27 avril 2017

Divine surprise

Confrontée à un état civil très fragmentaire dans la capitale, j'étais depuis quelques temps arrêtée sur un de mes ancêtres parisiens ; et un petit peu frustrée de ce blocage parce que la seule chose que je savais de lui avait de quoi me mettre l'eau à la bouche : en l'an VIII, à la naissance de sa fille Marie Marceline, mon arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-grand-père (promis, je ne le ferai plus) exerçait la profession de rubanier.

Mais on me l'a donc fabriqué sur mesure, celui-là !

Naissance Marie MarcelineArchives départementales de Paris - 5 Mi 1 / 112

Cependant je restais sur un goût de trop peu avec ce seul mot à me mettre sous la dent : d'où sors-tu, mon rubanier ? Et d'où te vient ce métier-là ?

Mais aucun problème n'existe qui n'ait de solution. Un peu de chance et le soutien d'un fin connaisseur des archives parisiennes plus tard, me voilà sur une piste qui m'entraîne loin de la capitale : je me retrouve avec tout une flopée de maîtres passementiers installés aux confins du Forez, entre Saint-Chamond et Saint-Héand.

Baptême Jean Marie 1750Archives départementales de la Loire - 1MIEC208X4

Je pars donc en voyage, tout au long du XVIIIème siècle et jusqu'au XVIIème, à la rencontre d'une nouvelle contrée, d'un nouveau milieu, d'un nouveau métier... Autant le dire tout de suite : ça va causer de passementerie dans la Loire, par ici ;-)

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19 mai 2016

Fanny Louise

Petit coup de blues en me baladant, ce dimanche, dans l'état-civil de Brest... Je cherchais une communarde et le hasard met sous mes yeux l'acte de naissance de Fanny Louise, "enfant naissant trouvé dans le tour de l'hospice civil de Brest" le 27 août 1827.

Naissance Fanny LouiseRegistre des naissances de la ville de Brest - 1E75

Des nourrissons laissés aux portes de la charité, il n'en manque pas dans les registres d'état-civil. Je ne sais pourquoi celui-là a attiré plus que d'autres mon regard, une certaine recherche dans sa layette peut-être ? On peut penser que ce n'est pas la misère qui a poussé à l'abandon de la petite fille et l'imagination se met en route...

Elle était vêtue d'une chemise garnie de mousseline et d'un pourpoint de napolitaine grise, enveloppé d'un drapeau et d'un tapis d'indienne de divers couleurs, coëffé d'un béguin et de deux bonnets dont un de taffetas blanc et l'autre d'étoffe bleu. Sur la poitrine de l'enfant, un billet ainsi conçu. On prie de donner à cet enfant le nom de Fanny-Louise, née à 5 heures du matin 27 août 1827.

Puisqu'il n'y a ni père, ni mère, il ne reste pour identifier Fanny Louise que l'étoffe qui la protège sans revendiquer pour elle aucune famille. C'est couverte mais démunie de tout le reste qu'elle fait son entrée dans le monde des humains...

Indiennes - Collection RichelieuIndiennes de la collection Richelieu - source Gallica

Il y a quelques années, une émouvante exposition présentait à Londres tous ces petits bouts de rien laissés sur les enfants abandonnés à la porte du London Foundling Hospital, dans le milieu du XVIIIème siècle. Soigneusement épinglés dans les registres, billets et fragments d'étoffe étaient supposés permettre aux mères de reconnaître leur enfant quand la vie de galère, peut-être, serait derrière elles. Un fol espoir que beaucoup ont dû nourrir mais que bien peu ont vu se réaliser : sur 16 282 bébés admis à l'hospice des enfants trouvés de Londres entre 1741 et 1760, seuls 152 ont pu être récupérés. Oui, les chiffres donnent le vertige...

Registres London Foundling Hospital
Registres London Foundling Hospital - vers 1750L'exposition Threads of feeling est toujours en ligne, profitez-en !

Si vous voulez allez plus loin sur le sujet, je vous conseille la série passionnante que le blog Les Petites Mains a consacré à la vêture des enfants trouvés et aussi le challenge AZ consacré, l'année dernière, aux enfants abandonnés de l'hospice de Joigny sur le blog Canopée : vingt-six billets pour offrir à ces petits, enfin, un instant de visibilité..

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10 janvier 2016

Bonnes résolutions

Non, je plaisante ;-) J'ai assez d'heures de vol pour savoir que les résolutions de début d'année sont celles qu'on ne tient jamais. Disons alors que ce sont plutôt des engagements pour me propulser les jours de paresse, ma liste des choses à faire cette année pour le blog.

La saga Sajou

Ça fait sept mois que j'ai laissé le récit de côté, mais les recherches progressent bien, grâce une aide précieuse dans les archives parisiennes. Je retarde de m'y mettre parce qu'il me semble qu'il y a toujours des zones d'ombre que je pourrais éclaircir. Mais j'y reviendrai en cas de nouvelles découvertes, maintenant il ne reste qu'à écrire !

