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19 novembre 2017

Qui es-tu Ernestine ? #1

L'ouvrage d'Ernestine est un de ces jolis mystères qui me font démarrer au quart de tour. Il arrive pourtant dans mes mains un peu écrasé par un cadre ovale, trop mal taillé pour lui rendre justice.

Ernestine encadrée

Je me dépêche donc de le démonter et, par la même occasion, de faire disparaître le doupion turquoise du fond qui avale la douceur nacrée des couleurs.

Je suis sous le charme de cette moitié de bourse perlée, restée en suspens sans atteindre sa destination finale d'objet utilitaire. Elle est tout petite, 9 centimètres de hauteur sur 6,5 de largeur, et les perles de verre qui la tapissent sont vraiment très fines.

Ernestine endroit

Le charme, il est dans le motif de Berlin qui représente une demi-couronne fleurie. Les dégradés ne sont pas très sophistiqués, deux tons de rose, deux tons de bleu, trois tons de vert, à peine quelques teintes supplémentaires pour marquer un coeur ou un semis... Mais l'ensemble conserve tout de même un joli modelé. Même les imperfections contribuent à me faire aimer davantage ce minuscule ouvrage : j'imagine l'adolescente peinant sur son aiguille mais parfois assez distraite pour contrarier un rang ou sauter un fil sur sa trame. La netteté du résultat en pâtit mais je ne m'en attendris que plus.

Ernestine imperfections

J'espérais tenir un petit morceau de sablé de perles, une technique reconnaissable entre mille : les morceaux perlés coulent littéralement entre les doigts Mais maintenant que j'ai l'ouvrage en main, que je peux le regarder de près et examiner son envers, je vois bien que les perles ont été appliquées sur une toile de fond.

Ernestine envers

Puis arrivent les questions. Comme la bourse n'a pas été montée, toutes les suppositions sont possibles : elle était dès le départ prévue pour être un travail d'apprentissage, ou bien la brodeuse est tombée en panne de perles, ou bien la jeune fille n'avait pas l'usage d'un objet trop sophistiqué pour elle, ou bien...

Et le dernier détail qui me ravit, c'est que la broderie n'est pas tout à fait anonyme, ce à quoi je suis par dessus tout sensible : elle est signée de trois initiales dorées qui sont trop peu pour l'identifier complètement mais suffisantes tout de même pour y voir une revendication, toute discrète qu'elle soit.

Ernestine initiales

A ce stade de mes interrogations, je regrette déjà d'avoir critiqué le cadre de pacotille qui écrasait la broderie. Car la main qui a offert cette protection au petit lambeau perlé a aussi pris soin de noter sur l'envers des indications essentielles.

Il me semble d'ailleurs que l'encadrement n'est pas bien ancien, en tout cas pas autant que l'ouvrage. Pourtant l'objet s'est retrouvé sur le trottoir d'une brocante virtuelle... Quand on a vidé la maison, n'y avait-il plus personne pour vouloir maintenir le souvenir de l'ancêtre disparue ?

Cadre envers

Je trouverai des réponses à beaucoup de mes interrogations. En confrontant l'envers et l'endroit, je découvre l'identité cachée par les initiales : EDD pour Ernestine Dévirat-Déon. C'est la première étape pour donner chair à une jeune fille qui se situe à la fin du XIXème siècle, si loin de nous, déjà... Le perlage et le motif Berlin sont d'ailleurs bien représentatifs des travaux d'agrément de cette période.

L'envers du cadre m'offre enfin une raison supplémentaire de m'attacher à ce petit morceau de rien : ma brodeuse est costalorienne, quelle chance ! Voilà une belle aubaine pour moi qui suis transplantée et n'ai donc habituellement pas motif à faire des recherches dans mon département de cœur. En vérité, c'est pour cela que ce petit ouvrage m'a interpellée, sans savoir dans quelle aventure je m'embarquais :-)

Le décor est planté mais aujourd'hui, je ne dirai rien de plus de la vie d'Ernestine. Car j'ai gardé en tête une proposition qui date déjà un peu, et qui était de vous expliquer comment je pistais mes petites brodeuses.

