03 juillet 2016

Cadres tissés

Échange sur Facebook avant-hier... Élisa revient d'Islande, d'ailleurs je vous conseille d'aller voir sur son blog le récit qu'elle en fait ; je serais surprise que l'envie de partir, là, tout de suite, ne vous saisisse pas à la vue de ses superbes photos.

Mais en plus de grands espaces à couper le souffle, elle y a aussi vu ces intrigantes curiosités au musée du textile de Blönduós.

Cadres vus par Elisa en Islande

Je connais ces photos décorées par une marie-louise un peu kitsch, faite de fils entrelacés, pour une raison bien précise : j'en conserve deux dans les archives familiales, fabriquées par mon grand-père pendant qu'il faisait son service militaire en Algérie, dans les années trente. Et oui... le conscrit cherche aussi à occuper de longues heures de vacuité, et puis il ne faut pas rater une occasion de montrer à la famille combien l'uniforme lui fait la gambette avantageuse ;-)

Papy Roland rectoPapy Roland, les pompons, on peut savoir ? Tu ne trouvais pas ton oeuvre assez kitsch ?

Puisque j'ai ces cadres-ci sous la main, regardons aussi l'envers pour mieux  comprendre comment les fils sont entrelacés.

Papy Roland verso

Et en complément, voici quelques exemples d'encadrements tissés que j'ai glanés au fil des mises en vente sur Delcampe, dans l'idée de... de quoi au fait ? D'illustrer ce billet, tiens, merci Élisa de donner une justification à ma manie de l'entassement ;-)

Cadres coton perlé

Finalement, ça ne me semble pas très compliqué, et ce n'est pas moi qui le dit, c'est Tante Jacqueline dans la Semaine de Suzette : "Voici un genre tout nouveau, d'un effet charmant et très facile à faire". La base est un carton bien rigide, découpé de différentes façons selon le décor souhaité, mais toujours de sorte à laisser des angles saillants autour desquels enrouler le fil. Puis les pointes sont renforcées par des épingles plus ou moins enfoncées dans la tranche du carton, qui sont là pour retenir les derniers tours du fil et l'empêcher de glisser.

Il y a évidemment toutes sortes de possibilités, mais je vous propose le modèle de base en étoile, visiblement un must en Europe, de la France à l'Islande ;-) Avec cette méthode parue dans la Semaine de Suzette du jeudi 29 août 1918, c'est du gâteau !

Semaine de Suzette 1918-08-29

Le fichier en bonne définition partira aujourd'hui vers les boîtes mail des abonnées identifiées aux messages du blog. Alors... à vos cartons, à vos fils ! Voilà un bricolage léger et amusant à réaliser et puisque les vacances arrivent, pourquoi ne pas le proposer aussi aux enfants ?

J'espère bien que vous me ferez passer les photos de vos réalisations ;-)

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04 février 2016

Souvenirs du passé pour l'an neuf

Après les jolies réalisations maison... voici les jolies vieilleries  du nouvel an. C'est là aussi un petit coup au cœur à chaque enveloppe ouverte, et toujours le plaisir de découvrir un objet unique qui viendra compléter la collection.

Chromos

Dans la famille chromos, je demande la couronne découpée aux couleurs hivernales de Dominique, les images d'amitié dentelées de Margot et les virevoltants papillons dorés de Maryvonne.

CPA brodées

Pour des voeux brodés, on me le dit avec des fleurs : en bouquet pour Françoise, en panier pour Patrick et sur une originale gaze noire pour Michèle.

CPA

Avec ces jolies cartes gaufrées aussi, délicieusement désuètes : avec des ailes, ange ou colombe de Raphaël, aubépines de Juliette, roses et violettes de Brigitte.

Ouvrages de Dames

Et ce superbe clin d'oeil final de Véronique ! Pour une raison évidente, elle me faisait envie depuis longtemps cette boîte de fil de la Samaritaine, et plus précisément de son comptoir d'Ouvrages de Dames. Et elle m'arrive avec ses écheveaux, ce qui est inespéré.

