19 juillet 2015

Noémie : deux versions pour un diagramme

Et voilà relevé le diagramme du marquoir de Noémie. Je vous le propose avec les couleurs du premier jour, telles que Noémie les a choisies, et celles qui ont été mangées par la lumière. Vous pourrez ainsi choisir à votre goût la version qui vous convient le mieux... à moins que vous ne préfériez l'interpréter dans une gamme tout à fait différente !

Marquoir Noémie

Le diagramme part dans la journée vers la BAL des abonnées identifiées aux billets du blog. Un petit tour à la foire des rameaux pour acheter les soies et vous n'aurez plus qu'à vous mettre à l'ouvrage ;-)

Le diagramme de Noémie

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09 juillet 2015

Les surprises de l'envers

Vous rappelez-vous le marquoir de Noémie, la petite Iséroise qui avait brodé avec tant de soin pour sa maman ? Il était toujours dans son cadre noir Napoléon III. J'avais résolu de le laisser vivre dans sa baguette d'origine mais l'ensemble méritait un bon nettoyage. Sous le verre à bulles qui la protégeait, j'ai eu la chance de trouver une toile très propre et heureusement, car le nettoyage des fils de soie aurait certainement été un vrai casse-tête !

En revanche, j'ai eu en le retournant la surprise de découvrir les couleurs sorties de la boîte à ouvrages, et non pas dans la version fanée que l'ouvrage présente aujourd'hui.

Marquoir Noémie envers

La différence est spectaculaire : la lumière a véritablement avalé les pigments de ces beaux fils de soie. Les retrouver tels que Noémie les a travaillés m'a donné envie de mettre le marquoir en diagramme, je vais profiter de ce prochain week-end à rallonge pour le faire et vous le proposer.

Marquoir Noémie détail

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25 juin 2015

Chiffrer et marquer

Chiffrer le linge est non seulement d'ordre, mais c'est encore une question de coquetterie. Ces initiales courantes ou travaillées, dont la fantaisie vient s'ajouter à la richesse de la lingerie, c'est un cachet d'élégance et de recherche posé sur les objets du trousseau, c'est le sceau définitif qui indique la perfection d'un travail.

Il y a deux expressions consacrées pour désigner les formes diverses de ces broderies. L'initiale est dite chiffrée, lorsqu'elle est brodée ; elle est dite marquée, lorsqu'elle est faite au point à la croix. Le beau linge de corps ou de maison est chiffré, alors que le linge courant est marqué.

Le linge simple peut parfois être chiffré, mais à condition que les lettres soient petites et les broderies courantes et très simples. La pose des initiales et des monogrammes varie suivant qu'on le chiffre ou qu'on le marque.

Linge chiffré

Quelles initiales choisir ? – Le linge de corps se marque, pour l'homme, aux initiales de son prénom et de son nom ; pour la femme, aux initiales de son prénom et du nom de son mari.

Le linge de maison se marque aux deux initiales des noms des deux familles ; le nom de l'homme est placé le premier. Lorsque les chiffres sont entrelacés, l'initiale de l'homme domine par une broderie plus épaisse, plus en relief. Le linge des enfants est marqué de leur prénom et de leur nom de famille. Le prénom seul de l'enfant est parfois marqué sur le linge.

Alphabet A-D

La place occupée par les initiales brodées. Linge de maison. – Les nappes se chiffrent au milieu, lorsque la nappe est de dimension moyenne. Si elle est de grande dimension, on fait la broderie double ; c'est-à-dire qu'on brode les initiales à deux endroits distants à peu près de 20 à 30 centimètres chacun du milieu de la table. On peut aussi poser ces broderies aux coins opposés de la nappe, à 10 centimètres environ au-dessus de l'ourlet. Les serviettes se brodent soit au milieu, soit à l'angle. Les nappes à thé, les serviettes à thé, les chemins de table se chiffrent au centre ou dans un coin, mais ce chiffrage n'est pas nécessaire. Les serviettes de toilette, les serviettes éponge se brodent au centre ou au coin. Les draps se chiffrent au-dessus de l'ourlet, à 15 ou 25 centimètres au-dessus du plus large ourlet. Les taies d'oreiller sont chiffrées d'initiales placées à 15 ou 20 centimètres au-dessous du sommet, suivant leur longueur. On peut aussi placer les initiales de biais ou droites sur le coin gauche de l'oreiller.