Signatures

Si vous avez l'habitude de la recherche dans les archives, je ne vous apprendrai rien :-) La série qui s'annonce est pour celles qui aimeraient documenter leurs marquoirs anciens mais ne savent pas comment démarrer une telle recherche. Beaucoup de tutoriels très bien faits sont disponibles sur le sujet des recherches généalogiques, je ne réinventerai donc pas ce qui existe déjà. Ce que je vous propose, c'est d'adopter Ernestine comme cas d'école et, sur ses pas, de partir à la découverte des trésors que recèlent –ou pas- les archives.

Une telle recherche comporte des moments de découvertes tous azimuts quand on démarre avec un boulevard devant soi, de déception quand on perd une trace, de blocages quand on n'arrive pas à renouer le fil… et de bonheur quand on lève une nouvelle piste. Il y a de tout cela derrière cette demi-bourse perlée !

Alors, prêtes à me suivre dans l'enquête sur Ernestine ?

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29 octobre 2017

Classeur généalogique

Une fois encore, j'ai saisi l'occasion de marier  mes envies de bricolage et la recherche généalogique. Quand on aime que la broderie raconte une histoire, y a-t-il plus beau projet que de coucher nos ancêtres sur le tissu ?

Ici le bonus était, par-dessus le marché, de réaliser (enfin !) un objet utile car il me fallait un classeur pour ranger une généalogie conduisant, en cinq générations, jusqu'aux années de la Révolution. Une branche maternelle tout entière située dans le département de l'Isère, une branche paternelle circonscrite à la Saône-et-Loire : je ne suis pas allée bien loin pour chercher mon thème.

Classeur 1

Classeur 2

Je décidais donc de consacrer chacun des deux plats de mon classeur à un département, qui arriverait en cortège avec tous ses villages et ses villes. Je m'embourbais un peu dans un classique ouvrage au point de croix qui m'ennuyait à l'avance, quand Babeth me souffla l'idée d'étiquettes imprimées au nom des lieux. Ce n'est pas le premier projet qui prend un tour inattendu après le papotage du samedi autour du thé à la menthe :-)

Classeur Isère 1

Classeur Saône-et-Loire 1

J'ai choisi pour le fond un tissu évoquant les finettes qu'aimaient les grand-mères des années 30 pour leurs corsages de demi-saison. J'ai imprimé sur du drap ancien bien glacé les noms des villages avec une police écolier ; elle s'imposait pour la généalogie d'une institutrice amoureuse de l'école. Puis j'ai thermocollé les étiquettes avec de la Vlieseline® double face et j'ai relié les villages par des routes tracées au point avant.

Il ne restait plus qu'à animer le bord des chemins avec les maisons groupées en hameaux, l'église, la grange, le petit cimetière, les bouquets d'arbres... tous ces endroits qui constituaient le paysage quotidien de nos ancêtres.

Classeur détail 1

Classeur détail 2

Classeur détail 3

Classeur détail 4

Après avoir cartonné le classeur, j'ai terminé en appliquant de chaque côté une carte postale ancienne choisie pour les souvenirs qu'elle évoquait... et le tour était joué !

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17 septembre 2017

Panier à fourbi

L'automne ne s'annonce jamais sans la promesse d'une belle rencontre entre amis.ies dans ce qui devient, pour un grand week-end, notre paradis bourguignon. Cette année n'a pas failli à la tradition en nous ramenant à ce beau moment hors du temps où nous sacrifions à nos rituels, entre éclats de rire et moments d'attendrissements.

Il y a tout cela dans notre traditionnel échange. 2017 était voué aux paniers et nous avons, une fois encore, craqué devant la diversité et l'inventivité de ce bel ensemble sorti de nos mains, les gars comme les filles !

Bouilland 2017

J'ai été pourrie - gâtée tout au long de ces trois jours et j'aurai l'occasion de vous reparler des merveilles ramenées de cette rencontre mais pour aujourd'hui, honneur au ravissant panier de demoiselle tout droit sorti, pour mon plus grand bonheur, des collections de Josette.

Panier Josette

Elle l'avait rempli de mercerie ancienne et agrémenté d'une dédicace venue à point nous faire ressouvenir de la soutache : surannée et un peu tombée dans l'oubli, elle a encore un joli rôle à jouer dans nos ouvrages, comme le prouve Josette avec brio.

Panier Josette couvercle

De mon côté, je me suis replongée dans un bricolage datant déjà d'une dizaine d'années : un panier cartonné bien pratique pour y stocker tout le fourbi de couture.

Panier Bouilland 1

Panier Bouilland 2

Le couvercle qui fait pique-aiguilles se soulève pour dévoiler encore une cachette à bazar. Une de plus...

