14 janvier 2015

Au Bonheur des Dames

Ciel, me transformerais-je en gazette des programmes ? C'est le hasard mais après les Savanturiers sur France Inter la semaine dernière (j'espère que vous avez aimé), je dois vous signaler aujourd'hui un passionnant documentaire rediffusé sur Public Sénat ces jours-ci. Et si je le fais sans attendre, c'est qu'il vous reste des sessions de rattrapage notamment le week-end prochain.

Ce documentaire, c'est Au Bonheur des Dames. Il a pour ambition de décortiquer l'invention du grand magasin et ce qu'elle a révolutionné dans les modes de vie. Il s'appuie principalement sur l'expérience d'Aristide Boucicaut et de son Bon Marché dont s'est également inspiré Zola pour son roman.

Au Bonheur des DamesPublicité pour la prépublication dans Gil Blas - Le manuscrit de Zola
Source Gallica

Illustré par une iconographie variée, le film démonte les ressorts implacables de la consommation de masse que des pionniers comme Boucicaut ont littéralement inventée et rationalisée à grande échelle : organiser un espace susceptible de garder la clientèle captive, rendre désirables des objets dont elle pourrait parfaitement se passer, faire de l'acte d'achat une expérience se suffisant à elle-même, tout mettre en œuvre pour que se renouvelle à l'infini l'impérieux besoin de consommer... Bah dites donc, ça ne resterait pas un peu d'actualité, cette filouterie-là ?

Bon Marché rue du BacLe Bon Marché représenté au verso des chromos publicitaires
Collection personnelle

Mais bien au-delà d'une révolution dans le commerce, l'avènement du grand magasin a participé à sa manière à l'évolution de la condition féminine. Avec le Bon Marché, les bourgeoises aisées qui constituent dans un premier temps son cœur de cible découvrent une occasion de sortir de chez elles… autrement que pour fréquenter l'église. Les jeunes filles modestes y trouvent comme vendeuses une voie de promotion sociale et, pour les plus entreprenantes, la possibilité de développer ensuite leur propre petit commerce : 583 magasins ont été créés en France sous l'enseigne Au Bon Marché, souvent à l'initiative d'anciennes employées du grand magasin parisien.

Enseignes Au Bon Marché"Au Bon Marché" partout en France
Cartes postales Delcampe

Les techniques commerciales modernes, qui nous semblent tellement banales aujourd'hui, sont peaufinées et expérimentées par Aristide Boucicaut en cette fin de XIXème siècle : évènements récurrents comme les étrennes, le mois du blanc ou les soldes, vente par correspondance, collections saisonnières de prêt-à-porter, utilisation des enfants pour appâter les mamans...

Etrennes 1911Affiche publicitaire pour les étrennes 1911
Source Gallica

Du coup le documentaire fourmille d'anecdotes sur nos petites collections. Par exemple ces carnets d'échantillons de tissus si recherchés : imaginez-vous que le Bon Marché a employé jusqu'à cent cinquante jeunes filles rien qu'au découpage et au façonnage de ces petits dépliants ?

Bon Marché Echantillons

Bon Marché Echantillon
Carnets d'échantillons du Bon Marché

Collection personnelle

Et les séries de chromos dont certaines ont été imprimées jusqu'à quarante mille exemplaires : pour entretenir le suspens, Boucicaut avait imaginé distribuer une nouvelle image tous les jeudis, si bien que les mioches tannaient leur mère pour venir au magasin chaque semaine afin de compléter leur série. Gros malin, va...

Bon Marché chromosImages pour enfants sages
Collection personnelle

Et encore les catalogues de vente par correspondance, distribués dans le monde entier pour venir débusquer la clientèle jusque chez elle. Six millions de catalogues pouvaient partir dans l'année, ce qui supposait une organisation étourdissante pour gérer les commandes !

Bon Marché cataloguesCatalogues de mercerie, de blanc, d'articles de jardins, de vêtements de communion...
Collection personnelle

Ça donne envie de reprendre Zola et Au Bonheur des Dames. Dès les premières pages, je me suis fait la réflexion que j'avais oublié à quel point c'était plaisant à lire et comme chaque phrase faisait naître un flot d'images. Du cinéma avant le cinéma... Pour aller plus loin, le dossier préparatoire de Zola est en brut sur Gallica et en décrypté sur cette exposition de la BnF. Et puis sur Gallica toujours, le règlement général du Bon Marché évoqué dans le documentaire.

