04 septembre 2014

Rentrée... sortie !

Ça c'est passé comme ça pour vos petits ? Bien sagement alignés en rang par trois -;)

Ecole de filles Argenteuil

Seulement moi, la rentrée, ça m'a toujours donné des envies de m'échapper ;-) Alors c'est dit, à partir d'aujourd'hui, je me mets en vacances jusqu'à la fin du mois. A bientôt !

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21 août 2014

L'Oreiller du blessé

Au début de l'année, le musée d'histoire de Nantes a organisé une exposition retraçant l'expérience quotidienne des enfants pendant les difficiles années 1914-1918. Intitulée A l'École de la guerre, cette exposition  s'appuyait sur les rapports de fonctionnement rédigés par les directeurs des écoles publiques de la ville pour raconter le conflit vu par les enfants.

Nantes dessin salle de coutureEcole de filles - rue Emile-Péhant - La salle de couture 1917-1918

Faute de pouvoir la visiter, je viens de récupérer grâce à une collègue nantaise le catalogue édité à cette occasion. Sur la base d'une abondante iconographie constituée de documents d'époque, de photographies et de dessins d'enfants, il aborde la vie à l'arrière sous un angle inhabituel et riche d'enseignements. Je vous livre telle quelle une des anecdotes qu'il relate.

Nantes groupe d'élèves à la coutureEcole de filles - groupe d'élève à la couture - 1917-1918

"Parmi les nombreuses œuvres auxquelles participèrent les écoles nantaises, deux ont pris une ampleur nationale : l'œuvre du Couvre-pieds du soldat, créée le 1er octobre 1914, et celle de l'Oreiller du blessé, créée le 1er février 1915 par Madame Einholtz, directrice de l'école de filles de la place des Garennes, et Madame Buffet.

L'œuvre de l'Oreiller du blessé avait pour but de doter les trains sanitaires, chargés d'évacuer les blessés de la ligne de front aux hôpitaux, d'oreillers moelleux, propres, désinfectés, susceptibles d'être placés et déplacés facilement. Ces oreillers devaient éviter aux blessés de ressentir les secousses inévitables du transport et apaiser leurs douleurs.

Au 15 avril 1917, deux mille cent couvre-pieds avaient été réalisés pour les hôpitaux militaires et vingt mille oreillers livrés dans les ambulances du front et les gares régulatrices. Cette œuvre, née dans une école nantaise, fut reconnue et soutenue non seulement en France, mais aussi en Angleterre et en Amérique.

En mars 1919, la guerre terminée, Madame Einholtz reçut l'accord officiel du ministère de l'Intérieur pour poursuivre son action. L'Oreiller du blessé devint ainsi l'Aide aux foyers détruits. Les filles commencèrent alors à coudre trousseaux et layettes pour les familles des régions dévastées."

Nantes repassageEcole de filles - groupe d'élève repassant des chemises de soldats - 1914-1917

Les enfants des écoles préparant des oreillers tout doux pour tenter d'alléger la misère des soldats blessés, c'est tout simplement le détail qui compte. Et moi ça me fait fondre, vous me trouvez trop sentimentale ? C'est probablement l'histoire vue par le tout petit bout de la lorgnette, mais finalement ce sont bien ces récits mis bout à bout qui nous font toucher du doigt la réalité de la guerre et donnent tout son sens à cette commémoration.

Les images illustrant ce billet sont issues du passionnant catalogue de l'exposition A l'école de la guerre 1914-1918, réalisé par le musée d'histoire de Nantes et les archives municipales de Nantes (Les Éditions château des ducs de Bretagne), vendu au prix de 15 €.

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03 septembre 2013

Le cahier de couture de Marie

Marie est née le 3 décembre 1902 à Riaucourt, à une dizaine de kilomètres au nord de Chaumont. Ses racines sont accrochées dans ce village depuis fort longtemps : un siècle avant elle, on y retrouve déjà la totalité de sa famille, aussi bien maternelle que paternelle.

acte naissance marie
Document issu des archives en ligne de Haute-Marne

Riaucourt

Elle quittera pourtant son village pour aller s'établir trente kilomètres vers le sud à Marac, où vit son mari Joseph et où elle s'éteindra sept ans après lui, à l'âge de quatre-vingt-six ans.

Marac

C'est donc à l'école de Riaucourt que Marie a suivi sa scolarité et s'est initiée à la couture, alors qu'elle avait 9 ans. Ses exercices sont réunis dans un cahier prévu justement pour les travaux manuels, avec ses belles pages cartonnées en couleur permettant de fixer les échantillons par quelques points.

