17 novembre 2016

Question de nuances

Vous rappelez-vous le marquoir d'Yvonne ? A l'occasion de ce billet, nous avions évoqué le fil nuancé avec lequel était brodé le chien : il pouvait paraître étonnamment moderne.

Le chien d'Yvonne

En réalité, je n'avais pas trop tiqué sur ce point en particulier ; car dans ma collection de nuanciers anciens, j'en ai quelques uns qui portent la trace de ces couleurs ombrées.

Nuanciers

Et elles sont à l'honneur aussi bien chez DMC…

Nuanciers DMC

… que chez Cartier-Bresson, et probablement bien d'autres encore.

Nuancier Cartier-Bresson

Coton perlé Cartier-Bressoncotons perlés CB glanés sur les mises en vente Ebay

Même si mes nuanciers ne remontent pas au début du XXème siècle mais datent plutôt des années cinquante, ils témoignent cependant que les fils aux couleurs changeantes ne sont pas une création récente apparue avec le dernier renouveau du point compté. On croit toujours tout inventer…;-)

C'est d'ailleurs ce que nous confirme avec éclat le marquoir brodé en 1886 -27 ans avant Yvonne- par la petite Louise Rousseau. Elle a utilisé non pas du coton mais de la laine. Admirez la belle subtilité de cet arc-en-ciel tout en teintes sourdes !

Marquoir Louise Rousseau

Vous ai-je déjà dit à quel point le livre de Brigitte Franche, Marquoirs et trousseaux en Bourgogne, est un incontournable de nos bibliothèques ? Je crois que oui… je vous le redis alors ;-) Le contenu documenté, toujours pertinent et d'une rédaction soutenue, est appuyé par une iconographie variée et séduisante : c'est un petit bonheur de lecture.

Marquoirs et trousseaux en Bourgogne

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13 novembre 2016

Le génie des noms

Il y a un petit génie qui volette et qui jette un peu de poudre de perlimpinpin sur les cerveaux des fabricants de mercerie quand ils doivent trouver un nom pour leurs produits. Enfin moi, je ne vois que ça comme explication...

Pressions Veutenir

Epingles Pikbien

Reprisette Deufil

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10 novembre 2016

Danser avec David

Danser avec David, c’était comme respirer de bonnes nouvelles. Être tout contre lui, le visage enfoui entre son oreille et son col droit d’officier, c’était comme pénétrer dans les réserves souterraines d’un luxueux magasin de soieries exhalant les parfums caractéristiques de la batiste, du lin et du luxe en balles.

C'est sa rencontre avec Francis Scott Fitzgerald que Zelda évoque dans son unique roman, Accordez-moi cette valse. Où pourrais-je te faire voyager, Alabama, pour que tu retrouves l'odeur du cou de David ? A Colmar, par exemple, parmi les soieries, les rouenneries, les indiennes, les calicots et les percales de Scheurer ?

Scheurersource Gallica

Ou bien préféreras-tu les sous-sols des Grands Magasins du Louvre, dans la ruche bourdonnante de l'expédition des colis ?

Grands magasins du Louvre - emballage et expédition des colissource BnF

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06 novembre 2016

Monogrammes de relieurs

Il y a de bien belles découvertes à faire en parcourant la toile à la recherche de simples monogrammes ! Je suis notamment tombée sur ce petit bijou que je partage avec vous aujourd'hui.

Monogrammes couronnés

Il s'agit d'une vente aux enchères au cours de laquelle fut dispersé l'exceptionnel fonds de l'atelier de reliure Simier, qui travailla pour Napoléon Ier et les derniers Bourbons. Bien qu'elle soit un peu ancienne, le catalogue de cette vente est toujours disponible sur l'Argus du bibliophile, dans une définition de qualité qui permet d'apprécier chaque détail des fers à main, des plaques, des roulettes et autres outils utilisés en reliure.

Fers à main

Dommage qu'une solution publique n'ait pu être trouvée pour éviter la dispersion de cet ensemble remarquable, dont certains éléments remontaient au XVIIème siècle. Il nous en reste toujours ces 135 pages en témoignage...

