29 décembre 2016

2016 : une image par mois

En janvier, une visite au beau musée de la nacre à Méru

Etablis de tournage

En février, un cortège kitsch d'éléphants

Tous les éléphants

En mars, les premiers établissements de Monsieur Sajou, rue Michel-le-Comte et rue de la Barillerie (et la rue Rambuteau, un petit peu plus tard)

plan Barillerie

En avril, rêverie dans la maison de mon ancêtre Estelle

des oiseaux pour Estelle

En mai, je brode pour Juliette... Oh ! une boîte que je dois finir ;-)

Juliette vendait de tout

En juin, je brode à nouveau pour Juliette... et un petit peu pour le concours Bohin ;-)

Juliette et Benjamin

En juillet, plongée dans les jolis vieux modèles de broderie

Dessins de broderies

En août, visite à la maison du costume comtadin

Musée du Costume Comtadin

En septembre, je brode et je cartonne pour Monsieur Sajou

Boîte Sajou extérieur

En octobre, vacances et voyage au pays du papier découpé

Hauswirth 3

En novembre, un petit tour dans les collections

Nuanciers

En décembre, je tricote un beau châle

Châle Oakberry

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04 août 2016

Cadres tissés, le retour

L'idée des cadres de fil vous a-t-elle inspirées ? De mon côté, je me suis lancée avec les explications de Tante Jacqueline et voilà le premier résultat, trop rigide à mon goût.

Portrait tissé

Je recommencerai en essayant d'y ajouter de la fantaisie. Un peu de kitsch dans les couleurs serait bienvenu, je trouve ;-) Et puis il faut que je trouve un meilleur équilibre pour que la photo prenne de l'importance par rapport au cadre.

En complément, voici deux interprétations vues ces jours-ci sur Ebay. J'aime bien notamment le contraste des matériaux sur la proposition de droite et aussi l'idée d'appliquer le cadre sur un fond de tissu. Pour la prochaine fois...

Cadres de fil sur Ebay

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14 juillet 2016

Souvenir de France

Tous ces souvenirs de France sont en réalité des souvenirs du front, disséminés autour de la planète par des mains militaires. Dans un schéma bien admis, on proposait donc à leur plume du martial et du pompier ; car il n'était pas vraiment question de s'attendrir.

La fleurette y est toujours, l'aurez-vous remarqué ? Mais elle se fait discrète pour laisser le drapeau en vedette.

Souvenir de militaires

Alors j'aime d'autant plus ce souvenir-là, résolument bucolique et sans aucune cocarde. Un souvenir envoyé par Germaine à son Paul, brigadier au 1er spahis cantonné à Aumale, de l'autre côté de la Méditerranée. Pour l'envelopper de tendresse à la première pensée mélancolique...

Souvenir de Germaine"Doux souvenir d'une amie qui pense à vous"

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07 juillet 2016

Encore un peu d'Amérique

Avec quelques jours de retard, il me fallait malgré tout sortir un peu d'Amérique des collections pour un clin d'oeil à l'Independence Day. Cette année, c'est du fil !

Fil et soie américain

L'un et l'autre sont un mystère pour moi et je n'ai que de petits bouts de pistes à leur sujet. Le Nouveau Monde a pourtant tenté les filateurs, avec le fil d'Amérique ou encore A l'Aigle Américain déposé en 1860 par Descamps-Beaucourt. Et jusqu'à Philibert Vrau qui, trois ans après avoir préempté le Chinois, traversait encore un océan en déposant, le 14 septembre 1850, le fil A l'Américain. Il n'a pas résisté au temps de la même manière.

Mais ce Fil Américain qui ne révèle même pas le nom de son filateur... je ne l'ai pas trouvé dans le registre des marques à Lille. Je n'ai que cette piste sur Paris, en 1855. Vous remarquerez que les revendeurs sont installés dans une rue que nous connaissons bien ;-)

Annuaire Général du Commerce 1855

Quant à la Soie Américaine, pas grand chose non plus. C'est à Paris aussi qu'on en trouve la trace à plusieurs reprises, dans le premier quart du XXème siècle, notamment dans cette publicité insérée dans le Figaro du 4 juillet 1928.

