19 octobre 2014

Le bateau d'Eugénie

Dans le billet sur le marquoir d'Eugénie, je présumais que son père avait dû faire partie des premiers à quitter sa famille, puisqu'il n'avait pas encore atteint quarante ans lors de la mobilisation générale. Ma curiosité de farfouilleuse m'ayant entraînée dans les livrets matricules mis en ligne par les Archives départementales du Var, j'y ai trouvé le livret militaire d'Auguste et du même coup confirmation de cette supposition : il est même arrivé au corps dès le 2 août 1914.

mobilisation 2-8-1914

Mais surtout, ce qui m'a arrêtée à la lecture de ce livret, ce sont les affectations d'Auguste : embarqué à Marseille le 17 août 1914, il traverse la Méditerranée pour gagner Salé où il débarque quatre jours plus tard. Il restera finalement au Maroc le temps de la guerre et ne reviendra à Marseille qu'en janvier 1919.

Maroc

Du coup, il prend une tout autre signification, le bateau brodé par Eugénie sur son marquoir…

bateau Eugénie

Je profite de ce retour sur le marquoir d'Eugénie pour vous dire que j'ai créé un album afin de recueillir les photos des votres. Vous pouvez le visualiser par la colonne de droite, il contient déjà celles de Gillette et de Marina.

Eugénie par Gillette et Marina
Si vous aussi l'avez brodé, n'hésitez pas à m'envoyer vos photos, je les ajouterai et ça me fera très plaisir ;-)

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05 octobre 2014

Où l'on reparle torchons...

Après le concours de Nans-sous-Sainte-Anne dont je vous ai parlé dans ce billet, un livret-souvenir a été réalisé et sera disponible très prochainement. Sur 64 pages en couleur, il présente les 82 torchons réalisés par 68 brodeuses en mai dernier. Si vous voulez vous le procurer, vous trouverez tous les détails et le bon de commande sur le blog de Marlie.

Et puisque je suis dans les annonces, j'en profite pour vous parler d'un club que j'aime beaucoup, "A l'Aube du Point de Croix". Il organise une nouvelle fois son exposition à Brévonnes (ce n'est pas très loin de Troyes) le week-end prochain, exactement du vendredi au lundi.

Expo Brévonnes

C'est un groupe très sympathique composé de brodeuses talentueuses, des "finisseuses" comme je les aime ;-) Leurs travaux sont créatifs, elles sont pointues au niveau du cartonnage, vous trouverez des tonnes d'idées en allant les visiter. Histoire de vous donner envie de vous déplacer si vous ne les connaissez pas déjà, voici quelques images de leurs expos passées.

Brévonne1

Brévonnes 2

Brévonnes 3

Brévonnes 4

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02 octobre 2014

Les grenadières

Voilà refermée la parenthèse des vacances, qui furent comme je les aime : des amis, du bricolage en compagnie choisie, de jolies rencontres, le temps de nifloter et d'admirer les belles choses sans être pressée de passer à la suite. Car la lenteur est un luxe que j'essaie de préserver dans la vie de tous les jours, mais je dois reconnaître que c'est bien plus facile de se l'offrir pendant le temps des vacances.

Je me suis amusée à partager au quotidien des images de mes pérégrinations en Auvergne sur Facebook, mais ma visite à la maison des Grenadières mérite que j'y revienne plus en détails. Ne serait-ce, en plus des merveilles qu'on y voit, que pour le sympathique accueil par des passionnées très impliquées dans la conservation du patrimoine textile.

Elle se trouve dans le village historique de Cervières et c'est un premier plaisir de parcourir ses rues préservées en s'offrant à bon compte une balade hors du temps. L'illusion était complète en cette mi-septembre où il n'y avait vraiment personne pour nous déranger.

