11 août 2016

La maison du costume comtadin

La Maison du Costume Comtadin à Pernes-les-Fontaines a pour ambition de donner à voir la vêture du Comtat Venaissin, ancienne terre des comtes de Toulouse puis des papes qui s'étend à l'est du Rhône et dont Carpentras fut la capitale. Et ce sont, à une seule adresse, deux bonheurs pour les amoureuses de textiles anciens.

Nous entrons tout d'abord par le magasin drapier où se vendaient déjà des étoffes lorsqu'Augustin Benoit Marbaud créa son commerce au milieu du XIXème siècle. Il retrouve aujourd'hui son lustre avec la reconstitution soignée de ses vitrines et des étagères bien fournies. Vieux tissus, couvertures piquées, linge de maison, chapeaux, coiffes et ombrelles : on voudrait tout acheter... rien n'est à vendre pour de vrai !

Magasin drapier

Je vous montre juste ce qu'il faut pour vous allécher ;-) Mais on y voit aussi des outils pour la couture, la dentelle ou la broderie ; le décor est très soigné, jusqu'à l'enrouleur de papier d'emballage en fonte. Que ne réaliserait-on pas avec les somptueux tissus à la montre...

La deuxième partie de la visite se situe au premier étage de cette vieille maison de village, sous la forme d'un musée du costume petit mais riche de mille détails à étudier sous tous les angles. La mise en place, nette et sobre, s'efface pour laisser la vedette aux vêtements. Ils dressent un panorama assez varié de la vêture féminine et masculine du Comtat, des classes populaires aux plus aisées.

Musée du Costume ComtadinTout arrête le regard : le montage d'une manche, le motif d'une indienne, l'accroche d'une bourse perlée ou d'une chatelaine, la transparence d'une mousseline brodée, le chanvre d'un tablier, le matelassage d'un jupon piqué, la barbe d'une coiffe. Et pour moi, ce fut le réveil de mes années provençales au cours desquelles, en piochant nos patrons chez Simone et Estelle Nougier, nous nous adonnions à la reconstitution de costumes avant d'aller faire les belles dans les récampades ;-)

Indienne et mousseline

Petit musée donc, mais d'une qualité rare et d'une richesse bien suffisante pour notre contentement. Le genre de lieu où je me dis : je veux vivre là et n'en plus sortir !

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19 mai 2016

Fanny Louise

Petit coup de blues en me baladant, ce dimanche, dans l'état-civil de Brest... Je cherchais une communarde et le hasard met sous mes yeux l'acte de naissance de Fanny Louise, "enfant naissant trouvé dans le tour de l'hospice civil de Brest" le 27 août 1827.

Naissance Fanny LouiseRegistre des naissances de la ville de Brest - 1E75

Des nourrissons laissés aux portes de la charité, il n'en manque pas dans les registres d'état-civil. Je ne sais pourquoi celui-là a attiré plus que d'autres mon regard, une certaine recherche dans sa layette peut-être ? On peut penser que ce n'est pas la misère qui a poussé à l'abandon de la petite fille et l'imagination se met en route...

Elle était vêtue d'une chemise garnie de mousseline et d'un pourpoint de napolitaine grise, enveloppé d'un drapeau et d'un tapis d'indienne de divers couleurs, coëffé d'un béguin et de deux bonnets dont un de taffetas blanc et l'autre d'étoffe bleu. Sur la poitrine de l'enfant, un billet ainsi conçu. On prie de donner à cet enfant le nom de Fanny-Louise, née à 5 heures du matin 27 août 1827.

Puisqu'il n'y a ni père, ni mère, il ne reste pour identifier Fanny Louise que l'étoffe qui la protège sans revendiquer pour elle aucune famille. C'est couverte mais démunie de tout le reste qu'elle fait son entrée dans le monde des humains...

