16 février 2017

La ronde des alphabets

Je continue sur la lancée de la broderie avec un de ces anciens ouvrages que j'ai toujours autant de plaisir à contempler. C'est d'autant plus vrai avec celui-ci pour tous les souvenirs d'amitié qu'il emporte mais aussi pour un petit bonus : c'était ma première expérience de round-robin.

J'avais demandé à chacune de mes comparses de broder sur cette toile collective un marquoir identifiable dans l'ensemble par sa cohérence et/ou sa symétrie mais sans qu'une frise trop rigide ne vienne le délimiter. Rouge 498, nom et prénom de la brodeuse, mois et année de la broderie, voilà quelles étaient mes consignes. Pour le reste, lettres, symboles, c'était au choix de chacune.

J'aime dans cet ouvrage que chaque alphabet ait sa personnalité et que dans chacun je retrouve tellement la personnalité de sa brodeuse. Au fil des mois, d'avril 1998 à mai 1999, ils sont venus un par un se fixer sur la toile.

1 Round robin Sylvaine

2 Round robin Frédérique

3 Round robin Annie

4 Round robin Michèle

5 Round robin Sylvie

6 Round robin Anne-Marie

7 Round robin Marie-Jeanne

Chacun se suffit à lui-même mais ils se marient si bien les uns aux autres qu'on ne sait plus les démêler. Pour des raisons évidentes ou plus intimes, j'aime cet ouvrage dont je ne me suis jamais lassée et il est celui, peut-être, que j'emmènerais si je devais n'en sauver qu'un.

Round robin alphabets

 

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16 octobre 2016

Travaux d'aiguilles au pays d'Enhaut

Le but de notre balade en Suisse était le musée du Vieux Pays d'Enhaut ; ce beau petit musée est renommé pour son exceptionnelle collection de papiers découpés mais il offre également une plongée dans le passé de ce bout de vallée alpine qui regroupe les trois communes de Rougemont, Chateau-d'Oex et Rossinière.

Sur les quatre étages de l'ancienne maison du préfet Cottier, on parcourt les pièces de l'habitat traditionnel, reconstitué à travers une accumulation d'objets qui allient le beau à l'utilitaire.

Clarines

Poteries

On passe par la forge, la fromagerie d'alpage, puis dans les différentes pièces à vivre d'une habitation de l'époque. Poteries, vanneries, boissellerie, chaque objet fait l'éclatante démonstration qu'un artisanat à la fois sobre et décoratif peut embellir les gestes du quotidien. Cependant comme on ne se refait pas, j'ai bien sûr été particulièrement attentive aux pièces textiles.

Textiles d'Enhaut

Et parmi les textiles, j'ai essayé de vous rapporter les images qui illustrent nos ouvrages de dames, avec une qualité assez erratique compte tenu des conditions "musée", c'est-à-dire des lumières respectueuses des objets combinées à leur protection sous vitrines. Mais je ne résiste pas à partager avec vous le témoignage des travaux qu'on réalisait dans ce petit coin de la Suisse.

Dentelle pays d'Enhaut

La dentelle tout d'abord, dont l'art a été importé au XVIIème siècle dans le pays d'Enhaut par des ouvrières italiennes en route pour France et qui, sur leur chemin, ont trouvé cette jolie vallée assez à leur goût pour s'y arrêter définitivement. Je crois que ce qui m'impressionne davantage encore que la centaine de fuseaux à manipuler, c'est la forêt d'épingles avec laquelle il faut jongler !

Tricot pays d'Enhaut

Puis comme chez nous, le tricot, un peu plus nécessaire encore dans cette région de montagne.

Exercices et perles

Ce qu'on imagine être des travaux de jeunes filles, les traditionnels exercices de couture -et encore de tricot- et le perlage de bourses précieuses.

Et puis j'ai gardé pour la fin la cerise sur le gâteau, bien sûr ;-) Je n'ai pas pu photographier ces beaux alphabets de face à cause des vitres mais j'espère que vous pourrez tout de même les apprécier.