Panier Bouilland 3

En 2007, j'avais réalisé le premier panier en m'inspirant d'une photo vue sur un blog japonais que j'aurais aimé vous signaler ; mais il a manifestement disparu de la toile. Dans un genre différent, voilà la première version que j'avais cartonnée :

Panier 2007

C'est un bricolage facile ; pour celles qui auraient envie de s'y essayer, je vais envoyer dans la messagerie des abonnées aux billets du blog de quoi se lancer. Attention, il ne s'agira pas d'explications complètes, seulement le croquis que j'ai réalisé pour le grand côté et que j'accompagnerai de quelques notes sur les dimensions. J'ajouterai aussi les deux médaillons des petites filles à l'ouvrage.

Panier Bouilland vignette

Aujourd'hui peut-être, ou alors demain... comme le dit la chanson :-) Car oui, je suis en vacances depuis vendredi : plus de réveil, plus d'horaires, plus de contraintes d'aucune sorte ! Le corollaire, c'est que je mets le blog en pause pour un mois, rendez-vous à la mi-octobre.

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03 septembre 2017

Ma maison est en boutons, pirouette, cacahouète...

La dernière fois, j'ai joué avec la serpentine ; pour ce numéro d'automne, je puise à pleines mains dans la boîte à boutons. C'est toujours une manière de mettre en valeur la mercerie que nous aimons tant, celle de tous les jours. Car ils sont presque ordinaires, ces boutons de nacre qu'on trouve à la ceinture des jupons, au dos des taies d'oreiller, au cou des brassières des bébés et au devant des tabliers des écoliers.

Plus exactement ils étaient presque ordinaires mais prennent un petit air de luxe tant ils sont recherchés aujourd'hui. Ils sont donc les briques avec lesquelles je bâtis ma maison, abritée sous ses fleurs en parapluie.

Maison aux boutons

Si vous avez impérativement besoin d'un tableau pour accrocher vos clés... vous trouverez toutes les explications pour réaliser celui-ci dans le numéro 4 des Broderies de Marie & cie qui vient juste de paraître.

Pour ma part, deux projets m'ont particulièrement attirée dans ce numéro 4 : la broderie blanche, toujours si raffinée, proposée par Sylvie Lezziero et dont la première partie était parue dans le numéro précédent ;

Sylvie Lezziero

et les craquants écureuils créés par Mayuka Morimoto.

Mayuka Morimoto

Ces projets sont expliqués bien en détail, n'est-ce pas le moment de se confronter à de nouvelles techniques ?

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27 août 2017

Les anonymes de l'été #7

Mon septième et dernier anonyme pour cette série est un travail de reprises. Mais quel travail ! Il sort incontestablement le raccommodage de la sphère utilitaire pour en faire un embellissement d'un raffinement presque magique.

ER 1828

Ce reprisoir me pose un problème qui n'est pas nouveau : je crains fort de ne pas parvenir à vous restituer son impalpable finesse. Il a été brodé sur une toile qui titre 28 fils au centimètre et il mesure 25 centimètres de large sur 29 centimètres de haut, ce qui est tout petit pour la multitude d'exercices qu'il présente.

La couronne du centre, dans laquelle Mademoiselle ER a brodé ses initiales au point compté, fait tout juste 4 centimètres de large.

ER 1828 couronne

Il est structuré autour de groupes d'exercices assez différents les uns des autres et tout d'abord les classiques reprises brodées. Classiques... si on peut dire, car il ne s'agit pas de ces travaux d'imitation un peu factices où on se contente de reproduire différentes armures en lançant les fils sur le support d'une toile toujours présente. Ici la reprise est bel et bien effectuée pour remplacer une toile disparue, ce qui est bien plus sportif !

ER 1828 reprises 1

C'est si finement exécuté que j'ai même eu du mal à réaliser l'absence du support ; il m'a vraiment fallu examiner l'ouvrage par transparence en essayant de comprendre comment le travail était structuré. On le voit un peu mieux sur les deuxième et troisième reprises du groupe qui suit où la disparition des fils de la toile n'est que partielle.

Car effectivement, dans la reprise du milieu, les fils verticaux ont disparu uniquement sous les rayures dorées qui sont brodées sur les fils horizontaux subsistant. Et c'est la même chose pour la reprise à carreaux rouges et blancs : ce sont les fils de la toile qui forment les carreaux blancs, mais ils ont été retirés sous  les lignes rouges, aussi bien horizontalement que verticalement.

