27 octobre 2016

Archives, on ne s'en lasse pas...

Me voilà repartie pour une semaine de recherches intensives aux archives, le nez plongé dans les vieux papiers. Ah ! c'est sûr ! il vaut mieux ne pas être trop allergique à la poussière ! Il se trouve que sur ce point, j'ai une tolérance assez développée vu l'état de mes hauts d'armoires (et pas que...).

Et où donc, à votre avis, cette prospection dans les minutes des notaires, enregistrement des sociétés, calepins des propriétés bâties et autres gourmandises du même acabit ? Je vous laisse un indice ;-) Et quand vous aurez trouvé où, forcément... vous saurez sur les traces de qui !

Tour Eiffel 1
Tour Eiffel 2
Tour Eiffel 3

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08 septembre 2016

Boîte Sajou

Quelques péripéties plus tard, j'ai donc fini par finir ma boîte Sajou, bien avancée lors du stage à Mailhat. Le modèle créé par Hélène était prévu pour être terminé en valisette mais compte tenu de son volume important et de l'usage que je lui réservais, j'ai adopté l'idée de Michèle qui a préféré en faire un grand coffret. J'ai donc posé une poignée ancienne de chaque côté et remplacé celle du devant par deux boutons.

Sajou extérieur 1

Pour le décor du dessus, j'ai retravaillé une couverture de livret que j'ai imprimée sur un vieux drap puis rebrodée, plutôt parcimonieusement : point de bouclette, point devant, point de noeud... en rouge, sans grande surprise ;-) Les boutons également sont rebrodés, à partir des logos utilisés par la maison au fil du temps, le S de Sajou puis la combinaison SLC pour Sajou, Lefèvre et Cabin.

Sajou dessus

Sajou détails

Je me suis un peu plus lâchée sur la couleur à l'intérieur de la boîte qui évoque les modèles de tapisserie chers à Monsieur Sajou. Le contre-couvercle est habillé par un modèle de Berlin, combiné au portrait du patron en filigrane et simplement rebrodé, en blanc, d'une frise au point de croix.

Sajou intérieur

L'intérieur est en deux étages, séparés par un plateau amovible. Et le plateau lui-même est structuré par une nouvelle boîte rectangulaire, tout en longueur, qui sert de cloison amovible.

Sajou 1er étage

Sur le couvercle de cette boîte intérieure, j'ai aussi imprimé la succession des intitulés et des adresses de la maison, ce qui me servira d'aide-mémoire pour dater les livrets. Et c'est là également que j'ai casé mes sempiternels monogrammes de Saint-Gall en guise de signature.

Sajou boîte cloison

Finalement, une fois le plateau soulevé, on accède à un nouveau compartiment de rangement, juste ce qu'il me fallait pour mettre à l'abri les vieux papiers de la maison Sajou.

Sajou 2ème étage

C'est bien gentil tout ça, mais il faut que j'arrête de fabriquer des boîtes, moi... car je n'ai pas d'endroit où les poser !

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21 juillet 2016

Encore du Sajou dans l'air !

Figurez-vous que je n'ai pas de boîte pour ranger mes vieux papiers Sajou... N'est-ce pas inacceptable ? Me voilà en partance pour le traditionnel week-end à Mailhat et je vais en profiter pour arranger ça. Plus exactement, ce sera une valisette, un grand modèle conçu par Hélène qui va nous la faire fabriquer.

Bonheurs multiples d'une grande balade en Auvergne par le chemin des écoliers, de deux jours à profiter des conseils avisés d'Hélène et des retrouvailles avec les ami.e.s ; plus qu'un dodo ;-) En attendant le retour, je vous donne une petite idée du décor que j'ai préparé pour ma future boîte, extérieur en rouge et gris et intérieur plein de couleurs...

Boîte Sajou extérieur

Boîte Sajou intérieur

Les boîtes fabriquées les années précédentes à Mailhat sont là pour la maison du petit chaperon rouge, ici pour la boîte à boutons et là pour le livre de famille.

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12 juin 2016

Sajou le commerçant : à la poursuite des souvenirs

Si vous vous baladez autour de Beaubourg, inutile de lever le nez en essayant de deviner laquelle des façades de la rue Rambuteau a hébergé les activités de Monsieur Sajou. Car dès le conseil municipal du 8 mars 1906, cette partie de la rue fut incluse dans le premier ilôt insalubre du coeur parisien. Un siècle ne s'était pas écoulé depuis son percement !