Indiennes - Collection RichelieuIndiennes de la collection Richelieu - source Gallica

Il y a quelques années, une émouvante exposition présentait à Londres tous ces petits bouts de rien laissés sur les enfants abandonnés à la porte du London Foundling Hospital, dans le milieu du XVIIIème siècle. Soigneusement épinglés dans les registres, billets et fragments d'étoffe étaient supposés permettre aux mères de reconnaître leur enfant quand la vie de galère, peut-être, serait derrière elles. Un fol espoir que beaucoup ont dû nourrir mais que bien peu ont vu se réaliser : sur 16 282 bébés admis à l'hospice des enfants trouvés de Londres entre 1741 et 1760, seuls 152 ont pu être récupérés. Oui, les chiffres donnent le vertige...

Registres London Foundling Hospital
Registres London Foundling Hospital - vers 1750L'exposition Threads of feeling est toujours en ligne, profitez-en !

Si vous voulez allez plus loin sur le sujet, je vous conseille la série passionnante que le blog Les Petites Mains a consacré à la vêture des enfants trouvés et aussi le challenge AZ consacré, l'année dernière, aux enfants abandonnés de l'hospice de Joigny sur le blog Canopée : vingt-six billets pour offrir à ces petits, enfin, un instant de visibilité..

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24 janvier 2016

Je ne suis pas un cadeau

... mais un objet de mémoire. C'est ce que disait l'étiquette posée sur le papier de soie, bien plus qu'il n'en fallait pour exciter ma curiosité, évidemment ;-)

Je ne suis pas un cadeau

Le papier protégeait un objet de mémoire assurément, à n'en pas douter un véritable trésor : un vieux cahier aux allures de grimoire de sorcière, rempli de recettes de teintures. Et rempli de mystères aussi !

Cahier N°2

Le premier d'entre eux est l'origine de ce livre de recettes pour la tinture des draps. Une seule certitude : les quantités sont telles qu'il ne peut provenir que d'une manufacture. Certaines formules sont prévues pour teindre jusqu'à cent cinquante kilos de laine, alors il ne peut pas s'agir d'un cahier de ménagère.

Un nom figure sur l'étiquette de couverture : Rey. S'agissait-il du propriétaire de la fabrique ? du teinturier lui-même ? Cette seule indication est bien insuffisante pour constituer une piste.

Le cahier débute avec la liste des "agents chimiques qui sont employés en tinture des laines" . Le défilé des bizarreries commence : sandal, garance fine, vitriol de Chipre, crème de tartre, permenbour, curcuma, bois de Brésil, orseille, lima, quercitron, prussiate de potasse, cendre gravelée, composition écarlate... je suis déjà loin au pays des mots, vous me suivez ?

Cahier teintures agents chimiques

Puis viennent les recettes, pour teindre les draps de laine principalement, mais aussi les coupons de satin ou de cotty (celui-à, en parcourant la collection du maréchal de Richelieu, je le trouverai peut-être ?) et même une recette intitulée "noir en écheveau", pour teindre la laine en fil.

Beaucoup de noms donnés aux couleurs sont suffisamment évocateurs pour que j'en devine le résultat : gris de plomb, gris de perle, jaune doré, vert russe, noir anthracite, lilas, noisette. C'est parfois moins inspirant cependant, quand les recettes sont titrées olive pourri ou gris de rat ;-)

Cahier teintures lilas fond de cuve

Mais pour d'autres appellations, je ne fais que deviner : car quelle différence entre caffé claire et caffé des capucins ? Dos de lièvre, tourturelle, col de canard, qu'est-ce que ça va donner exactement ? Et au final, quelle écart de nuance entre bleu de France, bleu anglais et bleu de troupe ?

Et puis certains intitulés des couleurs me demeurent résolument obscurs : Californie fond de cuve, pysquelansy, bout de Paris, pierre d'Egypte, chandesil, amélie, flame de ponche, orica, carmélite... C'est tout une litanie poétique et décalée qui défile dans ce cahier d'atelier, pourtant certainement écrit sans intention d'y semer de la fantaisie. Ces appellations étaient donc parlantes il y a deux siècles et nous les aurions perdues ? Mais pour beaucoup je ne les retrouve pas, même dans les dictionnaires d'autrefois...

