19 juin 2016

Attaches pour le linge

Le comptoir des rubans du Bon Marché, ça devait vraiment valoir le déplacement !

Attaches Bon Marché

Des attaches pour le linge, ça ne me servirait pas à grand chose étant donnée mon aversion pour le repassage. Ça ne m'empêche cependant pas de fantasmer sur des armoires profondes remplies de piles de draps bien ordonnées. Mais des attaches aussi fines et délicates, j'imagine qu'elles servaient plutôt du côté de la lingerie, non ?

Attaches pour le linge linge

Attaches linge noeuds

Bien sûr, ce n'est pas la première fois que je vous parle du Bon Marché : il y a déjà eu ce billet et aussi celui-ci.

Posté par OuvragesDeDames à 07:12 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
Tags : ,


03 mars 2016

Diane Savona

Enorme coup de coeur ces jours-ci pour Diane Savona, une artiste qui porte sur les textiles usagés un regard d'archéologue. Elle parle d'artefacts, de fossiles, de strates, de specimens pétrifiés... La vie affleure cependant dans chacune de ses oeuvres. Elle déconstruit les vêtements, elle torture les tissus et les objets pour faire parler leur âme secrète ; la vérité retenue par les fils de la toile émerge alors mais le mystère demeure qui permet à chacune d'y lire ce qu'elle veut.

"Le linge parle à notre imagination et à nos sens" : en voyant le travail de Diane Savona, j'ai repensé à cette phrase brodée par Denise sur son merveilleux drap d'Anna...

Diane Savona Fossil Garment # 6Diane Savona - Fossil garnment #6

Je veux faire du "Diane Savona", là, tout de suite... les idées se bousculent et je commence déjà à brasser les reliques familiales : ce n'est pas comme si j'avais déjà des projets en cours que je me suis promis de mener à bien avant d'attaquer quoi que ce soit de nouveau ;-)

Posté par OuvragesDeDames à 06:18 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags : ,

20 septembre 2015

Recyclage de chemise

J'avais depuis longtemps mis de côté quelques vieilles chemises avec l'intention de les transformer en sacs, attirée par les réalisations de Lili Pain d'Épices  ou bien de Si un mas m'était conté  Et bien sûr, les chemises s'empilaient gentiment sans qu'aucun sac ne voit jamais le jour…

C'est pourquoi notre échange a été une belle occasion de passer à l'action. En plus j'avais un peu un boulevard devant moi, car j'ai quelques goûts en commun avec la gâtée que m'a désignée le sort ;-) A commencer par les vieilleries et le rouge.

J'ai donc sorti du stock une chemise à la fois assez grossière pour que le sac soit résistant et assez travaillée pour qu'il soit flatteur, un vieux fermoir de bourse et un métrage d'une étonnante soie à recouvrir les ombrelles, présentée en lés étroits d'à peine quarante centimètres.

Sac Sylvaine

J'ai un peu tâtonné pour ce premier essai, j'ai dû recouper et reprendre les coutures car je n'ai pas trouvé d'emblée un équilibre satisfaisant. Là-dessus je n'ai pas tellement de trucs à vous donner, car évidemment tout dépend de la forme de la chemise qu'on utilise. Je me suis simplement rendu compte que pour la coupe des côtés, il fallait démarrer juste à l'encolure, sans rien conserver au niveau des épaules. Comme ma chemise était en trapèze, j'ai coupé les côtés en biais en conservant dans le bas toute l'ampleur que j'ai ensuite réduite en fronçant les côtés, avant d'incruster un fond de forme ovale.

InitialesLe subterfuge à deux balles quand on n'a pas une chemise aux bonnes initiales ;-)

Je peux en revanche vous détailler un peu plus le montage de la poche, reproductible avec toutes sortes de fermoirs, y compris les modernes bien entendu. J'ai réalisé uniquement une moitié de bourse en réalité, que j'ai ensuite appliquée sur le fond de sac.

Poche ouverte

Le patron

J'ai pris l'empreinte de l'arrondi du fermoir et je lui ai ajouté un demi-centimètre pour obtenir la marge qui me permettrait ensuite de le coudre sur l'intérieur du fermoir. Puis j'ai ajouté un centimètre sur chacun des deux côtés verticaux pour l'aisance. J'ai ainsi obtenu la forme finale de ma poche.

patron 1
Évidemment, mon patron ne vous sert à rien,
c'est juste pour vous montrer comme vous adapter au fermoir que vous avez !