Le Figaro 4-7-1928

Mais rien sur le filateur, rien sur la filature. Nous nous contenterons donc d'admirer cette statue de la liberté, veillant sur un New-York aux allures de village français groupé autour de son clocher.

Soie américaine

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03 juillet 2016

Cadres tissés

Échange sur Facebook avant-hier... Élisa revient d'Islande, d'ailleurs je vous conseille d'aller voir sur son blog le récit qu'elle en fait ; je serais surprise que l'envie de partir, là, tout de suite, ne vous saisisse pas à la vue de ses superbes photos.

Mais en plus de grands espaces à couper le souffle, elle y a aussi vu ces intrigantes curiosités au musée du textile de Blönduós.

Cadres vus par Elisa en Islande

Je connais ces photos décorées par une marie-louise un peu kitsch, faite de fils entrelacés, pour une raison bien précise : j'en conserve deux dans les archives familiales, fabriquées par mon grand-père pendant qu'il faisait son service militaire en Algérie, dans les années trente. Et oui... le conscrit cherche aussi à occuper de longues heures de vacuité, et puis il ne faut pas rater une occasion de montrer à la famille combien l'uniforme lui fait la gambette avantageuse ;-)

Papy Roland rectoPapy Roland, les pompons, on peut savoir ? Tu ne trouvais pas ton oeuvre assez kitsch ?

Puisque j'ai ces cadres-ci sous la main, regardons aussi l'envers pour mieux  comprendre comment les fils sont entrelacés.

Papy Roland verso

Et en complément, voici quelques exemples d'encadrements tissés que j'ai glanés au fil des mises en vente sur Delcampe, dans l'idée de... de quoi au fait ? D'illustrer ce billet, tiens, merci Élisa de donner une justification à ma manie de l'entassement ;-)

Cadres coton perlé

Finalement, ça ne me semble pas très compliqué, et ce n'est pas moi qui le dit, c'est Tante Jacqueline dans la Semaine de Suzette : "Voici un genre tout nouveau, d'un effet charmant et très facile à faire". La base est un carton bien rigide, découpé de différentes façons selon le décor souhaité, mais toujours de sorte à laisser des angles saillants autour desquels enrouler le fil. Puis les pointes sont renforcées par des épingles plus ou moins enfoncées dans la tranche du carton, qui sont là pour retenir les derniers tours du fil et l'empêcher de glisser.

Il y a évidemment toutes sortes de possibilités, mais je vous propose le modèle de base en étoile, visiblement un must en Europe, de la France à l'Islande ;-) Avec cette méthode parue dans la Semaine de Suzette du jeudi 29 août 1918, c'est du gâteau !

Semaine de Suzette 1918-08-29

Le fichier en bonne définition partira aujourd'hui vers les boîtes mail des abonnées identifiées aux messages du blog. Alors... à vos cartons, à vos fils ! Voilà un bricolage léger et amusant à réaliser et puisque les vacances arrivent, pourquoi ne pas le proposer aussi aux enfants ?

J'espère bien que vous me ferez passer les photos de vos réalisations ;-)

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05 mai 2016

Le présentoir de Séverine

L'histoire commence par un partage sur Facebook : j'y suis avec bonheur l'actualité de Christine Kelly et de son blog, Gentlework. Il fourmille d'idées poétiques parmi lesquelles j'ai beaucoup aimé cette transformation d'un tambour à broder en petite étagère.

Christine Kelly
L'étagère de Christine Kelly

Si d'aventure vous ne le connaissez pas déjà, ne manquez pas d'aller explorer son blog, vous ne le regretterez pas : tout ce qu'elle fait est infiniment séduisant. En tout cas, cette photo-là, grâce à laquelle j'avais partagé mon enthousiasme, est tombée sous l'oeil de Séverine. Je vous ai déjà montré ses idées ici, avec une couronne porteuse de voeux et là, avec un plateau garni de petits miracles.

