Je vous ai parlé déjà, dans ce billet ou encore dans celui-là, de l'aventure un peu folle dans laquelle Anna s'est lancée à corps perdu : réunir autour d'elle des tricoteuses de tous horizons, en écho aux soldats venus de partout pour laisser en Europe leur vie, leur santé, leurs rêves et leurs espérances. Tout ça dans un tourbillon d'absurdité dont je ne parviens toujours pas à démêler les tenants et les aboutissants. Car plus j'avance sur le sujet, plus j'entends les récits familiaux et plus je désespère de comprendre un jour comment pareille chose a pu se produire.

Alors la douceur de la laine, la patience de toutes ces mailles alignées, l'obstination tendre à faire aboutir un projet dérisoire et grandiose, c'était tout juste le rempart qu'il me fallait dresser entre la cruauté de l'histoire et mon univers douillet. J'ai tricoté dans mon petit coin des vareuses bleu horizon, des bretelles et des ceintures kaki... en même temps que des centaines d'autres mains.

mains tricoteuses

Et toutes ces mains ont fait naître les soldats désarmés tout droit sortis de l'imagination d'Anna. Français bien sûr, mais aussi allemands, anglais, américains, des spahis, des tirailleurs sénégalais... et tant d'autres. Il fallait bien qu'ils soient tous là en laine, ceux qui étaient tous là dans la boue des tranchées.

Soldats de France

Soldats du mondeToutes les images en grand dans ce billet de Délit Maille

Après tant d'énergie déployée par Anna, les échanges et les belles rencontres qu'elle a eu à coeur de susciter, tout le sens qu'elle a voulu mettre dans sa démarche en nous emmenant derrière elle, voilà que se concrétise le projet imaginé par cette artiste hors normes : nous pourrons très bientôt venir faire connaissance avec son oeuvre installée sur la mezzanine de la Piscine, le temps d'un hommage aux millions de sacrifiés anonymes... qui le sont si peu pour nous. Car oui, pour nous ils sont le grand-oncle Aloïs, jamais revenu de guerre, ou le grand-père Eugène, revenu trop tard pour connaître sa première-née disparue, ou le vieux cousin Ouattara, qui ne s'en est jamais remis. Si lointains déjà, et encore si présents dans le récit familial...

Son exposition, qui a obtenu le label "Centenaire", sera visible du 15 décembre au 12 avril prochains à Roubaix.

Catalogue centenaire

Le catalogue de toutes les manifestations du centenaire est téléchargeable sur le site de la Mission.