Comme je ne voulais pas avoir de coutures sur les côtés pour éviter au maximum les surépaisseurs au moment d'appliquer la poche sur le sac, j'ai choisi de la couper en un seul morceau et de placer la couture au milieu du dos. J'ai donc complété mon patron par un demi-devant de chaque côté pour former la doublure intérieure de la poche. J'ai finalement coupé mon tissu en prenant soin de laisser une valeur couture tout autour de mon tracé rouge.

patron 2

La couture

J'ai ensuite plié mon tissu sur les pointillés et réalisé les coutures à la machine : la couture verticale à l'intérieur de la poche en laissant une ouverture pour la retourner, puis celle du bas et celle de l'arrondi du haut.

J'ai cranté l'arrondi et dégarni les angles, j'ai retourné la poche et j'ai fermé l'ouverture à points glissés. Après avoir bien tout applati au fer, j'ai obtenu une poche parfaitement nette que j'ai fixée sur une moitié du fermoir avec du fil de lin bien solide. Je l'ai ensuite bâtie en place et je l'ai appliquée sur le sac au point de Paris.

Il ne me restait plus ensuite qu'à fixer bien solidement l'autre partie du fermoir sur le sac, toujours à point arrière avec du fil de lin.

Poche devant - détails

J'ai ensuite monté pour la doublure un "sac-bis" que j'ai glissé à l'intérieur du premier, envers contre envers, avant de le fixer tout autour de l'encolure à petits points glissés.

Posté par OuvragesDeDames à 07:05 - - Commentaires [33] - Permalien [#]
Tags : ,

25 juin 2015

Chiffrer et marquer

Chiffrer le linge est non seulement d'ordre, mais c'est encore une question de coquetterie. Ces initiales courantes ou travaillées, dont la fantaisie vient s'ajouter à la richesse de la lingerie, c'est un cachet d'élégance et de recherche posé sur les objets du trousseau, c'est le sceau définitif qui indique la perfection d'un travail.

Il y a deux expressions consacrées pour désigner les formes diverses de ces broderies. L'initiale est dite chiffrée, lorsqu'elle est brodée ; elle est dite marquée, lorsqu'elle est faite au point à la croix. Le beau linge de corps ou de maison est chiffré, alors que le linge courant est marqué.

Le linge simple peut parfois être chiffré, mais à condition que les lettres soient petites et les broderies courantes et très simples. La pose des initiales et des monogrammes varie suivant qu'on le chiffre ou qu'on le marque.

Linge chiffré

Quelles initiales choisir ? – Le linge de corps se marque, pour l'homme, aux initiales de son prénom et de son nom ; pour la femme, aux initiales de son prénom et du nom de son mari.

Le linge de maison se marque aux deux initiales des noms des deux familles ; le nom de l'homme est placé le premier. Lorsque les chiffres sont entrelacés, l'initiale de l'homme domine par une broderie plus épaisse, plus en relief. Le linge des enfants est marqué de leur prénom et de leur nom de famille. Le prénom seul de l'enfant est parfois marqué sur le linge.

Alphabet A-D

La place occupée par les initiales brodées. Linge de maison. – Les nappes se chiffrent au milieu, lorsque la nappe est de dimension moyenne. Si elle est de grande dimension, on fait la broderie double ; c'est-à-dire qu'on brode les initiales à deux endroits distants à peu près de 20 à 30 centimètres chacun du milieu de la table. On peut aussi poser ces broderies aux coins opposés de la nappe, à 10 centimètres environ au-dessus de l'ourlet. Les serviettes se brodent soit au milieu, soit à l'angle. Les nappes à thé, les serviettes à thé, les chemins de table se chiffrent au centre ou dans un coin, mais ce chiffrage n'est pas nécessaire. Les serviettes de toilette, les serviettes éponge se brodent au centre ou au coin. Les draps se chiffrent au-dessus de l'ourlet, à 15 ou 25 centimètres au-dessus du plus large ourlet. Les taies d'oreiller sont chiffrées d'initiales placées à 15 ou 20 centimètres au-dessous du sommet, suivant leur longueur. On peut aussi placer les initiales de biais ou droites sur le coin gauche de l'oreiller.

