03 septembre 2013

Le cahier de couture de Marie

Marie est née le 3 décembre 1902 à Riaucourt, à une dizaine de kilomètres au nord de Chaumont. Ses racines sont accrochées dans ce village depuis fort longtemps : un siècle avant elle, on y retrouve déjà la totalité de sa famille, aussi bien maternelle que paternelle.

acte naissance marie
Document issu des archives en ligne de Haute-Marne

Riaucourt

Elle quittera pourtant son village pour aller s'établir trente kilomètres vers le sud à Marac, où vit son mari Joseph et où elle s'éteindra sept ans après lui, à l'âge de quatre-vingt-six ans.

Marac

C'est donc à l'école de Riaucourt que Marie a suivi sa scolarité et s'est initiée à la couture, alors qu'elle avait 9 ans. Ses exercices sont réunis dans un cahier prévu justement pour les travaux manuels, avec ses belles pages cartonnées en couleur permettant de fixer les échantillons par quelques points.

Marie Magnien 1

Son travail n'est pas extrêmement habile, mais il est vrai que les toiles de récupération qu'on lui a données n'ont pas dû lui simplifier la tâche : usées, très fines ou bien irrégulières, ce n'est pas l'idéal pour une initiation ! Tout de même… peut-être préférait-elle courir la campagne ? Car on ne sent pas une immense passion des travaux d'aiguilles chez cette petite fille, bien loin d'avoir complété son cahier de quatorze pages.

Les deux marquettes qu'il contient sont brodées du même alphabet et de la même série de chiffres.

La première, brodée sur une toile grossière mais adoucie par l'usure, est ourlée par un rempli simple, fixé à grands points avant perdus dans le chanvre. Une simple ligne de points de croix continus fait office de frise sur tout le tour de l'ouvrage : c'est elle qui a dû lui permettre de faire ses gammes. Le tout est signé de l'initiale de son prénom et de son nom en entier et précisé par l'année de réalisation, 1911. Merci Marie, pour ce nom et cette date qui m'ont permis de faire un peu mieux connaissance avec toi ;-) Car, je ne sais pour quelle raison, ton identité a été effacée sur la couverture du carnet…

Marie Magnien 2

Sur la seconde marquette, exécutée sur toile fine et soigneusement ourlée au point de côté, l'alphabet et les chiffres sont complétés par trois reprises, dont une à fond perdu, et simplement deux initiales. Bien qu'elle ait laissé l'emplacement pour le loger, Marie n'a pu se résoudre à y broder une fois encore le W : paresse de petite fille qui sait qu'elle n'aura jamais à utiliser cette lettre pour marquer son linge ?

Marie Magnien 6

Le cahier contient encore quatre échantillons, dont un exercice de gros crochet à base de brides. Marie a tout d'abord crocheté un rectangle de neufs rangs, avec une régularité bien difficile à maîtriser dans les débuts. Puis elle a continué en tournant tout autour de ce premier panneau, une manière de s'entraîner à négocier les angles.

L'exercice reste plutôt sommaire et j'imagine la fillette tirer la langue en essayant de dominer sa symétrie ;-) Ce à quoi elle n'est d'ailleurs pas tout à fait parvenue : deux côtés de la bordure extérieure sont à quatre tours et sur les deux autres, elle s'est arrêtée à trois… C'est bien assez quand il y a tant de distractions dehors !

Marie Magnien 3

Les trois derniers exercices, tous simplement signés de ses initiales, regroupent les bases élémentaires de la couture et témoignent de l'évolution de Marie dans la maîtrise de l'aiguille, vers plus de finesse, de régularité et de soin.

Sur les deux premiers de ces échantillons, elle s'est entraînée aux ourlets fixés à très petits points de côté, aux coutures simples et anglaises, aux plis rabattus et aux points de broderie sur toile fine : une ligne de points arrière et une ligne de point de feston. Puis sur un des ourlets, elle a péniblement brodé quatre boutonnières suivies de trois brides. Il est vrai que des boutonnières au fil rouge sur une toile blanche, il n'y a pas pire piège…

Marie Magnien 5

Marie Magnien 4

Pour le dernier échantillon enfin, Marie a formé une petite poche, fermée par un bouton de nacre grise. L'exercice lui a permis de mettre en application les coutures, y compris en angle, les ourlets rabattus sur l'endroit de chaque côté de la fente, l'un au point de piqûre et l'autre au point de côté, les brides pour bloquer son ouverture et la boutonnière, plus soigneusement réalisée que les précédentes. Les piqûres sont fines et régulières, c'est le métier qui rentre ;-)

Marie Magnien 7

J'ai d'autres cahiers, qui peuvent être plus joliment présentés ou contenir des travaux exécutés avec plus de goût, mais plusieurs raisons m'ont donné envie de commencer par celui-ci, en ce jour de rentrée scolaire.

D'abord la petite brodeuse y est identifiable et peut être replacée dans son lieu de vie. C'est rarement le cas pour les quelques autres cahiers que je possède et je trouve toujours ça un peu frustrant. C'est aussi un plaisir d'aller à la pêche aux renseignements d'état-civil, de situer les lieux sur une carte, de se les représenter par des images de l'époque…

Ensuite parce que le côté ordinaire de ce cahier justement reflète bien ce qu'était l'apprentissage de la couture à l'école dans la grande majorité des cas. On ne demandait pas aux petites filles d'exceller dans les travaux d'agrément ou de rivaliser de joliesse mais bel et bien de savoir faire face à l'ordinaire d'un foyer pour l'entretien du linge : marquer sommairement pour reconnaître, raccommoder pour faire durer, transformer pour ne pas jeter… C'est tout cela, et seulement cela, qu'illustre le cahier de Marie.

Et puisque tout le monde est rentré et que décidément, la ville a repris son visage ordinaire, moi je m'échappe : vacances jusqu'à la fin du mois...

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30 janvier 2013

Doudou couronné

Il fallait au moins ça pour un petit prince rieur. J'ai utilisé :

• un tissu olé-olé... OK, je corrige : ce qui, dans mon stock, approchait le plus de cette définition...

• un morceau de lin ancien (on ne se refait pas),

• un petit bout de feutrine bien pétard,

• une vieille échevette de Broder Spécial dans un coloris que j'aurais bien juré ne jamais travailler.

doudou couronné

Avec tout ça, je vous préviens que je suis arrivée au maximum de mes capacités de branchitude, mais bon... je n'allais quand même pas infliger un doudou bêtement  rouge et écru à ce petit d'homme qui ne m'a rien fait, à part des gazouillis fort aimables,>)))

Si ce monstre souriant vous amuse, le patron que j'ai tracé avant de le couper est téléchargeable ici (pour la couture, c'est à l'arrache, mais que du basique)

doudou patron

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