Après vous avoir montré en détail le surprenant cahier d'Elisa, voici donc terminé ce tour d'horizon du début d'année. Merci à tous mes gentil(le)s correspondant(e)s du nouvel an. Adieu joli mois de janvier, je t'attends de pied ferme l'année prochaine ;-)

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15 novembre 2015

Nénette et Rintintin

Quand tous les jeux semblent épuisés, il faut encore aux grandes personnes des trésors d'imagination pour répondre au lancinant "J'sais pas quoi faire" lancé par des enfants butés, cherchant sans conviction à s'occuper. Arrive alors le moment où l'on ressort les restes de laines multicolores qui se transformeront en pantins plus ou moins réussis : l'art de faire quelque chose à partir de rien ! Fabriquer des Nénette et des Rintintin, voilà bien une occupation qui a traversé les générations... sans d'ailleurs qu'elles en connaissent toujours l'origine.

Nénettes et Rintintins

Les enfants de Poulbot

Tout commence en 1908, avec un Francisque Poulbot assez remonté contre les poupées proposées alors aux petites filles : le plus souvent des fabrications Made in Germany (trahison !), auxquelles il trouve un air uniformément idiot. En fin observateur des titis parisiens, il décide de s'en mêler en modelant dix-huit poupées aux caractères bien marqués, à l'image des enfants à qui il les destine. Il fait sensation en présentant cette année-là au Salon des Humoristes "ses poupées d'une invention ravissante, émouvante même, je risque le mot, avec leurs tignasses emmêlées et leur mines de papier mâché" (Gil Blas 10 mai 1908). "Avec lui, la poupée d'art entre dans un mouvement nouveau et qui est personnel à Monsieur Poulbot." (Gustave Kahn - La femme dans la caricature française).

Mais, comme Poulbot le dit lui-même, "la guerre a tout dérangé" : seuls deux de ses enfants auront le temps d'être produits en série par la Société Française de Fabrication des Bébés et Jouets, avant que le monde ne soit précipité dans la première tourmente du siècle.

Poupées PoulbotCatalogue d'étrennes des Magasins du Louvre en 1913 et poupées vendues par la maison Theriault's

Étonnamment modernes, ces bouilles-là détonnent au milieu des visages de porcelaine aux yeux écarquillés et à la bouche ouverte trônant dans les vitrines des magasins de jouets. Elles s'appellent Nénette et Rintintin mais, dans le petit monde de Poulbot, Nénette est le garçon, Rintintin est la fille : il se murmure que ce sont les noms tendres que son épouse et lui-même avaient coutume de se donner.

Seulement l'époque n'est pas propice au lancement d'une nouvelle gamme de jouets. Les deux Poulbotes en restent donc à une fabrication et une diffusion fort restreintes.

Trois mois de folie

Passent quatre années de guerre... et tout à coup, au printemps 1918, Nénette et Rintintin sont sur tous les cœurs, leur nom refleurit sur toutes les lèvres ! Ils reviennent en force, cette fois-ci sous la forme de deux minuscules fétiches de fil, parés de toutes les vertus protectrices contre les dangers de la guerre.

CPA Nénette et Rintintin

Bien malin qui saura dire exactement quelles mains ont imaginé ces petites poupées de fil, d'à peine trois centimètres de haut. La presse s'accorde cependant à les faire naître dans le monde de la couture. Pourquoi alors ne pas s'en remettre à la jolie version racontée par le Carnet de la Semaine, dans son édition du 2 juin 1918 ? L'échotier évoque une mode lancée par Geneviève, petite main chez Paquin, qui après avoir fabriqué les pantins dans un écheveau de laine, se les passa autour du cou en disant : "Voilà Nénette et Rintintin, mes fétiches contre les Gothas. Une heure après tout l'atelier avait le fétiche, une semaine après, tout Paris"

Le fait est que la mode de ces gris-gris de laine se répand comme une traînée de poudre. L'amoureuse les confectionne pour protéger son fiancé parti combattre au front, la maman les suspend aux voiles du berceau pour veiller sur le sommeil de son bébé, les plus bravaches les arborent à leur boutonnière... on ne sait jamais !