Alphabet E-H

La place occupée par les initiales marquées. Linge de maison. – Les torchons se marquent en haut, au-dessous de l'ourlet, dans le coin à gauche ; les serviettes de toilette, les nappes, les serviettes de table, les essuie-mains, de même. Les tabliers, au coin avec lisière à gauche. Les taies d'oreiller, à gauche sur l'ourlet des boutons.

Alphabet I-L

La place occupée par les initiales chiffrées. Linge de corps. – Les chemises de femme se chiffrent à gauche, sur la poitrine, un peu avant le dessous de bras. Les chemises de nuit, les combinaisons, de même. Les pantalons et les jupons, à l'endroit de la ceinture, à gauche de la couture du milieu. Les mouchoirs au coin.

Dans certains trousseaux fantaisie, nous voyons les initiales brodées au bas du pantalon ou sur l'ourlet de la chemise et de la chemise de nuit.

Les chemises de nuit d'homme se chiffrent à gauche, sur la poitrine, ou à chaque coin du col rabattu. Les chemises de jour, sur le côté gauche ou sur la patte. Les caleçons, à l'endroit de la ceinture, du côté des boutons. Les serviettes de toilette, les serviettes éponge se brodent volontiers d'un chiffre en coton rouge. On brode ainsi de même les torchons d'office, en indiquant leur destination : verres cristaux, porcelaines, meubles, essuie-mains, etc.

Alphabet M-O

La place occupée par les initiales marquées. Linge de corps. – Les chemises de femme devant, au bas de la patte, ou encore sous le bras à gauche. Les combinaisons, les chemises de nuit, sous le bras. Les pantalons et les jupons, à l'intérieur de la ceinture, au milieu, à gauche. Les chemises d'homme, sur la patte. Les gilets de flanelle, en bas et sur l'ourlet qui retient les boutons. Les caleçons, à l'envers de la ceinture, à l'endroit des boutons. Les bas et les chaussettes, en haut à droite de la couture.

Pour le chiffrage du linge riche, on se sert surtout du coton blanc ; cependant, pour le linge d'homme : chemise de jour ou de nuit, mouchoir, etc. On prend souvent des cotons de couleur harmonisés aux coloris des dessins. On peu ainsi multiplier les variétés des monogrammes en différenciant les coloris ; par exemple, deux lettres seront de couleur dissemblables, avec fond d'une troisième couleur. Un ensemble élégant est donné par une lettre bleu foncé, une autre orange, sur fond bleu azur.

Les lettres au point de marque se font généralement au coton rouge.

Alphabet P-S

Les numéros. – Lorsque le trousseau est très important et réclame une classification spéciale, on ajoute un chiffre aux initiales pour classer les douzaines par numéros. Cette division est indispensable dans les maisons où il y a un nombreux personnel et où l'on reçoit beaucoup, pour le linge de maison et celui d'office.

Alphabet T-V

Album d'alphabets et de monogrammes - N°2 (c. 1920)
Édition du Petit Écho de la Mode

Un petit ajout parce que je crains de ne pas avoir été assez explicite : dans ce texte aucun mot n'est de moi ;-) Je me suis contentée de recopier à l'identique l'extrait d'un article du Petit Écho de la Mode qui me semblait plein d'enseignement : les travaux (hum... le rangement qu'ils m'imposent, surtout) me font faire pas mal de redécouvertes ! Je pense d'ailleurs trouver sur le même sujet d'autres sons de cloche, je vous en ferai profiter également.

Je ne suis pas sure que j'aurais consenti à écrire ceci tout à fait à l'identique. Un indice : § 5 ;-)

Posté par OuvragesDeDames à 06:26 - - Commentaires [30] - Permalien [#]
Tags : , ,

09 avril 2015

Outrage

Mêmes lieux, deux artisans différents à vingt ans d'écart... la même mésaventure ! Un soir de la semaine dernière, je suis rentrée à la maison pour trouver mon parquet protégé avec un drap qui me semblait ne pas être tout à fait ordinaire. Je crois qu'en voyant ma tête, le peintre a tout de suite compris la menace qui le guettait ;-)

Drap

"Oui, je sais ce que tu vas me dire... c'est pas ma faute, c'est une dame chez qui j'ai travaillé qui me l'a donné..." OK, j'avoue : j'ai un peu surjoué la colère. Mais le forfait ne pouvait pas rester impuni : il n'est pas reparti avec son drap.