Cependant son sort resta longtemps incertain, jusqu'à la construction du centre Pompidou en réalité. Au sud de la rue Rambuteau, l'ilôt Saint-Merri avait été détruit dans les années 30 pour finalement laisser place à un parc de stationnement improvisé qui rasait l'arrière des numéros impairs. L'immeuble dans lequel se trouvait  le bijoutier Leforestier au XIXème siècle avait eu chaud...

Parking ilôt Saint-Merri vers 1960Parking sur l'ilôt Saint-Merri, à l'arrière de la rue Rambuteau, vers 1970 - Source : centre Pompidou

Mais ce dernier rempart finit par céder dès le début des travaux du centre Beaubourg, dégageant ainsi la vue sur les numéros pairs qui se trouvaient côté nord. Il est là, l'immeuble qui abrita les grandes heures de la maison Sajou, juste sous la flèche ;-)

Marc Petitjean - Métro Rambuteau - 1976

Marc Petitjean - Métro Rambuteau - 1977La piazza Beaubourg en 1976 et 1977 - Marc Petitjean Métro Rambuteau
(vous avez la possibilité de zoomer fortement dans ces photos)

Le répit fut pour lui de courte durée. Car son sort était déjà scellé avec le projet de rénovation urbaine qui devait, sur l'autre rive de la rue Rambuteau, accompagner l'implantation du centre Beaubourg. La maison fut parmi les dernières à lâcher mais lâcha quand même pour laisser place à la tranche ultime du quartier de l'Horloge, dont la construction fut achevée en 1982.

Rambuteau aujourd'huiRue Rambuteau côté nord - le quartier de l'Horloge

En entrant aujourd'hui acheter trois vis ou un sac de terreau chez Leroy-Merlin, nous n'avons donc aucune chance de percevoir entre les murs un quelconque souvenir, aussi fugace soit-il, de la maison Sajou. C'était là... mais ce n'est plus !

Pour lire les précédents billets consacrés à Sajou :
Sajou : de Sens à Paris
Sajou l'innovateur : les modèles de Berlin
Sajou l'innovateur : le conservateur de la vue
Sajou l'innovateur : la tricographie
Sajou l'innovateur : expositions et récompenses
Sajou l'innovateur : la nappe de quatre mètres
Sajou le commerçant : la rue Michel-le-Comte
Sajou le commerçant : la rue de la Barillerie
 Sajou le commerçant : la rue Rambuteau

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09 juin 2016

Sajou le commerçant : la rue Rambuteau

De grands travaux de rénovation sont donc en cours dans Paris, poussant Sajou à un nouveau déménagement. Et puis son affaire prend de l'importance : il vient de se faire remarquer à l'exposition nationale de 1844, le jury central y a même noté qu'il employait constamment plus de cent cinquante personnes. Certes il n'a pas encore fondé l'atelier qui sera son grand œuvre et toutes ces petites mains ne sont pas directement sous son autorité. Elles sont disséminées dans des ouvroirs ici, dans la capitale, et jusqu'en province. Mais enfin, il est temps pour lui de s'installer à une adresse qui lui permettra de développer pleinement ses ambitions.

En prélude aux grands travaux haussmanniens, on a déjà commencé à détricoter le lacis des ruelles étroites et insalubres qui quadrillaient le quartier Saint-Avoye, en lisière de celui des Halles. Le centre de Paris se redessine et c'est dans une rue tout nouvellement percée que Sajou va transporter son affaire.

Rambuteau - 1ère pierreAu 21, plaque commémorant la création de la rue Rambuteau

En ce lundi de février 1846, il traverse la Seine et se presse vers la rue de l'Echiquier, au rendez-vous du notaire chez qui il doit signer le bail pour son nouveau commerce de la rue Rambuteau. Ce sera bien davantage, en réalité : une véritable base de vie ! Dans un premier temps, Sajou doit se contenter d'ajouter à la boutique ce qui est disponible dans l'immeuble, c'est-à-dire quelques chambres de bonnes et un magasin attenant à l'espace de vente, aménagé dans une cour qui a été couverte pour cet usage.