Nénette et Rintintin échappent à Francisque Poulbot, un peu à son corps défendant. Car il retrouve ses jolis petits mômes transformés en sommaires pantins de laine, Nénette devenue la fille et Rintintin le garçon. Il leur est même né un enfant qu'on appelle le petit Lardon ou encore Radadou, bientôt transformé en Roudoudou. Mais il rend bien volontiers les armes devant cette irrésistible vague envahissant la capitale. Il s'en explique, dès juin 1918, dans une chronique publiée par Le Journal et qui sera reprise dans son livre Encore des gosses et des bonhommes.

Poulbot - Encore des gosses - Histoire de Nénette et RintintinPoulbot - Encore des gosses et des bonhommes - Source Internet Archive

En ce printemps 1918, il n'est pas un journal qui n'évoque les idoles du jour. Pour les uns, ils sont "les petits soldats de la bonne chance", pour les autres la protection ultime contre les bombes des Gothas et les obus à longue portée de la grosse Bertha. Guillaume Apollinaire lui-même livre son interprétation du phénomène dans sa chronique de juillet au Mercure de France : "C'est peut-être la première fois que, depuis le fil d'Ariane, l'homme met sa confiance dans quelques brins de laine, de fil ou de soie. (...) Nénette et Rintintin sont les premiers dieux nés au XXème siècle".

Nénette et Rintintin - Presse 1918Petit florilège de la presse en 1918 : Les Annales Politiques et Littéraires du 2 juin
la couverture de La Baïonnette du 4 juillet - Le Figaro du 21 mai

Nénette et Rintintin - Presse 1918 2Fantasio du 1er juillet - Le Petit Parisien du 27 mai - Le Cri de Paris du 7 juillet
source Gallica

Enfin, la capitale est en émoi... Rapidement le commerce s'empare des deux pantins, même s'il se dit qu'acquis à prix d'argent, Nénette et Rintintin perdent leur pouvoir de protection. On fabrique les talismans de laine chez Madame Zizette, modiste, ainsi que chez ses consœurs : "Les Rintintin qui sortent de cette pépinière ont une grosse tête avec des yeux naïfs en perles blanches ou noires. La jeune Nénette porte dans les cheveux un magnifique nœud de ruban assorti à la couleur de son corps." (La Baïonnette - 4 juillet 1918). Dès mai 1918, Le Musée et l'Encyclopédie de la Guerre recense pour les collectionneurs les objets à surveiller. Nous savons grâce à cette liste qu'on fabrique des breloques à 65 et 95 centimes, des médaillons doubles en verre renfermant les deux fétiches de soie, des bijoux en métal de prix et toutes sortes de bibelots : statuettes, jetons, objets peints ou brodés...

Et les cartes postales, bien sûr ! Il existe un nombre impressionnant de séries mettant en scène les petits fétiches.

Nénette et Rintintin les protecteurs

Les chansonniers ne sont pas en reste, habitués qu’ils sont à se saisir de l’air du temps. On met Nénette et Rintintin en vers, en ritournelles, les revues fleurissent à l'affiche des théâtres, aux Bouffes-Parisiens, aux Folies Bergères et au café-concert de la Gaîté-Rochechouart.

Nénette etRintintin - ChansonsBulletin de la chambre syndicale des pharmaciens de la Seine de 1918
Les Annales Politiques et Littéraires du 23 juin 1918
source Gallica

On trouve même des gens sérieux pour les analyser, le temps de causeries présentées comme des conférences, ou une société savante qui publiera à son bulletin de 1919 une étude de plus de vingt pages sur le sujet.

Le soufflé retombe

Mais aussi rapidement qu'a surgi la faveur, enfle le vent de la critique. Les esprits forts voient les petits talismans comme "les ultimes gris-gris surgis des bas-fonds de la superstition" (Journal des réfugiés du Nord du 29 mai) ou titrent "Nénette et Rintintin porte-malheur" en constatant perfidement que depuis qu'ils ont envahi Paris, toutes les catastrophes semblent fondre sur la Capitale (Les Annales Africaines du 15 juillet).