Cahier teintures pelade bout de Paris

Mystère encore que les instructions figurant en fin  des recettes, le plus souvent un seul mot. Certaines sont compréhensibles, mais les autres ? Coucher, écarter, surmonter à volonté ou bien surmonter et coucher, surmonter sur les planches et mettre en chaudière... j'ai encore du chemin à faire avant de pouvoir me mettre à la teinture !

Au milieu des recettes de couleur, surgit parfois une recette pour la colle forte ou une "bonne recette pour gommer les pièces" ou encore une recette pour l'éputiage... Toi, je te tiens ! Dans les vieux dictionnaires, je ne trouve pas éputiage, alors j'essaye éputier... qui me renvoie à époutier... qui me renvoie à époutir... qui me renvoie à énouer... Victoire ;-)

Cahier teintures éputiage

Énouer, on le trouve pour la première fois dans la 5ème édition du dictionnaire de l'académie française en 1798. Mais c'est la version de 1835 qui me confirme que la piste est bonne : le terme est employé dans les manufactures de drap où il signifie "Éplucher les draps, en ôter les noeuds". Et je progresse avec la définition de 1872 : "Éplucher le drap, en ôter avec de petites pincettes de fer les noeuds de fil, pailles et ordures qui peuvent s'y rencontrer. Énouer en gras, éplucher le drap avant qu'il soit dégraissé ; énouer en maigre, l'éplucher après qu'il est dégraissé".

Alors ma recette d'éputiage ? Une manière chimique d'énouer le drap, sans se fatiguer et perdre son temps avec des pincettes ? C'est bien beau mais finalement, ça finit encore par des questions ;-) Quand je vous disais qu'il y avait du mystère...

Cahier teintures feuille morte

Mais c'est un mystère qui me ravit. Et un cadeau qui fait mon enchantement depuis que tu me l'as fait parvenir, ma chère Élisa. Au fil des 260 recettes de ce cahier miraculeux, je ne cesse de découvrir de nouveaux mots pour ma collection, il fait mon enchantement, merci !

Quand je l'ai repris, j'ai essayé de respecter l'orthographe telle qu'elle figure dans le cahier. Malgré son ancienneté, je soupçonne que même pour l'époque, il comporte des fautes mais il m'a semblé préférable de ne pas intervenir.

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14 janvier 2016

Quelques rubans de 1730...

En parcourant les catalogues de mercerie ou les livres d'ouvrages de dames, ne vous est-il jamais arrivé de vous demander à quoi pouvaient bien ressembler le gros de Naples ou le droguet de soie ? Allez... je suis sure que je ne suis pas la seule à me poser ces questions existentielles ;-)

J'ai trouvé ma réponse à un endroit où je ne l'attendais pas. Je passe ma vie dans Gallica et je n'étais jamais tombée sur ces documents, publiés pourtant depuis près de deux ans. Ce sont des échantillons de tissus de la première moitié du XVIIIe siècle faisant partie de la collection du Maréchal de Richelieu. Ils sont conservés par le département des Estampes de la BnF.

Quelques rubans de 1730Quelques rubans de 1730

Ces échantillons sont remarquablement frais et portent très bien leurs presque trois siècles. On y trouve des textiles sophistiqués ou plus ordinaires et je pense qu'ils présentent vraiment un bon panorama des tissus disponibles à l'époque.

Droguets de soyeDroguets de soye

Taffetas, satin, damas, rubans de Paris ou de Venise, perpétuanne et sergette, l'abondance de la collection fait tourner la tête. Mais elle est également étonnamment éclectique, puisqu'elle va des toiles à voile fabriqués à Pontaniou aux étoffes composant la garde-robe de la reine.

Toile à trois fils de la manufacture de PontaniouToile à 3 fils

Je n'ai pas fini de passer du temps à cet endroit-là ;-) Les échantillons sont accompagnés d'une intéressante documentation sur les prix et les manufactures dont ils proviennent, et même de certains marchés conclus pour leur fourniture. Et par chance, depuis sa nouvelle version, Gallica nous permet d'avancer au coeur des documents avec une définition parfaite !

