09 juillet 2017

Armoire au carré

J'ai repensé à un de mes anciens bricolages en tombant sur ces armoires de poupée dans plusieurs catalogues d'étrennes de la fin du XIXème siècle. La Samaritaine, le Bon Marché, La Ménagère... tous proposaient ces jouets pédagogiques censés préparer les fillettes à leur futur rôle de parfaite ménagère.

catalogues armoires

Ce n'est donc pas ma faute : c'est parce que je n' ai pas eu, étant petite, d'armoire-jouet que les miennes sont généralement dans un état de pagaille indescriptible. Ça ne m'empêche pas de fantasmer sur des rayonnages tirés au cordeau où chaque drap de dessus aurait immanquablement son drap de dessous.

Armoire de poupée

L'affaire fut rectifiée un peu tardivement et j'ai un tout petit lieu où je comble mes envies de linge plié au carré : c'est dans cette armoire dégottée à la brocante de la Grange Rouge ; je l'avais garnie pour l'exposition du Point de Croix Bourguignon de 2002 où Babeth proposait tout un espace dédié au linge.

Armoire ouverte

J'ai pu enfin m'en donner à coeur joie avec ma vision de l'armoire parfaite : draps pliés tous à la même dimension (draps repassés, déjà !), assemblés et repérés par leur destination, piles de torchons s'encastrant sans broncher à leur emplacement exact, courtepointe sagement contenue à sa place assignée, petit fouillis planqué dans les boites et vanneries idéales, fuseaux de lavande pour la touche olfactive finale...

Bref, l'armoire que je n'aurai jamais dans la vraie vie :-)

Armoire ABC

Armoire calendrier

Armoire courtepointe

Avec l'indispensable complicité de Francine la magicienne, auteure de ces invraisemblables vanneries en miniature plus vraies que nature !

Edit : oui, c'est vrai que j'ai oublié de vous donner une idée des tailles : l'armoire fait 50 cm jusqu'au haut du fronton, le coussinet accroché à la poignée un peu moins de 2,5 x 2 cm et le marquoir 5 cm de côté.

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02 juillet 2017

Et si c'était... ?

Je scrute, encore et encore, des images de commerces parisiens en espérant un jour tomber sur une image du magasin Sajou. C'est un petit peu énervant de penser que des photographies ont probablement été prises, qu'elles existent peut-être toujours, mais que faute d'identification, on ne le saura jamais.

Ces deux dames un peu sévères, par exemple, posant pour un photographe dont l'atelier se trouve justement rue Rambuteau, ne pourrait-elles pas être des employées Sajou ? Elles sont présentées comme possibles vendeuses de rubans, mais dans la vitrine derrière elles, on voit des métiers à tapisser, on devine des feuilles de modèles et de ces petits objets à broder qui avaient tant de succès à l'époque. Il s'agit plus probablement d'une de ces nombreuses autres boutiques d'ouvrages de dames qui existaient dans Paris, mais on peut rêver...

Vendeuses de rubans

J'en suis cependant réduite à des suppositions. Et si je me pose tant de questions, c'est que je suis tombée sur une mine. Les bibliothèques municipales de Paris nous offrent, via un portail particulièrement riche, des images passionnantes numérisées dans une belle définition qui permet d'en apprécier tous les détails. Elles viennent justement de mettre en ligne une collection de plus de 1500 cartes photographiques représentant des boutiques parisiennes, prises dans les premières décennies du XXème siècle.

Elles sont très animées car il ne s'agit pas de cartes d'éditeurs destinées à être reproduites en grand nombre. Ce sont des photos prises pour répondre à des commandes de particuliers et tirées sur du papier déjà imprimé au verso avec un formulaire de carte postale. Bien pratique pour donner des nouvelles à la famille, lui montrer comment le petit dernier à bien grandi et peut-être aussi faire un peu étalage de sa réussite !

J'ai fait une sélection très subjective de quelques cartes qui touchent plus spécialement la broderie, la mercerie, la lingerie. Mais ça vaut vraiment le coup d'explorer ce fonds particulièrement fourni, il renferme des pépites ! Chaque photo dévoile des vies, on découvre des détails insoupçonnées en les regardant de plus près, les visages nous happent ; les mains qui se frôlent, les regards qui s'échangent racontent tout une histoire.