Quand j'ai ouvert son colis, des étoiles et des papillons s'en sont envolés. Puis sous le papier de soie, voilà ce que j'ai trouvé :

présentoir Séverine

Une réinterprétation du présentoir de Christine Kelly rien que pour moi ! Raffinée jusqu'à la brindille de fleurs de cire ornant sa jolie pendouille brodée... Il a une taille parfaite et je sens que je vais me régaler à y faire tourner mes petites collections pour les mettre en valeur ;-)

Petite collection

Merci Séverine ! Merci le mari de Séverine qui a mis la main à la pâte ;-)

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15 novembre 2015

Nénette et Rintintin

Quand tous les jeux semblent épuisés, il faut encore aux grandes personnes des trésors d'imagination pour répondre au lancinant "J'sais pas quoi faire" lancé par des enfants butés, cherchant sans conviction à s'occuper. Arrive alors le moment où l'on ressort les restes de laines multicolores qui se transformeront en pantins plus ou moins réussis : l'art de faire quelque chose à partir de rien ! Fabriquer des Nénette et des Rintintin, voilà bien une occupation qui a traversé les générations... sans d'ailleurs qu'elles en connaissent toujours l'origine.

Nénettes et Rintintins

Les enfants de Poulbot

Tout commence en 1908, avec un Francisque Poulbot assez remonté contre les poupées proposées alors aux petites filles : le plus souvent des fabrications Made in Germany (trahison !), auxquelles il trouve un air uniformément idiot. En fin observateur des titis parisiens, il décide de s'en mêler en modelant dix-huit poupées aux caractères bien marqués, à l'image des enfants à qui il les destine. Il fait sensation en présentant cette année-là au Salon des Humoristes "ses poupées d'une invention ravissante, émouvante même, je risque le mot, avec leurs tignasses emmêlées et leur mines de papier mâché" (Gil Blas 10 mai 1908). "Avec lui, la poupée d'art entre dans un mouvement nouveau et qui est personnel à Monsieur Poulbot." (Gustave Kahn - La femme dans la caricature française).

Mais, comme Poulbot le dit lui-même, "la guerre a tout dérangé" : seuls deux de ses enfants auront le temps d'être produits en série par la Société Française de Fabrication des Bébés et Jouets, avant que le monde ne soit précipité dans la première tourmente du siècle.

Poupées PoulbotCatalogue d'étrennes des Magasins du Louvre en 1913 et poupées vendues par la maison Theriault's

Étonnamment modernes, ces bouilles-là détonnent au milieu des visages de porcelaine aux yeux écarquillés et à la bouche ouverte trônant dans les vitrines des magasins de jouets. Elles s'appellent Nénette et Rintintin mais, dans le petit monde de Poulbot, Nénette est le garçon, Rintintin est la fille : il se murmure que ce sont les noms tendres que son épouse et lui-même avaient coutume de se donner.

Seulement l'époque n'est pas propice au lancement d'une nouvelle gamme de jouets. Les deux Poulbotes en restent donc à une fabrication et une diffusion fort restreintes.

Trois mois de folie

Passent quatre années de guerre... et tout à coup, au printemps 1918, Nénette et Rintintin sont sur tous les cœurs, leur nom refleurit sur toutes les lèvres ! Ils reviennent en force, cette fois-ci sous la forme de deux minuscules fétiches de fil, parés de toutes les vertus protectrices contre les dangers de la guerre.

CPA Nénette et Rintintin

Bien malin qui saura dire exactement quelles mains ont imaginé ces petites poupées de fil, d'à peine trois centimètres de haut. La presse s'accorde cependant à les faire naître dans le monde de la couture. Pourquoi alors ne pas s'en remettre à la jolie version racontée par le Carnet de la Semaine, dans son édition du 2 juin 1918 ? L'échotier évoque une mode lancée par Geneviève, petite main chez Paquin, qui après avoir fabriqué les pantins dans un écheveau de laine, se les passa autour du cou en disant : "Voilà Nénette et Rintintin, mes fétiches contre les Gothas. Une heure après tout l'atelier avait le fétiche, une semaine après, tout Paris"

Le fait est que la mode de ces gris-gris de laine se répand comme une traînée de poudre. L'amoureuse les confectionne pour protéger son fiancé parti combattre au front, la maman les suspend aux voiles du berceau pour veiller sur le sommeil de son bébé, les plus bravaches les arborent à leur boutonnière... on ne sait jamais !