Berlin Sajou

Les recherches généalogiques

Un récent commentaire sur les voeux de Marie Joséphine m'a remis en tête une proposition faite à l'occasion du marquoir de Noémie : une méthode pour vous permettre de sortir de l'ombre les petites brodeuses de vos marquoirs. Quand c'est possible, bien sûr, souvent il faut aussi accepter de les laisser dans l'anonymat parce qu'elles n'ont pas semé assez d'indices pour en savoir plus. Mais si on tient un fil pour détricoter l'énigme, quel plaisir ! Il ne s'agirait que de quelques pistes pour commencer et ensuite, à vous de jouer.

Signatures

Un nouveau projet récurrent

Voilà encore une idée envisagée lorsque j'avais arrêté les pique-aiguilles mais que j'ai fainéanté à concrétiser depuis deux ans : un nouveau projet au long cours. Il y aura de la couture, il y aura de la broderie, il y aura de l'Alsace, il y aura de la poupée Bleuette... les choses sont en train de mûrir, disons... un peu plus concrètement qu'auparavant ;-)

C'est dit, maintenant il n'y a plus qu'à s'y mettre !

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01 novembre 2015

La mercerie de Juliette

J’ai consacré une (petite) partie de mes vacances à faire le rat d’archives, pour compléter l'histoire de mes ancêtres. Je sais, je suis bizarre… Mais j’adore fouiller dans les vieux papiers et les vacances, c’est bien destiné à faire ce que l’on aime, non ?

Bref, j’ai exhumé des jugements, des contrats, des minutes notariales, tant et plus. Je passe sur les détails rébarbatifs pour en venir à ce qui concerne plus particulièrement le domaine du fil.

Il y a quelques temps, j’avais débusqué dans les vieux recensements une information ignorée des récits familiaux et qui m'avait mis un joli coup au coeur : j’ai une grand-mère mercière. Plus précisément, une arrière-arrière, ce qui nous renvoie à la fin du XIXème siècle. Bien davantage que de remonter très loin à des racines incertaines, voilà exactement le genre de découverte généalogique qui est de nature à me combler.

Recensement 1906Source : Archives départementales de l'Oise  6 Mp 206

Il faut dire que Juliette est encore bien identifiée dans l'histoire de la famille : elle fut la grand-mère chérie d’aïeules que j’ai eu la chance de connaître assez pour qu’elles m’en parlent abondamment, même si leurs souvenirs de petites filles n’avaient pas retenu ce détail-là. L'armoire de Juliette trône dans mon séjour dijonnais. Je conserve dévôtement ses lorgnons, une de ses boucles d'oreille et sa montre de gousset. Sa silhouette se dessine toujours au détour de quelques photos rescapées qui, pour la plupart, ne sont plus qu'à l'état de reliques.

Juliette

C’est donc une piste que j’avais hâte de suivre au-delà des premiers éléments disponibles sur internet mais je ne pouvais le faire qu'en me rendant sur place. En réalité, mes ancêtres ont tenu successivement deux affaires à Creil. La première était un commerce de tout et de rien, droguerie, tabac, épicerie, bazar, mercerie et qui faisait même débit de boissons. Six tables, ça n’allait pas bien loin…

Je le sais grâce à l’acte de vente de ce fonds de commerce, retrouvé dans les minutes de leur notaire à l’année 1894. A mon grand ravissement, mais fort logiquement, cet acte de vente comporte l’inventaire exhaustif du mobilier et de la marchandise repris par les acquéreurs.

Vente fonds 1894 - mobilierSource : Archives départementales de l'Oise 2 E 79/24

Paquets de tripoli, bougies de salon, chicorée Étain,  chocolat Menier, boîtes de langouste et petits beurres, pétards à la douzaine, brosses à fourneaux et balais à goudronner, fleur d'oranger et eau de mélisse, graines de lin, cassonade, dragées et pralines,  bottes de filasse, Curaçao blanc, crème d'angélique et sirop de groseilles :  à chaque nouvelle ligne, j’ai l’impression de m’avancer un peu plus dans leur boutique, je peux pratiquement sentir l’odeur des marchandises connues ou insolites, j’imagine les boîtes empilées sur les étagères, les tonneaux, les mesures, le papier bleu qui emballait les morceaux de candi… Vous vous rappelez l’extrait de Giono que j’avais évoqué il y a deux ans ? Il me semble presque y être ;-)

Et bien sûr, je ne me tiens plus de bonheur en arrivant aux plus jolies des fournitures :

Vente fonds 1894 - mercerie 1

Vente fonds 1894 - mercerie 2Source : Archives départementales de l'Oise 2 E 79/24

Je ne vois que des articles qui parlent à l'amoureuse de mercerie que je suis. Cette partie-là de l’inventaire, j’ai bien envie de la reconstituer « pour de vrai ». Il faudrait certes éclaircir cette histoire de cornettes et d'agréments... mais ça devrait pouvoir se faire ;-) Et puis quel joli objectif pour une collectionneuse !