Pour peu que vous ayez des aïeux parisiens, vous chercherez comme moi à reconnaître la marraine chapelière, le grand-oncle qui faisait le service au Grand Central ou l'arrière-grand-mère demoiselle de magasin chez une corsetière. Et si dans votre quête vous tombez sur Sajou... surtout, dites-le moi !

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25 juin 2017

À quoi rêvent les couturières ?

C'est le jour où je me laisse aller à une confidence : je suis plongée en ce moment dans la correspondance quasiment quotidienne qu'ont échangée mes parents avant leur mariage. Pendant deux ans, mon père a été éloigné par ses obligations militaires, d'abord en Allemagne, puis à Saumur, puis en Algérie. Ce qui est resté de cette correspondance, en réalité, ce  sont très majoritairement les lettres écrites par mon père ; car ses tribulations ne lui ont permis de sauver qu'une infime partie de celles de ma mère.

Correspondance

Je lis tout de même ce qu'elle lui raconte, en creux, dans les réponses qu'il lui fait : ici il imagine sa vie de tous les jours à l'atelier de couture où elle travaillait alors ; là il la supplie de ne pas veiller trop tard sur les incrustations de dentelles qu'elle doit faire à la robe de Madame Tardy ; ou encore il lui demande si le long travail de ouatinage qu'elle a réalisé sur la doublure de son loden valait sa peine pour la protéger du froid.

Je ne peux m'empêcher de penser aux cartes postales nunuches du début de ce siècle-là, quand on n'imaginait pour les jeunes filles aucun autre avenir enviable que le mariage. Des décennies plus tard, alors que les mentalités commençaient sur ce point à peine à évoluer, ma mère assumait depuis des années une vie de célibataire convaincue. Pourtant, le hasard d'une rencontre et les circonstances d'une absence ont bien dû la porter parfois aux mêmes rêveries, lors des soirées de travail où elle luttait contre le sommeil pour finir la tenue d'une cliente privée...

Rêves de couturières

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18 juin 2017

La maison du passementier

Évidemment, depuis que je me suis découvert des ancêtres passementiers dans la Loire, de nouveaux horizons s'ouvrent à moi. J'ai profité récemment d'un voyage vers l'Auvergne pour découvrir les paysages dans lesquels ils ont vécu au XVIIIème siècle, entre Saint-Chamond et Saint-Héand.

Sur la route de Saint-Héand

J'ai aimé ce que j'ai vu de "mon" nouveau pays mais je voulais aussi en savoir un peu plus sur la vie menée par les Villemagne. Alors j'ai fait halte à la maison du passementier, à Saint-Jean-Bonnefonds.

Maison du passementier en 1914

On devine, sur cette carte postale du début du XXème siècle, l'endroit où était situé un atelier familial de passementerie, dans la dernière maison de la rangée. A cette époque, la grande majorité des rubans français provenait du pays stéphanois ; c'est donc une activité qui a laissé une forte empreinte dans la région.

On  visite aujourd'hui dans cette petite maison un intérieur reconstitué qui donne aussi à voir la vie quotidienne des habitants.

Cuisine et chambre

Dans l'atelier sont présentés deux impressionnants métiers jacquard. En raison de la mécanique qui les surmonte, ils ne pouvaient trouver leur place que dans des pièces aux plafonds très hauts. C'est ce qui explique la configuration très particulière des intérieurs des tisserands, qu'on retrouve également dans les ateliers des canuts à Lyon.

Métiers

Justement, l'intérêt ici est qu'une mezzanine court autour de la pièce, permettant d'observer par le haut tous les détails des mécaniques. Et c'est vraiment magnifique, ces outils de travail monumentaux mais où le décor n'a pas été oublié ; ils sont ornés de détails très raffinés.

Mécaniques Jacquard

En redescendant à l'étage des métiers, on découvre également tout ce qui sert au travail du fil : de belles canetières, l'établi où le passementier faisait ses réparations, des paniers de bobines...

Cannetière

Une famille a vécu ici ; sommaire, malhabile et touchante comme toutes les autres, c'est ce que nous rappelle la marquette de Joséphine au détour d'une pièce, comme un clin d'oeil au cours de cette jolie visite.