Nénette et Rintintin échappent à Francisque Poulbot, un peu à son corps défendant. Car il retrouve ses jolis petits mômes transformés en sommaires pantins de laine, Nénette devenue la fille et Rintintin le garçon. Il leur est même né un enfant qu'on appelle le petit Lardon ou encore Radadou, bientôt transformé en Roudoudou. Mais il rend bien volontiers les armes devant cette irrésistible vague envahissant la capitale. Il s'en explique, dès juin 1918, dans une chronique publiée par Le Journal et qui sera reprise dans son livre Encore des gosses et des bonhommes.

Poulbot - Encore des gosses - Histoire de Nénette et RintintinPoulbot - Encore des gosses et des bonhommes - Source Internet Archive

En ce printemps 1918, il n'est pas un journal qui n'évoque les idoles du jour. Pour les uns, ils sont "les petits soldats de la bonne chance", pour les autres la protection ultime contre les bombes des Gothas et les obus à longue portée de la grosse Bertha. Guillaume Apollinaire lui-même livre son interprétation du phénomène dans sa chronique de juillet au Mercure de France : "C'est peut-être la première fois que, depuis le fil d'Ariane, l'homme met sa confiance dans quelques brins de laine, de fil ou de soie. (...) Nénette et Rintintin sont les premiers dieux nés au XXème siècle".

Nénette et Rintintin - Presse 1918Petit florilège de la presse en 1918 : Les Annales Politiques et Littéraires du 2 juin
la couverture de La Baïonnette du 4 juillet - Le Figaro du 21 mai

Nénette et Rintintin - Presse 1918 2Fantasio du 1er juillet - Le Petit Parisien du 27 mai - Le Cri de Paris du 7 juillet
source Gallica

Enfin, la capitale est en émoi... Rapidement le commerce s'empare des deux pantins, même s'il se dit qu'acquis à prix d'argent, Nénette et Rintintin perdent leur pouvoir de protection. On fabrique les talismans de laine chez Madame Zizette, modiste, ainsi que chez ses consœurs : "Les Rintintin qui sortent de cette pépinière ont une grosse tête avec des yeux naïfs en perles blanches ou noires. La jeune Nénette porte dans les cheveux un magnifique nœud de ruban assorti à la couleur de son corps." (La Baïonnette - 4 juillet 1918). Dès mai 1918, Le Musée et l'Encyclopédie de la Guerre recense pour les collectionneurs les objets à surveiller. Nous savons grâce à cette liste qu'on fabrique des breloques à 65 et 95 centimes, des médaillons doubles en verre renfermant les deux fétiches de soie, des bijoux en métal de prix et toutes sortes de bibelots : statuettes, jetons, objets peints ou brodés...

Et les cartes postales, bien sûr ! Il existe un nombre impressionnant de séries mettant en scène les petits fétiches.

Nénette et Rintintin les protecteurs

Les chansonniers ne sont pas en reste, habitués qu’ils sont à se saisir de l’air du temps. On met Nénette et Rintintin en vers, en ritournelles, les revues fleurissent à l'affiche des théâtres, aux Bouffes-Parisiens, aux Folies Bergères et au café-concert de la Gaîté-Rochechouart.

Nénette etRintintin - ChansonsBulletin de la chambre syndicale des pharmaciens de la Seine de 1918
Les Annales Politiques et Littéraires du 23 juin 1918
source Gallica

On trouve même des gens sérieux pour les analyser, le temps de causeries présentées comme des conférences, ou une société savante qui publiera à son bulletin de 1919 une étude de plus de vingt pages sur le sujet.