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03 novembre 2016

Layette

Voici une brassière froufroutante à bordure dentelée pour un joli bébé de fin d'été. Ça va vite... ça fait longtemps que je n'avais plus tricoté pour une toute petite et je ne me rappelais pas à quel point c'était rapide !

Boîte à gâteau

Je n'ai pas résisté à ajouter à la brassière deux paires de chaussons assortis parce que bien sûr, tricoter pour de si minuscules petons, c'est tellement craquant ;-) Et puis pour un ensemble bien gai, j'ai complété la boîte à gâteau qui me servait d'emballage avec un passe-couloir tout simple : un molleton intercalé entre deux carrés de cotonnade étoilée, le tout assemblé par une bordure à coquilles crochetées.

Brassière et chaussons

J'ai réussi à caser un peu d'ancien sur cette tenue pour petite fille toute neuve, avec un monogramme de Saint-Gall à son initiale, un élastique qui semble fait tout exprès pour une lutine habillée de lavande et les minuscules boutons de nacre fermant la brassière dans le dos.

Lutins et Saint-Gall

Ce modèle est issu du livre de Catherine Bouquerel Tricots chics, qui en contient pas mal d'autres très tentants. Je l'ai tricoté en Mérinos 150 de Lang, coloris 119.

Tricots chics pour mon bébé

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30 octobre 2016

Filterie parisienne

Je suis toujours à Paris, et toujours à compléter ma documentation sur Monsieur Sajou. J'en profite pour rester encore un peu dans la mercerie parisienne et cette fois-ci, c'est avec la filterie. Car les filateurs ne pouvaient oublier la capitale dans leur recherche effrénée de noms pour leur pléthorique production.

Fils parisiens

Le premier, le Fil Parisien, sort de la maison Louis Viarmé que j'ai déjà évoquée dans ce billet sur une vieille publicité murale.

Fil parisien

Et puis voilà celui qui évoque ce qui est redevenu mon glorieux quotidien depuis une semaine, avec plus de plaisir que je ne l'aurais cru : le fil Au Métro ;-)

Au Métro

Enfin le tout mignon, le fil Aux Petits Parisiens. C'est une marque de la maison Suzor, plus connue pour son célèbre fil Au Patriote. Quand on regarde les bobines, d'ailleurs, on pourrait jurer qu'il s'agit du même fil et que seul l'habillage change... Simple opération de marketing ?

Aux Petits Parisiens

Pour le plaisir, parce que l'image est si jolie, voilà le détail de la délicate chromo ornant le couvercle de la boîte. Tout y est, la promenade en carriole à chèvre qui évoque le jardin du Luxembourg, l'arc de triomphe...

Aux Petits Parisiens chromo

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27 octobre 2016

Archives, on ne s'en lasse pas...

Me voilà repartie pour une semaine de recherches intensives aux archives, le nez plongé dans les vieux papiers. Ah ! c'est sûr ! il vaut mieux ne pas être trop allergique à la poussière ! Il se trouve que sur ce point, j'ai une tolérance assez développée vu l'état de mes hauts d'armoires (et pas que...).

Et où donc, à votre avis, cette prospection dans les minutes des notaires, enregistrement des sociétés, calepins des propriétés bâties et autres gourmandises du même acabit ? Je vous laisse un indice ;-) Et quand vous aurez trouvé où, forcément... vous saurez sur les traces de qui !

Tour Eiffel 1
Tour Eiffel 2
Tour Eiffel 3

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23 octobre 2016

Découpages au pays d'Enhaut #2

Faut-il y voir un signe ? L'année où s'éteint Hauswirth est celle où naît Louis David Saugy à Gérignoz, un village de Château-d'Oex. Le même émerveillement naît à observer la production de cet artiste dont l'histoire, le tempérament et le parcours sont pourtant si différents de son grand ancien.

"Louis à Jules" grandit entre un père paysan qui découpe volontiers de grandes silhouettes et une mère institutrice, douée pour le dessin. C'est une première différence avec l'instinctif Hauswirth, dont les papiers ne révèlent aucun tracé avant l'intervention des ciseaux : Saugy professe l'importance d'être dessinateur pour pouvoir être découpeur.