ABC Joséphine Roux

La maison du passementier illustre à nouveau le bel engagement d'une commune pour donner corps à son histoire et communiquer autour de son patrimoine. Ces initiatives sont multiples, alors si vous avez l'occasion de bouger cet été, n'hésitez pas à les soutenir au cours d'une halte, bien plus agréable que sur une aire d'autoroute. On découvre des merveilles en voyageant lentement :-)

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11 juin 2017

Soie DMC

Il est bizarre, mon titre d'aujourd'hui ? Pas tant que ça... Nous avons tendance à entendre coton quand on dit DMC mais quelques indices nous entraînent tout de même sur la piste d'autres matières. Par exemple, cette publicité parue dans la Mode Nationale du 19 octobre 1895, entre un remède contre les cors aux pieds et un postiche magique pour les dames chauves.

DMC Mode Nationale

Le fabricant ratisse large : le coton bien sûr, la laine et aussi le lin, récemment ressorti. Même la ramie, une plante textile de la famille des orties, a sa place chez DMC. Et voici également notre soie, dont la production n'est pas du tout anecdotique chez le filateur alsacien. Avez-vous déjà remarqué qu'elle figure en bonne place dans l'Encyclopédie des ouvrages de dames ?

Soie Encyclopédie Dillmont

Une double page y présente la carte des couleurs pour les "articles de soie" et aussi, à la suite, la liste de ces différents produits, avec la grosseur des fils : soie à broder double et triple, soie perlée en deux titrages, cordonnet de soie en trois titrages, soie moulinée et soie de Perse en six brins... Voilà une gamme qui était bien développée !

Soie DMC couleurs et grosseurs

Je me demande lesquelles de ces teintes aux noms si poétiques se trouvent dans ma boîte, frappée sur le couvercle d'un magnifique "Soies lessivables DMC" et venant tout droit d'un Carmel bourguignon. Bleu de Delft ou bleu-paon, brun-cannelle, jaune-vieil-or, lilas ancien, rouge-ponceau, vert-myrthe ou réséda, violet-héliotrope ou scabieuse, je suis toujours émerveillée par la créativité sémantique des filateurs.

Soies

C'est une grande boîte à quatre plateaux, en piteux état extérieur ; elle a dû traîner partout où ces dames brodaient et leur faire un usage bien intensif. Mais avec elle, la littérature prend corps : je sors des livres pour enfin plonger mes mains dans un  puits de douceur.

Soie DMC boîte

Soie DMC boîte détails

A l'intérieur du couvercle se trouve la notice sur l'entretien des soies qui figure dans l'Encyclopédie. On y recommande beaucoup de précautions pour un lavage et un essorage tout en douceur. Mais j'hésiterais tout de même à faire confiance au boniment publicitaire : je ne crois pas trop au caractère véritablement lessivable de ces fils.

Soie DMC avis

Cette boîte m'a été donnée ainsi, avec son contenu qui semblait y avoir toujours été. S'y cachaient également, sous les écheveaux de fils, quelques reliques de vieux papiers qui la placent au début du XXème siècle. Cependant rien ne permet d'affirmer que toutes les soies qu'elle recèle proviennent de la maison DMC ; elle a fort bien pu servir, au fil du temps, à stocker des écheveaux d'une autre fabrication.

Mais elles s'accordent si magnifiquement ! Il y a des années, j'ai entamé mon petit capital pour broder ce marquoir en hommage à mon arrière-grand-mère qui, de toute son existence, n'a jamais approché si riche matériau. Et je l'ai brodé sur gaze de soie évidemment, histoire de rester dans le ton ;-)

Angéline Laval

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08 juin 2017

Le tricot à l'école

Cette semaine, les Archives nationales du monde du travail ont partagé une bien jolie image sur leur page Facebook ; en huit leçons, révisons nos bases !

Archives Nationales du monde du travail

Archives Nationales du Monde du Travail

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04 juin 2017

Le prochain chantier

Celui-là je l'ai dans un coin de ma tête depuis longtemps ; et puis arrive le jour où tout se met en place. Certainement pour oublier une de mes sottises de jeunesse, j'avais relégué à la cave le mannequin sur lequel ma mère avait ajusté ses premiers patrons à l'école de couture. Ça nous replace tout de même au tout début des années 50.