ABC Marie Yersin 1874
ABC Rosalie Yersin 1874

En 1874, Marie et Rosalie, deux soeurs probablement, brodaient chacune leur marquoir en mettant en commun leurs modèles : l'église, l'arbre surmonté de son oiseau omniprésent, les fleurs stylisées... Ils sont nombreux, les éléments partagés, et pourtant chaque ouvrage a sa personnalité.

ABC Marie et Fanny MottierVoici à nouveau deux ouvrages parents, peut-être ceux d'une mère et de sa fille cette fois-ci, car je vois bien une génération d'écart entre ces deux marquoirs.

ABC 1842 - 1854

Et puis enfin, deux anonymes brodés à une dizaine d'années d'écart, en 1842 et 1854. Tous ces précieux alphabets, présentés dans leur environnement, dialoguent parfaitement avec les objets d'art populaire dont regorge le musée ; ils sont un régal à contempler et à détailler.

Et je vous avoue qu'avant de partir, je me serais bien servie dans cette boîte à couture, juste un petit métrage de ce beau ruban rouge ;-)

Ruban rouge

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23 juin 2016

L'ordre des lettres

Dans notre recherche de "petits rouges", il nous arrive souvent de dégoter des alphabets déstructurés. Il s'agit le plus souvent de canevas de taille restreinte et sur lesquels le travail est visiblement hésitant. Des lettres, parfois un ou deux motifs, une frise sommaire : on sent que les enfants ont brodé en tirant la langue, tout à leur application d'avoir à respecter l'alignement… bien souvent sans y parvenir, les pauvrettes ;-)

Petits rouges désordonnés

L'ordre des lettres peut varier, mais ces alphabets-là commencent le plus souvent par le I et le H, et ce n'est pas un hasard. En effet, dans la foulée des lois sur l'école du XIXème siècle, les programmes du cycle primaire firent, en 1923, l'objet de directives assez détaillées pour toutes les matières et, bien sûr, pour les travaux d'aiguilles. J'aurai l'occasion de vous reparler plus en détail de l'enseignement à la couture.

On faisait débuter les petites filles au point de marque sur canevas à partir du cours élémentaire, c'est-à-dire entre sept et neuf ans. Il s'agissait d'exercices rudimentaires et on n'exigeait pas encore d'elles un alphabet complet. Les choses se compliquaient ensuite au cours moyen, entre neuf et onze ans. Il fallait désormais qu'elles apprennent à maîtriser les "alphabets et chiffres au point de marque sur grosse étamine".

Voici exactement les programmes prescrits pour les travaux manuels à partir de 1923. Pour le plaisir, j'ai laissé celui des petits gars. Quand les stéréotypes de genre ne se cachent pas…

Travaux manuels - programme 1923Programme des cours élémentaire et moyen en 1923 – source : Gallica

Le livret qui suit, édité en 1931, simplifie la vie des maîtresses en leur proposant une déclinaison de ces programmes en exercices très précisément guidés. Il lève le mystère de ces petits ABC qui sont en fait des IHL ;-)

Couverture livret Bourqui

Dans un souci de progression pédagogique, Mme Bourqui conseille d'aller du simple au difficile : on brodera tout d'abord les lettres droites, puis les rondes, puis celles qui sont à la fois l'un et l'autre. Et voilà qu'elle propose l'ordre des lettres qu'on retrouve sur nos canevas d'essai.

Livret Bourqui Point de marque

Nos marquoirs tout dans le désordre ont donc toutes les chances d'avoir été brodés à l'école de la République, sous la direction de la maîtresse.

Livret Bourqui Ordre des lettres

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24 avril 2016

Yvonne, Monsieur Sajou et Monsieur de La Fontaine

Dans sa région du Perche qui fait avec tant de douceur la transition entre Bretagne et bassin parisien, Yvonne vit une dernière année de quiétude avant la tempête qui va déferler sur l'Europe. Très bientôt, son père devra abandonner la terre qu'il cultive à la Grange et partir pour quatre années éprouvantes loin de sa famille.

BéthonvilliersBéthonvilliers et ses vergers de pommiers

Mais personne n'imagine encore le cataclysme sur le point de se déclencher. Pour le moment, chaque chose est à sa place dans le petit univers de l'enfant. Yvonne navigue entre le bourg tout proche de Coudray-au-Perche, où vivent ses grands-parents maternels, et celui de Béthonvilliers auquel est rattaché le hameau.