Alphabet E-H

La place occupée par les initiales marquées. Linge de maison. – Les torchons se marquent en haut, au-dessous de l'ourlet, dans le coin à gauche ; les serviettes de toilette, les nappes, les serviettes de table, les essuie-mains, de même. Les tabliers, au coin avec lisière à gauche. Les taies d'oreiller, à gauche sur l'ourlet des boutons.

Alphabet I-L

La place occupée par les initiales chiffrées. Linge de corps. – Les chemises de femme se chiffrent à gauche, sur la poitrine, un peu avant le dessous de bras. Les chemises de nuit, les combinaisons, de même. Les pantalons et les jupons, à l'endroit de la ceinture, à gauche de la couture du milieu. Les mouchoirs au coin.

Dans certains trousseaux fantaisie, nous voyons les initiales brodées au bas du pantalon ou sur l'ourlet de la chemise et de la chemise de nuit.

Les chemises de nuit d'homme se chiffrent à gauche, sur la poitrine, ou à chaque coin du col rabattu. Les chemises de jour, sur le côté gauche ou sur la patte. Les caleçons, à l'endroit de la ceinture, du côté des boutons. Les serviettes de toilette, les serviettes éponge se brodent volontiers d'un chiffre en coton rouge. On brode ainsi de même les torchons d'office, en indiquant leur destination : verres cristaux, porcelaines, meubles, essuie-mains, etc.

Alphabet M-O

La place occupée par les initiales marquées. Linge de corps. – Les chemises de femme devant, au bas de la patte, ou encore sous le bras à gauche. Les combinaisons, les chemises de nuit, sous le bras. Les pantalons et les jupons, à l'intérieur de la ceinture, au milieu, à gauche. Les chemises d'homme, sur la patte. Les gilets de flanelle, en bas et sur l'ourlet qui retient les boutons. Les caleçons, à l'envers de la ceinture, à l'endroit des boutons. Les bas et les chaussettes, en haut à droite de la couture.

Pour le chiffrage du linge riche, on se sert surtout du coton blanc ; cependant, pour le linge d'homme : chemise de jour ou de nuit, mouchoir, etc. On prend souvent des cotons de couleur harmonisés aux coloris des dessins. On peu ainsi multiplier les variétés des monogrammes en différenciant les coloris ; par exemple, deux lettres seront de couleur dissemblables, avec fond d'une troisième couleur. Un ensemble élégant est donné par une lettre bleu foncé, une autre orange, sur fond bleu azur.

Les lettres au point de marque se font généralement au coton rouge.

Alphabet P-S

Les numéros. – Lorsque le trousseau est très important et réclame une classification spéciale, on ajoute un chiffre aux initiales pour classer les douzaines par numéros. Cette division est indispensable dans les maisons où il y a un nombreux personnel et où l'on reçoit beaucoup, pour le linge de maison et celui d'office.

Alphabet T-V

Album d'alphabets et de monogrammes - N°2 (c. 1920)
Édition du Petit Écho de la Mode

Un petit ajout parce que je crains de ne pas avoir été assez explicite : dans ce texte aucun mot n'est de moi ;-) Je me suis contentée de recopier à l'identique l'extrait d'un article du Petit Écho de la Mode qui me semblait plein d'enseignement : les travaux (hum... le rangement qu'ils m'imposent, surtout) me font faire pas mal de redécouvertes ! Je pense d'ailleurs trouver sur le même sujet d'autres sons de cloche, je vous en ferai profiter également.