Quand je l'avais récupéré du grenier de la maison familiale, j'avais jugé bien peu gracieuses les quelques tâches d'humidité qui touchaient (à peine…) sa toile. Ce à quoi j'avais trouvé la solution ultime, en accord avec mes aspirations hippies du moment : tout badigeonner d'un improbable rose tiryen, censé effacer ces quelques misères.

Mannequin

Ah bah oui… j'émergeais à peine de l'adolescence et je ne reculais devant aucun sacrilège ;-) Quelques années et une prise de conscience plus tard, je m'étais empressée de dissimuler cette honte hors de ma vue. Cependant, le mannequin m'a suivie lors de chacun de mes déménagements et une toute petite épine m'est restée plantée au cœur, suffisamment incommodante pour ne pas se laisser oublier.

Je savais bien qu'il faudrait que je répare… Et puis la semaine dernière, lors de jolies puces de couturières à Saint-Ours, je suis tombée sur un vieux coupon de lin qui m'a paru idéal : fin, dense et souple, suffisamment de qualités pour que je puisse espérer le voir se prêter à l'habillage de mon buste.

Coupon mannequin

Donc… y'a plus qu'à ? Patronner, tracer, couper, faufiler, ajuster, reprendre, ajuster encore, coudre, triompher et m'accorder enfin, à moi-même personnellement, l'absolution de mon péché !

En attendant, une fois n'est pas coutume, je relaie ici mes trouvailles de brocante pour celles qui ne suivent pas mon compte Facebook. Le temps d'une courte semaine en Auvergne, j'ai retrouvé le plaisir de la chine, où l'on met la main sur des trésors pour quelques pièces : un corsage de mamie en finette bleu-gris, les napperons ronds au crochet que j'accumule pour yarn-bomber le pilier de mon balcon, un joli nécessaire de demoiselle en os, des vieilles cartes de fil, un touchant travail d'écolière, des petites marquettes auvergnates, une seringue à décorer (pourquoi, mais pourquoi ???), des boutons de nacre taillée, de jais et de verre soigneusement triés dans un stock…

Chine Saint-Ours

J'ai de quoi bricoler, de quoi partir dans de nouvelles recherches, de quoi compléter une corbeille de mercerie… et de quoi m'interroger sur mes coupables penchants à craquer pour des objets improbables sous le fallacieux prétexte que ça coûte moins que trois fois rien !

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28 mai 2017

Soie en bottes

Après le fil en moche, voici un conditionnement utilisé souvent pour un fil plus sophistiqué. Pour le dictionnaire de l'Académie française de 1762, "on appelle Botte de soie, l'assemblage de plusieurs écheveaux de soie liés ensemble. Une botte de soie. Marchand de soie en bottes".

Balzac dépeint, dans Les célibataires, les méthodes d'éducation expéditives du père Rogron qui entend laisser ses enfants se débrouiller pour faire fortune ; le coup de pied bien placé par lequel il s'en débarrasse expédie sa fille Sylvie au milieu de la mercerie. "A vingt ans, elle était la seconde demoiselle de la maison Julliard, marchand de soie en bottes, au Ver chinois, rue Saint-Denis." Puis elle s'allie avec son frère et tous deux "achetèrent de madame Guenée le célèbre fonds de la Soeur de famille, une des plus fortes maisons de détail en mercerie".

Les annuaires du XIXème siècle regorgent, parmi les merciers, de ces marchands de soies en bottes. Le Paris Illustré de 1855 indique que "les magasins de soie en bottes ou filée, au nombre d'environ 70, se trouvent pour la plupart dans le quartier Saint-Denis". Il s'en fait depuis longtemps un commerce énorme dans le domaine des ouvrages de dames, à tel point qu'on trouve à la 6ème classe du corps des merciers "ceux qui ne vendent que des soies en bottes".

Perrin-JaricotBazar parisien - Source : Gallica

D'ailleurs la législation des patentes n'oublie pas le métier du plieur de soie qui approvisionne tout ce commerce :

PatentesLa législation des patentes appliquée aux industries textiles - Source : Gallica

Soies en bottes, jolies soies en bottes, aurai-je un jour le courage de vous utiliser ? Vous êtes la promesse de beaux ouvrages mais ce serait me priver du plaisir d'entrouvir la boîte aux merveilles pour vous contempler, vous caresser et vous sentir crisser sous mes doigts...