Coudray-au-Perche - MairieL'école de Coudray-au-Perche

Louis, son père, est absorbé à la conduite de la ferme. Yvonne a certes un frère, mais elle trouve ce petit René de quatre ans bien trop jeune pour jouer avec elle ! Alors elle s'essaye volontiers aux travaux d'aiguille et y réussit pas trop mal. Il faut dire qu'elle est à bonne école avec Joséphine et Lucie, sa maman et sa tante, toutes deux couturières.

C'est sous leur houlette qu'elle réalisera son marquoir, un ouvrage bien élaboré pour une fillette de neuf ans. Car Yvonne est capable d'une patience étonnante chez une toute petite. Elle a mis beaucoup d'ambition dans son ouvrage mais rien ne résistera à son obstination.

ABC Yvonne

Elle commence sa broderie par une pièce maîtresse et, comme il se doit, ce sera l'alphabet. Bien loin des petites lettres simples et utilitaires apprises à l'école pour marquer le linge, elle choisit un spectaculaire alphabet haut de trente-et-un points. Il est extrait du livret 205 de la maison Sajou ; elle a tout de suite aimé, dans le petit carnet rose, ces lettres au tracé strict mais dont l'aspect rigide est adouci par une branche fleurie.

ABC Yvonne alphabet

Après avoir brodé son alphabet, Yvonne l'illustre par un motif qui lui vole presque la vedette et vers lequel l'oeil est irrésistiblement attiré. Elle l'a pioché lui aussi dans un livret de la maison Sajou, mais cette fois dans le 104. Il fait écho à son apprentissage scolaire puisqu'il illustre une fable de Monsieur de La Fontaine, l'Âne et le Chien.

L'âne et le chien- La Fontaine
Je conclus qu'il faut qu'on s'entraide... source : Gallica

Comme toujours chez Jean de La Fontaine, la fable trouve son épilogue sur une morale édifiante. Le petit drame instrumentalisé par le poète se joue entre deux animaux qu'Yvonne côtoie tous les jours dans la cour de la ferme. Elle a reproduit le motif de Sajou dans ses moindres détails, sans oublier le moulin de l'arrière-plan, avec un joli fil nuancé dans des teintes dorées. Il y a à peine quelques points décalés ici ou là. Dans les jambes de l'âne par exemple, à quoi pensais-tu petite Yvonne ? Envie d'aller gambader ?

Yvonne - l'âne et le chien

La fillette complète son travail en emplissant chaque espace libre avec des motifs répétés en symétrie, de ces symboles familiers qu'on rencontre si souvent dans les vieux marquoirs : les  paniers fleuris, les ancres de marine, les papillons, les oiseaux sur leur branche. Puis suit l'indispensable identification. : maintenant qu'elle est assurée d'avoir mené l'ouvrage à bien, elle peut le reconnaître pour sien en le signant fièrement Yvonne Vallée et l'arrimer temporellement, à la fois dans sa vie et dans le siècle.

Yvonne - signature

Elle encadre finalement le tout avec une frise bien fournie elle aussi, ponctuée par ces pommes qui rappellent les vergers entourant son hameau de la Grange. A nouveau, elle n'a pas choisi la facilité avec cette bordure dense qu'elle mettra encore des heures à compléter !

Yvonne - frise de pommes

Qu'est devenue Yvonne, me direz-vous ? De son histoire future, nous saurons peu de choses : comme pour tous les enfants de sa génération, l'insouciance devait brutalement prendre fin l'année suivante. Son père partit à la guerre, son père revint de la guerre. Yvonne se maria puis quitta ce monde à soixante-treize ans, à quelques kilomètres à peine de la Grange, toujours dans son Perche natal.

Encore une fois, c'est la trace fragile de son marquoir qui la ramène sous nos yeux. C'est sur ce morceau de canevas Pénélope qu'une vie se laisse deviner, avec si peu de certitudes cependant...