ER 1828 reprises 2

Bref, même pour ce travail dont on a vu de multiples exemples sur d'autres ouvrages, le regarder de près pour chercher à le comprendre donne déjà un peu le tournis. Alors pour les reprises en dentelle qui suivent, j'ai lâché l'affaire... Je n'arrive pas à déterminer comment, mais je suis presque sure que le fond de tulle a été reconstitué à l'aiguille par la brodeuse elle-même et non pas rapporté au préalable.

ER 1828 reprises 3

Après ça, je dirais presque "fastoche" pour les boutonnières brodées :

ER 1828 boutonnières

Mais je me reprends un gros coup de bambou sur le travail de blocage des fentes qui encadrent l'ouvrage. Dire que quand j'ai fait des essais de renfort par de simples abeilles, j'en ai raté la moitié...

ER 1828 fentes

Mademoiselle ER,  je ne saurais vous dire à quel point je suis confondue par votre extraordinaire maestria. Sachez que presque deux siècles après, je suis toujours pâmée d'admiration devant votre merveilleux reprisoir. Et je suis prête à parier que je ne suis pas la seule...

N'oubliez pas : si vous voulez voir mes images dans leur meilleure taille -et ça vaut le coup aujourd'hui plus que jamais- agrandissez-les par un clic sur la molette centrale de la souris et non pas par le clic gauche !

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20 août 2017

Les anonymes de l'été #6

Une fois de plus, l'anonyme d'aujourd'hui témoigne de l'application et du goût d'une jeune fille dans son apprentissage des travaux d'aiguilles. Il est raffiné, comme en témoigne sa couverture finement peinte sur du satin noir. Mais il est loin d'être un catalogue d'échantillons parfaits, certains exercices sont même presque maladroits. C'est un véritable cahier d'aprendtissage et non pas une démonstration de virtuosité, comme peuvent l'être certains recueils.

Cahier AD

Il est présenté sous la forme d'un long accordéon de papier kaki qui se replie pour former les pages. Mademoiselle DA a fixé ses exercices au recto et au verso de cette ribambelle. Chaque page est titrée, chaque échantillon est annoté par la technique mise en oeuvre.

Rien n'y manque ; il y a toutes sortes de broderies, au point de croix, au plumetis, sur filet... Il y a de la couture, des reprises, du tricot et du crochet, rien n'y manque ! Je vous souhaite une bonne balade parmi les pages de ce cahier :-)

Cahier AD 1

Cahier AD 1 détail

Cahier AD 2

Cahier AD 3

Cahier AD 3 détail

Cahier AD 4

Cahier AD 4 détail

Cahier AD 5

Cahier AD 6

Cahier AD 6 détail

Cahier AD 7

Cahier AD 8

Cahier AD 9

Je vous rappelle que vous pouvez agrandir chacune de mes images pour les regarder plus en détail. Je vous conseille de les ouvrir dans un nouvel onglet pour en profiter pleinement (il suffit de les cliquer avec la molette de la souris) car le système d'agrandissement de Canalblog par le clic gauche n'est pas du tout performant.

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06 août 2017

Les anonymes de l'été #4

Une balade... une rencontre... un mystère... ce sont à nouveau les ingrédients qui pimentent mon attachement particulier à l'anonyme d'aujourdhui. Nous avions pris la douce habitude, chaque mois de mai, de  partir une semaine en colo de filles à Londres. Il y aurait mille choses à en dire mais je m'arrêterai à un mot : Portobello ;-) Moi qui déteste la foule, voilà bien le seul endroit pour lequel je fais une exception ; je trouve même que l'animation fait partie intégrante du plaisir qu'il y a à fréquenter les lieux.

Portobello market

C'est vivant, c'est coloré, c'est plein de fantaisie mais on ne va pas se mentir : Portobello ne serait rien sans la brocante et, parmi la brocante, sans les boutiques dédiées à la mercerie et au textile ancien. Boutons, samplers, nécessaires de couture, dés, mercerie, il y a des échoppes spécialisées dans tous les domaines qui nous intéressent.