Saugy 1

Si lui aussi parcourt le pays de long en large, c'est pour exercer son métier de facteur. De la même manière, il se nourrit de tout ce qu'il observe en chemin et admire, lors de ses passages chez les uns et les autres, les papiers laissés par "le vieux" quelques décennies plus tôt. Lui est tout à fait intégré à cette petite société du pays d'Enhaut à laquelle le lie si bien son métier. Ce confort n'empêche pas Saugy d'être particulièrement exigeant dans le regard qu'il jette sur son propre travail : il mettra quarante ans avant de proposer ses premiers papiers à la vente. Il est rapidement reconnu, exposé à Genève, mais le succès qu'il remporte alors ne l'entraînera à aucun compromis dans la qualité de son découpage.

Saugy 2

Hauswirth était solitaire et silencieux, Saugy est truculent et courtisé pour son talent. A sa porte se présente le gratin de l'époque… qu'il acceptera ou non de recevoir, en fonction de critères tout personnels ;-) Mais, aussi généreux que son prédécesseur, il sème ses découpages dans toutes les habitations de la vallée, les personnalisant à l'envi pour leurs destinataires. Jusqu'à sa mort en 1953, il construira ainsi la chronique impalpable et fragile d'une société rurale vivant au rythme des saisons.

Saugy 3

Dans les traces de ces grands  précurseurs, le découpage est aujourd'hui un art vivant, bien implanté au pays d'Enhaut. Le musée met aussi à l'honneur les artistes contemporains et se positionne, dans le cadre de son projet scientifique et culturel, comme futur centre de compétence du papier découpé au niveau national.

Découpage - Photo Fabrice WagnerPhoto Fabrice Wagner

J'espère vous avoir donné envie de me suivre au pays d'Enhaut, proche et dépaysant à la fois. Je vous livre donc mon dernier secret : les impeccables chambres d'hôtes où Armelle et Jean-Jacques Morier nous ont réservé un accueil chaleureux et discret, dans le cadre grandiose de leur ferme du Berceau.

Ferme du Berceau

Ah si ! Encore un tuyau, soufflé par Armelle : pour un dîner succulent (et généreux !) dans une ambiance détendue, le restaurant de la Croix-d'Or aux Moulins, déjà évoqué dans ce précédent billet sur les maisons gravées.

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20 octobre 2016

Découpages au pays d'Enhaut #1

C'était au départ la véritable motivation de notre voyage : voir et revoir l'émouvante collection de papiers découpés que protège, comme un patrimoine inestimable, le musée du Vieux Pays d'Enhaut et notamment la production de deux artistes précurseurs : Hauswirth et Saugy.

De Johann Jakob Hauswirth, on ne sait rien ou presque. Il est de ces transparents qui ne laissent pas de traces écrites parce qu'ils ne possèdent rien et vivent aux lisières de la société. Il reste de son histoire deux jalons, une vie qui commence à Saanen en 1809 et qui prend fin dans la misère en 1871, à l'abri précaire d'une cabane enfouie dans les sombres gorges du Pissot.

Hauswirth 3

Entre les deux, la tradition orale rapporte l'histoire d'un journalier qui passait se louer dans les fermes ou encore comme charbonnier dans les forêts de la région. Au matin, à ceux qui lui avaient offert un toit pour la nuit, il laissait le remerciement de dentelles impalpables, ciselées dans des papiers de récupération.

La fascination naît de l'apparente contradiction entre ces papiers de fortune si finement découpés, légers comme un souffle, et leur créateur décrit comme un homme frustre, lourd et silencieux. On raconte qu'il avait dû rapporter sur les anneaux de ses petits ciseaux des boucles de fil de fer pour pouvoir y passer ses gros doigts.

Hauswirth 1

On a surinterprété les portails toujours fermés, les bouquets somptueux, les scènes de bataille qui naissaient de ses mains, en lui supposant une vie jalonnée d'évènements douloureux. Mais la vérité, c'est probablement qu'il faut accepter d'abandonner l'homme à son ombre, pour n'en connaître que ce qu'il a laissé et qui est infiniment plus que la plupart de ses contemporains. A la pointe de ses ciseaux, il racontait la symétrie du monde et les riens de la vie quotidienne, observés lors de ses inlassables cheminements.