En bonus final, je vous laisse avec une trace touchante de l'œuvre d'Aristide Boucicaut dans la vie de nos ancêtres proches : quand notre grand-mère préparait sa commande au Bon Marché

Bon Marché commande 1936Un catalogue de 1936, ses dépliants et ses notes
Collection personnelle

Le Bon Marché, c'est mon grand magasin parisien préféré car je trouve qu'il a su se moderniser sans perdre tout à fait son ADN Boucicaut. Et vous ?

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07 janvier 2015

Couronne mercière

En garnissant ma box de septembre de galons de lin, je pensais bien qu'Élisa saurait en faire quelque chose, mais je ne me doutais pas que j'en verrai si directement le résultat ;-) C'est pourtant ce qui vient de m'arriver dans l'enveloppe des voeux, où la jolie carte a laissé échapper cette couronne précieuse.

couronne mercière

Pour vous donner une idée de l'échelle qu'il est difficile d'appréhender sur les photos, elle mesure 11 centimètres de diamètre. La petite bobine fait juste 1 centimètre de haut.

Un couronne qui aura tout à fait sa place à la porte de l'atelier... pour le moment, plutôt un bureau en bazar :-( Merci, ma chère Élisa !

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18 décembre 2014

Avent 2014 - 19ème jour

Livré dans ma Bourgogne

Des fils de soie en cocons et sur une fine bobine de buis poli, du point d'esprit sur une incrustation : encore de jolies choses à ajouter à la collection, encore de jolies matières à travailler...

cocons

Livré dans son Languedoc

J'ai crocheté un petit panier à bricoles, qui me faisait bien envie après en avoir vu fleurir un peu partout. Je l'ai réalisé en ficelle de boucher pour une bonne tenue et je suis partie un peu à l'aveuglette, faute d'avoir trouvé le modèle qui me convenait, avec un fond plat à l'arête bien marquée. Mais finalement c'est inratable !

Vide-poches

Si vous aussi voulez crocheter ce petit panier, surveillez la messagerie : la méthode part aujourd'hui vers les abonnées identifiées aux messages du blog.

Vide-poches crocheté - la méthode

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11 décembre 2014

Avent 2014 - 12ème jour

Livré dans ma Bourgogne

Un centimètre Lavigne "seul centimètre imperméable et incassable". Effectivement Annie, j'ai collé mon nez dessus… c'est incroyable, cette odeur de gomme ! Dommage que je ne puisse pas vous la faire partager via le blog, c'est le parfum de la nostalgie…

Centimètre Lavigne

Livré dans son Languedoc

Une carte brodée que les soldats de la grande guerre lançaient comme une bouteille à la mer vers leur amoureuse... Je trouve fort émouvante la tendre injonction que contient celle-ci.

Forget me not

Et puis aujourd'hui, je tiens ma promesse pour l'image de Saint-Nicolas que je vous avais annoncée dans ce billet : la newsletter part aujourd'hui vers les abonnées identifiées aux messages du blog.

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10 décembre 2014

Avent 2014 - 11ème jour

Livré dans ma Bourgogne

Un délicieux tout petit médaillon ancien de laiton repoussé, auquel je devrais bien facilement trouver une destination.

Médaillon laiton

Livré dans son Languedoc

En fouillant dans le placard à vieilleries, j'ai trouvé un peloton orphelin de Rouge du Rhin que j'ai transformé en breloque à suspendre à une clé d'armoire.

breloque_de_cl_

Si vous voulez la réaliser, aucune complication. J'ai utilisé du fil de coton un peu épais, un peloton de Rouge du Rhin (mais n'importe quelle jolie bobine ferait tout aussi bien l'affaire), deux rosettes pour les vieux lustres en cristal (de gros boutons de nacre, ça pourrait être pas mal aussi, je pense) et deux perles de cristal de Bohême pour bloquer le tout.

matériel

Il suffit de tresser le fil de coton et de passer la tresse à travers les différents éléments (pour les perles, j'ai passé seulement deux brins au lieu de la tresse entière), puis d'arrêter l'ensemble avec un gros noeud fini en pompon.

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04 décembre 2014

Avent 2014 - 5ème jour

Livré dans ma Bourgogne

Avec quelques longueurs d'entre-deux, des jetons d'os : encore une fois je ne connaissais pas, je découvre. Et je suis sure que je n'ai pas fini, car Annie est la reine des chineuses ;-) Ces jetons lui ont été présentés comme servant à lester les bas de rideaux pour un joli tombé, je connaissais les petits plombs effectivement, et voilà du nouveau avec l'os !