Cervières

Située devant l'Église Sainte-Foy, la maison des Grenadières est composée d'un petit musée et de l'atelier où l'on peut voir une brodeuse travailler sur une commande en cours. La visite débute par un film intéressant, drôle et touchant, dans lequel des brodeuses et un facteur de fabrique racontent quel a été pour eux le quotidien de leur métier. C'est une très bonne introduction pour comprendre l'implantation de cet artisanat sur le territoire.

Mais tout d'abord, ce curieux terme de "grenadière" qui désigne les brodeuses locales demande une petite explication. La région de Noirétable et la vallée de la Vêtre ont été, depuis la deuxième partie du XIXème siècle, un important foyer de la broderie au fil d'or. Pour ce genre particulier de décoration, les plus gros donneurs d'ordre étaient l'armée et les administrations. Les grenadières ont pris leur nom du motif emblématique de la grenade destiné aux uniformes militaires, qu'elles ont répété à des dizaines de milliers d'exemplaires au fil du temps.

grenade sapin

Dans une région agricole comme l'Auvergne, les femmes ont l'habitude d'améliorer les revenus de la famille par un travail à domicile dont l'avantage est de pouvoir s'exercer en complément de leur activité aux champs. Elles font de la dentelle, fabriquent des chapelets ou assemblent des couteaux. Autour de Noirétable, la broderie au fil d'or s'implante ainsi dans le quotidien des foyers à la fin du XIXème siècle à l'initiative, pense-t-on, d'une jeune fille originaire de Saint-Priest-la-Vêtre. Placée à Paris, elle y apprend cette technique pour la ramener au pays puis en organiser le commerce avec son mari.

La structure de la filière est celle qu'on retrouve dans beaucoup d'artisanats similaires, que ce soit la dentelle ici en Auvergne ou encore la broderie blanche dans les Vosges : un facteur de fabrique fait l'intermédiaire entre les brodeuses travaillant à domicile et les maisons de confection, souvent parisiennes. Il répartit les commandes entre ses ouvrières, leur distribue la matière et les modèles à broder puis les rémunère selon l'ouvrage rendu qu'il se charge d'expédier aux donneurs d'ordre.

Métier Madame Deruele métier de Madame Derue, fabriqué en 1930 par son mari

Cette organisation fonctionne si bien qu'au XXème siècle, rares sont les habitations de la région qui n'abritent pas au moins un métier à broder et ce qui était une activité annexe devient souvent le métier principal. Cinq cents grenadières s'emploient à exécuter des séries impressionnantes pour satisfaire à la commande publique et privée : l'uniforme du poilu de la guerre 1914-1918 est orné d'une grenade brodée à la main ainsi, tout au long du siècle, que celui des gendarmes. Les tenues des compagnies d'aviation portent l'insigne distinctif de chacune d'entre elle et il en est de même pour celles des préposés de la SNCF, des PTT ou d'EDF.

administrations

Mais à côté de ces séries qu'on en viendrait presque à considérer comme "ordinaires", on peut également admirer dans le musée des broderies uniques.

bicorne

Et bien sûr la broderie au fil d'or était aussi très employée pour les vêtements sacerdotaux dont la maison des Grenadières présente quelques très belles pièces. J'imagine cependant que dans ce cas-là, le travail était réalisé le plus souvent par les religieuses.

broderie religieuse

Ce n'est qu'à partir des années 80 que le métier se perd, avec la diminution des commandes et le changement du mode de vie. Les belles grenades brodées à la main sont remplacées par des broderies machine ou des insignes en plastique. Aujourd'hui les quelques grenadières encore à leur métier réalisent de très petites séries pour des demandes spéciales, ou encore des pièces uniques comme la tenue du dimanche des préfets ou les rameaux d'olivier sur l'habit des académiciens.

académicien

Un des matériaux essentiel de la broderie d'or est donc cette cannetille, fabriquée à partir d'un fil de cuivre argenté ou doré dont le titrage en métal précieux varie de 3 à 20 grammes par kilo. Après avoir été verni pour ralentir l'oxydation, le fil de métal est enroulé autour d'une broche par la machine à cannetiller et se transforme ainsi en une sorte de long tuyau creux et fluide, présenté en brins de un mètre.

