Voici aujourd'hui les cahiers, ou plutôt devrais-je dire : les carnets de Suzanne Sagot. Je les aime secrètement pour un souvenir qu'ils m'évoquent... Ma maman  était d'une famille modeste qui avait peu d'argent à mettre dans le commerce. Mais comme mon grand-père travaillait à l'usine de papier, il ramenait tout de même des trésors sauvés du tas à recycler. Ma mère cousait donc des feuilles de récupération pour s'en fabriquer des carnets ; seulement à force de les couper et de les recouper pour les égaliser parfaitement, elle restait les trois quarts du temps avec des confettis... dont elle ne pouvait plus faire grand chose !

Cahiers de Suzanne

Suzanne, elle, découpait ses carnets dans les restes des cahiers que la ville de Paris distribuait gratuitement aux écoliers. Ils mesurent environ 15 centimètres sur 10.

Cahier ville de Paris

Ils sont intéressants parce qu'ils permettent de suivre l'évolution d'une fillette pendant sa scolarité. Mais on comprend aussi pourquoi les programmes pouvaient peiner à faire vraiment aimer la couture aux gosses : comment intéresser des enfants à ces exercices fastidieux qui semblent tous les mêmes, répétés à l'envi au fil des mois de l'année, répétés même au fil des années ?

 En 10ème, coutures plates et rabattues

Suzanne a 7 ans et suit le cours préparatoire. Pour qu'on voit bien toutes les irrégularités, cette sadique de maîtresse la fait travailler au fil rouge sur tissu blanc. Mais la petite ne s'en sort pas si mal... même si parfois les parallèles divergent un peu :-)

10ème - 1

10ème - 2

10ème - 3

En 6ème, coutures plates et rabattues (encore !)

Il y a bien peu de variation dans les exercices réalisés, le travail de Suzanne devient plus minutieux et plus maîtrisé.

6ème - 1

6ème - 3

6ème - 2

En 4ème, coutures... toujours :-(

Ce carnet-là est plus fourni que les précédents et la nouveauté, c'est que les exercices sont notés ; et par une maîtresse qui n'est pas trop sévère, finalement :-) Seulement les exercices sont toujours aussi peu marrants. On attaque tout de même les brides, et aussi les coutures sur le biais. Et puis on y ajoute la petite variation du travail sur un tablier en miniature.

4ème - 1

4ème - 2

4ème - 3

4ème - 4

En 3ème,  coutures + brides + reprises

Et de nouveau un petit tablier :-)

3ème - 1

3ème - 2

3ème - 3

3ème - 4

Je vous montre l'endroit et l'envers de ces reprises sur tricot fin que Suzanne a réalisées à la fin de la 3ème. Elles sont vraiment minutieuses : elles mesurent à peine plus d'un centimètre de hauteur. La première reprise aussi demande de la dextérité, elle s'apparente quasiment à une construction de dentelle à l'aiguille.

Finalement les petits carnets de Suzanne mettent bien en évidence le but poursuivi par ces exercices scolaires : donner à l'enfant les bases de la couture très usuelle ; et la pédagogie mise en oeuvre pour l'atteindre : la répétition. Il n'est pas sûr que la passion y trouve son compte mais si l'on en croit la progression de Suzanne, l'efficacité est au rendez-vous.

Je cherche toujours, à travers ces cahiers, à deviner quelle élève aimait ces exercices de couture et laquelle y rechignait. Et j'en arrive toujours à la même conclusion : quelle chance nous avons que les ouvrages à l'aiguille soient pour nous un plaisir et non pas une obligation imposée par la nécessité !