Comme la recherche généalogique est sans fin, je n’ai pour le moment retrouvé que l'état de marchandises de leur premier commerce. Or Juliette a ensuite tenu seule une mercerie, laissant son Eugène se lancer de son côté dans les assurances. Mais les documents de ce magasin-là se dérobent à moi pour le moment. Que vais-je y découvrir quand je mettrai la main dessus ?

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12 juillet 2015

Secrets de fabrication

Violine se demandait, sur le billet de mercredi dernier, si j'avais retrouvé la trace de la petite Noémie qui avait brodé un si joli marquoir dédié à sa maman. Je me suis dit que c'était peut-être l'occasion de vous expliquer comment j'aborde l'écriture de ce type de billets.

Si je prends par exemple le marquoir d'Eugénie Rigaud, il contient tous les éléments nécessaires à son identification : Eugénie a 11 ans en 1915, elle est donc née vers 1904 à Solliès-Pont. Je trouve bien dans l'état-civil de cette commune une Eugénie Rigaud, née le 26 juillet 1904. Je vérifie par précaution dans les tables décennales de la commune qu'aucune autre enfant portant ce nom n'est déclarée entre 1903 et 1905, pour éliminer une peu probable mais toujours possible homonymie. Je considère finalement que mon marquoir peut sans équivoque être attribué à la fillette que je viens de trouver.

A partir de là, je déroule le fil et je cherche à en savoir le plus possible sur ma petite. Je remonte les actes de l'état civil sur plusieurs générations, ce qui me permet de dire qu'elle est bien d'une famille paysanne (voilà qui n'a rien d'étonnant à l'époque !) : Joseph Gavot, par exemple, son arrière-arrière-grand-père, était déjà cultivateur. Et puis je cherche dans son environnement plus proche : elle a bien une grande soeur, Charlotte, née six ans avant elle. Pour la petite histoire d'ailleurs, Charlotte a été déclarée née de père inconnu quatre ans avant le mariage de ses parents, qui l'ont reconnue à cette occasion comme l'enfant du couple.

Naissance Charlotte Rigaud

Bref je réunis le plus possible d'éléments autour d'Eugénie. Je ne les utiliserai pas tous, je ne vous donnerai pas tous les détails factuels car ce que je veux, ce n'est pas écrire un article de généalogie pointue mais replacer le marquoir dans son contexte. Cependant j'essaie de ne pas extrapoler et d'utiliser uniquement des éléments avérés. Par exemple, j'ai vérifié dans le dernier recensement disponible la composition de la famille : a priori le ménage est composé uniquement des parents et des deux filles. Ainsi je ne parlerai pas de frère, mais de cousins partis à la guerre.

Rigaud recensement 1906

Quand j'écris le billet, je n'ai pas encore le feuillet matricule d'Auguste, je ne connais donc pas avec précision ses états de service pendant la guerre. J'ai juste pu vérifier qu'il ne figurait pas dans la base des morts pour la France de la première guerre mondiale. Je dis donc simplement qu'il appartient à une classe d'âge partie à la guerre dès les premiers jours de la mobilisation. Rappelez-vous, je vous avais proposé un complément quand j'avais mis la main sur ce fameux registre matricule qui me permettait d'avancer une interprétation plus étayée du bateau brodé par Eugénie sur son marquoir.

Registre matricule Auguste Rigaud

Dans le cas de Noémie en revanche, j'ai choisi de raconter une histoire plutôt que d'être factuelle, justement parce que j'ai peu d'éléments. Je connais simplement la provenance de ce marquoir, trouvé en Isère, et j'ai repéré sur la commune iséroise du Gua la naissance d'une petite Noémie Ardoin-Fallut, le 1er août 1859. Ça peut correspondre à mon marquoir, mais à ce stade je considère que j'ai trop peu d'éléments pour l'affirmer avec certitude.

naissance Noémie

Je choisis donc de m'appuyer sur l'histoire de Noémie Fleurine (Fleurine, quel merveilleux prénom !), mais il serait risqué de vous la présenter à coup sûr comme l'auteure du marquoir. J'ai regardé la situation du Gua, à une trentaine de kilomètres de Grenoble, où se tient bien à l'époque une foire des Rameaux : ce sera mon point de départ pour rêver au chemin qu'ont pu prendre ces belles soies jusqu'à l'aiguille de ma petite paysanne. Oui, une famille paysanne... encore !

Voilà donc la "cuisine" qui se cache derrière les billets de la catégorie "Un ouvrage, une histoire. Pas seulement eux d'ailleurs, j'ai par exemple beaucoup de documents sur la vie de M. Sajou que j'ai utilisés pour raconter l'histoire de sa vie, mais sans entrer dans les détails pour ne pas vous noyer sous des précisions qui ne me semblaient pas d'un intérêt primordial.

D'ailleurs j'y pense : est-ce que ça vous intéresserait que je vous propose une recherche concrète, à partir d'un marquoir, pour identifier tous les éléments des archives nécessaires à sa documentation ? Il y a déjà pas mal de choses en ligne pour les débutants en généalogie, mais tellement justement que ça peut parfois être un peu difficile de s'y retrouver quand on n'y connaît rien. Un pas-à-pas "spécial collectionneuse", ça vous servirait ?

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