Hauswirth 2

Ses découpages regorgent bien sûr des motifs de l'art populaire, les cœurs, les traditionnelles montées à l'alpage, les cerfs bataillant. Mais Hauswirth fait aussi apparaître dans ses entrelacs de papier le forgeron au coin de son feu, le bûcheron en forêt, la demoiselle sous son ombrelle, l'eau puisée à la fontaine, l'enfant et son cerceau…

Hauswirth 4

Heureusement, on a aimé dans les fermes les précieux papiers festonnés par Hauswirth qu'on glissait, comme un trésor, au creux de bibles protectrices. Heureusement, des passionnés d'art populaire ont ensuite su récolter et conserver la fragile production d'un homme qui restituait, avec tant de sensibilité, la vie palpitant autour de lui.

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16 octobre 2016

Travaux d'aiguilles au pays d'Enhaut

Le but de notre balade en Suisse était le musée du Vieux Pays d'Enhaut ; ce beau petit musée est renommé pour son exceptionnelle collection de papiers découpés mais il offre également une plongée dans le passé de ce bout de vallée alpine qui regroupe les trois communes de Rougemont, Chateau-d'Oex et Rossinière.

Sur les quatre étages de l'ancienne maison du préfet Cottier, on parcourt les pièces de l'habitat traditionnel, reconstitué à travers une accumulation d'objets qui allient le beau à l'utilitaire.

Clarines

Poteries

On passe par la forge, la fromagerie d'alpage, puis dans les différentes pièces à vivre d'une habitation de l'époque. Poteries, vanneries, boissellerie, chaque objet fait l'éclatante démonstration qu'un artisanat à la fois sobre et décoratif peut embellir les gestes du quotidien. Cependant comme on ne se refait pas, j'ai bien sûr été particulièrement attentive aux pièces textiles.

Textiles d'Enhaut

Et parmi les textiles, j'ai essayé de vous rapporter les images qui illustrent nos ouvrages de dames, avec une qualité assez erratique compte tenu des conditions "musée", c'est-à-dire des lumières respectueuses des objets combinées à leur protection sous vitrines. Mais je ne résiste pas à partager avec vous le témoignage des travaux qu'on réalisait dans ce petit coin de la Suisse.

Dentelle pays d'Enhaut

La dentelle tout d'abord, dont l'art a été importé au XVIIème siècle dans le pays d'Enhaut par des ouvrières italiennes en route pour France et qui, sur leur chemin, ont trouvé cette jolie vallée assez à leur goût pour s'y arrêter définitivement. Je crois que ce qui m'impressionne davantage encore que la centaine de fuseaux à manipuler, c'est la forêt d'épingles avec laquelle il faut jongler !

Tricot pays d'Enhaut

Puis comme chez nous, le tricot, un peu plus nécessaire encore dans cette région de montagne.

Exercices et perles

Ce qu'on imagine être des travaux de jeunes filles, les traditionnels exercices de couture -et encore de tricot- et le perlage de bourses précieuses.

Et puis j'ai gardé pour la fin la cerise sur le gâteau, bien sûr ;-) Je n'ai pas pu photographier ces beaux alphabets de face à cause des vitres mais j'espère que vous pourrez tout de même les apprécier.

ABC Marie Yersin 1874
ABC Rosalie Yersin 1874

En 1874, Marie et Rosalie, deux soeurs probablement, brodaient chacune leur marquoir en mettant en commun leurs modèles : l'église, l'arbre surmonté de son oiseau omniprésent, les fleurs stylisées... Ils sont nombreux, les éléments partagés, et pourtant chaque ouvrage a sa personnalité.

ABC Marie et Fanny MottierVoici à nouveau deux ouvrages parents, peut-être ceux d'une mère et de sa fille cette fois-ci, car je vois bien une génération d'écart entre ces deux marquoirs.

ABC 1842 - 1854

Et puis enfin, deux anonymes brodés à une dizaine d'années d'écart, en 1842 et 1854. Tous ces précieux alphabets, présentés dans leur environnement, dialoguent parfaitement avec les objets d'art populaire dont regorge le musée ; ils sont un régal à contempler et à détailler.

Et je vous avoue qu'avant de partir, je me serais bien servie dans cette boîte à couture, juste un petit métrage de ce beau ruban rouge ;-)

Ruban rouge

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