Je ne suis pas sure que j'aurais consenti à écrire ceci tout à fait à l'identique. Un indice : § 5 ;-)

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31 mai 2015

À maman

Noémie sait que le colporteur qui s'arrête parfois à la Ferrière ne propose jamais d'aussi jolies choses. Lorsqu'il découvre le contenu de sa balle sur la table de la ferme, c'est pour en sortir de solides lacets, de la laine à repriser ou encore de ce coton rouge qui sert à marquer les torchons de la cuisine.

Non, ces belles soies aux couleurs chatoyantes ne viennent pas de l'armoire du colporteur, ni même de chez Madame Girard qui tient mercerie au bourg voisin du Gua. Car elle est raisonnable, Madame Girard, assez en tout cas pour savoir que ce n'est pas une marchandise dont elle aurait la vente dans ce coin du Vercors.

Le Gua

Par bonheur, la marraine de Noémie a juste le grain de folie nécessaire pour offrir de la soie à une petite paysanne ! C'est elle qui lui a fait la surprise de ces beaux écheveaux de mouliné soyeux, la dernière fois qu'elle est allée à Grenoble pour la foire des rameaux.

Ils sont doux et luisants dans la lumière du soir qui tombe. Il y a deux tons de mauve, un doré, et le dernier qui tire sur le vert amande. Ils sont tellement précieux ! Noémie les a quasiment usés à force de les contempler... mais elle ne s'était pas encore résolue à les utiliser. Aujourd'hui, c'est différent : elle est décidée et elle sait exactement ce qu'elle va en faire.

Abécédaire Noémie Ardoin

Elle a mis dans cet ouvrage tout le soin dont elle était capable. Elle n'avait jamais brodé aussi finement, ni utilisé un autre point que celui de la marque. Sa marraine l'a bien aidée pour border son carré avec ce point de feston si difficile à maîtriser. Il n'y a presque pas d'erreurs, en tout cas sa maman ne les a pas remarquées lorsqu'elle a découvert son travail.

Elle n'a vu qu'un ouvrage délicat, sur lequel sa grande fille a passé en secret des heures et des heures pour lui faire plaisir. Et maintenant la broderie, encadrée par une stricte moulure noire, trône près du globe de mariage de Marie et Jean. Noémie ne se tient plus de fierté quand elle regarde ce joli coin de la salle...

Abécédaire à Maman

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17 mai 2015

Sajou l'innovateur : la nappe de quatre mètres

A l'exposition de 1855 donc, Sajou frappe les esprits en présentant un modèle qui figure à son catalogue de l'année suivante sous le numéro 403, à la rubrique des dessins de crochet et de filet, avec cette description : "Très riche nappe d'autel, représentant les litanies de la Ste Vierge par des emblèmes et des inscriptions".

Le prix est à la hauteur du caractère exceptionnel de l'ouvrage : 20 francs, alors que la majorité des planches est annoncée à 25 centimes, ce qui équivaut à une livre de bon pain. Très peu de modèles dépassent 2,50 francs et il n'y a guère que quelques dessins complexes de Berlin -gouachés à la main tout de même- qui parviennent à dépasser 10 francs.

Nappe 403
source BnF

La presse ne manque pas de saluer la performance de Monsieur Sajou comme il se doit :

"Cette nappe d'autel est d'un style élégant, sans rien perdre du caractère austère qui convient aux objets consacrés au culte. (...) Il y avait danger d'être lourd par trop de simplicité, diffus par trop de détails. M. Eug. Hagnaüer a su rester dans les conditions d'une sage mesure, et nous l'en félicitons. Son dessin est clair, simple, et a toutes les qualités d'un objet d'art." Le Travail Universel

"Ce sujet présentait de grandes difficultés qui ont été surmontées avec bonheur et feront de cette pièce de broderie une des oeuvres remarquables de l'exposition de l'industrie, où elle figurera dans les montres de la maison Sajou. " Revue des Beaux-Arts

