Descamps par ci, Descamps par là
Des Descamps qui donnent dans le textile, ce n'est pas ce qui manque à Lille. Un Thomas Descamps exerçant comme maître filtier était déjà inscrit à la bourgeoisie de la ville en 1668. Il essaima en de multiples branches cousines dont certaines ne nous sont pas inconnues, habituées que nous sommes à voir leur nom -ou le plus souvent leurs initiales- sur nos belles boîtes anciennes de fil de lin.
Dans une de ces branches, je demande Anatole, le papa, qui épousa une Danel, fille de filateur évidemment. Et je voudrais ensuite Auguste, le fiston qui maria Cécilia Wallaert, un nom lui aussi bien connu dans la profession. Les deux sœurs d'Auguste épousèrent d'ailleurs les deux frères de Cécilia, les familles poussant ainsi au maximum la stratégie matrimoniale au service de leurs affaires.
Pour notre plus grand bonheur, tout ces Descamps sont particulièrement prolixes en marques diverses et variées, ce qui génère tout autant de jolies images.
Source : Bibliothèque municipale de Lille
Mais la branche qui m'intéresse plus particulièrement aujourd'hui, ce sont les Descamps-Beaucourt. Doublement Descamps-Beaucourt d'ailleurs, puisque le père, Guillaume Joseph épouse une Beaucourt en 1793, Marie Claire, tandis que le fils, Guillaume Joseph aussi, épouse également une Beaucourt exactement cinquante ans plus tard, Séraphine Joseph. Comment voulez-vous vous trier tout ça ? Heureusement que je n'ai pas leur généalogie à faire. Cependant comme ils ont la bonne idée d'adopter le patronyme de leurs épouses, on arrive au moins à démêler les filatures.
La maison G.J. Descamps-Beaucourt perdure bien longtemps après la mort des deux Guillaume Joseph, et toujours aux mains d'un Descamps. Le lundi 28 juin 1875, son représentant s'en vient au greffe du tribunal de commerce de Lille, pour déposer une vignette de ses cartes à fil Au Franc-Comtois.
Répertoire général des marques de fabrique pour fils de lin et de coton à coudre - Source : Gallica
Tout ça pour qu'un siècle et demi plus tard, brocantant un dimanche matin dans un village du Livradois, je tombe sur ce cartonnage tout déniapé. D'habitude je ne prends que des boîtes en bon état mais là, j'étais plongée dans l'histoire de mes Francs-Comtois partis sur l'Océan... Impossible de résister à donner ma piécette en échange de ce morceau de misère.
J'ai du mal à saisir l'articulation entre la marque-mère et les initiales. Généralement, la maison G.J. Descamps-Beaucourt dépose sous son nom complet ou sous les initiales logiques de GJDB. Mais assez souvent aussi, comme c'est le cas pour ma boîte, le dépôt se fait sous des initiales dont le rapport avec le nom de la filature ne saute pas aux yeux. Rien que dans la liste du tribunal de commerce, on trouve des dépôts R et D, JDT, RL, PS, CF, A et C, LC et L, JF, C et D, CG, EL, DM, LB, et même X ! Des marques rachetées ?
Finalement, heureusement que Gallica nous met à disposition le répertoire des dépôts à Lille sinon, avec ce seul LB, je n'aurais pas su que ma boîte sortait de chez Descamps-Beaucourt. D'autant que le fil Au Franc-Comtois ne devait pas être un produit phare de la maison, par conséquent il ne figure pas dans les marques qu'elle met en avant dans l'Album des marques françaises dont je détiens quelques pages relatives aux produits du fil.
Juste pour le plaisir, je termine sur un florilège des étiquettes de la maison Descamps-Beaucourt figurant dans les collections de la bibliothèque municipale de Lille.