Marseille - Echantillons de tissusMarseille - Echantillons de tissu 1736

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19 novembre 2015

Good earth

L'entreprise Good Earth imprime des textiles selon les méthodes traditionnelles. Dans le geste des artisans, il y a la concentration, la précision et comme une forme d'éternité. A consommer sans modération : cette télé-là est bonne pour vous !

Si vous voulez, vous pouvez suivre Good Earth sur Facebook. Vous y trouverez d'autres vidéos, notamment de très belles images évoquant l'impression des chintz sur la côte de Coromandel.

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28 juin 2015

Une image, un son

L'image est extraite du livre Indigo de Jenny Balfour-Paul, C'est une photo prise dans les années 60 sur le marché d'Ibadan, au Nigéria, où est vendu l'adire du pays Yoruba.

Adire à Idaban

Le son, c'est celui d'une reine... Mood Indigo par Nina Simone.

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04 janvier 2015

L'art de la couleur extraite de la nature

Peut-être n'étiez-vous pas à l'écoute de la radio hier soir mais c'est un des grands plaisirs d'Internet que de pouvoir profiter d'une session de rattrapage ;-) Je ne saurais donc trop vous engager à aller réécouter l'émission des Savanturiers diffusée sur France Inter et qui donnait la parole à Dominique Cardon.

C'est une spécialiste à la fois pointue et pragmatique, technique et passionnée qui sait très bien communiquer sur son sujet de prédilection. Historienne des textiles et des teintures naturelles, elle pratique une archéologie vivante et expérimentale qui la conduit à reconstituer et à tester toutes les méthodes qu'elle recueille autour du monde. Les couleurs dont elle se vêt ont nom fleur de pêcher, poil de lion, sanguine ou fleur d'ancolie.

Photo Le Monde
photo Frédérique Jouval pour Le Monde

Enracinée dans son jardin cévenol où elle cultive les plantes tinctoriales qu'elle utilise pour ses recherches, Dominique Cardon parcourt le monde pour apporter son expertise des tissus anciens sur les sites de fouilles les plus renommés. Elle étudie ainsi les textiles de l'âge du bronze au Xinjiang dans le désert du Taklamakan, ceux du néolithique sur les rives du lac de Paladru en Dauphiné ou encore en Egypte ceux de l'époque romaine. Au Groenland, elle fait redécouvrir à des étudiants locaux les procédés qu'utilisaient les inuits et les colons scandinaves pour donner couleurs à leur costumes.

Sa passion est née en Irlande où elle a appris à tisser à bras de belles matières comme la soie ou l'alpaga, dans ce pays où les artisans produisent des tweeds uniques teints avec des lichens. Elle raconte avoir éprouvé un véritable choc au Pérou en découvrant les textiles précolombiens teints avec des colorants naturels comme l'indigo ou la cochenille, selon des recettes encore utilisées aujourd'hui.

Dominique Cardon est une collectionneuse de couleurs, ce qui lui a également valu de travailler pour la haute couture, notamment la maison Chanel à laquelle elle a fourni des tweeds luxueux teints dans une cinquantaine de nuances de roux ensoleillés.

Mais un de ses soucis essentiels est de maintenir la chaîne de la transmission et c'est pourquoi elle collationne des centaines de recettes de teintures naturelles pour les sauver de la disparition. Elle les recueille auprès de ses collègues archéologues, anthropologues, chimistes ou paléobotanistes, mais surtout auprès des teinturiers traditionnels souvent fort âgés et dont le savoir court un grand risque de se perdre.

Allez l'écouter expliquer tous les éléments qu'elle doit étudier avant de publier un textile, raconter ses découvertes et ses expérimentations, vous ne le regretterez pas. Ah ! le gant de Saint-Fulcran !

Quant à moi, je crois que je sais quoi faire de certain chèque-cadeau à la FNAC que je conservais depuis l'été dernier ;-)

le monde des teintures naturelles

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