"Sajou n'a pas obtenu pour rien à l'Exposition universelle la médaille de première classe, la plus haute récompense qui ait été donnée à son genre d'industrie. Il est vrai que Sajou avait fait des impossibilités, et je ne puis m'empêcher de rappeler ici sa magnifique nappe d'autel dédiée à la Sainte Vierge, qui ressemblait à de la guipure plutôt qu'à un travail au crochet. (...) Personne n'a pu lutter avec cette merveille." Le Journal des Coiffeurs

Sajou nappe expo 1855Collection personnelle

Il faut dire que Sajou a bien fait les choses pour cet ouvrage qu'il veut hors du commun : le modèle lui-même est grandeur réelle ! C'est-à-dire qu'il se présente sous forme d'un rouleau de papier fort de quatre mètres de long sur quarante centimètres de hauteur, dans une impression d'une qualité remarquable. Sa dimension inhabituelle ne simplifie pas la prise de vue et je peine malheureusement à vous restituer l'aspect spectaculaire de l'ensemble...

Sajou nappe 1855

C'est Eugène Hagnaüer, peintre, miniaturiste, paysagiste, lithographe et "dessinateur ordinaire" pour les dessins de broderie de la maison Sajou, qui est l'auteur de ce modèle. Le Travail Universel fait d'ailleurs remarquer, avec un peu de perfidie, que l'industriel n'est pas très pressé de mettre à l'honneur les artisans de son succès : "Cette belle broderie est due à la main habile de Mme Pessière, qu'un hasard heureux nous permet de nommer. Car, nous devons le dire, M. Sajou, qui est au premier rang, non parce qu'il est le seul, mais bien parce qu'il est le plus habile, a la faiblesse, lui aussi, de cacher les noms de ses collaborateurs, et si nous les dévoilons presque malgré eux ou même à leur insu, c'est pour être fidèle au principe que nous défendons". Ça, c'est dit...

Je ne vous propose pas de réaliser la nappe entière ;-) Mais elle comporte une jolie demi-couronne de roses dont j'ai relevé le diagramme : vous le recevrez dans la journée, si vous êtes abonnée identifiée aux billets du blog..

Sajou couronne vignette

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15 mars 2015

Pour Elizabeth Cobley

A la fin du XIXème siècle, le Royaume-Uni possédait le plus vaste empire de l'histoire. A quel prix…

De 1788 à 1853, la Grande-Bretagne et l'Irlande ont déporté 25 566 femmes vers l'Australie. Indésirables dans leur propre pays, indigentes, prostituées ou convaincues de larcins le plus souvent négligeables, elles furent embarquées de force pour l'autre côté de la terre. Elles étaient surtout coupables d'être pauvres… et malchanceuses d'être femmes à une époque où le Royaume-Uni cherchait des ventres pour transformer sa colonie pénitentiaire en colonie de peuplement.

Elles étaient des invisibles, de celles dont l'histoire ne prend pas la peine de se souvenir. C'est pourquoi j'ai aimé le projet de Christina Henri : elle veut sortir de l'ombre ces femmes qui sont pour beaucoup à l'origine de son pays. Elle a résolu de perpétuer le souvenir de chacune d'elles par un bonnet marqué à son nom et à celui du bateau qui l'a déportée. Elle en a déjà réuni plus de quinze mille, à partir desquels elle organise des installations, en Australie ou dans les régions dont sont originaires les condamnées.

Roses from the hart

Certains navires n'aborderont jamais les rivages de l'Australie. C'est l'histoire de l'Amphitrite qui quitte Woolwich et appareille pour la colonie pénitentiaire de Botany Bay, le 26 août 1833.

Le vieux trois-mâts est rapidement confronté à des conditions de navigation épouvantables. Il affronte un ouragan et dérive inexorablement vers le port de Boulogne, sans parvenir à y entrer. Le 31 août en fin d'après-midi, drossé vers le rivage, il finit par s'échouer à quelques encablures de la plage.

