22 novembre 2015

Vermeer et sa ruelle

Ils sont nombreux à s'être cassé les dents sur cette énigme : identifier, dans la ville de Delft, le lieu illustré par Vermeer dans sa toile intitulée La ruelle. En désespoir de cause, certains ont même avancé l'hypothèse qu'il avait peint un endroit imaginé, une quintessence de sa ville natale sans toutefois en représenter un endroit précis.

Vermeer - La ruelle

Ce tableau est accroché depuis longtemps dans mon musée imaginaire. Je l'aime pour cette femme à l'ouvrage encadrée dans son pas de porte, bien sûr : dans ce sujet incident je vois, moi, le principal. Mais je l'aime surtout pour la sérénité puissante qu'il dégage. La matière est rendue avec une précision hallucinante : la briquette fissurée, les murs chaulés, le bois des vantaux ; et dans le même temps, les personnages sans visage donnent à la scène un côté intemporel qui confine à l'universalité.

J'aime la poésie dont Vermeer habille un quotidien ordinaire, j'aime la palette sourde et somptueuse des couleurs, j'aime le silence que j'entends dans cette scène urbaine.

Bref... j'aime ce tableau ;-)

Vermeer - La ruelle détail

Et bien nous saurons désormais où Vermeer a posé son chevalet pour nous offrir cette icône de la cité de Delft ; ou du moins, le Rijksmuseum vient-il de valider les recherches d'un historien hollandais, le professeur Frans Grijzenhout. Il a dépouillé des archives qui n'avaient jamais été exploitées auparavant et notamment le registre des droits de quais, dressé en 1667 pour enregistrer la participation des propriétaires à l'entretien des canaux et des quais.

Dans ce rôle, les habitations et les passages de séparation sont décrits avec une précision avoisinant les quinze centimètres. Le lieu identifié par le professeur Grijzenhout, aux actuels numéros 40 et 42 de la Vlamingstraat, correspond non seulement aux maisons représentées en premier plan du tableau mais également à celles situées sur les lignes de fuite. La demeure qui constitue le sujet principal de la toile était celle de la tante de Vermeer. Sa mère et sa soeur habitaient elles aussi le long de ce canal, sur le quai opposé.

Les maisons d'aujourd'hui, construites au XIXème siècle, ne sont plus celles que Vermeer représentait deux siècles auparavant. Seule subsiste la configuration du passage de séparation.

La ruelle aujourd'huiLe Rijksmuseum propose depuis vendredi une exposition temporaire consacrée à cette découverte et qui durera jusqu'au 13 mars prochain. Elle sera ensuite remontée jusqu'à l'été à Delft même, au musée Prisenhof. A défaut de pouvoir faire le voyage, je vous donne rendez-vous pour cette visite virtuelle qui décrypte les dernières recherches sur l'oeuvre de Vermeer.

Souvenez-vous aussi, je vous parlais déjà du Rijksmuseum ici et notamment de la possibilité de s'y construire son propre atelier : le vôtre se remplit-il ?

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04 janvier 2015

L'art de la couleur extraite de la nature

Peut-être n'étiez-vous pas à l'écoute de la radio hier soir mais c'est un des grands plaisirs d'Internet que de pouvoir profiter d'une session de rattrapage ;-) Je ne saurais donc trop vous engager à aller réécouter l'émission des Savanturiers diffusée sur France Inter et qui donnait la parole à Dominique Cardon.

C'est une spécialiste à la fois pointue et pragmatique, technique et passionnée qui sait très bien communiquer sur son sujet de prédilection. Historienne des textiles et des teintures naturelles, elle pratique une archéologie vivante et expérimentale qui la conduit à reconstituer et à tester toutes les méthodes qu'elle recueille autour du monde. Les couleurs dont elle se vêt ont nom fleur de pêcher, poil de lion, sanguine ou fleur d'ancolie.

Photo Le Monde
photo Frédérique Jouval pour Le Monde

Enracinée dans son jardin cévenol où elle cultive les plantes tinctoriales qu'elle utilise pour ses recherches, Dominique Cardon parcourt le monde pour apporter son expertise des tissus anciens sur les sites de fouilles les plus renommés. Elle étudie ainsi les textiles de l'âge du bronze au Xinjiang dans le désert du Taklamakan, ceux du néolithique sur les rives du lac de Paladru en Dauphiné ou encore en Egypte ceux de l'époque romaine. Au Groenland, elle fait redécouvrir à des étudiants locaux les procédés qu'utilisaient les inuits et les colons scandinaves pour donner couleurs à leur costumes.

Sa passion est née en Irlande où elle a appris à tisser à bras de belles matières comme la soie ou l'alpaga, dans ce pays où les artisans produisent des tweeds uniques teints avec des lichens. Elle raconte avoir éprouvé un véritable choc au Pérou en découvrant les textiles précolombiens teints avec des colorants naturels comme l'indigo ou la cochenille, selon des recettes encore utilisées aujourd'hui.

Dominique Cardon est une collectionneuse de couleurs, ce qui lui a également valu de travailler pour la haute couture, notamment la maison Chanel à laquelle elle a fourni des tweeds luxueux teints dans une cinquantaine de nuances de roux ensoleillés.

Mais un de ses soucis essentiels est de maintenir la chaîne de la transmission et c'est pourquoi elle collationne des centaines de recettes de teintures naturelles pour les sauver de la disparition. Elle les recueille auprès de ses collègues archéologues, anthropologues, chimistes ou paléobotanistes, mais surtout auprès des teinturiers traditionnels souvent fort âgés et dont le savoir court un grand risque de se perdre.

Allez l'écouter expliquer tous les éléments qu'elle doit étudier avant de publier un textile, raconter ses découvertes et ses expérimentations, vous ne le regretterez pas. Ah ! le gant de Saint-Fulcran !

Quant à moi, je crois que je sais quoi faire de certain chèque-cadeau à la FNAC que je conservais depuis l'été dernier ;-)

le monde des teintures naturelles

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