Bail 50 Rambuteau au 1-04-1846Bail pour la boutique du 50 signé le 2 février 1846 - Minutier central des notaires de Paris

Il prend officiellement possession de ses nouveaux locaux au 1er avril 1846 mais garde malgré tout un pied rue de la Barillerie. Tant que sa nouvelle maison de commerce n'est pas aménagée à son idée, il a toujours besoin d'y conserver une partie de son activité. Et puis le couple n'a pas la place de loger rue Rambuteau.

Sajou Rambuteau BarillerieLes deux adresses sur un dessin de broderie datant des débuts rue Rambuteau

Cependant Sajou a vu plus loin et s'est prudemment réservé au contrat un droit de priorité sur toutes les surfaces qui viendraient à se libérer dans l'immeuble. Et c'est exactement ce qui va se passer au fil du temps : trois ans plus tard, il est de retour chez le notaire pour inclure au bail un appartement situé au premier étage du bâtiment sur cour et un autre donnant sur la rue, au deuxième étage.

Finalement en 1863, au renouvellement du bail avec le nouveau propriétaire des lieux, il n'est plus question de finasser : Sajou loue en bloc la totalité du 52 qui, outre les locaux commerciaux au rez-de-chaussée, comporte tout de même deux corps de bâtiment de six étages chacun.

Bail 52 Rambuteau au 01-04-1864Bail pour l'ensemble du 52 signé le 19 octobre 1863 - Minutier central des notaires de Paris

C'est que la maison a bien changé depuis presque vingt ans qu'il en grignote petit à petit chaque espace disponible ! Les murs ont disparu pour permettre à la boutique d'occuper les 165 m² du rez-de-chaussée. Mais comme ce n'était pas suffisant, Sajou a également fait dégringoler les planchers du premier étage pour s'agrandir vers le haut, en annexant au commerce les deux appartements qui se trouvent au-dessus. Ne reculant devant rien, il a même obtenu l'autorisation de percer un accès sur la maison mitoyenne du 50 et a ainsi façonné, petit à petit, l'espace de vente qu'il avait en tête.

Aurez-vous remarqué qu'entretemps, il a changé d'adresse ? Sans pour autant avoir bougé : la boutique, initialement au 50, se trouve depuis l'automne 1849 au 52 par le simple effet d'une renumérotation des immeubles dans la rue. Voilà un détail qui compte pour dater les livrets produits par la maison ;-)

cadastre 1860 rue rambuteauPlan parcellaire d'Hausmann - Archives de Paris

Cette installation sur la rive droite ramène Sajou dans un quartier plus naturellement voué à son activité, bien plus en tout cas que ne l'était la Cité. Du haut en bas de la rue Rambuteau, on brasse dentelles et rubans de velours, on tient commerce de soies teintes en gros ou au détail, on propose au chaland aiguilles et épingles, fils d'Angleterre ou bien d'Alsace, on fabrique fleurs et boutons de soie, on brode à l'or et au plumetis, on travaille la passementerie, le velours et la peluche...

Dans ce tourbillon d'artisans et de commerçants œuvrant pour la mode et la nouveauté, Sajou a des concurrents directs dans le domaine de la tapisserie à l'aiguille, une de ses principales activités : Picory au 30, Mangeau au 49, Besson-Poitevin au 65, les frères Collette au 68, Pétillion fils au 75... tous étaient implantés là avant lui ou sont arrivés peu après. Et c'est sans compter les rues adjacentes où la mercerie est aussi l'activité reine. Mais plus qu'une menace, il y voit probablement l'opportunité de toucher une clientèle habituée à courir le quartier pour se fournir en ouvrages de dames.

J'aurais aimé vous proposer une illustration du magasin Sajou... mais je n'ai pas (encore ?) eu la chance de mettre la main dessus. A défaut, voici une petite idée de son environnement avec des vues de la rue Rambuteau postérieures de quelques années à l'époque de Monsieur Sajou, mais qui reflètent bien son univers : le bijoutier Leforestier, par exemple, est déjà installé juste en face de chez lui lorsqu'il arrive rue Rambuteau, en 1846. Juste là aussi où, cent soixante dix après, se trouve le parvis Beaubourg ;-)

Leforestier rue RambuteauMaison Leforestier - 59-61 rue Rambuteau

Et voilà où ses pas portaient Monsieur Sajou, immédiatement sur la droite de sa boutique : le carrefour des rues Rambuteau et Saint-Martin.