CPA Nénette Rintintin famille

Il se trouve évidemment des moralistes pour mener une attaque en règle contre la fabrication des pantins de laine, allant jusqu'à y voir une organisation du gaspillage portant atteinte aux intérêts de la Nation. "Dans l'été 1918 la laine devenant de plus en plus chère, ce fut en laine que des fabricants ingénieux composèrent les ridicules petites amulettes contre les bombardements aériens, que les Parisiens appelèrent "Nénette et Rintintin". Bref, dès que la guerre rendait une marchandise rare et chère, et que par conséquent l'intérêt individuel et national en demandait impérieusement l'économie, la mode en faisait au contraire instinctivement une élégance de luxe, au mépris de tout intérêt et même de tout patriotisme, mais au grand bénéfice d'industriels peu scrupuleux." (La Revue Philosophique)

La presse catholique est la plus virulente à combattre "Les poupées dangereuses", ainsi que les présente La Croix. Henry Reverdy y fustige sans guère de retenue Nénette et Rintintin, subitement devenus le symbole "de la superstition et de l'ignorance qui habitent les âmes modernes".

Nénette et Rintintin La CroixLa Croix du 26 juin 1918
source Gallica

Après trois mois de ce vent de folie, le soufflé retombe aussi vite qu’il est monté et la rentrée de septembre voit les petites poupées sombrer dans l’indifférence. Le plus clairvoyant sur le sujet est peut-être Henry Jagot qui, dès le mois de mai, prédisait dans Le Parisien : "La vogue des deux fétiches est devenue si grande qu'on en peut prévoir la fin. Les superstitions parisiennes n'ont qu'un temps."

Et puis l’automne de cette année-là, c’est surtout celui de l’armistice. La France mettra bien du temps à reprendre pied dans une vie pacifiée mais l’armistice, c’est la promesse de revoir ceux des soldats qui ont gardé la vie, la fin des bombardiers dans un ciel menaçant et des canons à longue portée encerclant la capitale, la fin des sirènes et des descentes aux abris à toute heure du jour et de la nuit.

A quoi bon des fétiches, puisque le péril semble bel et bien écarté ? "Le danger disparu, l'esprit critique, selon la culture de chacun, reprenait ses droits et, sans les renverser, reléguait cependant les petits dieux dans le capharnaüm intime de la pensée" (Les Annales Politiques et Littéraires - 15 octobre 1927)

Ce qui en reste

De ce court emballement vite balayé par d'autres modes, il restera cependant des traces durables : une vedette de cinéma et deux petits pantins ressurgissant régulièrement dans la presse enfantine, y compris bien loin de leur terre natale.

• 26 films et une série télé

A la toute fin de la guerre, le caporal américain Lee Duncan recueille deux chiens d'une portée de bergers allemands découverte dans les décombres d'un chenil, près de Saint-Mihiel où a combattu son unité. Il les baptise Nénette et Rintintin, pour évoquer les petits pantins de laine que les enfants lorrains offrent aux soldats alliés en guise de porte-bonheur. Nénette meurt pendant la traversée de retour mais Rintintin, arrivé sain et sauf en terre américaine, fait vite preuve de capacités exceptionnelles qui le conduiront tout droit vers les plateaux de cinéma.

Lee Duncan et Rintintin

Il jouera les stars jusqu'en 1932, avant de revenir en France pour être enterré au cimetière animalier d'Asnières-sur-Seine. Mais son personnage occupera l'écran bien plus longtemps, incarné successivement par des acteurs canins donc certains seront ses descendants.

Rintintin & Rusty

La popularité de Rintintin lui ouvrira les portes des souvenirs de Georges Perec, au n°197 : "Je me souviens des films avec le chien Rin-Tin-Tin, et aussi de ceux avec Shirley Temple, et aussi des poésies de Minou Drouet"

les petites mains de La Semaine de Suzette

Dès octobre 1918, Tante Jacqueline propose à ses nièces de réaliser "un abat-jour artistique en timbres-poste". Les petites lectrices sont invitées à découper la silhouette de trèfles à quatre feuilles qu'elles combleront par des timbres-poste piquetés puis à mettre Nénette, Rintintin et Radadou en vedette de leur ouvrage dans trois grands médaillons de papier calque. Je vous fournis toutes les explications pour réaliser cet abat-jour porte-bonheur du meilleur goût, vous n'aurez pas d'excuse pour rater cette occasion (un abat-jour artistique, quoi !)