Drap détails

Seulement maintenant je suis bien embêtée car je ne vois pas trop ce que je peux en faire. Un tour en machine à laver, c'est sûr, et ensuite ? Si sauvetage il y a, il ne pourra être que très parcellaire. Mais il y a un monogramme bien brodé, un métrage assez conséquent de jours Venise très réguliers et encore solides. Alors il y a forcément une carte à jouer, j'en suis sure !

Posté par OuvragesDeDames à 06:19 - - Commentaires [39] - Permalien [#]
Tags :

22 mars 2015

Mauvaise humeur

C'est celle qui est la mienne ces jours-ci où je suis plongée dans le tri et le rangement alors qu'il y a (évidemment !) tant d'autres choses que je préférerais faire. Mais cette fois-ci, je n'ai pas le choix : il faut vider pour faire place nette au peintre... et il ne va pas jouer du pinceau dans mon capharnaüm ! J'exhume, je vide, je trie, je jette (un peu) (un tout petit peu) et je remplis des caisses. Mais comment peut-il sortir autant de choses d'un si petit espace ?

caisses

Je suis quand même assez mono-maniaque : ce n'est que du linge, des vieilleries, de la mercerie ou du papier qui lui est consacré. A part l'espoir d'un monde un peu meilleur dans un appartement un  peu (!!!) plus propre, le seul avantage est que je fais des (re)découvertes qui m'étonnent moi-même. Ah bon ? J'avais tant de monogrammes brodés ? Des draps, des taies, des serviettes, des chemises...

Pour être sure de ne plus les oublier, je les répertorie et je les photographie avant de les mettre à l'abri. Tant qu'à faire de s'y coller, autant faire les choses correctement une bonne fois pour toutes. La photographie numérique, ça a du bon sur ce coup-là ;-)

Taies

Je tempère un peu mon énervement du moment en rêvant à la transformation de ce beau stock et à ce que je vais pouvoir en faire. Remplacer mes abat-jour qui commencent à être fatigués ? Ajouter des sacs à ceux que j'ai déjà pour pouvoir en changer chaque jour de l'année ?

Abat-jourUne chose intelligente, ce serait de reprendre enfin ce couvre-lit accidenté planqué dans un coin depuis des dizaines d'années. J'ai quelques carrés à refaire, seulement le motif central est assez bizarre : entre chaque rang de brides, il y a un rang de mailles serrées qui fait comme une petite crête. Je pensais crocheter en prenant ce rang de mailles serrées dans le brin avant du tour inférieur et ensuite repasser crocheter le rang de brides dans le brin arrière, mais après avoir essayé de concrétiser ce plan d'enfer, ça me semble assez infaisable.

Couvre-lit

J'ai quand même un indice, car j'ai récupéré la bête dans un grand sac qui contenait aussi une pelote entamée de coton Phildar Relais n°8. J'ai vérifié et j'ai de la chance : c'est un article qui se fait toujours. Quant au modèle, il serait peut-être des années 70/80.

Je ne suis quand même pas la seule à entasser des "choses qui peuvent servir", rassurez-moi ! Alors peut-être aurez-vous sur vos étagères le catalogue vintage dont est issu ce modèle. Ou alors juste une idée de la manière dont se fait cette petite crête entre les rangs si vous êtes plus débrouillée que moi en crochet. Ça me suffirait je pense, car les mailles sont faciles à compter sur un carré existant.

carré crochet

Vous m'aidez à sauver mon couvre-lit ? Quand je pense à toutes les heures de travail qu'une main anonyme a déjà passées sur cet ouvrage, je n'ai pas le coeur à le laisser dans cet état...

Edit : le temps d'une promenade pour accomplir mon devoir électoral,  je me retrouve avec plein de pistes sur ma bouteille à la mer, vous êtes incroyables ! Je crois qu'Élisa m'a fait passer quelque chose d'approchant, il faut que je fasse des essais mais pour le moment... je vais surtout faire le nécessaire pour nourir mes invités, sinon, aïe aïe, aïe ma vie sociale ;-)

Edit 2 : je le tiens, je crois ;-) J'ai réussi à obtenir l'effet de nervure (merci Élisa !) et à crocheter un carré entier avec du coton un peu plus épais. Maintenant c'est juste une histoire de trouver la bonne taille de crochet pour le faire en Relais 8.