Carrefour Rambuteau - Saint-Martin

Dans un prochain épisode, je pousse avec vous la porte de la boutique ;-)

Je renouvelle un merci reconnaissant à Robert pour son aide précieuse, sa connaissance érudite des archives parisiennes et sa passion à la partager.

Pour lire les précédents billets consacrés à Sajou :
Sajou : de Sens à Paris
Sajou l'innovateur : les modèles de Berlin
Sajou l'innovateur : le conservateur de la vue
Sajou l'innovateur : la tricographie
Sajou l'innovateur : expositions et récompenses
Sajou l'innovateur : la nappe de quatre mètres
Sajou le commerçant : la rue Michel-le-Comte
Sajou le commerçant : la rue de la Barillerie

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20 mars 2016

Sajou le commerçant : la rue de la Barillerie

Changement d'ambiance avec le transfert de l'atelier rue de la Barillerie : en cette année 1844, Sajou a passé la Seine pour se retrouver dans l'île de la Cité, juste en face de la Sainte-Chapelle. Le couple emporte avec lui le souvenir de la petite Marie Adèle, née et décédée rue Michel-le-Comte après deux années d'une courte vie.

plan BarillerieL'île de la Cité en 1844 - source : Gallica

Pour Anastasie, c'est un retour au quartier de son enfance : le nouvel atelier investi par son mari au 17, rue de la Barillerie se trouve à peine à cent mètres de celui de son père, établi depuis trente ans comme orfèvre au 4 du quai du même nom. C'est en effet tout contre le flanc du Palais de Justice, dans un réseau d'immeubles aujourd'hui absorbés par le tentaculaire îlot administratif, que Charles Marie Granger s'est spécialisé dans la fabrication de timbales et d'ouvrages d'église.

Mais rien n'est plus pareil quand les Sajou arrivent dans l'île, car la maman d'Anastasie vient elle aussi de quitter ce monde deux ans auparavant.

Barillerie Atlas Vasserot
plan Barillerie 17Atlas Vasserot - source : Archives de Paris

Dans cette portion de la rue de la Barillerie qui va de la place du Palais de Justice à la rue de la Calandre, Sajou est cette fois-ci tout environné d'horlogers. Dans un registre moins sérieux, l'atelier se trouve aussi à deux pas du bal du Prado, très en vogue parmi les étudiants en goguette. Curieuse alchimie que ce quartier voué à la fois aux gens de justice, aux artisans et à la bamboche !

Ainsi que la précédente, cette nouvelle adresse n'est pas choisie au hasard. Sajou vient une fois encore y prendre une succession et récupérer par la même occasion un fonds de dessins de broderie.

Almanach Bottin du commerce de Paris pour 1842
Almanach Bottin du commerce pour 1842 - source : Gallica

Comme on le voit, Martin s'est déjà lui-même frotté aux modèles de Berlin ; la majeure partie de sa production est cependant très classiquement constituée de dessins destinés à être brodés au plumetis. Rien de tel, sur une mousseline aérienne, pour réaliser les cols, manchettes, guimpes ou jabots si recherchés quand il s'agit de finir délicatement une toilette .

Martin rue de la Barillerie

Mais cette installation sera fort brève, à peine le temps pour Sajou d'accoler son nom à celui de Martin et pour le couple de poser à nouveau un berceau : celui de Marie Ernestine qui voit le jour ici, entre les deux bras de la Seine, en 1845.

Sajou Successeur de Martin

Car Paris est en pleine mutation dans ce milieu du XIXème siècle et la rue de la Barillerie est condamnée par le projet de percement du boulevard du Palais ; dès 1852, les grands travaux haussmaniens vont profondément remodeler le cœur de la capitale.

Monde illustré 10-09-1859Le Monde Illustré 1859 - Source Gallica

Sajou prend les devants et prépare son repli dans ce qui deviendra sa grande adresse, celle où il va enfin pouvoir déployer une véritable maison de commerce et se diversifier bien au-delà des dessins de broderie : en 1846 commencera l'aventure de la rue Rambuteau.