Nénette et Rintintin 1918-10-17

Puis nos fétiches sont à nouveau mis à l'honneur par La Semaine de Suzette, dix ans plus tard. L'heure du modernisme a sonné, l'usage de la voiture se répand, alors on propose cette fois-ci aux petites Suzette de réaliser des fétiches pour l'auto, dont une superbe Nénette. On l'accompagnera cette fois-ci d'un Tonkinois fait de cacahuètes et de bouchons ou d'un Pierrot bourré de son...

Nénette et Rintintin 18-02-1916

les petites mains américaines

Cependant la fabrication des poupées de laine n'est pas restée une occupation manuelle seulement destinée aux enfants d'ici. Faut-il voir dans les bricolages américains l'inspiration de nos fétiches de 1918 ? Ce n'est pas impossible car parmi les cartes postales immortalisant les petites idoles, des séries entières ont été conçues pour les soldats anglophones afin qu'ils les envoient à leur famille.

Nénette et Rintintin - CPA franco-américaines

Toujours est-il qu'en 1953, un livre d'occupations manuelles pour les petits leur fournit la marche à suivre pour réaliser des poupées de laine, répliques exactes de nos amulettes.

Nénette et Rntintin - Make-it book

Un souffle de fil pour donner naissance à deux minuscules poupées, comme un pied de nez à tous les dangers : Nénette et Rintintin, c'est l'histoire d'un incroyable engouement qui a gagné Paris et la France entière à la vitesse de l'éclair. Internet n'existait pas : on dirait aujourd'hui que le buzz a fonctionné, tellement bien qu'il a traversé le siècle pour arriver jusqu'à nous.

Et vous, avez-vous fabriqué des Nénette et des Rintintin ? En faites-vous faire aux petits qui vous tirent par la manche pour mendier de l'occupation ? Si vous avez de la documentation ancienne ou plus récente sur le sujet, n'hésitez pas à me la faire passer, je serai ravie de la partager ici.

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23 septembre 2015

Sartel, enfin !

Nous avons récemment papoté sur Facebook au sujet de ces charmantes bobines de fil surmontées d'une tête de demoiselle coiffée, commercialisées par Sartel dans les années 60. J'avais depuis longtemps dans le stock un sac de ces jolies têtes, comme toujours avec l'idée d'en faire quelque chose (un jour). L'échange du color bag a été une nouvelle fois l'occasion de passer à l'acte. Il y avait donc, dans le sac offert à ma gâtée...

Pique-aiguilles Sartel

...un pique-aiguilles accroché à ce que je crois être une coiffe de Sablaise, sous votre contrôle ;-) Il est simplement constitué de quelques feuilles de vieux lin, prises en sandwich entre deux feuilles de cette soie écossaise qui m'a servi pour le sac.

Pique-aiguiles Sartel ouvert

Le seul petit truc à vous indiquer, c'est que j'ai percé la base de la tête pour y accrocher bien solidement mes feuilles. Je l'ai fait sans difficulté avec une aiguille un peu épaisse, chauffée à la flamme d'une bougie. Il faut seulement prendre la précaution de le faire en plusieurs fois, en retirant rapidement l'aiguille du plastique pour qu'elle n'y reste pas collée (ça sent le vécu ;-) .

Pour les collectionneuses, voici quelques images afin vous donner une idée de différents conditionnements dans lesquels ont été commercialisées nos fameuses têtes représentant les coiffes des provinces de France.

Sartel boîte bobines ronde

Sartel boîte Images de France

Sartel boîte bobines

Et en gros plan, cette liste assez intéressante parce qu'elle permet d'avoir une idée exhaustive des provinces représentées, aussi bien pour le fil coton que pour le fil tergal. Elle vous permettra de recenser les têtes qui manquent à votre série ;-)

Sartel liste bobines

Si vous voulez en savoir un peu plus sur les coiffes, vous pouvez aller voir ce livret aux fort jolies illustrations proposé sur le site de l'ICEM.