Soie sublime

Et puis quand ce sont de fins écheveaux qu'on a liés ensemble, on parle volontiers de soie en pantines. "Il faut quatre pantines pour faire une main"... Où donc s'arrêteront les découvertes et les mystères au merveilleux pays de la mercerie ?

Soie La Religiosa

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21 mai 2017

Carnet du jardin

Des fleurettes, on en brode toute l'année mais, printemps oblige, la période est particulièrement bien choisie pour en semer sur nos ouvrages. Comme la serpentine est l'un des matériaux avec lesquels j'adore jouer, je ne me suis pas privée de l'utiliser, en différentes largeur, pour cette couverture de cahier indispensable à la jardinière brodeuse.

Carnet du jardin

Ces petites fleurs-là sont vraiment très amusantes à réaliser. Si vous voulez vous y essayer, c'est ma contribution au numéro 3 des Broderies de Marie & cie qui vient juste de paraître.

Carnet du jardin détail

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14 mai 2017

Les matinées d'Estelle

Droit de suite... je me rends compte que je laisse en suspens bien des sujets qui attendaient un développement. C'est le cas pour ces mystérieuses matinées sur lesquelles nous nous interrogions quand je vous ai parlé de l'inventaire après décès de mon ancêtre Estelle, établi en 1884. Pourtant à la suite de notre discussion, j'avais eu grâce à vous de nouveaux éléments permettant d'éclairer un peu ce mystère.

C'est tout d'abord Michèle qui nous proposait dans les commentaires cette définition du Larousse ménager de 1926 :

Matinée (costume) - Vêtement d'intérieur que l'on porte avec des jupes dépareillées ou sur des combinaisons. Les matinées se font en lingerie : linon, percale, mousseline, voile et crêpe, pour l'été; en tissus plus épais, tels que le zénana, le molleton, le velours, la duvetine, pour l'hiver. Leur forme varie suivant la mode.

Et puis Élisa m'avait envoyé ces images, extraites de l'album n°6 du Trousseau Moderne. Je n'ai pas la date, mais je dirais dans les années 20, Élisa ?

Matinée 818

Matinée 24231

Enfin je viens de trouver cette carte commerciale qui évoque elle aussi ces fameuses matinées, en les associant aux robes de chambre. Celle-là, je l'aime tout particulièrement, pour la rue Grignan que j'ai habitée pendant des années, quelques numéros plus haut : juste la rue Paradis à traverser (plus quelques décennies ;-) et j'y étais. J'aurais pu de demander à Madame Mallet d'éclairer notre lanterne !

Maison Mallet

Il est indéniable donc que derrière ces matinées se cachent des tenues d'intérieur. J'imagine qu'elles devaient pouvoir être plus ou moins délicates, plus ou moins saut du lit. La garde-robe de mes ancêtres, sans être pauvre, n'est tout de même pas pléthorique. Voici la vêture d'Estelle, prisée en tout soixante francs :

Vêture Estelle

Celle d'Alix, son mari, prisée cinquante francs :

Vêture Alix

Et pour compléter leurs bijoux :

Bijoux

Il est bien difficile de se représenter à quoi correspondent les prisées annoncées, même en se référant à quelques prix de l'époque. Cependant le reste de l'inventaire lève le voile sur un intérieur plutôt modeste et centré sur l'utilitaire. La seule fantaisie d'Estelle, à part ses boucles d'oreilles, résidait peut-être dans ses deux serins. Quelques chromos encadrées, aussi...

J'ai du mal alors à penser qu'elle avait dans son armoire des petites tenues purement frivoles. Et qu'elle en avait cinq ! Comme le notaire n'a recensé que deux toilettes d'extérieur et que le reste est plutôt de la lingerie, peut-être que ces matinées n'étaient pas si sophistiquées que ça ? Mais je suis tout de même intriguée par l'absence de robes pour tous les jours ; à moins que les jupons de couleur ne constituent les "jupes dépareillées" évoquées par le Larousse ménager. Bon sang Estelle, comment t'habillais-tu pour passer le balai ou descendre au lavoir ?

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