14 mai 2017

Les matinées d'Estelle

Droit de suite... je me rends compte que je laisse en suspens bien des sujets qui attendaient un développement. C'est le cas pour ces mystérieuses matinées sur lesquelles nous nous interrogions quand je vous ai parlé de l'inventaire après décès de mon ancêtre Estelle, établi en 1884. Pourtant à la suite de notre discussion, j'avais eu grâce à vous de nouveaux éléments permettant d'éclairer un peu ce mystère.

C'est tout d'abord Michèle qui nous proposait dans les commentaires cette définition du Larousse ménager de 1926 :

Matinée (costume) - Vêtement d'intérieur que l'on porte avec des jupes dépareillées ou sur des combinaisons. Les matinées se font en lingerie : linon, percale, mousseline, voile et crêpe, pour l'été; en tissus plus épais, tels que le zénana, le molleton, le velours, la duvetine, pour l'hiver. Leur forme varie suivant la mode.

Et puis Élisa m'avait envoyé ces images, extraites de l'album n°6 du Trousseau Moderne. Je n'ai pas la date, mais je dirais dans les années 20, Élisa ?

Matinée 818

Matinée 24231

Enfin je viens de trouver cette carte commerciale qui évoque elle aussi ces fameuses matinées, en les associant aux robes de chambre. Celle-là, je l'aime tout particulièrement, pour la rue Grignan que j'ai habitée pendant des années, quelques numéros plus haut : juste la rue Paradis à traverser (plus quelques décennies ;-) et j'y étais. J'aurais pu de demander à Madame Mallet d'éclairer notre lanterne !

Maison Mallet

Il est indéniable donc que derrière ces matinées se cachent des tenues d'intérieur. J'imagine qu'elles devaient pouvoir être plus ou moins délicates, plus ou moins saut du lit. La garde-robe de mes ancêtres, sans être pauvre, n'est tout de même pas pléthorique. Voici la vêture d'Estelle, prisée en tout soixante francs :

Vêture Estelle

Celle d'Alix, son mari, prisée cinquante francs :

Vêture Alix

Et pour compléter leurs bijoux :

Bijoux

Il est bien difficile de se représenter à quoi correspondent les prisées annoncées, même en se référant à quelques prix de l'époque. Cependant le reste de l'inventaire lève le voile sur un intérieur plutôt modeste et centré sur l'utilitaire. La seule fantaisie d'Estelle, à part ses boucles d'oreilles, résidait peut-être dans ses deux serins. Quelques chromos encadrées, aussi...

J'ai du mal alors à penser qu'elle avait dans son armoire des petites tenues purement frivoles. Et qu'elle en avait cinq ! Comme le notaire n'a recensé que deux toilettes d'extérieur et que le reste est plutôt de la lingerie, peut-être que ces matinées n'étaient pas si sophistiquées que ça ? Mais je suis tout de même intriguée par l'absence de robes pour tous les jours ; à moins que les jupons de couleur ne constituent les "jupes dépareillées" évoquées par le Larousse ménager. Bon sang Estelle, comment t'habillais-tu pour passer le balai ou descendre au lavoir ?

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09 mars 2017

Mode de guerre

La bibliothèque Forney nous a déjà habituées à de belles expositions dans nos centres d'intérêt. Je me souviens notamment avoir passé quelques heures de bonheur à celle-ci, sur le Petit Echo de la Mode ; et avoir bien regretté d'avoir raté celle-là, avec les marquoirs de Joke Visser.

Forney_affiches

Après avoir fermé un an pour des travaux de rénovation, la bibliothèque Forney reprend en fanfare ses activités avec l'exposition "Mode & Femmes 14/18". Dans cette période charnière pour la modernisation du vestiaire féminin, le nombre d'obligations imposées aux femmes dans le domaine de l'habillement s'allège considérablement. Mais une lecture de l'évolution vestimentaire pendant cette période démontre aussi qu'il reste beaucoup à faire en matière d'émancipation.

Affiche Mode 14-18

Si vous avez la chance d'être à Paris, ou bien si vous projetez de vous y rendre dans les prochains mois, je crois bien que vous devriez mettre à votre programme un détour par la rue du Figuier ;-)  En avant-première, je vous laisse découvrir cette courte vidéo sur la robe de deuil qui fut malheureusement un des grands classique de la période. Il suffit d'un clic sur l'image qui suit.

Robe de deuil

Et puis je complète le sujet par une balade dans les catalogues de modes diffusés pendant la guerre : continuer malgré tout...

Louvre

GalFa Clichy Printemps

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15 mai 2016

Podium

Si vous vous trouvez dans les parages d'Amsterdam, il vous reste une semaine pour profiter de l'exposition Catwalk, proposée par le Rijksmuseum. Mais comme plus probablement vous n'aurez pas cette chance, il faut à nouveau se féliciter de l'extraordinaire niveau de détail avec lequel ce musée offre l'accès numérique à ses collections.

Le Rijksmuseum a réalisé, à partir des dix mille articles vestimentaires contenus dans son fonds, un panorama de la mode portée entre 1625 et 1960. Vous pouvez vous mettre dans l'ambiance de l'exposition avec ce petit film réalisé dans les coulisses du montage.

Catwalk - Scenes to be seenCliquez sur l'image pour voir le film Scenes to be seen

L'occasion était trop belle pour retourner fouiner dans les collections mode du musée. Je vous en propose un petit extrait, subjectif bien sûr. Vous vous doutez que je ne suis pas trop allée vers les robes d'apparat mais elles sont cependant proprement vertigineuses et chacun de leurs détails est un régal... aussi !