cannetille

Les brodeuses utilisent également des paillettes de 2 à 8 millimètres de diamètre, le jaseron constitué d'un fil plat enroulé en spirale qui se travaille en couchure et le filé d'or ou d'argent, un fil plat également mais qui lui sera passé dans le chas de l'aiguille pour être brodé directement.

paillettes jaseron filé

Le travail de la cannetille lui-même est tout à fait particulier : le dessin est poncé sur la toile à travers un calque piqué, puis des formes de carton sont appliquées sur les parties qui demandent à être mises en relief. La brodeuse découpe des tronçons de cannetille à la longueur nécessaire puis va appliquer chacun de ces morceaux en biais sur le tracé à l'aide d'un fil de coton, en passant l'aiguille à l'intérieur du tube de cannetille qui se retrouve ainsi plaqué contre la toile ou le carton. Sur ce motif partiellement exécuté, on voit bien la progression du travail et la façon dont les tronçons de cannetille recouvrent peu à peu le motif.

Maison des grenadièresPhoto : Maison des Grenadières

Admirez aussi la dextérité du travail en regardant cette vidéo. Ça, c'est le travail des pros ! Maintenant... tadam... voilà la pauvre chose que j'ai obtenue en faisant un premier essai à l'atelier. Vous le croirez ou pas, je me suis régalée et je suis très contente de ma fleurette ;-) En vrai, je sais que c'est bien moche, mais j'étais fière quand même et c'était juste ce qu'il me fallait pour avoir envie de revenir passer quelques jours à Cervières pour un vrai apprentissage.

ma cannetille

De toute manière, je n'ai pas le choix, car de retour à la maison,  je me suis souvenue que j'avais déjà tout ce qu'il fallait pour m'y mettre, y compris les alphabets de carton et les morceaux d'agneau pour les chasubles (je ferai peut-être l'impasse sur ce coup-là...). Il suffit d'ouvrir le bon tiroir ;-)

stock

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02 août 2014

2 août 1914

Quand les petites filles sont tracassées, elles l'écrivent à la pointe de l'aiguille. Elle en aura laissé, des traces dans les marquettes et les marquoirs, cette terrible "der des ders" qui ne le fut malheureusement pas...

Charlotte_Mar_chal

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10 juillet 2014

Et l'avenir dans tout ça ?

Après vous avoir raconté ma balade sur la friche DMC, je ne voudrais pas donner l'impression d'une nostalgie excessive. Enfin si… à titre personnel, je suis très nostalgique et je voudrais qu'on conserve absolument tout ce qui tourne autour du fil ;-) En revanche, si je prends un peu de recul dans ma réflexion, je sais pertinemment que les bâtiments ont comme les hommes un cycle de vie, que les villes ont besoin de se renouveler et qu'elles doivent désormais le faire sans grignoter davantage les espaces naturels.

Alors dans tout ça, quid du site DMC, de sa reconversion et -nous l'espérons dans le fond de nos cœurs de brodeuses- de la mise en valeur de ce patrimoine de l'industrie textile ? Après avoir appréhendé sur place la configuration des lieux, j'ai voulu comprendre un peu mieux ce qui avait déjà disparu et les projets développés autour du quartier.

filature0

Si j'ai bien interprété l'information que j'ai pu glaner ici ou là, ce que j'ai vu et qui reste debout, ce sont surtout des bâtiments datant de la fin du XIXème siècle et du début du XXème.

DMC a toujours son unité de production sur place, même si l'entreprise s'est repliée sur environ le tiers de sa superficie initiale, 5 hectares occupés actuellement contre 15 auparavant.