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31 mai 2015

À maman

Noémie sait que le colporteur qui s'arrête parfois à la Ferrière ne propose jamais d'aussi jolies choses. Lorsqu'il découvre le contenu de sa balle sur la table de la ferme, c'est pour en sortir de solides lacets, de la laine à repriser ou encore de ce coton rouge qui sert à marquer les torchons de la cuisine.

Non, ces belles soies aux couleurs chatoyantes ne viennent pas de l'armoire du colporteur, ni même de chez Madame Girard qui tient mercerie au bourg voisin du Gua. Car elle est raisonnable, Madame Girard, assez en tout cas pour savoir que ce n'est pas une marchandise dont elle aurait la vente dans ce coin du Vercors.

Le Gua

Par bonheur, la marraine de Noémie a juste le grain de folie nécessaire pour offrir de la soie à une petite paysanne ! C'est elle qui lui a fait la surprise de ces beaux écheveaux de mouliné soyeux, la dernière fois qu'elle est allée à Grenoble pour la foire des rameaux.

Ils sont doux et luisants dans la lumière du soir qui tombe. Il y a deux tons de mauve, un doré, et le dernier qui tire sur le vert amande. Ils sont tellement précieux ! Noémie les a quasiment usés à force de les contempler... mais elle ne s'était pas encore résolue à les utiliser. Aujourd'hui, c'est différent : elle est décidée et elle sait exactement ce qu'elle va en faire.

Abécédaire Noémie Ardoin

Elle a mis dans cet ouvrage tout le soin dont elle était capable. Elle n'avait jamais brodé aussi finement, ni utilisé un autre point que celui de la marque. Sa marraine l'a bien aidée pour border son carré avec ce point de feston si difficile à maîtriser. Il n'y a presque pas d'erreurs, en tout cas sa maman ne les a pas remarquées lorsqu'elle a découvert son travail.

Elle n'a vu qu'un ouvrage délicat, sur lequel sa grande fille a passé en secret des heures et des heures pour lui faire plaisir. Et maintenant la broderie, encadrée par une stricte moulure noire, trône près du globe de mariage de Marie et Jean. Noémie ne se tient plus de fierté quand elle regarde ce joli coin de la salle...

Abécédaire à Maman

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15 mai 2014

L'alphabet du torchon

Vous avez été plusieurs à me demander l'alphabet du torchon, le voilà. C'est un petit alphabet classique, aux lettres équilibrées et bien lisibles, il permet d'écrire des textes assez compacts. M. Sajou ? M. Rouyer ? M. Alexandre ? Un de ceux-là, probablement...

alphabet_torchon

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07 mai 2014

Souvenirs de famille

Que c'est dur de sortir d'un ouvrage qui nous tient à coeur quand on vient de le terminer ! On voudrait n'avoir jamais à y mettre le dernier point.... C'est ce qui vient de m'arriver avec le torchon que j'ai brodé pour Nans-sous-Sainte-Anne : il m'a permis de renouer avec les ouvrages au long cours que j'affectionne mais que j'avais un peu perdus de vue depuis quelques temps.

torchon_Saucet

C'est qu'un ouvrage brodé est bien plus qu'un objet inanimé fait de toile et de fil : il contient des heures de pensées profondes ou légères, des émotions voletant au détour d'une phrase posée sur le tissu, et finalement tout un dialogue intime avec soi-même qui s'instaure au cours de son élaboration. Je crois que c'est ce que représente pour moi le temps passé à broder : le seul moment où je n'ai rien d'autre à faire que rêvasser en faisant avancer mon aiguille. Et j'en construis, des châteaux en Espagne ! Et j'en refais, des mondes meilleurs où chacun a droit à sa part de soleil ! Et j'en invente, des réponses définitives aux méchancetés du monde...

lavoir

Heureusement, participer à un concours c'est un sacré bon cadrage quand on a tendance à la divagation. Je ne me fais pas d'illusions : cet ouvrage-là n'était pas près d'être fini si je n'avais pas eu la date butoir du 25 mars en ligne de mire. Comme bien sûr je n'ai commencé que très mollement en janvier, il m'a fallu ensuite compenser ce retard à l'allumage en y consacrant tout mon temps libre pendant ces dernières semaines. Quand je pense que Marlie a reçu les premières contributions dès le mois de décembre... je me dis qu'on m'a sabotée au moment des réglages en usine !