Bibliothèque du travail - Les coiffes

Ces coiffes des provinces françaises étaient bien dans l'air du temps à la sortie de la guerre, ce qui explique probablement que Sartel en ait fait le décor de ses bobines. Voilà ce qu'on proposait aux petites Suzettes comme travestissement pour la mi-carême 1947 :

Suzette 1947-03-13Semaine de Suzette du 13 mars 1947

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26 août 2015

Soie et dynamite = danger

Je ne résiste pas à l'envie de partager ce curieux télescopage, trouvé en cherchant autre chose (Oh ! ça va, hein, je suis bizarre mais pas à ce point-là... bien sûr que je ne cherchais pas "soie + dynamite" !). De l'intérêt de la sérendipité aussi dans les archives anciennes... Toujours est-il qu'en tournant les pages d'une délibération prise par le conseil général de l'Oise en août 1882, je tombe sur ça :

Dynamite et soie
source : Gallica

Remarquez, il se trouve que, toujours par hasard, ça m'arrange un peu : j'ai deux aïeux qui, au XIXème siècle, étaient mécaniciens à la compagnie du Nord et justement basés dans l'Oise. S'ils étaient partis en fumée à cause des cordonnets de soie, je ne serais peut-être pas là pour railler la prose pondue par les conseillers généraux de ce beau département ;-)

Il ne restait plus qu'à trouver ce fameux arrêté pour vous rassurer (n'est-ce pas que vous étiez inquiètes ?) : la dynamite était classée en première catégorie de danger, et "les cordonnets de soie teints en noir" (sic) en troisième seulement. Moyennant quoi ils devaient être "parfaitement lacés et complètement desséchés (...), emballés par paquets de 10 kilog. au maximum, dans des caisses à claire-voie" elles-mêmes placées dans des wagons bâchés.

Quel luxe de précisions sécuritaires… pour des écheveaux de soie !

Emballage des cordonnets
source : Internet Archive

Oui, je veux bien l'admettre, j'ai l'esprit d'escalier… et avec tout ça je n'ai toujours pas trouvé ce que je cherchais. En réalité je partais à la pêche aux renseignements sur une manufacture de soies établie à Chambly au XIXème siècle, et notamment sur sa marque de fabrique. Car j'ai encore une belle boîte à vous montrer... Est-ce que l'une d'entre vous a déjà entendu parler de cet établissement ?

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23 août 2015

Dans ma boîte, il y a un pont en X

Oui, je vous assure, j'en ai des trucs bizarres, dans mes boîtes… mais un pont en X, je ne savais même pas que ça existait !

Et pourtant, il y en eut bien un, en plein cœur de la ville du Mans. Il fut construit en 1898 au-dessus de la Sarthe, à l'initiative de l'ingénieur des Ponts-et-Chaussées, Louis Harel de la Noë.

pont en X 1

La première de ses branches permettait le passage du tramway départemental à vapeur et la seconde était réservée aux tramways urbains. Il jouxtait le pont Yssoir qui se retrouvait ainsi tout disponible pour les piétons et les premiers véhicules motorisés.

pont en X 2

Demeuré unique dans sa conception, le pont en X du Mans fut fort malheureusement dynamité juste avant la libération de la ville en 1944. Moins de cinquante ans… c'est court pour une vie de pont ! Mais pendant toute sa brève existence, il fut une célébrité dans son genre, et le symbole de l'innovation industrielle en laquelle croyait si fort le XXème siècle naissant. Les dizaines de cartes postales différentes qui montrent cette gloire locale sous tous les angles sont là pour en témoigner.

pont en X 3

En témoigne aussi ma boîte, donc. Vous imaginez bien que nos filateurs, toujours à l'affut d'une originalité pour baptiser une nouvelle marque, ne pouvaient pas laisser échapper si belle occasion ! Comme souvent, ma boîte ne paye pas de mine à l'extérieur, tout l'intérêt se niche à l'intérieur de son couvercle.

boite pont en X

Si vous examinez bien les cartes postales, vous constaterez que l'artiste a plutôt respecté fidèlement la réalité du site sur sa gravure, jusqu'à l'hôtel du Tunnel aujourd'hui disparu…

étiquette pont en X

Tout ceci a malgré tout un furieux air d'usine à gaz, mais ne riez pas trop, les Parisiennes, car vous y avez échappé de peu. Figurez-vous qu'Eugène Hénard, ci-devant urbaniste sévissant dans la capitale et glorieux inventeur des ronds-points (!), avait imaginé lui aussi son pont en X. Il devait franchir la Seine dans la continuité de la rue de Rennes, à l'époque où l'on envisageait de la prolonger jusqu'au quai de Conti.