Rijksmuseum - Robe origami - vers 1775-1785Rijksmuseum - Robe au savant pliage origami - vers 1775-1785

Rijksmuseum - Robe d'été tissu imprimé - vers 1830Rijksmuseum -Le subtil imprimé d'une robe d'été - vers 1830

Rijksmuseum - Robe d'enfant à rayures - vers 1859Rijksmuseum - Robe d'enfant rayée - vers 1859

Rijksmuseum - Robe reps de soie - vers 1868-1872Rijksmuseum - Robe en reps de soie - vers 1868-1872

Rijksmuseum - Robe géographique - 1945-1946Rijksmuseum - Extraordinaire robe géographique  (1945 - 1946)

Bien sûr, il ne faut surtout pas vous contenter de mes images, d'abord parce qu'elles ne reflètent que mon choix, mais surtout parce le format du blog ne permet pas de restituer l'extême résolution dont vous pouvez bénéficier en explorant directement les collections du Rijksmuseum. Si toutefois vous voulez les aborder par le biais de ma sélection, voici mon Rijks Studio sur le thème de la mode. Et rappelez-vous, je vous avais indiqué comment créer votre propre atelier dans ce billet.

Et puisque le muguet s'est enfin décidé à fleurir, je vous laisse avec cet ultime détail d'une redingote de soie fin XVIIIème.

Rijksmuseum - Redingote muguet vers 1786-1789Rijksmuseum - Muguet brodé sur soie verte (vers 1786)

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18 février 2016

Interlude #3

 

Magasin des DemoisellesMagasin des Demoiselles 1871 - source : Rijksmuseum

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14 février 2016

Interlude #2

Miroir Parisien 1870le Miroir Parisien 1870 - source : Rijksmuseum

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20 août 2015

Trois petites robes

Voici trois charmantes robes d'été, où les plus coquettes des petites filles trouveront très certainement le modèle de leurs rêves, car elles sont de genres bien différents mais toutes plus jolies les unes que les autres.

La première est en crêpe marocain de laine, ou toile de soie blanche, selon le degré de l'élégance désirée. La petite robe, froncée à l'encolure, est bordée au cou et aux emmanchures d'un petit biais roulé vert jade formant petite cravate. Ce charmant modèle peut être réalisé en plus simple encore, en l'interprétant en crêpe de coton ou en batiste filetée de deux tons.

A côté, très pratique et seyante robe de toile rose, garnie de biais de toile bleu nattier. Ce costume, très simple, deviendra très élégant réalisé en crêpe de Chine des mêmes tons mais sera, évidemment, beaucoup plus fragile. Le tussor, garni de cerise ou de vert jade, serait pratique puisque d'un nettoyage très facile.

La troisième robe, absolument charmante, est aussi très élégante. C'est un deux-pièces en drap léger citron ou bleu pâle. La robe droite, cerclée de deux galons, un noir et un blanc, est garnie d'applications de fleurs, découpées en taffetas ou en peau blanche, cernée de points en coton plat lustré M.F.A. noir. Cette robe sera charmante en vieux rose aussi, toujours relevée de blanc et de noir donnant un joli contraste, d'une note très élégante.

Suzanne Rivière
La Semaine de Suzette du 2 août 1928

Suzette trois petites robesJuste un clic sur l'image et vous la récupérerez dans une mailleure taille
pour l'utiliser dans vos bricolages ;-)

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24 mai 2015

Cent fois sur le métier...

Ce n'est probablement pas de gaieté de coeur que Gérard Georges Lognon a dû se résoudre, il y a deux ans, à quitter son atelier de plissage sans successeur dans la famille. Car c'est son arrière-grand-mère Émilie qui a commencé dans la spécialité sous Napoléon III, en 1853. Je me dis d'ailleurs qu'elle a peut-être croisé quelqu'un de notre connaissance, dans ce petit village qu'était le coeur de Paris ;-)

Plissage chez Lognon - Photo Joël SagetLe plissé paon, un des préférés de Gérard Lognon
Photo Joël Saget - D'autres très belles images sur Culture Box

Puis son grand-père, puis son père... Trois générations avant lui ont sculpté l'étoffe jusqu'à remettre entre ses mains l'atelier et 2500 moules à plisser, les "métiers" qui permettent de mettre en volume les tissus plats. Mais la maison, qui a employé jusqu'à soixante ouvrières à la grande époque, tourne désormais avec cinq personnes...

Comme toujours avec les ouvriers remarquables, tout semble immuable et beau. Il y a quand même de la magie dans cette affaire-là !


Claudine Ivari à l'atelier Lognon - Sure Shot Productions

Au passage, j'aime cette manière qu'ont les artisans attachés à leurs outils de les qualifier de "métier" : on connaissait le métier de la brodeuse ou celui du tisserand, voici le métier du plisseur... et jusqu'au forain qui appelle ainsi son manège !

Un autre reportage, pour le plaisir...


Laissez-moi passer, je travaille dans la mode - Julie Georgia Bernard

L'atelier de "l'ennoblisseur des tissus", ainsi qu'il se qualifiait lui-même avec un peu de malice, a finalement été repris par Chanel. Les plisseurs rejoignent ainsi un bouquet où ils seront en compagnie de brodeurs, de plumassiers, de modistes, de gantiers, de bottiers et de paruriers.

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