19 avril 2015

Tata-marraine et ses chapeaux

J'ai eu pour marraine une soeur de mon grand-père paternel. Je garde d'elle le souvenir d'une vieille dame douce et délicieuse, une sage célibataire qui avait souvent un éclair de malice au coin de l'oeil. Ma tata-marraine a exercé à Paris, tout le temps de sa vie professionnelle, le joli métier de modiste.

Elle était donc faiseuse de chapeaux. Il me semble l'avoir toujours connue à la retraite, mais elle couvrait volontiers les femmes de son entourage dès qu'on le lui demandait. J'ai notamment le souvenir d'une grande capeline de feutre chocolat, moulée pour ma mère à l'occasion d'un mariage. Je revois aussi très bien les turbans joliment travaillés dont elle ne manquait pas de se coiffer avant de mettre un pied dehors. Car me disait-elle, elle était d'une époque où ça ne se faisait pas pour une femme de "sortir en cheveux".

Curieusement, je ne retrouve que ses photos de petite fille. Il faut absolument que je prospecte dans la famille pour compléter les images que j'ai d'elle.

Tata-marraineMa jolie tata-marraine, seule et avec mon grand-père

Je regrette de ne pas l'avoir pressée de questions sur sa vie et son métier. D'elle je ne conserve que quelques colifichets sans valeur mais si précieux, un éventail de plumes bleues plié dans un papier de soie crissant, son missel et sa médaille de communiante, une dînette de porcelaine...

Aussi je ne pouvais pas rater l'atelier chapeaux que nous offrait ce samedi le Musée de la Vie Bourguignonne, sous la houlette de Sara Tintinger. Quelle chance ! Car il reste très peu de modistes en France et nous en avons une à Dijon. Je vous engage vraiment à aller voir sur son site ses créations pleines d'esprit et de légèreté.

Les chapeaux de Bibi et Bob

Ne ratez pas non plus le sujet réalisé par Culture Box, il reflète tout à fait l'univers de passion et de fantaisie que nous a donné à voir Sara hier, au cours des trois heures qu'elle nous a consacrées. Modiste, c'est tout un art, en effet !

Elle nous a tout d'abord présenté son métier et nous a raconté son histoire. Depuis l'origine, les techniques et les outils ont peu évolué et restent assez similaires à ceux qu'utilisaient Rose Bertin, la première grande modiste qui créa pour Marie-Antoinette de si extravagants couvre-chefs. Y avait-il plus bel endroit pour faire revivre cet univers que le pas de porte de la chapellerie Masi, reconstituée au premier étage du musée dans la rue des commerces ?

Chapellerie Masi

Eugène et Yvonne Masi se rencontrent à Lyon où ils sont apprentis, lui chez son oncle et elle chez le fabricant de chapeaux Cotier. Ils s'établissent au début des années 30 à Dijon, d'où Eugène est originaire. Cette chapellerie pour dames perdurera jusque vers 1970 à deux pas de l'église Notre-Dame avant d'être, à sa cessation d'activité, heureusement sauvée au MVB.

Masi à LyonLa chapellerie G. Masi à Lyon dans les années 20

Nous étions bien en condition pour monter au grenier et passer à la pratique ;-) Sara nous a expliqué les matériaux qu'elle utilise -le feutre, la paille, le sisal- et la manière dont elle les travaille. Puis elle nous a proposé de réaliser un turban à partir de sisal, avec toute son assistance et ses encouragements... mais pas du tout de modèle pour nous laisser nous amuser à notre idée. Intimidant mais efficace, si l'on en juge par la diversité de nos réalisations ;-)

Atelier chapeaux au MVB

Je me suis pour ma part dépêchée de terminer ce matin car je pars en vacances la semaine prochaine, dans l'appartement où a vécu ma marraine, justement. Je ne peux m'empêcher de penser qu'elle aurait été amusée en me voyant tenter de mettre ainsi mes pas dans les siens.

Turban

 

Posté par OuvragesDeDames à 11:36 - - Commentaires [36] - Permalien [#]
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