Jetons Os

Livré dans son Languedoc

Puisque nous sommes le jour de la Sainte-Barbe, je lui ai préparé  un kit pour semer le blé qui apportera la prospérité à son foyer pour l'année à venir... mais il faudra qu'il soit bien vert le jour de Noël ! Un compotier de dînette en verre moulé, des grains de blé qui ne demandent qu'à germer et le coton qui leur servira de terreau, il n'y a plus que l'eau à rajouter, Annie ;-)

Kit Sainte-Barbe

Si vous voulez un peu plus d'explication sur cette jolie coutume du sud, vous pouvez relire ce billet de décembre dernier.

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03 décembre 2014

Avent 2014 - 4ème jour

Livré dans ma Bourgogne

Une pochette à serviette brodée d'un plumetis parfait –ce qui n'est pas si courant- et agrémentée d'une rivière de jour. Attention Annie, il ne faut pas me chercher avec tes messages provocateurs ;-)

Porte-serviette

Livré dans son Languedoc

Un bouton de métal à son monogramme pour fermer... une pochette ? un sac ? une boîte ?

Bouton AG

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26 octobre 2014

Les merceries de Dijon

Imaginez-vous le nombre de marchands merciers qu'il pouvait y avoir à Dijon en 1869 ? Aussi invraisemblable que cela paraisse, ils n'étaient pas moins de soixante-quinze ! Oui... pour une population intramuros qui était le tiers de celle d'aujourd'hui, n'est-ce pas étourdissant ?

merciers Dijon p1

merciers Dijon p2

source : Gallica

Auxquels merciers il fallait ajouter six marchands de rubans, cinq épingliers et encore trois passementiers. Remarquez que ce n'était pas de trop... pour soixante-dix-neuf marchands de tissu !

Oh ! qu'on me renvoie au XIXème siècle... mais juste le temps de faire mes courses : ensuite je reviens en quatrième vitesse à notre époque douillette et confortable ;-)

Grey

Petitjean-Boisserand

Ce sont en tout cas des chiffres qui font rêver, aujourd'hui où il nous restait en tout et pour tout une enseigne de proximité faisant courageusement de la résistance : l'espace dédié à la couture et à la broderie dans le beau magasin Planète Laine, le paradis des tricoteuses.

Et voilà pourquoi l'ouverture d'une nouvelle mercerie à Dijon est forcément une bonne nouvelle.

Le Lièvre Blanc

Le Lièvre Blanc se trouve 2, rue Jeanin, en bordure du quartier des Antiquaires... et à deux pas des Archives Départementales où je prends mes habitudes cette année, comme ça tombe bien ;-) Évidemment je n'ai pas résisté à aller faire ma curieuse dans la boutique, où j'ai trouvé un accueil tout à fait attentionné. J'en suis repartie avec une jolie cotonnade étoilée, du croquet rouge (on n'en a jamais assez) et deux petits-beurre qui m'ont fait de l'oeil, bien que je ne sache pas encore ce que j'en ferai.

Achats le lièvre blanc

Vous pouvez suivre l'actualité du Lièvre Blanc sur sa page Facebook.

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12 février 2014

Burkard : l'enquête de la semaine

Ce que j'aime par-dessus tout dans la collection, davantage que l'accumulation je crois, c'est regarder chaque objet individuellement, rechercher son histoire, deviner les mains entre lesquelles il est passé et, finalement, respirer un peu de l'ambiance qui l'a entouré du temps où il était encore en usage.

Alors quand j'ai récupéré ce joli dépliant d'un représentant en passementerie, j'ai immédiatement eu envie d'en savoir davantage sur cette association entre Burkard, un nom plutôt obscur pour moi, et la marque C+B dont, en revanche, la renommée n'est plus à faire.

dépliant Burkard

Le jeu de piste débute avec cet en-tête d'une lettre datant du début du siècle dernier, où la maison Burkard se présente comme une "Fabrique de lacets pour passementeries et dentelles". Bon… ce document est en cohérence avec le maroquin : là aussi, la collaboration avec la marque C+B est mise en avant. On y apprend incidemment, mais c'est loin d'être une surprise, que la maison a son siège à Paris, boulevard de Sébastopol, c'est-à-dire dans le quartier traditionnel de la mercerie.

