Machines à coudre {4} Le journal des...
Je reste dans le thème de l'été mais j'abandonne momentanément mon petit capharnaüm pour une balade du côté de Gallica (ça vous manquait, avouez ;-)
On y trouve un mensuel très spécialisé qui a paru de 1881 à 1939, avec une interruption de six ans à l'époque de la première guerre mondiale. Son titre a varié plusieurs fois : La Machine à coudre dans les débuts, puis Journal des machines à coudre et vélocipèdes puis des machines à coudre, cycles et automobiles pour finir tout simplement en Journal des machines à coudre.
C'est ce dernier avatar qui est disponible dans Gallica : un numéro par mois entre juin 1934 et juillet 1939. Il émane d'organisations professionnelles dans le secteur de la couseuse mécanique, la chambre syndicale des fabricants et négociants et aussi celle des constructeurs.
Il s'adresse aux industriels ou commerçants de la machine à coudre mais vise également le large public des confectionneurs auprès desquels les fabricants qui s'offrent de la réclame dans ses pages viennent mettre en avant leur production.
Les publicités très illustrées sont un des intérêts de ce journal. Elles sont destinées aux importateurs aussi bien qu'aux revendeurs et aux réparateurs. La cible étant variée, les produits présentés le sont également.
Il y a les machines à coudre domestiques…
... avec l'accent mis sur les meubles de salon, très en vogue dans ces années trente pour effacer la machine du cadre de vie familial lorsqu'elle n'est pas utilisée,
… les aiguilles et accessoires…
… et les dispositifs permettant d'électrifier les machines manuelles. Singer avait proposé en France sa première machine électrique moins de quinze ans auparavant, et il y avait évidemment encore dans les ménages un gros réservoir de machines à motoriser.
Évidemment, la part est belle pour les machines destinées aux professionnels comme les tailleurs mais aussi conçues pour des usages très spécialisés tels que la sellerie, la cordonnerie, la fabrication de guêtres, de masques à gaz ou de ballons.
Au passage, c'est l'occasion de s'instruire en apprenant ce qu'est un rectomètre à bascule : une plieuse mécanique, qui exécute en même temps le métrage des étoffes. Je suppose que c'est la machine qui conditionne les plaques de tissus telles qu'elles sont présentées en magasin ?
Parmi les machines spécialisées, on trouve les couseuses-brodeuses, les machines à une ou deux aiguilles dédiées aux jours échelle ou aux jours turcs, toutes de fabrication impeccable pour grands rendements industriels, les machines à bourdon, les tireuses de fil et celles qui débitent 4 à 500 boutonnières à l'heure !
Je crois que si j'aime particulièrement ces publicités, c'est parce qu'elles illustrent précisément la période où ma grand-mère acheta sa Singer. Tout une époque !
Au milieu de tout ça, il reste tout de même de la place pour le rédactionnel et il est notamment consacré aux informations professionnelles : comptes rendus des assemblées générales des chambres syndicales, expositions et foires, législation du travail et de la fiscalité, accords internationaux du commerce, jurisprudence en matière de contrefaçon… Jusque là, rien de très folichon pour nous.
Mais heureusement, une belle part est aussi faite aux techniques d'utilisation de l'engin. Il y a quinze jours, quand je vous ai montré le carnet d'échantillons Pfaff, nous nous demandions s'il était réaliste d'espérer obtenir un si joli résultat avec une machine à coudre familiale. Et bien justement, conscient de tenir un argument de vente conséquent, le journal consacre une série d'articles à l'apprentissage et la démonstration de la broderie.
Mois après mois, on y détaille les techniques qui permettent d'obtenir avec les machines domestiques, surtout si elles sont à navette centrale et fonctionnent à moteur, les mêmes résultats et même souvent meilleurs qu'avec une machine spéciale très coûteuse. Tout y passe, des jours à la broderie sur filet, en passant par le travail à la fourche ou celui de la tapisserie.
Et quand la série des cours de broderie est terminée, on passe aux leçons de coupe dans une toute nouvelle rubrique La page de nos lectrices. Bref, la balade est plaisante et il y a beaucoup de choses à grappiller dans les pages de ce journal
Je termine avec une trouvaille insolite qui n'a rien à voir… sauf qu'on est toujours dans Gallica et qu'il s'agit encore de machines à coudre (et surtout que je ne vois pas bien quand je pourrais avoir l'occasion de vous replacer un truc aussi marrant ;-)
En fouillant un peu partout, je suis tombée sur deux scénarios passés au dépôt légal par Gaumont en 1909. On était encore loin du cinéma parlant, j'imagine un de ces courts-métrages aux images saccadées construits autour d'un ressort comique : des machines folles qui piquent ce qu'elles ne devraient pas piquer, à partir de quoi les catastrophes s'enchaînent en cascade.
Je n'ai pas trouvé les films eux-mêmes, ont-ils seulement été tournés ? Les scénarios suffisent à se les imaginer mais ça m'amuserait quand même bien les voir. Si vous tombez dessus, surtout, ne gardez pas l'information pour vous !












