes sources favorites quand il s'agit de comprendre quelque chose à tout se qui se trafiquait au XVIIIème siècle, "dans les quatre parties du monde, par terre, par mer, de proche en proche, & par des voyages de long cours, tant en gros qu'en détail". Si je ne trouve pas là, j'abandonne !

Dictionnaire universel de commerce - Savary des Bruslonssource : Gallica

Aucun risque, le Sieur Savary des Bruslons tient ce qu'il annonce ;-) J'apprends donc chez lui que "les Fils en moches, qui se tirent de Rennes, sont à peu près de la même qualité que les Fils Bas-Bretons ; aussi servent-ils au mêmes usages. On les vend à la moche ; c'est-à-dire, au paquet de plusieurs écheveaux liez ensemble par un bout. Chaque moche pèse dix livres".

On conditionne le plus souvent en moches un fil conservant un aspect un peu brut et naturel, soit qu'il soit non teint ou bien peu retordu ou encore assez épais. On trouve aussi l'appellation chez Emilie Bougy qui, dans son Manuel des Travaux de Dames, conseille son emploi pour le macramé.

Emilie Bougy - Manuel des travaux de dames

Alors non : pas si délirant, Monsieur Grellou !

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01 mai 2017

Go gentle babe

Dans les registres du London Foundling Hospital, comment ne pas s'arrêter, une fois de plus, sur les émouvants signes de reconnaissances laissés par les mamans sur leur nourrisson, au moment de rompre le lien ?

London Foundling Hospital

C'était un premier mai... Ici, le bébé est marqué au point de croix et accompagné de voeux déchirants que je ne me risquerai pas à traduire, de peur d'en perdre la finesse, surtout dans cet anglais du XVIIIème siècle. Mais les mots de cette mère souhaitant à son enfant, loin d'elle, une vie de bonheur et d'amour s'entrechoquent durement à la réalité, quand on sait que deux tiers des petits pensionnaires mouraient à l'orphelinat.

Philip Holond

Si vous voulez en lire d'avantage notamment sur le London Foundling Hospital, je vous renvoie à ce billet de l'année dernière.

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27 avril 2017

Divine surprise

Confrontée à un état civil très fragmentaire dans la capitale, j'étais depuis quelques temps arrêtée sur un de mes ancêtres parisiens ; et un petit peu frustrée de ce blocage parce que la seule chose que je savais de lui avait de quoi me mettre l'eau à la bouche : en l'an VIII, à la naissance de sa fille Marie Marceline, mon arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-grand-père (promis, je ne le ferai plus) exerçait la profession de rubanier.

Mais on me l'a donc fabriqué sur mesure, celui-là !

Naissance Marie MarcelineArchives départementales de Paris - 5 Mi 1 / 112

Cependant je restais sur un goût de trop peu avec ce seul mot à me mettre sous la dent : d'où sors-tu, mon rubanier ? Et d'où te vient ce métier-là ?

Mais aucun problème n'existe qui n'ait de solution. Un peu de chance et le soutien d'un fin connaisseur des archives parisiennes plus tard, me voilà sur une piste qui m'entraîne loin de la capitale : je me retrouve avec tout une flopée de maîtres passementiers installés aux confins du Forez, entre Saint-Chamond et Saint-Héand.

Baptême Jean Marie 1750Archives départementales de la Loire - 1MIEC208X4

Je pars donc en voyage, tout au long du XVIIIème siècle et plus avant jusqu'au XVIIème, à la rencontre d'une nouvelle contrée, d'un nouveau milieu, d'un nouveau métier... Autant le dire tout de suite : ça va causer de passementerie dans la Loire, par ici ;-)

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23 avril 2017

La danseuse autrichienne

Je vous ai déjà parlé de la touchante exhumation de souvenirs entreprise par Clara Beaudoux dans la cave de Madeleine, précédente occupante de son appartement à Paris. Par petites touches et en tweets de 140 signes, Clara nous fait partager ses découvertes, banales, émouvantes ou cocasses. Comme un sculpteur débarrassant son sujet de la matière inutile qui l'emprisonne, elle écarte un à un les voiles de l'oubli pour amener sous nos yeux une femme ordinaire et, par conséquent, digne du plus grand intérêt.

Madeleineproject 1

Le premier pied posé dans cette cave a entraîné Clara bien plus loin qu'elle ne l'avait imaginé : à la recherche des élèves de Madeleine, dans  la quête généalogique pour arriver à poser un nom sur ses photos, à Bourges pour retrouver la maison de son enfance... Et elle entrevoit maintenant une suite en proposant une collecte de souvenirs, de nos souvenirs cette fois-ci.

Collecte Madeleine project

Je n'ai pas hésité un instant et j'ai proposé à la collecte l'histoire de ma danseuse autrichienne, légèrement miteuse mais toujours vaillante et primesautière pour une nana qui va sur ses 85 ans.