Les précédents billets racontant l'histoire de Sajou
Sajou : de Sens à Paris
Sajou l'innovateur : les modèles de Berlin
Sajou l'innovateur : le conservateur de la vue
Sajou l'innovateur : la tricographie
Sajou l'innovateur : expositions et récompenses
Sajou l'innovateur : la nappe de quatre mètres
Sajou le commerçant : la rue Michel-le-Comte

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13 mars 2016

Sajou le commerçant : la rue Michel-le-Comte

Ça commence bien mal : Monsieur Sajou se cache ! Il ne veut pas se laisser découvrir dans ses premières années et il va falloir enquêter encore pour retrouver sa trace entre 1805, l'année de sa naissance à Sens, et 1840 où il épouse Anastasie Granger à Paris. Mine de rien, me voilà face à un blanc de trente-cinq ans…

J'ai quand même relevé, ici ou là, quelques petits cailloux semés dans le sillage de sa jeunesse. Un premier indice : une publicité parue dans l'Annuaire bleu en 1932, à l'initiative d'Emmanuel Anglard donc, puisque que c'est lui qui avait repris les rênes de la maison à ce moment-là.

Annuaire bleu 1932
Annuaire bleu 1932 (Annuaire du commerce international)

Prudence cependant… je ne veux pas prendre cette annonce pour argent comptant sans en avoir trouvé confirmation, car je sais la propension des meilleures maisons à s'octroyer quelques années supplémentaires au compteur, histoire de renforcer leur crédibilité. Il reste heureusement des pistes à lever dans les archives pour confirmer –ou pas- la création de l'affaire en cette année 1828.

Deuxième indice, cet article du Figaro en mai 1905, qui présente cette fois la maison Sajou comme "fondée en 1838, rue de la Barillerie". Méfiance là encore, car cette information, toujours bien postérieure aux faits, est inexacte au moins sur un point : la rue de la Barillerie n'a pas été le lieu de la fondation.

Le Figaro 23-05-1905Source Gallica

Il faut donc partir de sa première adresse confirmée par l'état-civil et les actes notariés pour reconstituer le parcours de Jacques Simon Sajou. Quant aux dates, s'il avait probablement fait ses premières armes bien auparavant dans le domaine de l'imprimerie, l'année 1840 marque sans aucun doute sa véritable spécialisation dans les dessins pour ouvrages de dames. Le rapport présenté au jury à l'occasion de l'exposition des beaux-arts de 1849 laisse d'autant moins de doutes à ce sujet que le Guide Sajou lui-même l'a repris à son compte.

Rapport au jury de l'eposition de 1849Exposition de 1849 - Source Gallica

En ce milieu du XIXème siècle, la rue Michel-le-Comte bruisse de l'activité des artisans. Ils sont plus d'une centaine à s'être installés dans les cours de cette petite voie du Marais, qui relie les rues Beaubourg et Sainte-Avoye. Bijoutiers, graveurs en taille-douce, gainiers et fabricants de cartonnages, tabletiers ou plumassiers : sur à peine deux cent mètres, quasiment chaque porche ouvre sur son lot de petits métiers.

Rue Michel le Comte plan BretezLa rue Michel-le-Comte au plan Bretez - Source Gallica

Sajou débarque au 21, à la veille de 1840, pour y prendre la succession de la maison Mallez Aîné. Il s'installe dans un immeuble qui présente deux boutiques en façade, de part et d'autre d'une porte cochère, puis une grande cour autour de laquelle sont distribués les ateliers.

Il y a là le papetier Herbin, dont la renommée n'est déjà plus à faire, établi dans l'endroit depuis presque un siècle… et qui y sera toujours un siècle plus tard ! Fabricant d'encre et de cire à cacheter, apprêteur de plumes, Herbin détaille toutes sortes de papiers propres à combler les amoureux de l'écriture et les artistes à la recherche de beaux supports.

Atlas VasserotLe 21 de la rue Michel-le-Comte à l'Atlas Vasserot - Source Archives de Paris

La cour du 21 accueille également la maison Maillet et Brazier, spécialisée dans la fabrication d'éventails. Et puis de manière plus inattendue dans une rue principalement vouée aux artisans d'art, Sajou cohabite aussi à cette adresse avec le boucher Moyse et l'architecte Vergnaud, spécialiste de la distribution d'eau de Seine dans les habitations. Et oui…l'amenée de l'eau jusqu'aux particuliers est encore la grande affaire de l'époque.