Le soufflé retombe

Mais aussi rapidement qu'a surgi la faveur, enfle le vent de la critique. Les esprits forts voient les petits talismans comme "les ultimes gris-gris surgis des bas-fonds de la superstition" (Journal des réfugiés du Nord du 29 mai) ou titrent "Nénette et Rintintin porte-malheur" en constatant perfidement que depuis qu'ils ont envahi Paris, toutes les catastrophes semblent fondre sur la Capitale (Les Annales Africaines du 15 juillet).

CPA Nénette Rintintin famille

Il se trouve évidemment des moralistes pour mener une attaque en règle contre la fabrication des pantins de laine, allant jusqu'à y voir une organisation du gaspillage portant atteinte aux intérêts de la Nation. "Dans l'été 1918 la laine devenant de plus en plus chère, ce fut en laine que des fabricants ingénieux composèrent les ridicules petites amulettes contre les bombardements aériens, que les Parisiens appelèrent "Nénette et Rintintin". Bref, dès que la guerre rendait une marchandise rare et chère, et que par conséquent l'intérêt individuel et national en demandait impérieusement l'économie, la mode en faisait au contraire instinctivement une élégance de luxe, au mépris de tout intérêt et même de tout patriotisme, mais au grand bénéfice d'industriels peu scrupuleux." (La Revue Philosophique)

La presse catholique est la plus virulente à combattre "Les poupées dangereuses", ainsi que les présente La Croix. Henry Reverdy y fustige sans guère de retenue Nénette et Rintintin, subitement devenus le symbole "de la superstition et de l'ignorance qui habitent les âmes modernes".

Nénette et Rintintin La CroixLa Croix du 26 juin 1918
source Gallica

Après trois mois de ce vent de folie, le soufflé retombe aussi vite qu’il est monté et la rentrée de septembre voit les petites poupées sombrer dans l’indifférence. Le plus clairvoyant sur le sujet est peut-être Henry Jagot qui, dès le mois de mai, prédisait dans Le Parisien : "La vogue des deux fétiches est devenue si grande qu'on en peut prévoir la fin. Les superstitions parisiennes n'ont qu'un temps."

Et puis l’automne de cette année-là, c’est surtout celui de l’armistice. La France mettra bien du temps à reprendre pied dans une vie pacifiée mais l’armistice, c’est la promesse de revoir ceux des soldats qui ont gardé la vie, la fin des bombardiers dans un ciel menaçant et des canons à longue portée encerclant la capitale, la fin des sirènes et des descentes aux abris à toute heure du jour et de la nuit.

A quoi bon des fétiches, puisque le péril semble bel et bien écarté ? "Le danger disparu, l'esprit critique, selon la culture de chacun, reprenait ses droits et, sans les renverser, reléguait cependant les petits dieux dans le capharnaüm intime de la pensée" (Les Annales Politiques et Littéraires - 15 octobre 1927)

Ce qui en reste

De ce court emballement vite balayé par d'autres modes, il restera cependant des traces durables : une vedette de cinéma et deux petits pantins ressurgissant régulièrement dans la presse enfantine, y compris bien loin de leur terre natale.

• 26 films et une série télé

A la toute fin de la guerre, le caporal américain Lee Duncan recueille deux chiens d'une portée de bergers allemands découverte dans les décombres d'un chenil, près de Saint-Mihiel où a combattu son unité. Il les baptise Nénette et Rintintin, pour évoquer les petits pantins de laine que les enfants lorrains offrent aux soldats alliés en guise de porte-bonheur. Nénette meurt pendant la traversée de retour mais Rintintin, arrivé sain et sauf en terre américaine, fait vite preuve de capacités exceptionnelles qui le conduiront tout droit vers les plateaux de cinéma.

Lee Duncan et Rintintin

Il jouera les stars jusqu'en 1932, avant de revenir en France pour être enterré au cimetière animalier d'Asnières-sur-Seine. Mais son personnage occupera l'écran bien plus longtemps, incarné successivement par des acteurs canins donc certains seront ses descendants.