Eug_ne_et_Ernestine

Pourtant j'avais décidé de participer dès le mois de mai dernier, au moment même où j'ai vu le torchon d'Irénée Geriet. Et j'ai su tout de suite ce que je broderais : les souvenirs de ma maman, elle qui les a vus peu à peu sombrer dans le brouillard de sa mémoire perdue.

torchon_bas

Mon vieux torchon raconte sa vie de torchon dans la petite maison de bois et de tôle que mon grand-père a construite de ses mains. Il parle de sa roseraie, le seul luxe qu'il se soit autorisé. Il contient le temps qui va auprès d'Eugène, d'Ernestine et de leurs quatre filles. J'ai des souvenirs d'enfant citadine dans cette campagne que j'ai connue jusqu'à la mort de mon grand-père, quand j'avais quatorze ans. Ils se mêlent à ceux que nous racontaient ma mère et mes tantes autour des tablées du dimanche. Ce n'était pas difficile de les faire démarrer... et nous nous régalions des anecdotes entendues encore et encore, que nous connaissions par cœur et qui nous faisaient rire toujours aux mêmes endroits. Nous aimions nos conteuses, elles aimaient leur public, c'est l'histoire de la famille qui s'écrivait autour de leurs récits. En même temps qu'elles, se sont effacés les liens…

Eugène et Ernestine

Ernestine et Eugène

les fleurs du lavoir

Si je mets de côté ceux organisés en interne au PCB, c'est la première fois que je participe à un concours car j'ai un peu de mal à associer la compétition et le jugement de valeur avec la broderie. Mais ceci mis à part, l'expérience m'a plu et je suis déjà tentée de replonger avec le projet 2015. Pour le moment je suis juste rebutée par la relative petite taille imposée : 210 x 170 points, ça me paraît juste pour s'exprimer sur un marquoir. Mais les contraintes font partie du challenge, alors… je réfléchis,>)))

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26 avril 2014

Eugénie : le diagramme (et Colmar)

Voici donc la suite de ce billet sur le marquoir brodé en 1915 par Eugénie. Il valait mieux que je ne tarde pas trop, sinon ma proposition de diagramme risquait fort de passer aux oubliettes. Et puis finalement, c'est rapide de mettre ce genre d'ouvrage en grille, vivent les logiciels de point de croix : et hop ! je copie à l'infini un morceau de frise, et hop ! je retourne un motif pour ne pas avoir à le ressaisir, et hop ! je clone mes lettres... au final, c'est terminé avant d'avoir eu le temps de s'y mettre ;-)

Le diagramme part donc aujourd'hui vers les  abonnées identifiées aux messages du blog.

Eugénie Rigaud

Et puis cette fois-ci, ce sera un billet fourre-tout : je profite de l'occasion pour vous demander vos bonnes adresses sur Colmar. Je vais y passer quelques jours pour le travail et, si j'arrive à me dégager un peu de temps en fin d'après-midi, je ne voudrais pas rater les incontournables locaux. Je pense aux lieux de perdition tels que musée ATP, mercerie sortant de l'ordinaire, laine et tissu, brocante, jardin... mais aussi tout autre destination de charme à laquelle je n'aurais pas pensé. Je fais donc appel aux bons tuyaux des régionales de l'étape ;-) Merci d'avance à vous !

Colmar

Edit : Merci d'avoir pris le temps de me donner vos adresses préférées. Bien plus que je ne pourrai en voir, je le crains, mais en tout cas, assez pour ne pas m'ennuyer,>)))

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23 février 2014

Le cadeau d'Annie

Je me suis remise à broder, ce que j'avais un peu perdu de vue ces temps-ci et surtout, c'est un plaisir que je retrouve. Mais comme je me suis attaquée à un ouvrage qui va me prendre encore un peu de temps, je n'ai rien à montrer pour le moment.