Sans connaître encore la nature de la "cargaison" se trouvant à bord, des sauveteurs boulonnais prennent tous les risques pour approcher le navire et convaincre son capitaine d'évacuer. Mais il s'y refuse obstinément, espérant contre toute logique le retour de la marée pour se dégager. Il va jusqu'à rejeter à plusieurs reprises les lignes que les sauveteurs tentent d'établir, au péril de leur vie, avec l'espoir de mettre en place un va-et-vient jusqu'au rivage.

Amphitrite naufragéL'Amphitrite naufragé - Alexandre Marie Lamartinière - 1833
fixé sous verre conservé au musée des Terre-Neuvas de Fécamp

C'est une raison consternante qui lui fait refuser ainsi toute aide extérieure. Car il sait, lui, qu'au fond de sa cale croupissent cent deux femmes et douze enfants qui, une fois évacués vers le rivage, pourraient profiter de la confusion pour disparaître dans la nature. Or il est non seulement propriétaire de parts du navire dont la perte serait un désastre pour lui, mais son contrat le met aussi à l'amende de cinquante livres pour chaque condamnée à la déportation qui lui échapperait...

En début de soirée, les prisonnières parviennent à défoncer les panneaux de soute pour s'extraire de la cale, déjà pratiquement submergée, dans laquelle elles vivent l'enfer depuis le début de la traversée. Les boulonnais effarés comprennent l'ampleur du drame qui se noue, en entendant les hurlements d'angoisse des femmes massées sur le pont.

Quand le capitaine prend enfin la mesure du danger, il n'y a plus rien à tenter pour éviter le naufrage. Les mâts s'abattent, le navire est disloqué et disparaît dans les flots en moins d'une demi-heure. Des heures et des heures durant, les corps des naufragés seront rejetés sur le rivage, sans qu'aucune tentative pour les ramener à la vie n'aboutisse.

Tate Gallery - A disaster at sea - TurnerDisaster at the sea - Turner c. 1835 - Tate Gallery
une évocation du naufrage de l'Amphitrite

Ce 31 août 1833, le naufrage de l'Amphitrite fait cent morts et trente-trois disparus. Seuls trois hommes d'équipage en réchapperont. Le capitaine Hunter, qui a jusqu'au bout espéré sauver son bateau, meurt noyé parmi ses passagères forcées.

Le voyage de l'Amphitrite ayant tragiquement pris fin au large de la côte d'Opale, Christina Henri a souhaité que les bonnets des convicts transportées à son bord soient confectionnés par des françaises. Elle m'a demandé de travailler en souvenir d'Elizabeth Cobley, originaire de la paroisse St Stephen, à Bristol.

William Angus 1808Bristol et St Stephen en 1808 - Gravure de William Angus

Le 1er juillet 1833, le tribunal de Bristol condamne Elizabeth à sept ans de déportation en Australie : elle a dérobé un coupon de coton dans la boutique de tissus de Thomas Wintle...

J'ai voulu que sa coiffe soit telle qu'elle aurait pu la porter, peut-être telle que celle qu'on lui a fournie dans son baluchon de prisonnière, avec une bible et un nécessaire de couture. J'ai donc utilisé des matériaux anciens et populaires, un chanvre raide et grossier dont le tissage emprisonne encore des brindilles et un lin tout décati par les lavages.

Amphitrite 1833 - Copie

Comme seule fantaisie, et aussi pour qu'il y ait un peu de moi dans ce bonnet, je l'ai simplement bordé d'un croquet à pied. Et j'ai terminé le tout avec un vieux lacet de coton. Je ne me suis pas posé de questions pour la broderie demandée par Christina, le prénom et le nom de la convict, le bateau et l'année : il m'a semblé évident de la traiter comme la marque du linge, au coton rouge et au point de croix.

Elizabeth Cobley

Elizabeth Cobley avait vingt-deux ans. La terreur et la solitude glacée qui furent les siennes à l'heure de sa mort sont irrémédiables. Mais j'ai brodé son nom afin qu'elle soit plus qu'une ligne sur un registre de condamnations, plus qu'une jeune femme broyée par l'histoire, pour qu'à tout jamais elle vaille autre chose que cinquante livres sur un contrat.