Rintintin & Rusty

La popularité de Rintintin lui ouvrira les portes des souvenirs de Georges Perec, au n°197 : "Je me souviens des films avec le chien Rin-Tin-Tin, et aussi de ceux avec Shirley Temple, et aussi des poésies de Minou Drouet"

les petites mains de La Semaine de Suzette

Dès octobre 1918, Tante Jacqueline propose à ses nièces de réaliser "un abat-jour artistique en timbres-poste". Les petites lectrices sont invitées à découper la silhouette de trèfles à quatre feuilles qu'elles combleront par des timbres-poste piquetés puis à mettre Nénette, Rintintin et Radadou en vedette de leur ouvrage dans trois grands médaillons de papier calque. Je vous fournis toutes les explications pour réaliser cet abat-jour porte-bonheur du meilleur goût, vous n'aurez pas d'excuse pour rater cette occasion (un abat-jour artistique, quoi !)

Nénette et Rintintin 1918-10-17

Puis nos fétiches sont à nouveau mis à l'honneur par La Semaine de Suzette, dix ans plus tard. L'heure du modernisme a sonné, l'usage de la voiture se répand, alors on propose cette fois-ci aux petites Suzette de réaliser des fétiches pour l'auto, dont une superbe Nénette. On l'accompagnera cette fois-ci d'un Tonkinois fait de cacahuètes et de bouchons ou d'un Pierrot bourré de son...

Nénette et Rintintin 18-02-1916

les petites mains américaines

Cependant la fabrication des poupées de laine n'est pas restée une occupation manuelle seulement destinée aux enfants d'ici. Faut-il voir dans les bricolages américains l'inspiration de nos fétiches de 1918 ? Ce n'est pas impossible car parmi les cartes postales immortalisant les petites idoles, des séries entières ont été conçues pour les soldats anglophones afin qu'ils les envoient à leur famille.

Nénette et Rintintin - CPA franco-américaines

Toujours est-il qu'en 1953, un livre d'occupations manuelles pour les petits leur fournit la marche à suivre pour réaliser des poupées de laine, répliques exactes de nos amulettes.

Nénette et Rntintin - Make-it book

Un souffle de fil pour donner naissance à deux minuscules poupées, comme un pied de nez à tous les dangers : Nénette et Rintintin, c'est l'histoire d'un incroyable engouement qui a gagné Paris et la France entière à la vitesse de l'éclair. Internet n'existait pas : on dirait aujourd'hui que le buzz a fonctionné, tellement bien qu'il a traversé le siècle pour arriver jusqu'à nous.

Et vous, avez-vous fabriqué des Nénette et des Rintintin ? En faites-vous faire aux petits qui vous tirent par la manche pour mendier de l'occupation ? Si vous avez de la documentation ancienne ou plus récente sur le sujet, n'hésitez pas à me la faire passer, je serai ravie de la partager ici.

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23 septembre 2015

Sartel, enfin !

Nous avons récemment papoté sur Facebook au sujet de ces charmantes bobines de fil surmontées d'une tête de demoiselle coiffée, commercialisées par Sartel dans les années 60. J'avais depuis longtemps dans le stock un sac de ces jolies têtes, comme toujours avec l'idée d'en faire quelque chose (un jour). L'échange du color bag a été une nouvelle fois l'occasion de passer à l'acte. Il y avait donc, dans le sac offert à ma gâtée...

Pique-aiguilles Sartel

...un pique-aiguilles accroché à ce que je crois être une coiffe de Sablaise, sous votre contrôle ;-) Il est simplement constitué de quelques feuilles de vieux lin, prises en sandwich entre deux feuilles de cette soie écossaise qui m'a servi pour le sac.

Pique-aiguiles Sartel ouvert

Le seul petit truc à vous indiquer, c'est que j'ai percé la base de la tête pour y accrocher bien solidement mes feuilles. Je l'ai fait sans difficulté avec une aiguille un peu épaisse, chauffée à la flamme d'une bougie. Il faut seulement prendre la précaution de le faire en plusieurs fois, en retirant rapidement l'aiguille du plastique pour qu'elle n'y reste pas collée (ça sent le vécu ;-) .

Pour les collectionneuses, voici quelques images afin vous donner une idée de différents conditionnements dans lesquels ont été commercialisées nos fameuses têtes représentant les coiffes des provinces de France.