J'ai quand même bien envie de m'accorder avec mon humeur du jour et de parler de point de croix. Je vous avais déjà présenté dans ce billet le cadeau offert par Michèle la dernière fois que nos amies de Sigean sont passées à Dijon, voici maintenant celui qu'Annie a fabriqué pour nous : un coussinet qui exprime, dans sa sobriété, tout le sens que nous mettons dans nos petites croix, et le lien avec les écolières du temps passé. Et ce dont vous ne pouvez profiter, c'est sa délicieuse odeur de lavande qui nous ramène aux trousseaux bien rangés dans des armoires ombreuses.

coussinets Annie

C'est un diagramme qu'Annie avait donné au Marquoir, il y a bien des années. Pour toutes celles d'entre vous qui ne le connaissent pas, elle m'a gentiment proposé de le mettre à disposition ici. Il vous suffit donc de cliquer sur la vignette qui suit pour le récupérer. Merci Annie !

coussinet Annie vignette

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18 mai 2013

Le marquoir de Camille Jullien

J'ai su que mon jour de chance était arrivé lorsqu'un matin, sur le marché de Dijon, je suis tombée sur ce marquoir rouge qui sortait à peine des cartons. Enfin j'ai vraiment su que c'était un jour de chance quand on m'en a dit le prix… C'était il y a une quinzaine d'années, 50 francs c'était certes une somme (surtout quand on est parti pour acheter six œufs et une salade !) mais les marquoirs étaient déjà le plus souvent inabordables, si bien que je n'ai jamais envisagé de les collectionner. En réalité, le (très petit) fonds que je me suis constitué pour le plaisir l'a été au gré d'occasions de ce genre.

Bref, je n'ai pas hésité une seconde : la localisation de l'ouvrage à Dijon l'a emporté sur tout le reste et d'ailleurs, je crois que la marchande, prise un peu au débotté, regrettait déjà son prix mais je l'avais en main… trop tard ;-)

Plus tard, j'ai donné ce marquoir au PCB pour le recueil "Petite Cuisine entre Brodeuses" réalisé à l'occasion de l'exposition de 2010 au Cellier de Clairvaux, ce qui explique que certaines le reconnaîtront. Comme le livret est épuisé depuis la fin de l'expo, j'en profite pour le proposer à nouveau ici.

Camille Jullien endroit

Camille a brodé sur un canevas souple, avec un fil de coton rouge qui pourrait bien être du Broder Spécial et qui, aujourd’hui encore, a conservé tout son satiné. L'ouvrage mesure 34 cm sur 23.  Le travail est joliment fait, il n'y a qu'à regarder l'envers pour constater que l'arrêt des fils est moins négligé que souvent sur les "petits rouges". A 9 ans… bravo, Camille ! Le détail qui tue ? Il lui a manqué juste une aiguillée de rouge pour terminer, et elle a brodé une rangée d’une centaine de points en orangé sur la droite de son marquoir, ce qui se distingue à peine, d’ailleurs.

Camille Jullien envers

Après avoir fait quelques recherches, je me suis aperçue, aux mentions marginales portées sur son acte de naissance, que nous avions sept ans pour nous croiser sur cette terre, Camille et moi… je ne sais pas pourquoi ce genre de détail absurde se révèle finalement si émouvant, mais probablement les brodeuses et les collectionneuses me comprendront-elles ?

acte_naissance_Camille
Document issu des archives en ligne de Côte-d'Or

Née à Dijon le 23 novembre 1888, Camille s'y est mariée avec un boulanger douze ans après avoir brodé son marquoir et s'y est éteinte à l’âge de 77 ans. Du côté maternel, elle est d'une famille côte-d'orienne pur jus : la maman est née en 1863 à Fauverney et j'ai suivi cette branche dans le département au moins jusqu'au XVIIIème siècle, partie dans l'arrière côte, dans les environs de Ternant et partie dans la plaine de Saône, vers Vonges. En revanche du côté du papa, né en 1856 près d’Auxonne, on se retrouve dans le Jura dès qu’on arrive aux grands-parents de Camille.

J'ai aimé chercher à en savoir un peu plus sur cette petite fille dont le sage abécédaire s'est retrouvé par hasard entre mes mains, j'ai aimé prendre le temps d'en tracer chaque croix pour le mettre en diagramme. Si  cela vous tente, vous pouvez le télécharger en cliquant sur la vignette qui suit.

diagramme Camille

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