nouveau carré

Posté par OuvragesDeDames à 07:49 - - Commentaires [60] - Permalien [#]
Tags : ,

15 mars 2015

Pour Elizabeth Cobley

A la fin du XIXème siècle, le Royaume-Uni possédait le plus vaste empire de l'histoire. A quel prix…

De 1788 à 1853, la Grande-Bretagne et l'Irlande ont déporté 25 566 femmes vers l'Australie. Indésirables dans leur propre pays, indigentes, prostituées ou convaincues de larcins le plus souvent négligeables, elles furent embarquées de force pour l'autre côté de la terre. Elles étaient surtout coupables d'être pauvres… et malchanceuses d'être femmes à une époque où le Royaume-Uni cherchait des ventres pour transformer sa colonie pénitentiaire en colonie de peuplement.

Elles étaient des invisibles, de celles dont l'histoire ne prend pas la peine de se souvenir. C'est pourquoi j'ai aimé le projet de Christina Henri : elle veut sortir de l'ombre ces femmes qui sont pour beaucoup à l'origine de son pays. Elle a résolu de perpétuer le souvenir de chacune d'elles par un bonnet marqué à son nom et à celui du bateau qui l'a déportée. Elle en a déjà réuni plus de quinze mille, à partir desquels elle organise des installations, en Australie ou dans les régions dont sont originaires les condamnées.

Roses from the hart

Certains navires n'aborderont jamais les rivages de l'Australie. C'est l'histoire de l'Amphitrite qui quitte Woolwich et appareille pour la colonie pénitentiaire de Botany Bay, le 26 août 1833.

Le vieux trois-mâts est rapidement confronté à des conditions de navigation épouvantables. Il affronte un ouragan et dérive inexorablement vers le port de Boulogne, sans parvenir à y entrer. Le 31 août en fin d'après-midi, drossé vers le rivage, il finit par s'échouer à quelques encablures de la plage.

Sans connaître encore la nature de la "cargaison" se trouvant à bord, des sauveteurs boulonnais prennent tous les risques pour approcher le navire et convaincre son capitaine d'évacuer. Mais il s'y refuse obstinément, espérant contre toute logique le retour de la marée pour se dégager. Il va jusqu'à rejeter à plusieurs reprises les lignes que les sauveteurs tentent d'établir, au péril de leur vie, avec l'espoir de mettre en place un va-et-vient jusqu'au rivage.

Amphitrite naufragéL'Amphitrite naufragé - Alexandre Marie Lamartinière - 1833
fixé sous verre conservé au musée des Terre-Neuvas de Fécamp

C'est une raison consternante qui lui fait refuser ainsi toute aide extérieure. Car il sait, lui, qu'au fond de sa cale croupissent cent deux femmes et douze enfants qui, une fois évacués vers le rivage, pourraient profiter de la confusion pour disparaître dans la nature. Or il est non seulement propriétaire de parts du navire dont la perte serait un désastre pour lui, mais son contrat le met aussi à l'amende de cinquante livres pour chaque condamnée à la déportation qui lui échapperait...

En début de soirée, les prisonnières parviennent à défoncer les panneaux de soute pour s'extraire de la cale, déjà pratiquement submergée, dans laquelle elles vivent l'enfer depuis le début de la traversée. Les boulonnais effarés comprennent l'ampleur du drame qui se noue, en entendant les hurlements d'angoisse des femmes massées sur le pont.

Quand le capitaine prend enfin la mesure du danger, il n'y a plus rien à tenter pour éviter le naufrage. Les mâts s'abattent, le navire est disloqué et disparaît dans les flots en moins d'une demi-heure. Des heures et des heures durant, les corps des naufragés seront rejetés sur le rivage, sans qu'aucune tentative pour les ramener à la vie n'aboutisse.

Tate Gallery - A disaster at sea - TurnerDisaster at the sea - Turner c. 1835 - Tate Gallery
une évocation du naufrage de l'Amphitrite

Ce 31 août 1833, le naufrage de l'Amphitrite fait cent morts et trente-trois disparus. Seuls trois hommes d'équipage en réchapperont. Le capitaine Hunter, qui a jusqu'au bout espéré sauver son bateau, meurt noyé parmi ses passagères forcées.

Le voyage de l'Amphitrite ayant tragiquement pris fin au large de la côte d'Opale, Christina Henri a souhaité que les bonnets des convicts transportées à son bord soient confectionnés par des françaises. Elle m'a demandé de travailler en souvenir d'Elizabeth Cobley, originaire de la paroisse St Stephen, à Bristol.