Sartel boîte bobines ronde

Sartel boîte Images de France

Sartel boîte bobines

Et en gros plan, cette liste assez intéressante parce qu'elle permet d'avoir une idée exhaustive des provinces représentées, aussi bien pour le fil coton que pour le fil tergal. Elle vous permettra de recenser les têtes qui manquent à votre série ;-)

Sartel liste bobines

Si vous voulez en savoir un peu plus sur les coiffes, vous pouvez aller voir ce livret aux fort jolies illustrations proposé sur le site de l'ICEM.

Bibliothèque du travail - Les coiffes

Ces coiffes des provinces françaises étaient bien dans l'air du temps à la sortie de la guerre, ce qui explique probablement que Sartel en ait fait le décor de ses bobines. Voilà ce qu'on proposait aux petites Suzettes comme travestissement pour la mi-carême 1947 :

Suzette 1947-03-13Semaine de Suzette du 13 mars 1947

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09 septembre 2015

Les dessous de l'affaire

Rien de tel que d'avoir à découdre un vêtement pour accorder enfin à son montage l'attention qu'il mérite. Quoi de plus basique qu'une chemise de jour, cependant ? N'empêche que celle-ci était entièrement assemblée par des coutures rabattues, y compris le gousset posé sur le dessous de l'emmanchure pour donner de l'aisance aux mouvements.

Gousset endroitle gousset sur l'endroit

Gousset enversle gousset sur l'envers

Tout un losange cerné de coutures rabattues, il faut avoir la foi ! Est-ce parce que les machines de l'époque ne faisaient pas le surfil ? Pourtant toutes les coutures ont été rabattues à la main, l'économie de travail n'est pas flagrante. Mais au final, cela donne une finition pérenne, aussi propre sur l'envers que sur l'endroit et c'était probablement là le but recherché.

couture endroitcouture rabattue sur l'endroit

couture enverscouture rabattue sur l'envers

Ce sont des détails qui me touchent. Je suis la fille qui a passé des heures les bras en l'air pour ajuster des draps brodés à ses fenêtres sans défaire l'ourlet de pied, modeste mais superbement réalisé à tout petits points glissés. Alors j'ai fait tout l'équilibrage par un pli creux sur la tête du rideau pour ne pas avoir à détruire les heures de travail minutieux qu'il représentait. Je suis la fille qui, en conséquence, se tape depuis lors un ramasse-poussière de première parce que, bien sûr, mes rideaux se sont détendus et sont devenus trop longs. Mais je ne peux pas couper ce satané ourlet à petits points glissés.

Dillmont Gallica

La couture rabattue dans l'Encyclopédie des Ouvrages de Dames

Edit : l'intérêt de la couture rabattue par l'exemple ;-) C'est ici, lorsque j'avais fait mes rideaux.

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14 juin 2015

Pauvre Sophie !

Un jour sa maman l’appela pour lui montrer une charmante boîte à ouvrage que M. de Réan venait d’envoyer de Paris. La boîte était en écaille avec de l’or ; le dedans était doublé de velours bleu, il y avait tout ce qu’il fallait pour travailler, et tout était en or ; il y avait un dé, des ciseaux, un étui, un poinçon, des bobines, un couteau, un canif, de petites pinces, un passe-lacet. Dans un autre compartiment il y avait une boîte à aiguilles, une boîte à épingles dorées, une provision de soies de toutes couleurs, de fils de différentes grosseurs, de cordons, de rubans, etc. Sophie se récria sur la beauté de la boîte :

Rubylane4

Source : Rubylane

« Comme tout cela est joli ! dit-elle, et comme c’est commode d’avoir tout ce qu’il faut pour travailler ! Pour qui est cette boîte, maman ? ajouta Sophie en souriant, comme si elle avait été sûre que sa maman répondrait : C’est pour toi.

C’est à moi que ton papa l’a envoyée, » répondit Mme de Réan.

Les Malheurs de Sophie - Comtesse de Ségur

Horace CastelliIllustration Horace Castelli

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