Pont en X sur la Seine

Mais ce pont-là n'a jamais vu le jour, pas plus que le prolongement de la rue de Rennes, d'ailleurs. Vous êtes déjà bien assez punies avec le rond-point de l'Arc de Triomphe ;-)

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02 juillet 2015

La petite charmeuse et les soldats

C'est un mystère que ce carton publicitaire : je m'interroge depuis un petit bout de temps sur la logique qui a présidé au rapprochement de ces deux images...

La Charmeuse et les soldats

C'est un panneau de grande taille (il mesure 50 x 39 cm). L'image de la fillette représente visiblement une étiquette de boîte de fil, elle est d'ailleurs référencée comme telle dans la collection de la bibliothèque municipale de Lille, mais sans indication du filateur.

Ici il s'agit d'un calendrier bien qu'il ne subsiste aucune trace du bloc éphéméride. Car la mention comminatoire imprimée au dos du carton ne laisse planer aucun doute à ce sujet !

La charmeuse - calendrier

Le 25 juin 1895, la maison Crespel et Descamps déposait le nom de Carte Charmeuse au greffe du tribunal de commerce de Lille. Carte Charmeuse, fil A la Charmeuse, s'agit-il du même article ?

La charmeuse

En attendant, je peux enquêter tant que je veux,  je reste avec ma question de départ : quel rapport y a-t-il entre l'image bucolique de l'enfant mutine et la scène martiale représentant le thème principal du carton ? Quand j'étais petite et que je saoulais les adultes avec des questions sans fin, il y en avait toujours un pour craquer et finir par me répondre "C'est pour faire parler les curieuses, et ça marche très bien, la preuve !". Voilà, voilà, voilà...

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07 juin 2015

Mon petit prince à moi

Je ne sais pas encore quoi en faire, un tricot rose... mais lequel ? J'hésite : peut-être une étole d'été, un rectangle tout simple avec un beau point dentelle, et que je doublerais d'un liberty fleuri un peu tonique ?

Petit Prince

Pour le moment je vais mettre le coton en écheveaux et le laver, car il n'est pas très net et je n'ai pas envie de le travailler dans cet état. Ça me laissera le temps de cogiter mon affaire ;-)

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22 février 2015

Sérendipité

J'en ai compulsé, des archives photographiques, dans l'espoir de mettre enfin un visage sur le nom de Sajou ! A dire vrai, je rêvais (littéralement : je me suis réveillée un matin avec l'image très précise en tête ;-) d'une vieille carte postale avec toute l'équipe posant fièrement devant la maison de commerce de la rue Rambuteau, comme on en voit si souvent à l'époque. Comme les rêves ne sont pas tous destinés à devenir réalité, j'ai fait chou blanc sur ce point très précis...

Mais outre la photo de Jacques Simon, mon fouinage dans les vieilles images m'a permis de redécouvrir l'émouvant travail d'Eugène Atget. Autour des années 1900, ce photographe a fixé Paris sur la pellicule, avant que des pans entiers de ses vieux quartiers ne disparaissent au gré de la rénovation urbaine. Il donne notamment à voir des façades dévorées par la publicité au point que, parfois, plus un centimètre carré du mur d'origine n'est visible.

Au détour des albums, instant de grâce...

Atget - pub LV
source Gallica

Depuis 1877, Maurice Frings a racheté la société de fils à coudre LV, créée en 1841 par Louis Viarmé. La maison de vente de la marque est installée au 106 de la rue Saint-Denis, un peu plus haut que l'église Saint-Leu se trouvant à gauche sur la photo.

Aujourd'hui, le mur est vierge... Défense d'afficher ?

Rue Saint-Denis 2014
Balade via Google Maps

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05 février 2015

Rien à ajouter

Indestructible... Résiste même à l'action de l'acide ? Dur pour la concurrence... Ces vieilles publicités sont vraiment excellentes ;-)

Fil à la Caravane
Collection personnelle

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