William Angus 1808Bristol et St Stephen en 1808 - Gravure de William Angus

Le 1er juillet 1833, le tribunal de Bristol condamne Elizabeth à sept ans de déportation en Australie : elle a dérobé un coupon de coton dans la boutique de tissus de Thomas Wintle...

J'ai voulu que sa coiffe soit telle qu'elle aurait pu la porter, peut-être telle que celle qu'on lui a fournie dans son baluchon de prisonnière, avec une bible et un nécessaire de couture. J'ai donc utilisé des matériaux anciens et populaires, un chanvre raide et grossier dont le tissage emprisonne encore des brindilles et un lin tout décati par les lavages.

Amphitrite 1833 - Copie

Comme seule fantaisie, et aussi pour qu'il y ait un peu de moi dans ce bonnet, je l'ai simplement bordé d'un croquet à pied. Et j'ai terminé le tout avec un vieux lacet de coton. Je ne me suis pas posé de questions pour la broderie demandée par Christina, le prénom et le nom de la convict, le bateau et l'année : il m'a semblé évident de la traiter comme la marque du linge, au coton rouge et au point de croix.

Elizabeth Cobley

Elizabeth Cobley avait vingt-deux ans. La terreur et la solitude glacée qui furent les siennes à l'heure de sa mort sont irrémédiables. Mais j'ai brodé son nom afin qu'elle soit plus qu'une ligne sur un registre de condamnations, plus qu'une jeune femme broyée par l'histoire, pour qu'à tout jamais elle vaille autre chose que cinquante livres sur un contrat.

Si le sujet vous intéresse, je vous conseille le livre qu'Annpôl Kassis vient de faire paraître sur le sujet : De la Déportation des femmes en Nouvelle-Galles du sud - Les "criminelles" de l'Amphitrite. Grâce à elle j'ai pu en savoir un peu plus sur Elizabeth. Son livre est passionnant par ce qu'il dépeint du XIXème siècle en Angleterre et notamment de l'inexorable criminalisation de la pauvreté. Il est publié à compte d'auteur, vous pouvez vous le procurer en prenant contact avec elle via son blog.

Posté par OuvragesDeDames à 07:10 - - Commentaires [71] - Permalien [#]
Tags : , ,

03 décembre 2014

Avent 2014 - 4ème jour

Livré dans ma Bourgogne

Une pochette à serviette brodée d'un plumetis parfait –ce qui n'est pas si courant- et agrémentée d'une rivière de jour. Attention Annie, il ne faut pas me chercher avec tes messages provocateurs ;-)

Porte-serviette

Livré dans son Languedoc

Un bouton de métal à son monogramme pour fermer... une pochette ? un sac ? une boîte ?

Bouton AG

Posté par OuvragesDeDames à 06:12 - - Commentaires [24] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

30 octobre 2014

Nécessité fait loi

J'avais depuis longtemps mis de côté un voile de lin tout léger pour habiller mes fenêtres, seulement voilà ce qui arrive quand on traîne pour faire les choses : après avoir coupé les rideaux pour la porte-fenêtre du séjour, je me rends compte qu'il ne m'en restera plus assez pour la fenêtre de la chambre... Il est bien trop tard évidemment pour envisager de pouvoir réassortir :-(

Je fouille donc dans les armoires pour finalement trouver un jupon hors d'âge qui fera bien l'affaire. Mais attention, pas un jupon pour le travail de tous les jours : un beau jupon du dimanche, orné d'oeillets, de jours et de brides, illustré de bouquets et de grappes de raisin. Une couture rabattue plus tard, le voilà rabouté à mon voile pour mettre tout ça à la bonne mesure.

rideau studio 1

Il me plaît de savoir que cette broderie légère, après avoir voilé de jolies gambettes, filtrera désormais la lumière de mes fenêtres. Et il me plaît de remettre en valeur ce joli travail !

rideau studio 2

Sauf que maintenant... ce sont les rideaux de la porte-fenêtre, à peine finis mais tout en bête voile de lin, que je regarde d'un oeil torve : faites gaffe, les petits gars, les ciseaux vous guettent, je m'en vais vous améliorer, moi !

Posté par OuvragesDeDames à 06:23 - - Commentaires [52] - Permalien [#]
Tags : ,