Si le sujet vous intéresse, je vous conseille le livre qu'Annpôl Kassis vient de faire paraître sur le sujet : De la Déportation des femmes en Nouvelle-Galles du sud - Les "criminelles" de l'Amphitrite. Grâce à elle j'ai pu en savoir un peu plus sur Elizabeth. Son livre est passionnant par ce qu'il dépeint du XIXème siècle en Angleterre et notamment de l'inexorable criminalisation de la pauvreté. Il est publié à compte d'auteur, vous pouvez vous le procurer en prenant contact avec elle via son blog.

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19 février 2015

Une aiguille de moins

La même insolence, le même mépris du qu'en dira-t-on, le même pied-de-nez aux conventions... Une année ne sera pas passée avant que Geneviève Dormann n'emboîte le pas de Régine Deforges, sa complice en broderie.

Journaliste et écrivaine, elle aussi a dû sacrément hausser les épaules face à la condescendance de certains cercles littéraires ne voyant qu'un amusement à la limite du canular dans ces "petits ouvrages sur le point de croix", écrits à deux passions et à quatre mains

geneviève dormann.

Je nourris pour elle la même reconnaissance, je lui dois les mêmes remerciements. Mes souvenirs de lecture heureuse, Le bal du dodo, La bicyclette bleue, se mêlent à mes plaisirs de brodeuse, décomplexée par ces deux anti-conformistes rebelles aux conventions.

Le monde de la broderie évoluera désormais sans Geneviève Dormann. Chacun des mots que j'ai écrits l'année dernière pour Régine Deforges sont pour elle aussi, vous pouvez les retrouver dans ce billet.

Train 1

De même que certains paysages sont à jamais marqués par les livres que nous y avons lus, les broderies irradient des ondes de tristesse, de joie ou de malice. C'est pourquoi le morceau de canevas ou d'étoffe où l'aiguille traîne à sa suite les fils couleur de rubis, d'indigo ou de jade garde longtemps la trace des moments précis d'une vie que, seule, la brodeuse peut encore décrypter longtemps après ; ici, c'était un chagrin ou un plaisir d'amour, là, une attente impatiente ou la sérénité amicale d'un soir d'été.
                                                                                                              G.D.

Train 2

Les petits trains ainsi que la citation sont extraits du premier ouvrage de ces dames, Le livre du point de croix. Je n'ai malheureusement pas pu identifier le crédit de la photo, mais je déroge à mes habitudes en l'utilisant quand même, pour le sourire solaire de Geneviève et le monograme discrètement brodé sur le revers de sa poche...

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24 décembre 2014

Avent 2014 - 25ème jour

Livré dans ma Bourgogne

A accrocher dans le sapin, un ultime ornement qui résume tous nos échanges -les petits points et la chine- dans un scrap doré avec un insigne en laiton piqué dans la toile brodée du coussinet. Un "bon" (...pour les filles, de conscrit, je pense ?) malicieusement converti en "bon Noël", pour mon plus grand plaisir.

Bon Noël

Livré dans son Languedoc

Comme je l'avais fait il y a deux ans, je pensais clore cette série par un de ces marquoirs rouges auxquels elle et moi sommes tant attachées. Je suis partie d'un alphabet vu au musée de la vie bourguignonne lors d'une exposition consacrée, il y a plusieurs années, aux ouvrages des petites filles. Je l'ai adapté et brodé sur de la gaze de soie 84, c'est-à-dire qu'elle fait 33 points au centimètre. Sur ce support, le marquoir terminé mesure 35 mm de côté.

Vous allez trouver aujourd'hui ce modèle dans votre messagerie, si vous êtes abonnée aux messages du blog. Et bien sûr que vous pourrez le broder en grand ;-)

Marquoir miniature

Mais ce n'est pas fini, car Annie est une coquine qui avait glissé dans son colis un ultime paquet pour le jour de Noël. Et comme j'ai eu tout le mois de décembre pour lui rendre la pareille, nous serons encore deux, demain, à ouvrir notre dernière surprise ;-)

En attendant, je vous souhaite à toutes une douce nuit de Noël.