La reprise de la maison Mallez est une excellente pioche pour Sajou ! Car si cet établissement a diversifié son activité en publiant toutes sortes d'ouvrages édifiants pour les dames et la jeunesse, Mallez se présentait avant tout comme "dessinateur en perles et tapisserie".

Mallez ainé rue st-AvoyeUne planche de broderie publiée par Mallez vers 1820 - source Musée national de l'éducation

Et surtout, il a lui-même débuté en reprenant le fonds d'Augustin Legrand que j'ai déjà évoqué en vous racontant les avancées de Sajou sur les modèles de tapisserie.

Petit nécessaire des Jeunes demoiselles titre

Petit nécessaire des Jeunes demoiselles marque

Après avoir publié en 1819 son Petit nécessaire des jeunes demoiselles, ce dessinateur et graveur de renom récidive, dix ans plus tard, avec un ouvrage sur l'Art de broder dédié aux jeunes demoiselles puis avec son Traité du tricot.

Traité du tricot LegrandSource Gallica

Bref, récupérer le fonds Legrand en prime avec celui de Mallez, c'est plutôt une affaire juteuse pour un homme décidé à développer une entreprise entièrement consacrée aux ouvrages de dames. Il se fait d'ailleurs un plaisir d'accoler le nom de Sajou à celui de Mallez pour capitaliser sur la renommée de son prédécesseur. Mais au-delà des modèles à proprement parler, il commence à jeter les bases de son futur commerce en se présentant dans les annuaires, dès 1842, comme fournisseur de perles, de soie et de "boîtes complètes pour brodeuses en tapisserie".

Sajou successeur de Mallez Ainé

Cependant l'établissement rue Michel-le-Comte ne durera que quelques années, jusqu'en 1843, avant que Sajou ne parte implanter son affaire dans le cœur historique de la capitale, juste en face du Palais de Justice. Et cette histoire-là sera pour le prochain épisode ;-)

Les précédents billets racontant l'histoire de Sajou
Sajou : de Sens à Paris
Sajou l'innovateur : les modèles de Berlin
Sajou l'innovateur : le conservateur de la vue
Sajou l'innovateur : la tricographie
Sajou l'innovateur : expositions et récompenses
Sajou l'innovateur : la nappe de quatre mètres

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10 mars 2016

Autour de Sajou : teasing

Monsieur Sajou est prié

... et vous êtes priées de passer sur ce blog dimanche qui s'en vient, si vous voulez connaître la suite de l'aventure Sajou ;-)

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10 janvier 2016

Bonnes résolutions

Non, je plaisante ;-) J'ai assez d'heures de vol pour savoir que les résolutions de début d'année sont celles qu'on ne tient jamais. Disons alors que ce sont plutôt des engagements pour me propulser les jours de paresse, ma liste des choses à faire cette année pour le blog.

La saga Sajou

Ça fait sept mois que j'ai laissé le récit de côté, mais les recherches progressent bien, grâce une aide précieuse dans les archives parisiennes. Je retarde de m'y mettre parce qu'il me semble qu'il y a toujours des zones d'ombre que je pourrais éclaircir. Mais j'y reviendrai en cas de nouvelles découvertes, maintenant il ne reste qu'à écrire !

Berlin Sajou

Les recherches généalogiques

Un récent commentaire sur les voeux de Marie Joséphine m'a remis en tête une proposition faite à l'occasion du marquoir de Noémie : une méthode pour vous permettre de sortir de l'ombre les petites brodeuses de vos marquoirs. Quand c'est possible, bien sûr, souvent il faut aussi accepter de les laisser dans l'anonymat parce qu'elles n'ont pas semé assez d'indices pour en savoir plus. Mais si on tient un fil pour détricoter l'énigme, quel plaisir ! Il ne s'agirait que de quelques pistes pour commencer et ensuite, à vous de jouer.

Signatures

Un nouveau projet récurrent

Voilà encore une idée envisagée lorsque j'avais arrêté les pique-aiguilles mais que j'ai fainéanté à concrétiser depuis deux ans : un nouveau projet au long cours. Il y aura de la couture, il y aura de la broderie, il y aura de l'Alsace, il y aura de la poupée Bleuette... les choses sont en train de mûrir, disons... un peu plus concrètement qu'auparavant ;-)

C'est dit, maintenant il n'y a plus qu'à s'y mettre !

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