DMC

Il y a également un village d'activités sur près de 9 000 m² dont plus de la moitié est déjà occupée par une petite dizaine d'entreprises. C'est ce que j'ai vu en premier en arrivant, avec un vigile sympa qui m'a donné quelques informations pour m'aider à me repérer.

village d'activités

Ce qui a récemment fait polémique, c'est le sort réservé à l'un des premiers bâtiments sur le site, la filature construite en 1812. Elle avait ceci de remarquable qu'il s'agissait de la première filature à l'anglaise installée en France et la dernière survivante de ces filatures géantes, sa longueur finale ayant été portée à pratiquement 140 mètres suite à différents ajouts.

filature 1812-1

filature 1812-2

filature 1812-3Documents Galica

L'ensemble ne faisait malheureusement pas l'objet d'une protection au titre des monuments historiques. Il était devenu la propriété d'un groupe privé et était très endommagé à la suite de plusieurs incendies, survenus dans des circonstances obscures. On voit bien sur la prise de vue qui suit l'état désastreux dans lequel se trouvait une partie importante de ce bâtiment, privé de sa couverture par les flammes.

filature3

Un de ses éléments majeurs, le bloc vapeur, avait déjà été détruit en mai 2011. Quant à la filature elle-même, elle a été très rapidement démolie au moment des dernières fêtes de Noël, prenant de court les défenseurs du site, même si tout le monde était conscient de la menace. Les pelles ont débuté leur travail le 23 décembre et on peine à imaginer que la période ait été choisie au hasard…

démolition-1

démolition-2Origine des photos : le blog Le wagges

Là-dessus, que dire ? Peut-être ne peut-on pas tout conserver du passé architectural, peut-être même ne le doit-on pas. Cependant il est toujours désagréable de voir qu'une question qui devrait être gérée au moins au niveau de la collectivité quand il s'agit de patrimoine, ne relève en définitive que d'intérêts privés. Ceci dit, il a bien fallu qu'à un moment ou un autre, la ville délivre un permis de démolition… Tout ce que j'espère, au point où en sont les choses, c'est que la filature aura été bien documentée avant sa destruction. Car tout ce qui en reste désormais, c'est un grand vide... et un orphelin, le magasin de fil datant de 1931 qui, lui, a été épargné. Pour combien de temps ?

magasin de fil

Il y a quatre ans, les architectes-urbanistes Reichen et Robert & associés étaient lauréats du marché de définition lancé par la ville, avec un projet de requalification de l'ensemble du quartier qui faisait la part  belle à la réutilisation des bâtiments existants. Ceci dit, on peut se demander s'il est toujours d'actualité, dans la mesure où il prévoyait notamment de mettre en valeur la filature 1812, en la transformant en une cité du réemploi et en y créant une centaine de lofts... Voici désormais le projet retenu amputé d'un élément non négligeable !

En attendant, pour la partie restant qualifiée sous le terme de "friche" dans laquelle vous avez pénétré avec moi ici, la ville a favorisé dans le bâtiment 75 l'implantation du projet participatif motoco (pour More to Come), fédérant des créateurs français, suisses et allemands dans tous les domaines : design, architecture, peinture, photo, vidéo, informatique, musique... Ce sont principalement des ateliers et des espaces d'exposition qui se sont installés là.

Motoco

Le site vous intéresse ? Après avoir fureté à droite à gauche pour en savoir plus, la friche me semble accessible à de multiples occasions, comme les dimanches portes ouvertes de motoco ou les journées de l'architecture par exemple. De plus en plus d'évènements y sont organisés, ainsi l'exposition de graffitis qui s'est tenue au bâtiment 75 ces jours-ci. D'ailleurs, même les fermes AMAP viennent de s'installer la semaine dernière au quai 57 et y distribueront désormais leurs paniers.

Elle se trouve peut-être dans ces multiples initiatives, la prochaine vie du site DMC ?

