05 novembre 2017

Une anguille aux yeux énormes

Encore une fois, je ne suis pas bien sure d'avoir été vraiment raisonnable en ramenant en Bourgogne ce mannequin auvergnat. Mais prise par le charme de l'objet, j'ai oublié la place qu'il allait occuper chez moi (pour ne servir à rien, évidemment...) et le travail de restauration qui s'annonce à nouveau. Parce que si vous suivez bien, j'en ai déjà un à remettre en état...

Mannequin Ambert

Enfin, inutile de refaire l'histoire : je l'ai, je le garde. Pour me familiariser avec ce nouvel habitant, j'ai exploré l'intérieur du buste, que j'ai trouvé tapissé de  lambeaux de papier journal.

Cette anguille a 2 mètres

Je me suis dit que ces journaux pourraient peut-être me permettre de le dater, mais je n'avais vraiment pas grand chose à me mettre sous la dent. Des bruits de guerre, des hommes politiques qui ne font pas le job, des relations internationales crispées... rien d'assez original pour donner un point d'entrée à mes recherches. Et puis finalement, en regardant un peu mieux, je tombe sur ça : "Cette anguille a 2 mètres environ de longueur, une tête aussi grosse que celle d'un homme, des yeux énormes". Si ce n'est pas caractéristique, ça...

Direction mon marchand de journaux préféré qui me renvoit illico à une communication de la Société Nationale de Géographie parue, en août 1898, dans au moins trois journaux.

Une anguille géanteSource : Gallica

Mon mannequin a donc été fabriqué à la fin du XIXème siècle ou au début du XXème, ce que confirment les absurdes silhouettes croquées dans les magazines de mode à cette époque-là.

Mode Palace 1901Mode Palace, novembre 1901 - Source : Gallica

Il est un peu plus tardif que ce catalogue Stockman de 1893, dans lequel on retrouve déjà ce style de mannequin taille de guêpe.

Je vous en montre quelques pages, pour le plaisir et aussi parce qu'il contient, outre les bustes, des articles insolites servant à arranger la présentation des marchandises. Ils peuvent peut-être vous permettre d'identifier vos trouvailles de brocante restées mystérieuses : chevalets pour noeuds ou cravates, porte manchon, douille parapluie, poudrière à gants...

Stockman 1

Stockman 2

Stockman 3

Stockman 4

Stockman 5

Un petit mystère persiste tout de même avec ce siffranc qui me semble correspondre à ce qui est pour nous une jeannette : je n'avais jamais rencontré cette appellation auparavant. Et vous, ça vous parle ?

Edit : Merci à Ghislaine qui a élucidé le mystère du siffranc, ou plutôt du cifran, et qui nous donne très précisément l'explication de la chose et sa source, allez vite voir son commentaire très complet ! Grâce à cette piste, j'ai consulté le Larousse Universel de 1922 à cifran... et voilà :-)

Larousse universel 1922

Source : Gallica

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10 septembre 2017

Fournitures scolaires

Ça y est, les courses sont terminées ? Vous avez enfin trouvé les cahiers qui croisent le bon format, la bonne couleur, la bonne reliure, la bonne taille de carreaux ? Bravo ! Moi je me suis simplifié la vie en achetant sur catalogue, chez Gallica qui est définitivement mon magasin en ligne favori. J'ai profité de la rentrée pour farfouiller dans les catalogues de mobilier scolaire qui se sont, par hasard, ouverts à la page des cours de couture :-)

Catalogues

On y trouve d'abord les fournitures classiques, celles qui sont indispensables à qui veut tirer l'aiguille un peu sérieusement, serait-ce en dehors de l'école : le nécessaire scolaire, généreusement garni par DMC. Il n'y manque rien, pas même le Rouge du Rhin.

Nécessaire

Les mannequins, parmi lesquels j'ai tout de suite remarqué le buste "poupée modèle" jupe longue, introuvable... j'en rêve !

Mannequins

La machine à coudre, ou plus exactement la new machine, type américain, pour se donner un petit air moderne.