Marie Magnien 1

Son travail n'est pas extrêmement habile, mais il est vrai que les toiles de récupération qu'on lui a données n'ont pas dû lui simplifier la tâche : usées, très fines ou bien irrégulières, ce n'est pas l'idéal pour une initiation ! Tout de même… peut-être préférait-elle courir la campagne ? Car on ne sent pas une immense passion des travaux d'aiguilles chez cette petite fille, bien loin d'avoir complété son cahier de quatorze pages.

Les deux marquettes qu'il contient sont brodées du même alphabet et de la même série de chiffres.

La première, brodée sur une toile grossière mais adoucie par l'usure, est ourlée par un rempli simple, fixé à grands points avant perdus dans le chanvre. Une simple ligne de points de croix continus fait office de frise sur tout le tour de l'ouvrage : c'est elle qui a dû lui permettre de faire ses gammes. Le tout est signé de l'initiale de son prénom et de son nom en entier et précisé par l'année de réalisation, 1911. Merci Marie, pour ce nom et cette date qui m'ont permis de faire un peu mieux connaissance avec toi ;-) Car, je ne sais pour quelle raison, ton identité a été effacée sur la couverture du carnet…

Marie Magnien 2

Sur la seconde marquette, exécutée sur toile fine et soigneusement ourlée au point de côté, l'alphabet et les chiffres sont complétés par trois reprises, dont une à fond perdu, et simplement deux initiales. Bien qu'elle ait laissé l'emplacement pour le loger, Marie n'a pu se résoudre à y broder une fois encore le W : paresse de petite fille qui sait qu'elle n'aura jamais à utiliser cette lettre pour marquer son linge ?

Marie Magnien 6

Le cahier contient encore quatre échantillons, dont un exercice de gros crochet à base de brides. Marie a tout d'abord crocheté un rectangle de neufs rangs, avec une régularité bien difficile à maîtriser dans les débuts. Puis elle a continué en tournant tout autour de ce premier panneau, une manière de s'entraîner à négocier les angles.

L'exercice reste plutôt sommaire et j'imagine la fillette tirer la langue en essayant de dominer sa symétrie ;-) Ce à quoi elle n'est d'ailleurs pas tout à fait parvenue : deux côtés de la bordure extérieure sont à quatre tours et sur les deux autres, elle s'est arrêtée à trois… C'est bien assez quand il y a tant de distractions dehors !

Marie Magnien 3

Les trois derniers exercices, tous simplement signés de ses initiales, regroupent les bases élémentaires de la couture et témoignent de l'évolution de Marie dans la maîtrise de l'aiguille, vers plus de finesse, de régularité et de soin.

Sur les deux premiers de ces échantillons, elle s'est entraînée aux ourlets fixés à très petits points de côté, aux coutures simples et anglaises, aux plis rabattus et aux points de broderie sur toile fine : une ligne de points arrière et une ligne de point de feston. Puis sur un des ourlets, elle a péniblement brodé quatre boutonnières suivies de trois brides. Il est vrai que des boutonnières au fil rouge sur une toile blanche, il n'y a pas pire piège…

Marie Magnien 5

Marie Magnien 4

Pour le dernier échantillon enfin, Marie a formé une petite poche, fermée par un bouton de nacre grise. L'exercice lui a permis de mettre en application les coutures, y compris en angle, les ourlets rabattus sur l'endroit de chaque côté de la fente, l'un au point de piqûre et l'autre au point de côté, les brides pour bloquer son ouverture et la boutonnière, plus soigneusement réalisée que les précédentes. Les piqûres sont fines et régulières, c'est le métier qui rentre ;-)

Marie Magnien 7

J'ai d'autres cahiers, qui peuvent être plus joliment présentés ou contenir des travaux exécutés avec plus de goût, mais plusieurs raisons m'ont donné envie de commencer par celui-ci, en ce jour de rentrée scolaire.

D'abord la petite brodeuse y est identifiable et peut être replacée dans son lieu de vie. C'est rarement le cas pour les quelques autres cahiers que je possède et je trouve toujours ça un peu frustrant. C'est aussi un plaisir d'aller à la pêche aux renseignements d'état-civil, de situer les lieux sur une carte, de se les représenter par des images de l'époque…

Ensuite parce que le côté ordinaire de ce cahier justement reflète bien ce qu'était l'apprentissage de la couture à l'école dans la grande majorité des cas. On ne demandait pas aux petites filles d'exceller dans les travaux d'agrément ou de rivaliser de joliesse mais bel et bien de savoir faire face à l'ordinaire d'un foyer pour l'entretien du linge : marquer sommairement pour reconnaître, raccommoder pour faire durer, transformer pour ne pas jeter… C'est tout cela, et seulement cela, qu'illustre le cahier de Marie.

Et puisque tout le monde est rentré et que décidément, la ville a repris son visage ordinaire, moi je m'échappe : vacances jusqu'à la fin du mois...

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