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06 juillet 2014

Point compté sur pavés de bois

Je donne une nouvelle fois dans la broderie en grand, avec ce projet de l'architecte indien Rooshad Shroff pour le magasin de Christian Louboutin à Mumbaï. J'aime l'idée de détourner une technique pour la placer là où on ne l'attend pas. C'est déjà ce qui m'avait frappée dans le décor mis en place par Laura Carwadine à Toronto.

Autre continent, autre support, mais c'est toujours une manière de réinterpréter le point compté hors de son environnement naturel.

pavés bois 1

pavés bois 2

pavés bois 3

pavés bois 4

Je ne suis pas convaincue par le résultat final dans le magasin, car je trouve que l'oeil ne sait pas où se poser... en revanche chacun des pavés est un petit bijou !

Edit : un clic sur n'importe laquelle des photos vous renvoie sur le site de l'architecte, à la rubrique Louboutin. Vous pouvez y voir la totalité des photos, y compris la mise en place finale.

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26 juin 2014

Fil au campus

Ce week-end, c'était donc à l'université de Dijon qu'il fallait être pour parler de fil. Nous exposions dans des locaux un peu atypiques, puisqu'il s'agissait des salles de cours où fume ordinairement la matière grise de notre belle jeunesse. Pour ma part, j'ai eu la chance d'en partager une avec Douce Parenthèse, la si bien nommée. Car Catherine sait construire une bulle de douceur et de raffinement avec les tissus qu'elle assemble et brode de belle manière ; l'ambiance qui se dégageait de sa table lui a valu beaucoup de succès.

Douce Parenthèse

A quelques salles de là, se trouvaient répartis trois des clubs de broderie de Dijon, ce qui m'a permis de revoir des têtes connues. De l'avantage de tenir salon "à domicile", curieusement celà ne m'était jamais arrivé auparavant !

Au fil de nos idées

La joyeuse bande d'Au fil fil de nos idées

Il était une croix

Il était une croix avec notamment un joli thème autour de la vigne et du raisin

Fées brodeuses

Les Fées Brodeuses, toujours inventives, qui avaient déjà de nouveaux ouvrages à nous faire admirer

Ma découverte et mon coup de cœur sur cette manifestation ont été pour les chemises brodées de la charmante Nadine Levé qui n'a de cesse de faire partager son savoir et de guider ses élèves sur le chemin de la créativité. Orner d'histoires poétiques et souvent pleines d'humour des vêtements dont on perçoit qu'ils ont eu une vie, voilà qui a du sens et c'est la qualité que je chéris dans la broderie.

Nadine Levé 1
Nadine Levé 2
Nadine Levé 3Entre le contrejour et le fond des rideaux verts, les conditions n'étaient pas idéales pour prendre des photos un peu fidèles. Mais allez voir sur son site, elle y montre ses créations dans tous leurs détails, ce qui est vraiment appréciable.

Et puis, ce qui ne nuit pas au plaisir, j'ai trouvé aux puces des couturières qui se tenaient là matière à un nouvel ouvrage : ces soies perlées aux teintes si douces et cependant si présentes.

soies

Je n'ai pas encore en tête ce que je pourrais en faire… pour le moment, ça va dans le stock -;)

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21 juin 2014

Un samedi à l'Université

Si vous passez par l'Université de Dijon ce samedi, je serai là, je vous y verrai peut-être ? 

fil au campus

Et j'y serai en bien bonne compagnie, celle notamment des Fées Brodeuses, qui nous avaient offert une magnifique exposition en octobre dernier et qui ont déjà des nouveautés à nous montrer.

Je suis passée m'installer à l'arrache hier soir, en sortant du boulot, et ce que j'ai vu au premier regard chez les unes et les autres était déjà bien intéressant. J'ai notamment admiré de superbes chemises brodées et de la laine feutrée qui m'ont beaucoup plu. J'espère avoir le temps d'approfondir ça aujourd'hui, une journée c'est court pour zieuter...