Venise, Irlande, soutaches, mignardises… Faut-il encore me demander pourquoi j'aime la mercerie ? Oh ! il m'a piqué le titre du blog, aussi ;-)

Burkard lettre

Une piste plus sérieuse se présente, avec ce livret sur La guipure moderne aux lacets et à l'aiguille où il est indiqué que Burkard a pris la succession de la maison Cuvyer-Bresson. Cette fois-ci je tiens le bout du fil, l'écheveau sera facile à démêler !

Guipure moderne

Car maintenant, je sais exactement où je vais pouvoir trouver l'information de référence, et ce sera dans la passionnante monographie que Bruno Floquet a consacré à ses ancêtres, Cartier et Bresson, au fil d'une famille.

Effectivement l'information dont j'ai besoin s'y trouve : Claude Bresson, dit "Bresson Aîné" n'a pas seulement été le fondateur, en 1825, de la marque de fabrique de coton C+B. Il a également fondé une famille conséquente, puisque son épouse Madeleine donna le jour à neuf enfants, dont huit filles qu'il maria, il faut bien le dire, au mieux des intérêts de la dynastie. Et après avoir assuré la solidité de ce qui allait devenir la branche Cartier-Bresson avec ses trois aînées, il donna en mariage sa dernière-née, Céline, à Monsieur Saint-Charles Cuvyer, ci-devant fabricant en passementerie.

restaurant Gillet
Le restaurant Gillet, toujours une institution cinquante ans après le mariage de Céline et Saint-Charles

Charles, le neveu de Céline Bresson, a chroniqué la vie de la famille pendant des années. Celui-là même qui prendra plus tard en charge le développement de l'usine de Celles-sur-Plaine, raconte ses impressions d'enfant sur le mariage : "Ma tante épousant alors M. Saint-Charles Cuvyer, fabricant de passementerie, j’assistai au dîner de noces, à la vieille mode, chez Gillet, près de la Porte Maillot. J’étais là, petit bonhomme de huit ans, en tunique de collégien, soixantième convive. Après un long et pompeux déjeuner, on alla bourgeoisement se promener au bois de Boulogne."

Il devait plaire au beau-père, car il était bien entreprenant aussi, l'ami Saint-Charles (Ah, ben oui... on ne choisit pas ses parents... et les parents sont parfois curieusement inspirés dans le choix des prénoms !). Au Bulletin des lois du deuxième semestre 1869, entre une égreneuse de trèfle et un porte-plume encrier, on trouve la trace d'un brevet déposé au bénéfice de son entreprise pour une "machine à diviser et à lier les perles sur fils, rubans et tresses". Ne me demandez pas comment ça fonctionne exactement, mais c'est de la passementerie, ça c'est sûr !

Brevet Cuvyer-Bresson

De Burkard à Cuvyer, de Cuvyer à Bresson… maintenant que les liens sont établis, il ne reste plus qu'à profiter de ce dépliant, resté dans un état de propreté miraculeux pour son âge et la fragilité de ce genre d'objet.

 Burkard 2

Burkard1

Burkard 3

Je vous rappelle pour l'occasion que si vous voulez profiter de mes images dans leur meilleure taille,
il peut être préférable, en fonction de votre écran, de les ouvrir dans un nouvel onglet.

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16 janvier 2014

Tout en un !

J'aime l'argument de ce dé magique qui me fait un peu penser au boniment des camelots. Mesdames et Messieurs, en achetant mon dé, vous n'aurez pas UN outil, vous n'aurez pas DEUX outils... si vous achetez ce dé merveilleux, Mesdames et Messieurs, ce sont TROIS, oui, j'ai bien TROIS outils en un seul qui sont à vous !

Magic thimble 1

Magic thimble 2

Mais les outils mirifiques qu'on achète sur les foires tiennent rarement leur promesse. Vous pouvez me croire : hypnotisée par un bonimenteur, j'ai acheté fort cher un pinceau sans poil que je n'ai bien sûr jamais réussi à utiliser... No comment, please ;-= Et bien contrairement à eux, ce brave petit dé ne démérite pas : l'enfile-aiguille se déploie et se rétracte parfaitement et le cran prévu pour la coupe du fil fonctionne très bien.

Je ne regrette que deux choses : n'avoir pas le mode d'emploi annoncé sur la boîte, juste pour savoir ce qu'il pouvait bien y avoir à expliquer de plus... Et que ce dé soit trop petit pour mon doigt, car j'aurais bien aimé pouvoir l'utiliser !

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