Portobello mercerie

Autant dire que chaque arcade dévoile des tentations... plus qu'il n'en faudrait ! Cette année-là, toute ma cagnotte-brocante avait été engloutie, presque au début de la balade à Portobello, dans une dépense transgressive sur laquelle j'avais (un peu) hésité ; un seul objet et c'était fini des achats jusqu'à la fin du voyage. Mais je n'avais pas résisté à ce porte-bobines typiquement victorien, tellement anglais et formant un ensemble charmant avec ses bobines disparates. Je l'ai toujours conservé ainsi d'ailleurs, dans le jus de la trouvaille, sans chercher à le garnir de manière plus sophistiquée.

Porte-bobines

Mon craquage comporta très moralement sa punition quasiment immédiate : un peu plus bas dans la rue, un joli marquoir rouge me tendait les bras. Un petit achat, pas du tout déraisonnable... mais quand c'est fini, c'est fini.

Je ne regrettais rien. Mais l'idée de l'alphabet manqué ne m'avait pas quittée, au mois de mai de l'année suivante, à notre retour à Londres ; cependant je n'y croyais guère. Il n'y a pas de suspens car si je vous en parle, c'est évidemment qu'il était toujours là ;-) Et cette fois-ci, s'il m'avait attendue, c'est bien qu'il devait traverser la Manche avec moi !

Géraldine Massy

C'est un faux anonyme en réalité, comme le cahier d'Albertine. Mais sans localisation, il est bien difficile de savoir qui était vraiment cette petite Géraldine et, là encore, de retracer son histoire. Je pourrais peut-être tirer le bout d'un fil qui me mettrait sur la piste d'une famille irlandaise... mais la pelote est difficile à démêler pour moi qui n'ai aucune compétence dans les recherches outre-Manche.

J'en viens maintenant au mystère : il réside dans la dualité de ce marquoir. Car tel qu'il est, dans sa couleur autant que dans sa construction, il semble bien davantage français qu'anglo-saxon. Géraldine a brodé tout en rouge, sur une toile qui titre 12 fils au centimètre, pour une dimension finale de 30 centimètres sur 26. Trois alphabets, une série de chiffres, le tout complété par l'identification et quelques symboles, puis bien clos par une frise très ordinaire : j'aurais à peine été surprise de trouver cette toile, un dimanche matin, dans une brocante bourguignonne. Cette impression est renforcée pas le é accentué dans le prénom, qui n'a vraiment rien d'anglais.

Géraldine Massy aged 8

Mais cependant, le "aged 8" renvoie illico l'ouvrage vers la Grande-Bretagne et le lieu où je l'ai trouvé. Alors qu'en penser ? Papa anglais, maman française ? Une provenance des îles anglo-normandes ? Une mode qui fait un peu franciser le prénom, comme un pendant à Hélène qui avait au contraire donné un air anglais au sien ? L'influence d'une gouvernante ou d'une institutrice française ?

Encore une fois, beaucoup d'interrogations qui resteront peut-être sans réponse. Mais c'est la définition du mystère, après tout !

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30 juillet 2017

Les anonymes de l'été #3

L'anonyme d'aujourd'hui n'est pas un, mais trois : trois beaux alphabets dont les teintes ont été très bien préservées. Comme je les ai trouvés ensemble dans une reliure, qu'ils sont de même format et d'inspiration commune, j'imagine qu'ils sont de la même main ; ou alors de mains alliées ? Trois soeurs, trois cousines, trois amies...

ABC papier perforé

Ils ont pour particularité d'être brodés non pas sur de la toile mais sur du papier. Seulement c'est un papier dont on peut simplement rêver car nous n'en avons pas l'équivalent dans nos fabrications modernes : il fait 10 perforations au centimètre ! La broderie est d'ailleurs exécutée non pas au point de croix mais au demi-point.

Ils sont d'une construction classique et particulièrement équilibrée. Leur attrait tient aussi à la gaieté de leurs couleurs. Dommage qu'ils ne contiennent aucune indication permettant de les identifier, de les localiser, ni même de les dater. Il ne reste qu'à les admirer tels qu'ils sont !

ABC papier perforé 1

ABC papier perforé 2

ABC papier perforé 3

Peut-être aurez-vous envie de récupérer cette charmante petite frise ? La voici en grand, qui devrait sans problème pouvoir vous tenir lieu de diagramme.

Frise

Et je me rattrape in extremis en n'oubliant pas, pour une fois, de vous donner la taille : ils mesurent 21 centimètres de haut sur 27 centimètres de large.