Machine à coudre

Mais ce qui est original et particulièrement intéressant dans ces catalogues, c'est le matériel pédagogique dédié spécifiquement à la transmission du savoir, à commencer par ce métier de démonstration "qui éloignera les ennuis que cause la couture aux débutantes" :

Métier modèle

Le compendium (joli mot, nouveau pour moi, qui signifie abrégé) est particulièrement ingénieux mais il semble un peu tortueux à utiliser. C'est peut-être la raison pour laquelle il n'est pas passé à la postérité ? Il est composé d'un système de pitons et de tringles mobiles qui permettent de délimiter l'ouvrage à réaliser en grand.

Le compendium du professeur sert à la démonstration, le compendium de l'élève "peut tout aussi bien se placer dans la gibecière du petit garçon que dans le carton de la petite fille".

Compendium

Madame Cocheris, que nous connaissons bien pour ses manuels, est fort préoccupée de "l'état languissant de l'enseignement de la couture dans les écoles primaires" et se propose d'arranger ça avec ce tableau synoptique qui présente vingt-deux exercices différents. Encore une petite chose que j'aimerais bien trouver en brocante !

Tableau synoptique

Et ces cahiers de tissu aussi, j'aimerais leur mettre la main dessus : trente cahiers "contenant dessins et croquis imprimés en couleur, réunis dans une boîte"

Cahiers de tissu

Et pour finir en beauté, voici le fixe-étoffe qui cherche "à remédier aux graves inconvénients que présente pour les jeunes filles l'étude de la couture".

Fixe-étoffe

On ne va pas chipoter, Madame Gallica, parce que ce sont déjà des trésors de documentation que vous mettez à notre disposition ! Mais... on rêve de voir un jour ces catalogues dans une numérisation d'une meilleure qualité :-)

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04 juin 2017

Le prochain chantier

Celui-là je l'ai dans un coin de ma tête depuis longtemps ; et puis arrive le jour où tout se met en place. Certainement pour oublier une de mes sottises de jeunesse, j'avais relégué à la cave le mannequin sur lequel ma mère avait ajusté ses premiers patrons à l'école de couture. Ça nous replace tout de même au tout début des années 50.

Quand je l'avais récupéré du grenier de la maison familiale, j'avais jugé bien peu gracieuses les quelques tâches d'humidité qui touchaient (à peine…) sa toile. Ce à quoi j'avais trouvé la solution ultime, en accord avec mes aspirations hippies du moment : tout badigeonner d'un improbable rose tiryen, censé effacer ces quelques misères.

Mannequin

Ah bah oui… j'émergeais à peine de l'adolescence et je ne reculais devant aucun sacrilège ;-) Quelques années et une prise de conscience plus tard, je m'étais empressée de dissimuler cette honte hors de ma vue. Cependant, le mannequin m'a suivie lors de chacun de mes déménagements et une toute petite épine m'est restée plantée au cœur, suffisamment incommodante pour ne pas se laisser oublier.

Je savais bien qu'il faudrait que je répare… Et puis la semaine dernière, lors de jolies puces de couturières à Saint-Ours, je suis tombée sur un vieux coupon de lin qui m'a paru idéal : fin, dense et souple, suffisamment de qualités pour que je puisse espérer le voir se prêter à l'habillage de mon buste.

Coupon mannequin

Donc… y'a plus qu'à ? Patronner, tracer, couper, faufiler, ajuster, reprendre, ajuster encore, coudre, triompher et m'accorder enfin, à moi-même personnellement, l'absolution de mon péché !

En attendant, une fois n'est pas coutume, je relaie ici mes trouvailles de brocante pour celles qui ne suivent pas mon compte Facebook. Le temps d'une courte semaine en Auvergne, j'ai retrouvé le plaisir de la chine, où l'on met la main sur des trésors pour quelques pièces : un corsage de mamie en finette bleu-gris, les napperons ronds au crochet que j'accumule pour yarn-bomber le pilier de mon balcon, un joli nécessaire de demoiselle en os, des vieilles cartes de fil, un touchant travail d'écolière, des petites marquettes auvergnates, une seringue à décorer (pourquoi, mais pourquoi ???), des boutons de nacre taillée, de jais et de verre soigneusement triés dans un stock…

Chine Saint-Ours

J'ai de quoi bricoler, de quoi partir dans de nouvelles recherches, de quoi compléter une corbeille de mercerie… et de quoi m'interroger sur mes coupables penchants à craquer pour des objets improbables sous le fallacieux prétexte que ça coûte moins que trois fois rien !

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