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18 juin 2014

Un dimanche chez Jean-Henri

Je viens de profiter d'un nouveau déplacement à Colmar pour faire une halte à Mulhouse. L'avenir de la friche DMC est incertain, je l'avais déjà évoqué dans ce billet. Et une récente information lue dans la presse n'allait pas dans le sens d'une sauvegarde des lieux. Requalification est bien rarement synonyme de préservation dans le domaine de l'urbanisme et je me suis dit qu'il était peut-être déjà trop tard pour cette visite…

DMC2

Je n'avais rien prévu de particulier, j'imaginais juste en passant me rendre compte des dégâts puisque le site de l'ancienne filature se trouve quasiment à la tombée de l'autoroute. Il était déjà tard quand je suis arrivée, mais c'était sans compter avec les longues soirées de juin... et l'ange gardien des fouineuses ;-)

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J'ai d'abord été surprise par l'étendue du site, qui constitue à lui seul tout un quartier de la ville. L'ambiance était un peu étrange en cette soirée du dimanche où la France faisait son galop d'essai au Brésil. Autant dire que Mulhouse était déjà ville morte quand j'ai commencé à fureter, en guettant chaque brèche qui me permettrait d'en voir un peu plus.

Site industriel, donc : au cœur, l'immense plateau central des bâtiments de production crénelés avec leurs impressionnantes cheminées et, tout autour, les maisons ouvrières sagement alignées.

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Et filature de surcroît : impossible de l'ignorer jusque dans les noms des rues.

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Abandon, oui : au premier regard, on en repère les stigmates qui enveloppent l'endroit d'un sentiment d'irrémédiable.

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Certaines zones sont en activité, comme celle où DMC a replié sa production. J'ai aussi papoté avec un vigile qui veillait sur une partie réinvestie par de nouvelles entreprises. Et parfois les barrières cadenassées ne condamnent que des terrains abandonnés et laissés à la seule garde des oiseaux.

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Mais j'ai fini par trouver, au bout d'une allée, une grille miraculeusement ouverte sur la friche. Impossible de résister à la tentation bien sûr... même pas essayé ;-) J'ai bien eu un peu les jetons de voir la grille refermée au moment où je voudrais sortir de là, mais la curiosité l'a emporté !

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J'ai parcouru des allées rectilignes et désertes, tracées entre les bâtiments délabrés et toutes ombragées d'arbres centenaires, avec la sensation bizarre de me trouver dans un espace parallèle en marge du monde réel. Le bitume des allées est peu à peu rongé par la végétation, les quais désertés attendent des wagons qui ne viendront plus.

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Partout DMC a laissé sa marque, jusque sur les bouches à incendie.

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On suit l'évolution de la construction aux années inscrites au fronton des bâtiments.

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De ces bâtiments, il ne reste parfois que les murs extérieurs. Au travers des immenses fenêtres encore habillées de leurs carreaux, on devine le squelette des ateliers, désormais à ciel ouvert : les colonnes devenues inutiles ne soutiennent plus que les nuages.

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C'était si beau... et je m'en voulais justement de trouver beau le graphisme de ces constructions à demi en ruine, abritant le souvenir de vies ouvrières broyées dans une activité disparue. Je sentais des fantômes tout autour de moi, et pourtant, elle n'avait rien de sinistre, cette promenade nostalgique dans la lumière dorée du soir tombant.

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C'était juste mon pélerinage de mécréante dans un lieu si proche de la disparition. En rentrant à la maison, j'ai caressé mes vieilles boîtes de floche, de cordonnet d'Alsace et de fil à dentelle, j'ai mélangé rouge turc et  bleu du Rhin : tout venait de là. Avoir mis mes pas dans les leurs, avoir pensé si fort ma petite prière de collectionneuse, c'était bien le moins que je pouvais faire pour les âmes des fileuses, des pelotonneuses et des rattacheuses, des filtiers et des graisseurs qui avaient trimé ici !