Dans la maison de mes parents, cette danseuse un peu kitsch était protégée derrière la vitre de la bibliothèque, avec interdiction aux enfants d'y porter la main. On nous avait tellement bassiné.e.s avec sa fragilité que n'aurions jamais osé transgresser cet interdit-là. Parfois, quand nous avions bien supplié, Maman la sortait, remontait le mécanisme et la faisait jouer, avec tout le cérémonial requis par l'évènement.

Danseuse autrichienne

La danseuse autrichienne virevoltait un court moment sur quelques notes charmantes et aigrelettes, devant nos yeux fascinés qui avaient pourtant déjà tant de fois assisté au miracle. Puis elle s'épuisait, comme sur le point de défaillir ; mais nous retenions notre souffle et ne perdions pas une seconde de cette agonie, sachant déjà qu'il était inutile de réclamer un second tour.

Jeannette et Roland

Quand j'y repense, je me dis que ma mère devait bien se marrer à nous embrouiller ainsi, en ne perdant pas une occasion de nous mettre à l'école du plaisir et de la frustration ! Cette broutille pour touristes, rapportée de leur voyage de noces par mes grands-parents en 1932, trône désormais derrière la vitre de MA bibliothèque ; je pourrais faire danser la petite autrichienne à ma guise… mais j'ai bien trop peur de l'user ;-) Parfois, cependant, dans d'exceptionnelles occasions, quand on m'a bien suppliée…

Et vous, quel souvenir offrirez-vous ?

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20 avril 2017

Directement sur la bête

C'est à Silver Spring, dans le Maryland, en juin 1943… C'est n'importe où dans le monde, n'importe quand depuis qu'on a inventé l'aiguille et le bouton ;-)

Photo Ann RosenerPhoto Ann Rosener – Source : bibliothèque du Congrès

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16 avril 2017

Mon bien-aimé Claude

Joyeuses Pâques

Mon bien-aimé Claude, pour la 3ème fois, nous sommes séparés pour faire nos Pâques mais j'ai l'espoir que bientôt tu seras près de ceux qui t'aiment. Le temps me dure, ici il pleut toujours beaucoup. Mais tu ne dois pas te faire aucun souci pour nous, tout est prêt pour la saison. J'ai fait ce que tu m'as dit pour le pré du bas, dans peu d'ici la clôture sera réparée et je n'ai rien dépensé. Ne te fais pas de souci, Jeanne a tout ce qu'il faut et j'ai pu aider Marie. Je t'embrasse comme je t'aime, c'est-à-dire de tout mon coeur, reçois aussi toutes les caresses de ta petite Jeanne chérie. 
ta Philomène

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09 avril 2017

Lin qui rit, lin qui pleure

J'ai aimé savoir quelle main avait tissé chaque fil de la toile sur laquelle je brodais.

Ourdissoir Gander

J'ai aimé ces lins fins et précis qui accueillaient le plumetis avec autant de bonheur que le point compté.

Echantillon plumetis sur 19 fils

J'ai aimé ces kelsch qui passaient si bien à table et embellissaient à chaque lessive.

Sets de table maman

Et je n'ai pas fini de les aimer... Et ils n'ont pas fini d'être aimés car ils sont de la race de ceux qui traversent le temps et qu'on caressera encore dans dix générations. Merci Michel Gander.

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06 avril 2017

Le Théâtre du Soleil

Les archives, c'est aussi ça ! Le département des Arts du spectacle de la BnF, qui conserve les archives du Théâtre du Soleil, vient de tester une nouvelle approche de la numérisation pour nous permettre de visualiser les costumes conservés dans ce fonds. Ce sont parfois jusqu'à une vingtaine de photos qui nous font voyager autour de chaque tenue, avec le remarquable niveau de détail propre à l'offre Gallica.

Jean de Gandcostume de Jean de Gand, cycle Shakespeare - source : Gallica

Prince de Gallescostume du Prince de Galles, cycle Shakespeare - source : Gallica

Richard IIcostume de Richard II, cycle Shakespeare - source Gallica

Yeshecostume de Yeshe, Et soudain des nuits d'éveil - source Gallica

La démarche d'élaboration du costume est atypique et propre à la troupe du Soleil. Nathalie Bouvet, une des créatrices de ces costumes, évoque sur le blog de Gallica  le travail collectif auquel sont associés les comédiens. Il ne trouve souvent son aboutissement qu'à l'issue des répétitions. Nathalie Thomas, responsable des costumes, le confirme dans un entretien publié sur le site du Théâtre du Soleil : "Il y a une interaction permanente entre Ariane Mnouchkine, les comédiens et moi".

Vous pourrez admirer dans leurs moindres détails tous les costumes qui ont pour le moment bénéficié de cette nouvelle technique de numérisation en accédant à ce résultat de recherche sur Gallica.

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