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22 décembre 2014

Avent 2014 - 23ème jour

Livré dans ma Bourgogne

Un carnet bien protégé dans son étui. Il est orné de deux alphabets sobres et élégants, brodés dans des teintes exactement assorties à la belle toile à matelas qui le double. Il va direct dans mon sac, pour noter les idées à la volée !

carnet

Livré dans son Languedoc

Une bobine de filature garnie d'une dentelle au filet avec un joli motif de roses en branches.

Bobine filet roses

Comme les dessins de filet conviennent aussi très bien au point de croix, j'ai relevé le diagramme de cette frise et je l'envoie aujourd'hui aux abonnées.

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23 novembre 2014

Vintage... déjà !

Puisque j'avais commencé avec les concours (le repose-cul de Babeth ici, le mien ici), je continue pour vous montrer ma participation à la toute première édition organisée en interne par le Point de Croix Bourguignon sur le thème du sac. 1999... ça date, effectivement ! Curieusement, je me rappelle exactement où j'étais et comment l'idée m'en est venue, à une époque où l'on n'avait pas encore vu de nuancier brodé. Je réfléchissais à la manière de sortir de ma zone de confort (= du rouge, puis du rouge et encore un peu de rouge), tout en regrettant d'avoir si peu d'aptitude à marier les couleurs de façon harmonieuse. Et tout à coup, à l'occasion d'une énième rêverie sur le sujet, je suis tombée de ma chaise en pensant au nuancier qui les juxtapose toutes avec un tel panache,  sans qu'aucune ne tue les autres ou ne jure avec elles. Franchement, j'aurais pu tilter avant : le secret était, là encore, dans l'accumulation !

nuanciers

Bon, le nuancier, OK ... Pour le support, je venais de reprendre mes études et pour marquer le coup, mon père m'avait offert un cartable, réédition moderne d'un de ceux qu'utilisaient les courtiers travaillant à la Bourse de New-York, au début du siècle. Son ingénieuse construction lui donnait le grand avantage de présenter deux côtés de même importance, et donc autant de surface pour la broderie. Comme elle était de surcroît facile à reproduire, je n'ai pas hésité à en adopter le principe.

cartable cuir

Et puis au final, cet ouvrage me tient particulièrement à coeur car il a été brodé dans une période délicate pour moi. Et avancer sur les petits rectangles de ce nuancier de manière quasi hypnotique m'a permis de fixer mon attention sur autre chose que ma peine. En activant mon aiguille, j'avais l'impression de flotter dans un entre-deux qui posait sur la vie réelle un voile de douceur. Je scarlettisais à fond : "J'y penserai demain. Demain est un autre jour...". A raison de 364 rectangles dont chacun mobilisait à peu près vingt minutes de mon temps, je peux dire avec le recul que ce fut une psychothérapie à bon compte. D'ailleurs je me demande souvent comment font les personnes qui ne travaillent pas de leurs mains pour s'abstraire de leur chagrin dans les méchants moments...

Bon, assez blablaté : ma vie, mon oeuvre, ça va un moment ;-) Place aux photos de mon vieux cartable qui a bien vécu, qui s'est affaissé et décoloré à certains endroits, mais pour lequel j'ai toujours autant d'affection.

cartable devant

cartable dos

cartable détails 1

cartable détails 2

Aujourd'hui je le construirais sur une base de molleton rigide pour qu'il conserve une meilleure tenue, mais ce dont je suis toujours aussi fière, c'est ce qui se voit à peine : tout le montage entièrement réversible, réalisé à la main en piqûres sellier en comptant bien mes quatre fils pour chaque point, en même temps sur le dessus et sur le dessous... là aussi il y avait de quoi se concentrer un moment !

piqûres

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