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26 mai 2014

Salone ideal

Le petit salon de Rosignano se tient dans le cadre de la fête annuelle du Monferrato, Riso e Rose. Pendant un mois, les  villages du pays rivalisent d’idées pour fêter par roulement leurs deux emblèmes que sont le riz et les roses… et un peu le vin aussi, car la plaine est en rizières cependant que la colline est tout en vignes.

plaine_et_collines

Depuis 2003, Rosignano a choisi les arts du fil pour sa contribution à la fête, à l’initiative d’Anna qui a réussi à imposer cette première du genre en Italie, en nous faisant le bonheur d’y réserver une place aux brodeuses françaises. Nous installons nos petites affaires dans le joli théâtre du village et les rues sont annexées par les producteurs et artisans locaux. J’en profite toujours pour reconstituer mon stock de ces farines de riz parfumées à la rose ou à l’amande, qui font de si délicats desserts.

La promesse d’un salon idéal est honorée à bien des égards. Car le cadre est idyllique, l’ambiance joyeuse, et l’hospitalité piémontaise fait le reste.

Peut-on imaginer plus bel endroit que ce petit théâtre ? C’est le bâtiment qui se trouve tout à droite du village, avec ses trois fenêtres hautes. Et en contrechamp, suit la vue que nous avions de « nos » fenêtres.

Rosignano_vu_de_Cella_Monte

Cella_Monte_vu_de_Rosignano

Quant à l’ambiance, et bien… nous sommes en Italie, tout est dit ! Pendant que Monsieur le Maire fait son discours d’inauguration dans la rue, les petites mains s’affairent à préparer les gelati (au riz et à la rose, bien sûr ;-) pour les visiteurs de la première heure. Puis la jolie Monferrina coupe le ruban et c’est l’ouverture officielle.

_inauguration1_inauguration2

Mais puisque nous étions là pour la broderie, parlons broderie !

Mes gentilles voisines de la coopérative valdôtaine Lou Dzeut qui tissent et transforment des textiles de très belle qualité.

Lou_Dzeut

Rossana, la pétulante Madame Chantilly et ses dessins pleins de fantaisie.

Rossana

Niky sur fond d’un patchwork ancien que je lui aurais volontiers volé.

Niky

Livia, la moitié du binôme Rovaris, tout environnée de rouge.

Livia

Tinu et Rossella qui représentaient Nonnalana... Tinu qui nous a régalées, comme à chaque rencontre, de ses croustillants amaretti ;-)

Tinu_Rossella

Charline et son Carnet de broderies au milieu de ses créations raffinées et de délicieux modèles anciens remis au goût du jour.

Charline

Et enfin un petit tour chez moi... parfois en regardant les photos, je me demande si je vends de la brocante ou de la broderie !

Sylvaine

Ma découverte et mon coup de cœur sur ce salon ont été pour une galériste milanaise représentant des artistes textiles pour un travail sur le thème de la mémoire. Leurs œuvres m’ont émue et saisie : les photos anthropométriques de détenues australiennes transformées par Katharina Sommer qui pose un précieux voile de dentelle sur leur visage à peine rebrodé comme pour les protéger, la maison idéale de Simona Mormile faite de tissu et dont l’intérieur est décoré par des fragments textiles venant de sa famille, l’icône de Nicola Liberatore voilée de gaze et qui m’a fait penser à une vierge noire, les tableaux de Riccardo Ajossa qui associe aux images de cargos les modèles de filet patiemment rebrodé par les épouses attendant le retour du marin.

FiberArtAnd

Par-dessus tout, j’ai vraiment craqué pour un long chemin de vieux chanvre posé au sol et qui portait en filigrane, noyés dans la brume blanche du Gesso, des images faisant penser à des fresques blessées et à demi effacées, une œuvre encore de Nicola Liberatore. Les photos sont très réductrices, j'ai préféré ne pas en mettre...

Evidemment, c'est toujours trop court. Tout le barda est remballé, je reprends la route pour la région des lacs. Quelques jours de balade, encore...

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