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23 juillet 2017

Les anonymes de l'été #2

Beaucoup de mes vieilleries sont des trouvailles chinées en voyage, dans des contrées proches ou lointaines. C'est une des raisons pour laquelle j'aime particulièrement l'anonyme d'aujourd'hui : il est le souvenir d'une grande matinée passée aux puces de Madrid, couronnée par un chocolat/churros dans un bar très couleur locale. Partie tôt, seule pour ne pas réveiller les amis chez qui je logeais, il avait bien fallu que je me débrouille avec un espagnol inexistant dont je ne connaissais que les quelques mots de courtoisie indispensables à une vie sociale élémentaire.

Révéler la touriste qu'elle est, la pire des situations pour une chineuse ? Pas à Madrid ! Que de gentillesse, d'efforts pour essayer de me comprendre en français, de cris pour appeler en renfort la personne qui servirait de truchement... Et finalement je m'étais fait plaisir en entamant à peine ma cagnotte-brocante, personne n'ayant essayé de profiter de la situation.

ABC Madrid

Ce tout petit rouge, plus que probablement d'origine espagnole [pas sûr, regardez les commentaires : il y manque des lettres typiques de l'alphabet espagnol], est donc chargé de souvenirs pour moi. Il y a d'autres raisons qui me font l'aimer ; je crains que ce ne soit difficile à rendre en photos, mais il est d'une extraordinaire finesse. Je peux essayer de vous la restituer par ses dimensions : il fait 18 centimètres de côté, ce qui n'est pas grand chose pour loger neuf alphabets et le petit bout d'un autre. La délicatesse de la toile peut aussi vous donner une idée : elle titre 24 fils au centimètre !

ABC Madrid Détail 1

Et puis ce petit chiffon brodé de rouge est un mystère. Il a visiblement été coupé, ce dont témoignent son angle supérieur gauche débutant par la fin d'un alphabet et l'absence totale de marges tout autour. Mais il est cependant méticuleusement doublé à petits points, avec un soin qui va jusqu'à la bouffigue aménagée à droite des deux premières lignes pour ne surtout pas amputer les S qui les terminent.

ABC Madrid Détail 2

Bref, tel qu'il est, biscornu, chiffonné, rescapé, presque ordinaire si ce n'était son extrême finesse... je l'aime.

Il est indissociablement lié à une autre trouvaille de ce jour-là : une machine à coudre marquée en partie haute Rico (le nom du fabricant de ces jouets, je crois) et Singer sur le piètement. Un souvenir de plus : j'avais fini la matinée en me baladant avec le fragile jouet de tôle à la main, de peur de l'écraser dans mon sac où je n'avais pas de quoi le protéger. Le temps de finir ma balade et d'arriver au chocolat, j'avais été arrêtée dix fois pour le faire admirer... et je l'aurais revendu presque autant !

Machine à coudre Rico

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16 juillet 2017

Les anonymes de l'été #1

J'entame aujourd'hui une mini-série pour l'été : il n'y aura peut-être pas d'amour (quoi que, allez savoir...) ni de suspens, mais tout de même un peu de mystère. Car ça fait longtemps que je veux vous montrer des ouvrages sur lesquels je manque d'informations, soit qu'ils ne comportent aucun élément d'identification, soit que ceux qui nous sont laissés sont insuffisants pour deviner qui est la brodeuse.

C'est le cas par exemple pour la petite Albertine. Elle a pourtant noté son nom et son prénom sur la couverture de son cahier mais, à défaut de localisation, ils sont l'un et l'autre trop communs pour nous permettre de savoir qui elle était et dévoiler davantage de son histoire.

1 couverture

Son travail n'en mérite pas moins d'être admiré pour ce qu'elle a mis de virtuosité à le réaliser et de goût à le disposer. Son cahier présente avec finesse un devoir par trimestre puis une chemise taillée pour une poupée qui constitue le chef-d'oeuvre de l'année scolaire. Il contient également deux feuilles volantes pour des compositions probablement réalisées en classe, sous l'oeil de la maîtresse de couture et dans un temps imparti.

2 tricot

3 couture

4 reprises

5 chemise

Tant de méticulosité apportée à son travail a trouvé sa récompense. Car je veux croire que les devoirs étant notés sur 20 et les compositions sur 10, elle a obtenu pour chaque épreuve le maximum ;-) Franchement, c'est mérité, vous ne trouvez pas ?

6 compositions

7 étiquette

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